Méfiez-vous des vendeurs de bonheur social

Samedi 2 juin 2012

Ni d’un parti, ni d’un groupe.

Endehors.

Nous allons – individuels, sans la Foi qui sauve et qui aveugle. Nos dégoûts de la Société n’engendrent pas en nous d’immuables convictions. Nous nous battons pour la joie des batailles et sans rêve d’avenir meilleur. Que nous importent les lendemains qui seront dans des siècles ! Que nous importent les petits neveux ! C’est en dehors de toutes les lois, de toutes les règles, de toutes les théories — même anarchistes — c’est dès l’instant, dès tout de suite, que nous voulons nous laisser aller à nos pitiés, à nos emportements, à nos douceurs, à nos rages, à nos instincts — avec l’orgueil d’être nous-même.

Zo d’Axa, «Nous», L’En Dehors, 1896

P.S.: Vous n’êtes que des poires.

Sirventès du monde

Vendredi 25 mai 2012

Nous sommes nés dans un monde
Où l’horreur a été couverte d’un vernis de banalité

Où les rêves ont été enfermés
Dans des interprétations médicales

Où les désirs on été transformés
En vils réflexes de possédants

Où la révolte est devenue grise et gauche
Éviscérée par le pacifisme et l’idolâtrie démocratique

Où la création a été mise en esclavage
Vendue à des fins publicitaires

Où la pensée est devenue rigide et froide comme un cadavre
Une forteresse de granit aux fondations inamovibles

Où la révolution est devenue synonyme
D’un nouveau cul posé sur le trône de béton

Un monde qui a étouffé toutes ses merveilles
Qui a éteint la beauté convulsive de la luxure

Un monde qui depuis longtemps
Ne fait plus naître d’enfants avec des ailes

Un monde devenu morbide et froid
À force de couver la peur et l’obsession sécuritaire.

Or, ce monde, tel qu’il existe
Force est d’admettre qu’il est
Le meilleur.

Parce qu’il est le seul qui existe
Parce qu’il n’y a pas ailleurs
Pas d’Eden à l’ouest de l’ouest
Pas de pays de Cocagne
Aux rivières de miel et de lait
Pas d’Eldorado aux rues pavées d’or
Pas de phalanstère ou de bolo’bolo
Pas de grande patrie des travailleurs
Pas de paradis  à la fin de nos jours

Nous sommes nés dans le meilleur des mondes
Car aussi odieux que puisse être
Son ordre actuel
Il contient en lui-même
La totalité des devenirs

C’est à l’intérieur même de ce chaos
De cette surabondance des possibles
Par expérimentation et par nous-mêmes
Mus par l’impétuosité de nos désirs
Que nous allons faire émerger l’arrangement
Qui exprimera la plénitude de l’être

Nous sommes nés dans un monde stérile
Labourons-le avec notre révolte déchaînée
Ensemençons-le avec notre pensée sauvage
Libérée de la morale et de ses carcans
Repeuplons-le avec nos rêves
Copulons avec rage et avec joie
Sous la lune écarlate des émeutes
Et malheur aux inconscients
Qui oseront se dresser contre nous.

Prendriez-vous un peu d’état de droit avec ça?

Dimanche 20 mai 2012

Vous vous imaginiez avoir des droits? Belle naïveté. Vous n’avez que des privilèges consentis par le pouvoir selon son humeur et son bon vouloir. Vous pensiez avoir des libertés? Vous n’avez qu’une marge d’action soumise au degré de tolérance et de patience du pouvoir. Vous pensiez être protégés par ces vulgaires chiffons que sont les chartes des droits? Elles ne s’appliquent que si vous vous tenez tranquilles, que si votre soumission est parfaite. Dès que vous décidez de relever la tête, les chartes ne valent même pas l’encre avec laquelle elles ont été imprimées.

Vous pensiez que le mot «démocratie» signifiait la participation de tous à la gouverne de l’État, aux décisions communes? Ce n’est – et depuis le début – qu’un prétexte, qu’une façon de justifier l’existence de ce pouvoir qui exerce sa tyrannie sur vous, qui vous crache au visage, qui vous gaze et qui vous éborgne. Chaque fois que vous votez, vous donnez de la légitimité aux bourreaux, vous leur donnez un argument pour mieux asseoir leur pouvoir. Et je vous vois venir, tous autant que vous êtes. Vous vous dites: «qu’ils déclenchent des élections au plus vite, qu’on se débarrasse de ces tyrans corrompus !» Vous allez vous ruer aux urnes et le soir venu, lorsque Bernard Derome aura annoncé que «si la tendance se maintient », un autre parti formera le gouvernement, vous irez vous coucher avec la satisfaction fugace d’avoir changé le cul qui réchauffe le trône – fugace, parce qu’on se retrouvera quelques années plus tard dans la même situation. Et je vous entends déjà faire la morale à tous ceux qui n’auront pas participé à votre grand-messe.

