Archive pour la catégorie ‘Accès de rage’

Sirventès de l’ennemi

Jeudi 3 septembre 2009

L’ennemi est condamné par ce qu’il mange
Hamburgers doubles trios poutine
Tomates culturistes musclées aux hormones
Dindes sans anus à la chair blanche et excrémenteuse
Porcs à six jambes à deux têtes
Lait mort de vaches cannibales
Fruits inaltérables au parfum de bitume
Son cerveau nourri par des flots incessants
De publicité morveuse
De mucus musical

Son cerveau gavé de calories ignorantes
De propagande manipulée génétiquement
De mensonges hypocaloriques sans cholestérol
L’ennemi pense comme Monsanto
Comme Nestlé Cargill Dupont Philip Norris Unilever
Comme Agroevo Novartis Zeneca Conagra Nabisco

L’ennemi pense :
Corn Flakes Cheerios Nescafé
Vitamines sous-vêtements stériles mamelons congelés
Parking gazé néons boni au rendement
Voter comme un bon citoyen
Haïr son emploi mais mourir de peur de le perdre
Comme un bon citoyen
Marcher d’un sommeil à l’autre dans la stupeur
Du bon citoyen
Peur de la vie
Comme un bon citoyen
Peur de créer
Comme un bon citoyen
Prier pour le privilège d’acheter la mort chez Wal Mart
Meuble en peau de nourrissons poulet frit zombie
Café meurtrier bière robotisée tabac bactériologique
Émissions carcérales et sommeil de l’injuste

L’ennemi est condamné par ce qu’il mange
Tu es mon ennemi mais si je gagne
Tu ne perdras pas
Je ne veux pas te détruire
Je veux stopper ta danse de destruction
Tu es l’ennemi
Tu ne gagneras pas

Une nourriture t’attend
Libre délicieuse et gratuite
Nourrissante comme la lumière
Comme les spasmes de l’orgasme
Donnée par la terre que nous travaillerons
Pas pour l’argent
Pas pour le patron
Mais pour le plaisir de créer
Une nourriture donnée par la terre que nous arracherons
Des griffes du capital nécrophile
Des griffes des États mercenaires
Donnée par la terre que nous aurons faite nôtre
Parce que nous l’aimons
Parce qu’elle est maîtresse étrange et passionnée
Parce que nous en sommes issus
Et qu’elle ne pourra tolérer encore bien longtemps d’ennemis.

La famille est une minifourgonnette en panne qui continue de rouler

Lundi 31 août 2009

(La dernière reprise de la saison estivale.)

Des amis à moi qui viennent d’avoir leur premier enfant se sont achetés une minifourgonnette. Ce qui, en soit, est dans l’ordre naturel et nord-américain des choses : d’abord, on forme un couple, ensuite, on tombe en cloque, on s’hypothèque une maison en banlieue et après, on se lance dans l’achat d’un véhicule familial dont la livraison précède de quelques jours l’accouchement. Ne reste plus ensuite qu’à se marier, se procurer un chien, des appareils électroménagers, un cinéma-maison et des anxiolytiques à profusion pour oublier la dépression nerveuse et voguer tranquillement sur le long fleuve tranquille du bonheur. Sur cette minifourgonnette, le concessionnaire à eu l’idée géniale d’apposer un autocollant arborant fièrement le slogan de son commerce: «La famille et l’amour, des valeurs sûres!». Lorsque je fis remarquer la chose à ma copine, elle fit la moue et me dit: «Je sais, c’est horrible d’associer des valeurs si belles et si fondamentales à un vulgaire paquet de tôle motorisé!»

Elle roule encore.

Je n’ai pas osé la contredire, mais il est flagrant selon moi que ce n’est pas elle qui a raison mais bien Toyota Gatineau. Le consumérisme, la famille et l’amour sont bel et bien des institutions inextricablement liées, des mécanismes de pouvoir donc le but principal est de nous asservir. Si nous voulons vraiment nous réapproprier nos vies dans leur totalité, si nous voulons vraiment libérer nos désirs des griffes de la peur et de la domination, il est nécessaire de s’attaquer à ces institutions qui peuvent nous sembler à priori éternelles et immuables. Il faut s’y attaquer et les détruire comme nous le ferions avec toutes les autres institutions qui nous asservissent.

(Lire la suite…)

De la servitude moderne

Lundi 17 août 2009

Un film de Jean-François Brient, à saveur post-situ, à ignorer sous aucun prétexte.

Lettre à mes codétenus

Vendredi 14 août 2009

Il existe des endroits où nous sommes perpétuellement sous surveillance, où chaque moment est contrôlé, où nous sommes tous objets de soupçons, où nous sommes tous sont considérés comme des criminels. Je parle de la prison, évidemment. Mais depuis un certain 11 septembre, cette description s’applique à un nombre croissant de lieux publics : les métros, les centres commerciaux et les centres-villes sont sous surveillance vidéo; des agents de sécurité patrouillent dans les écoles, les hôpitaux, les musées; on doit se soumettre à la fouille dans les aéroports; les hélicoptères de la police survolent quotidiennement les villes et même les forêts à la recherche de criminels. La logique de la prison, qui est celle de la surveillance, du contrôle et de la punition, devient graduellement celle de la gestion de l’ensemble de la société.

Vous êtes en prison
Ce processus d’emprisonnement de la société est imposé grâce à la peur, au nom de notre besoin de protection — contre les criminels violents, contre les drogués et surtout contre les terroristes, ces fanatiques sauvages qui en veulent à notre mode de vie. Mais qui sont vraiment ces criminels, qui sont vraiment ces monstres qui menacent chaque instant de nos vies de citoyens terrorisés? Pas besoin de réfléchir bien longtemps pour répondre à une telle question: aux yeux de nos dirigeants, nous sommes les criminels, nous sommes les terroristes, nous sommes les monstres. Qui d’autre après tout est surveillé inlassablement? Qui d’autre se fait filmer sans cesse par les caméras de sécurité? Qui d’autre subit les fouilles et les contrôles d’identité? Nous sommes les terroristes et seule la peur nous empêche de constater cette simple évidence.
(Lire la suite…)

Sirventès de la prospérité

Vendredi 7 août 2009

Quand les anarchistes disent que l’État est inutile
Les gens se foutent gentiment de leur gueule
Et ils ont raison

L’État est indispensable au maintien
D’une société industrielle moderne et prospère

Si vous voulez vivre
Dans une société industrielle moderne et prospère
Ne soyez pas anarchiste

Allez voter
Trouvez-vous du boulot
Travaillez huit heures par jour
Soyez un bon collègue
Aimez votre patron
Faites des heures sup’
Obtenez une promotion
Bouffez de la pizza surgelée
Buvez du punch à saveur de vrais fruits
Arrosez votre burger de ketchup
Arrosez votre pelouse de Roundup
Utilisez des couches des biberons des rasoirs
des mouchoirs des serviettes des plumeaux
des stylos des caméras de la vaisselle
des briquets des piles des sacs des vêtements
jetables
Payez vos impôts
La taxe sur les produits
La taxe sur les services
La taxe sur les sévices
Laissez la banque surveiller votre argent
Laissez la police surveiller votre quartier
Laissez l’école surveiller vos enfants
Laissez l’hospice surveiller vos vieux
Laissez votre député surveiller vos intérêts
Regardez la télé
Regardez-la encore
Regardez-la quelques instants de plus
Il y a sûrement quelque chose de bon
Quelque chose de choquant
Quelque chose de bandant
Quelque chose de croustillant
Pour vous faire attendre la prochaine pub
Prenez un comprimé de Dalmadorm pour dormir
Prenez un comprimé de Provigil pour vous réveiller
Prenez un comprimé de Phentermine pour maigrir
Prenez un comprimé de Prozac pour passer la matinée
Prenez un comprimé de Zoloft pour passer l’après-midi
Prenez un comprimé de Cialis pour copuler
Prenez un comprimé de Halcion pour vous rendormir
Récurez votre évier avec du Windex
Récurez votre cuvette avec du Tilex
Récurez votre vaisselle avec un Spontex
Récurez votre vagin avec un Kotex
Faites le plein de bonne humeur
Faites le plein de votre Hummer