Il faut être aveugle pour ne pas constater chaque jour l’horreur violente et démocratique. Ou encore, il faut avoir été corrompu par une éducation qui n’a comme objet que de tuer tout esprit de révolte et d’inculquer la soumission à l’autorité. Nous avons été tellement pervertis – et je dis bien «nous», car je ne suis pas meilleure que vous – par cette existence sous la férule de la loi qui régente tous les aspects de notre existence que nous avons perdu la plupart de nos réflexes naturels, tout sens de l’initiative et toute capacité à réfléchir par nous-mêmes. Et lorsque nous nous sentons opprimés, exploités et victimes d’une injustice, notre premier réflexe est de soumettre nos doléances à nos maîtres, de manifester pour qu’ils acceptent de nous écouter et décident, dans leur grande magnanimité, de nous accorder leurs gracieuses faveurs. Nous sommes si domestiqués que nous ne pouvons plus concevoir vivre autrement que comme des bêtes de somme, c’est-à-dire sous le régime de la loi, élaborée par un gouvernement représentatif et appliquée par une poignée de gouvernants.

Vous pensiez qu’il y a de «bons policiers» ? Si un individu accepte de soumettre ses semblables au joug de la loi au nom de principes transcendants fumeux – les fameux fantômes de Stirner – comme le «bien commun», la «paix sociale» ou «l’état de droit» et toutes les autres abstractions qui servent à écraser nos visages dans la boue, en quoi cet individu mérite-t-il autre chose que le mépris? Ce n’est qu’au prix de renoncer à tout ce qui fait de vous des individus libres, ce n’est qu’à condition de troquer votre vie pour une survie médiocre que vous pourrez jouir de la protection de la loi. Le flic n’est votre ami que si vous lui baisez les pieds;  ce n’est que lorsque sa botte est bien placée qu’il vous sourit gentiment.

Vous pensez encore que l’anarchie est un radicalisme dangereux? Force est d’admettre que c’est votre belle naïveté qui l’est.

Autre modeste proposition de bombages pour aérosols en panne d’inspiration

Samedi 19 mai 2012


Au yeux du pouvoir, toute forme de liberté est désordre, sauf celle de choisir entre coke et pepsi.

Depuis le début, la démocratie c’est la ciguë.

Ne nous laissons pas mourir d’impatience.

Je comprends pourquoi les émeutes commencent, mais pas pourquoi elles s’arrêtent.

Il est de votre devoir d’être amoral: si vous ne péchez pas, Jésus sera mort pour rien.

Toutes les libertés que vous chérissez ont pour origine une émeute. Embrassez un casseur, pas la police.

«Je ne suis pas humain, je suis de la dynamite.» (Nietzsche) – Pas de leaders, que des détonateurs!

Fuck le trajet prévu, fuck les coups de matraque: sortons des sentiers battus.

Un journaliste, c’est un mouchard avec une heure de tombée.

L’éthique du travail est la morale des esclaves. Ne travaillez jamais.

On ne peut entrer dans un monde meilleur autrement que par effraction.

Si l’opinion publique comptait vraiment, on marquerait encore de nos jours les esclaves en fuite au fer rouge.

Cessez d’obéir, vous justifiez l’entêtement des bourreaux.

Je connais trop les humains pour voter pour eux.

J’écris sur le mur avant de l’abattre.

N’embrassez aucune cause, elles ne donnent même pas la langue.

Qui m’aime se dévêtisse.

Tant que la prison n’aura pas brûlé, nous serons tous en libération conditionnelle.

L’amour n’est pas non-violent.

Contre les idéologies! Le seul mot en «isme» acceptable est le vandalisme!

Le tissu social se déchire: tirons dessus!

Paix sociale: oxymore

Faites un roi de votre enfant intérieur

Mardi 15 mai 2012

Ils disent «enfant-roi» comme si c’était une mauvaise chose. Comme si nous ne méritions pas la pleine souveraineté de notre être. Comme si nous devions nous contenter d’être des enfants-contribuables, des enfants-électeurs ou des enfants-larbins. Comme si nous devions nous contenter des miettes que la société laisse tomber dans notre écuelle.