Et surtout, dormez en paix
La terre devrait être capable
De supporter votre Eden
De smog et de plastique
Pendant encore quelques années

Siventès de l’impatience

Lundi 13 juillet 2009

Jamais nous ne serons apaisés
Ô multitude folle riante dansante
Esprits rageurs rebelles et amoureux
Jamais nous ne serons apaisés
Car nous n’avons rien d’autre entre les mains
Que l’urgence de créer nos propres vies
Immédiatement

Jamais nous ne serons apaisés
Car nous sommes les créateurs
Nous créerons le monde que nous désirons
Sans attendre que l’ancien s’écroule
Jamais nous ne serons apaisés
Parias joyeux extatiques
Nous danserons nus sur toutes les frontières

Jamais ils ne seront apaisés
Nous sommes hors de la vue des puissants
Mais ils savent que nous existons
Et ils tremblent de terreur blanche et sourde
Jamais ils ne seront apaisés
Car de nos mondes cachés nous surgissons
Laissant notre marque et nos mots furieux

Jamais ils ne seront apaisés
Tant que des nos voix ocres nous chanterons
Qu’une vie de plaisir orgiaque et d’aventure sauvage
Est possible ci maintenant pour ceux qui osent la créer
Jamais ils ne seront apaisés
Car nous sommes des renégats des hors-la-loi
Et là réside notre force

Jamais nous ne serons apaisés
Car déjà nous apprenons à vivre nos vies pour nous-mêmes
Car déjà nous avons abandonné doctrines, dogmes et masques
Car déjà nous envisageons la société simplement en ennemis
Jamais nous ne serons apaisés
Car ce sont nos étincelles spontanées chaotiques érotiques
Qui allumeront l’incendie qui consumera le monde

Épitaphe de Fernand Pelloutier

Mercredi 8 avril 2009

Étrange, parfois, dans ces nuits convulsées
De rêver avec toi de cette société
D’hommes et de femmes fiers et libres
Moi qui suis si loin mais si proche, écho noir et sourd
Je suis ta fille bâtarde éblouie
Je suis ton amante fraternelle
Toi en rupture de tout, poussé dans la marge
Par tes idées
Par la répulsion qu’inspirait ton visage
Déclassé, inclassable, transfuge
En marge de la bourgeoisie
En marge du prolétariat
En marge de l’anarchie
En marge de la marge
Homme d’exception franc-tireur mal-aimé
Martyr de la révolution à faire
Figure de légende
Modeste, banal et oublié

Tu attirais estime et admiration
— même des flics chargés de t’espionner
Peinant dans l’obscurité et le dénuement
Confiné à des besognes ingrates et obscures
Exploité par les exploités que tu défendais
Rongé par la misère et la souffrance
Lupus facial laryngite tuberculeuse
Rongé par les mythes
Idéaliste sans illusions
Solidaire de la réalité
Sans dieu, sans maître et sans patrie
Révolté de toutes les heures
Fort de tes faiblesses
Éblouissant

Homme de l’action directe
De l’émancipation collective
Tu te méfiais de la masse
Ne croyait qu’aux individus qui la composent
Amant passionné de la culture de soi
Le syndicat était pour toi aventure
qui relève à soi-même
Extraction de l’individu à la foule anonyme
L’idée de grève générale
Un rappel que tu voulais permanent
Des exigences les plus hautes de la révolte
Au sein des contingences
Conseiller, instruire, jamais diriger
Allumer l’incendie
Créer la tension croissante qui mène à l’explosion
Brandir l’individu contre toutes les tyrannies
Même celles nées du désir forcené
D’en finir avec elles

Un jour ou l’autre, nous aurons tous à nous rebeller
Quoi que nous pensions en ce moment
Quelles que soient nos opinions actuelles
Notre sexe notre couleur notre condition
Nous deviendrons tous insurgés
Nécessairement
Un jour
Car c’est la terre qui nous y obligera
Et ce jour, je verserai une larme en pensant à toi
Mort entouré de tes livres, tes seules possessions
Sans avoir vu éclore la timide et fragile fleur
De l’amour de la liberté

Cassons, cassons, il en restera toujours

Vendredi 20 mars 2009

Maintenant que les esprits se sont (un peu) refroidis, je me permets de répondre à ces deux billets d’anarcho-prag sur la réception médiatique de la manifestation du Collectif opposé à la Brutalité Policière (COBP), avec qui (comme d’habitude) je ne suis pas du tout d’accord.

Richard Martineau caricature les anarchistes pour mieux les discréditer. Pourquoi ferait-il le contraire? C’est son rôle social et il est payé pour le faire. Soit, Martineau est un twit, voilà un fait indiscutable. Mais il n’est pas le seul à avoir cette opinion : tous les commentateurs des médias disent la même chose, de Jean-Luc Mongrain à l’autre imbécile avec un nœud papillon dont le nom m’échappe. «La manifestation est louable, mais ce sont les casseurs qui sapent sa légitimité, ragnagna scrogneugneu. »

Comme de raison, les média ont tort, car en réalité c’est exactement le contraire: c’est la manif qui est à condamner et les casseurs qui doivent être encouragés.

Les manifs sont par essence inutiles, surtout lorsqu’elles sont pacifiques, planifiées, connues longtemps à l’avance, sages et encadrées par un service d’ordre (qui ne sont rien d’autre que des flics — contestataires mais flics quand même, cela dit en passant. J’ai déjà eu maille à partir avec le service d’ordre de la CSN et laissez-moi vous dire que je choisirais les flics du SPM n’importe quand). Les manifs sont assimilables à des pétitions sans papier à signer, des pétitions où les participants n’ont pas à s’identifier (et encore, la police est bien contente de compléter ses dossiers lors de tels événements).

Manifester, c’est pétitionner le pouvoir et c’est entrer en dialogue avec lui. Et lorsqu’on dialogue avec un pouvoir (comme lorsqu’on dialogue avec un individu), on en reconnaît la légitimité. Voilà pourquoi manifester « calmement et avec ordre » est un droit démocratique: tout simplement parce que manifester ne change absolument rien — même si on peut obtenir des ajustements cosmétiques, si on a beaucoup de chance.

La casse, par contre, est créative. Elle exprime de façon flagrante qu’il y a un problème qui déborde les voies normales et acceptées des conflits sociaux. Elle montre qu’il y a encore une part de révolte irréductible dans notre société aseptisée. Et elle a l’immense mérite de foutre la trouille aux politiciens (ceux au pouvoir comme ceux de l’opposition) et aux propriétaires. Elle est le symptôme d’un désir de rupture avec l’ordre. Et elle est souvent le point de départ d’un mouvement insurrectionnel : sans casseurs, est-ce que la manif des femmes, le 8 mars 1917, aurait renversé le tsarisme? Le service d’ordre a vraiment chié, ce jour-là. Et en mai 68, est-ce qu’on aurait dû s’en tenir sagement à réclamer démocratiquement la libération des militants étudiants emprisonnés? Encore une fois, les organisateurs de la manif ont été drôlement débordés.

S’autoréguler ne veut pas dire s’autopolicer. Dire qu’un anarchiste peut « arrêter les casseurs » dans une manif démontre, en plus qu’on n’a jamais été dans une manif, qu’on souhaite que les anars assument le rôle de police. Ce qui revient à dire que les anars se font déléguer une responsabilité de contrôle social de la part des autorités en place. Comme le représentant syndical qui doit calmer ses membres lorsque le syndicat n’est pas en période de négo, comme le chef de parti de gauche qui doit canaliser l’insatisfaction dans des voies respectables et démocratiques. Bref: c’est vouloir faire de l’anarchiste un rouage de l’ordre établi, un rouage de l’exploitation. Beurk.

Les médias donnent une mauvaise image de l’anarchie? Big fucking deal: ils l’ont TOUJOURS fait. Ça n’a jamais empêché les anars d’exister, la révolte de se développer et le désir de vivre autrement de se répandre. Il ne faut pas penser que la violence des manifs est le seul prétexte que les médias utilisent pour marginaliser les anars; s’il n’y en avait pas, ils trouveraient autre chose. Il ne faut pas manifester dans l’idée de faire passer un message qui sera relayé par des médias objectifs auprès de la population, parce que les « médias objectifs » sont une fiction démocratique qui masque la fonction de contrôle social inhérente à cette institution. Les médias et les flics sont les deux faces d’une même médaille et si ça se trouve, nous souffrons bien plus souvent de la brutalité médiatique que de la brutalité policière.

D’ailleurs, voilà la principale faute de la manif du COBP (comme celle de presque toutes les manifs): sa recherche de publicité et de présence médiatique. On avertit à l’avance qu’on va manifester, le build-up médiatique prend des proportions démeusurées, les beus sont sur les dents et se préparent à foncer dans le tas, les casseurs choisissent leurs briques et leur bat de baseball… tout le monde apprend son rôle et le joue à merveille. Ce n’est pas le festival de l’anarchie, c’est une mauvaise pièce de théâtre d’été qu’on joue chaque printemps, par anticipation d’un changement social qui ne viendra jamais.

Ceci étant dit, comment lutte-t-on contre la brutalité policière? Il faudrait d’abord commencer par s’attaquer non pas aux « débordements » policiers, parce que ça implique qu’il serait possible d’avoir une « bonne police » et qu’on pourrait la réformer. Le COBP n’est pas anar par essence, sinon il s’appellerait le COP : le Collectif opposé à la police. Il faudrait aussi quitter la logique de l’opposition, qui est toujours en dernière instance celle de la loyale opposition de Sa Majesté. Cesser de dialoguer avec le pouvoir, cesser de réclamer des réformes et des changements au pouvoir. Il faut plutôt prendre (et reprendre) tout de suite, ici, maintenant, les moyens de notre propre existence. Se réapproprier notre vie à l’extérieur de l’ordre et de sa morale et se donner des moyens pour la défendre — la fuite en étant un qui ne serait pas à négliger.

La casse est, qu’on le veuille ou non, un des visages de l’anarchie, celui de la révolte et de l’affrontement avec l’ordre. Le rejeter est rejeter les anars. Mais il  en va de nous de donner à voir un autre visage de l’anarchie, loin des médias, de la police, de l’ordre établi, de ses rituels et de ses symboles : celui d’individus reprenant possession de leur vie, dont l’exemple ne saurait qu’aiguillonner chez tous les désirs d’un autre futur.

L’abstinence, c’est le meurtre

Vendredi 20 février 2009

(Réflexions d’une insomniaque suite à une discussion, tard dans la nuit, avec une militante pro-vie.)

Peut-être est-ce parce que je tombe de fatigue, peut-être est-ce la brume qui se forme dans mon cerveau, mais je capitule. Vous m’avez vaincue, je reconnais que les fœtus et les embryons sont des personnes et qu’ils disposent de droits inaliénables, octroyés par Dieu. Et oui, je reconnais que l’avortement est un meurtre. Mais qu’en est-il du droit des gamètes?

Qu’en est-il de cette multitude sans voix et opprimée, tapie dans nos ovaires et nos testicules? Toutes ces vies qui ne demandent qu’à éclore, tous ces milliards de milliards d’enfants de Dieu, innocents et purs, qui n’auront jamais l’occasion de voir le jour uniquement à cause de notre abstinence sexuelle égoïste… imaginez combien de Mozart et d’Einstein sont quotidiennement assassinés par notre refus de copuler et de procréer! Je le dis en clair : l’abstinence c’est l’avortement, et l’avortement c’est le meurtre. Chaque fois qu’un couple fertile revient du travail trop fatigué pour faire l’amour, ces pécheurs horribles choisissent la télévision plutôt que la vie d’un enfant. Chaque fois qu’un adolescent obéit à son curé et choisit d’étouffer l’appel de ses hormones, il prive une âme de la chance de gagner son ciel. Pire : lorsque deux étrangers, par respect coupable des conventions et de la bienséance, s’empêchent de s’arracher mutuellement leurs vêtements et de forniquer sur le trottoir, ils se rendent coupables d’infanticide, rien de moins. Et ils devraient par conséquence être sévèrement punis.

Catholiques, conservateurs, évangélistes, fondamentalistes, encore un effort si vous voulez être pro-vie : faites la promotion des coïts non protégés, des relations sexuelles prémaritales dès la puberté et de la promiscuité généralisée de tous les individus en âge de procréer. Ce n’est qu’à ce prix que les voies du Seigneur (qui resteront les seules impénétrables et impénétrées) pourront être respectées.

Banalités électorales de base

Jeudi 4 décembre 2008

(À me remémorer lundi prochain, avant de me rendre dans l’isoloir.)

  1. Lorsque je vote, je n’exerce ni un droit, ni un privilège, et je n’accomplis encore moins un quelconque devoir de citoyen. Voter, c’est faire une faveur au système en lui accordant la légitimité dont il a cruellement besoin.
  2. Le fait d’aller voter ne sert qu’à réaffirmer et à légitimer le pouvoir de l’État, quelque soit votre choix électoral. En votant, il m’arrivera peut-être de participer à la création ou à l’abolition de politiques, de législations. Je pourrai même participer au renouvellement de la classe politique. Mais je n’arriverai jamais à changer le système et ses relations de pouvoir basées sur la domination et l’aliénation de l’individu.
  3. La démocratie limite et de simplifie à l’extrême le spectre des décisions qui peuvent être prises par l’individu, commodément ravalé au rang de citoyen. La démocratie réduit le champ des possibles et étouffe toute possibilité de changement de façon extrêmement efficace. En cela, la démocratie fonctionne essentiellement comme un outil de justification du pouvoir étatique et non comme un mode de participation des individus aux décisions collectives.
  4. La démocratie est une source institutionnalisée d’aliénation. En démocratie, les rêves ne sont que pour les rêveurs, les désirs sont continuellement confrontés à l’impossibilité de l’action, à l’impossibilité de leur réalisation. L’individu démocratique ne s’appartient plus lui-même ; il appartient à la majorité démocratique.
  5. Les exercices démocratiques ne menacent jamais l’ordre établi. Les progrès de la liberté ont toujours été accomplis par des individus et des minorités ; les majorités sont de par leur nature lentes, conservatrices et soumises aux forces supérieures des castes du pouvoir.
  6. Il ne peut y avoir de démocratie sans démagogie. Toutes les démocraties y succombent un jour ou l’autre, désireuses qu’elles sont de manufacturer le consentement à partir des peurs, des espoirs, des préjugés et des colères confuses des masses aliénées et démunies. La démagogie n’est pas une scorie de la démocratie mais son visage le plus authentique.
  7. Les démocraties savent être aussi racistes, nationalistes, impérialistes et militaristes que les dictatures. Et surtout, elles hésitent rarement quand vient le temps de discriminer, d’exécuter, de torturer et de réduire au silence les individus. Ce qui distingue les démocraties des autres systèmes, c’est qu’elles oppriment et aliènent en se parant des atours de la volonté collective, en se présentant comme l’incarnation même de la liberté — ce qui les rend particulièrement insidieuses, efficaces et pérennes.
  8. La démocratie n’est pas la solution mais une partie du problème. Si je participe au problème, je n’en verrai jamais la fin.

Pourquoi je n’irai pas voter (et pourquoi vous avez raison d’en avoir rien à foutre)

Lundi 10 novembre 2008

Trop c’est trop. Nausée, haut-le-cœur: c’est un cas flagrant d’overdose électorale. D’où la naissance de ce foutu blogue. Il faut que je ventile, c’est plus fort que moi.

Je ne sais pas ce que vous ferez le 8 décembre prochain. En ce qui me concerne, j’ai prévu un tas d’autres choses plus importantes que d’aller me scrutiniser l’urne dans l’isoloir:

  • Me lever tard;
  • ne pas aller travailler;
  • respirer le doux et frais air de l’hiver naissant;
  • me masturber longuement;
  • voler mon repas du midi dans la poubelle cadenassée du Loblaws;
  • embrasser mon amour sur la nuque;
  • mettre de la super-glue dans la serrure de la porte du bureau local de Revenu Québec.

Et le lendemain, surprise: un gouvernement sera élu. Same fucking thing as always.

Je n’irai pas voter. Évidemment, ça ne surprendra personne puisque je suis anar. Mais je ne m’illusionne aucunement sur l’impact de cette décision et je ne tenterai pas de vous inciter à m’imiter. Alors votez pour qui vous voulez, tout ce que vous aurez accompli, c’est donner votre consentement à l’État, point barre. Si vous annulez votre vote, vous serez compté parmi les imbéciles qui ne savent pas noircir un petit cercle. Et si vous vous abstenez de voter, vous serez compté parmi les gens amorphes et ignares qui ne disent mot et consentent à leur exploitation.

Il n’y a pas d’autre issue à ce monde que la fuite.

Peut-être est-ce le grand âge, mais j’en suis arrivée à la conclusion qu’il est inutile pour une anar d’intervenir lors d’élections. Le système a une telle capacité à tout récupérer qu’on finit par n’être qu’un divertissement de plus dans le grand freak show politique. C’est d’ailleurs la seule ambition de ce blogue: rigoler un peu aux dépens des politichiens plutôt que de désespérer, sonder le vide abyssal de l’actualité en renvoyant dos à dos tous les idéologues junkies de pouvoir tant à droite qu’à gauche en espérant que quelqu’un, quelque part, comprenne que la vraie vie est ailleurs… bien loin d’ici.

Autre truc. Je sais que je ne devrais pas être surprise, mais je suis toujours déçue de constater à quel point les anarchistes retombent continuellement dans les mêmes travers, le principal étant celui d’être fascinés par la politique. Leur analyse des institutions sociales devrait normalement les pousser à faire la constatation — pourtant courante parmi la masse des gens qui ne sont pas des idéologues — que la frange particulière de la classe politicienne qui se retrouve au pouvoir ne change rien aux menées de l’État par rapport à une autre. Mais non. Ils finissent presque toujours par appeler à «voter utile» pour une raison ou une autre. Pensez à la FAI, en 1936… c’est l’exemple le plus classique et le plus tragique. Chaque fois qu’une élection est déclenchée, il faut toujours qu’il y ait un anarchiste quelque part qui critique «l’orthodoxie étroite» qui «ferait de l’abstention la seule option valable». Ce qui me fait vachement rigoler, puisque l’orthodoxie anar, dans les faits, consiste bien plus à jouer l’apprenti sorcier électoral que l’inverse, si je me fie à l’histoire.

Or, il devrait apparaître évident depuis tout ce temps que le programme d’un parti ou d’un autre ne signifie absolument rien, puisque c’est l’hégémonie politique du moment qui détermine les décisions du gouvernement. Un parti de gauche va agir comme un parti de droite et vice-versa, selon l’air du temps, les intérêts du capital, les clientèles électorales, etc., etc., etc., ad nauseam. Je ne suis pas fan de tout ce que Gramsci a écrit, mais son concept d’hégémonie n’a selon moi pas pris une ride.

Il faut comprendre une fois pour toutes qu’élire n’est pas choisir. Une élection est avant tout un exercice symbolique. La grande messe électorale est à placer au même plan qu’un sacrifice aux dieux devant un menhir ou au sommet d’une pyramide: c’est un rituel pour reproduire un ordre des choses qui se veut éternel.

Dans un cérémonial de type religieux, prendre une décision ou une autre n’a strictement aucun autre impact que sur le cérémonial lui-même; il n’en a aucun sur la réalité externe au cérémonial. Je peux décider de rester assise pendant la communion, je peux décider d’aller communier et mordre l’hostie, je peux communier comme une gentille croyante et faire ma prière ensuite. L’impression d’avoir fait un geste décisif ne dépend que de l’illusion que j’entretiens au sujet de Dieu et de ma capacité à y faire outrage ou hommage. Mais vous savez autant que moi que Dieu n’existe pas et que tous ces comportements n’ont par conséquent aucun impact sur lui. Pire encore: je n’attente même pas, ce faisant, au pouvoir que les prêtres exercent sur les fidèles. Il en va de même avec les élections.

Plus que jamais, les gens sont insatisfaits, cyniques, avides de changement. Ce fameux changement, je n’ai pas la recette miracle sur les moyens de le mettre en branle — quoique j’ai ma petite idée là dessus. Mais je reste convaincue que le vote est un moyen de conservation et de reproduction du statu quo, pas de changement. Alors votez si vous voulez, vous ne changerez rien et tout ira pour le pire dans le plus horrible des mondes.


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