Dans une monarchie, le monarque veut régner sur une foule de gens, et même sur tous. Voilà pourquoi la nuit, dans mes rêves, je suis l’impératrice de l’univers, la souveraine tyrannique de mon monde intérieur. Mais une fois éveillée, puisque ce que je veux, c’est l’anarchie, je me pince et prends conscience que suis une anarque; je règne sur moi-même, et gare à quiconque tentera de corseter mes désirs.

Pour les libéraux, ces quidams médiocres qui n’ont que le mot «liberté» en bouche et le salissent de leur salive purulente, l’individu est un être plat, sans qualités singulières. Équivalent à tous les autres individus, il est radicalement coupé de toute force ou de tout possible extérieur à ce qu’exige le système qui le produit et dont il est entièrement dépendant, que ce soit les lois du marché ou la logique électorale des démocraties. On peut le classer dans l’une ou l’autre des catégories sociales définies par le pouvoir et s’attendre raisonnablement à ce qu’il joue le rôle qu’on lui a assigné. L’individu bourgeois n’a de valeur que dans la mesure où il devient une abstraction – et comment fait-on pour caresser une abstraction jusqu’à l’orgasme?

Pour les anars, l’individu, loin de voir son existence définie par un modèle unique parce que général, à côté d’individus semblables à lui, affirme au contraire vigoureusement sa singularité, son unicité. Cette singularité absolue de l’anarque implique ainsi tous les autres comme faisant partie intégrante de la sphère du singulier, de son propre. Pourquoi? Parce que la singularité mène à des combinaisons infinies de rapports incessants et imprévisibles, se composant, se décomposant et se recomposant, en devenant toujours plus intimes et plus complexes, et en créant ainsi des subjectivités collectives tout aussi singulières et ephémères que les individus qui les composent. Nous sommes des êtres nés du chaos et rien ne saura étancher notre soif d’aller au bout de nous-mêmes, de nous réapproprier notre vie et de nous consumer dans les flammes de notre désir.

L’individualisme anarchiste mène à l’association, à la rivalité créative, au potlatch et à l’orgie. L’individualisme libéral, celui de l’homme de la masse soumis au marché et aux diktats des majorités démocratiques, mène à l’atomisation, au nihilisme, à l’aliénation des volontés et à l’horreur banale et quotidienne qu’on désigne sous le nom de société.

Quand j’étais petite, je rêvais de devenir princesse. Maintenant que je suis grande, je sais que j’en suis une depuis le début et je m’efforce chaque jour de le devenir un peu plus. Ce qu’il y a de plus beau, c’est que toutes mes compagnes et compagnons d’aventure en sont aussi; c’est avec ces individus solaires et souverains que nous incendieront le monde.

Le trou de la serrure

Mardi 8 mai 2012

Nous sommes ceux et celles qui sont gazés dès que nous exprimons notre dissidence sur la place publique. Nous sommes ceux et celles qui se font éborgner, dont les dents éclatent sous la matraque dès que nous laissons libre cours à notre révolte, à notre désir de vivre selon nos propres termes.

Le sort que les maîtres nous réserve est terrible, mais le sort des maîtres eux-mêmes est à peine plus enviable que le nôtre. Ils ne voient le monde qu’à travers le trou de la serrure – celle du cadenas qu’ils utilisent pour nous tenir nos chaînes en place. Et ce qu’ils peuvent apercevoir n’est guère rassurant, car même s’ils ont affaire aux individus les plus domestiqués, les mieux supervisés, il y a toujours quelque chose qui fuit, qui s’échappe, quelque chose à l’abri de leur regard, quelque chose d’irréductible qui glisse entre leurs doigts balourds de flics.

Voilà pourquoi le désir de liberté – qui n’est rien d’autre que celui de se réapproprier sa vie – me semble beaucoup plus réaliste que celui qui concentre en lui-même toute l’horreur du monde: le désir de contrôle universel, de détournement et de confinement de tous les mots dans le lexique de la répression. Il ne faut pas se laisser berner par la suffisance et l’arrogance de ceux qui considèrent la vie comme rien de plus qu’une simple extension du code pénal, car en réalité, ils sont morts de trouille. Ils tentent par tous les moyens de nous instiller la peur – celle des autres, des étrangers, des bruns, des terroristes, des métèques, des anarchistes, des casseurs. Mais cette peur qu’il veulent nous transmettre n’est rien d’autre que la leur; c’est celle, autrement plus réelle et plus menaçante, que nous échappions à leur contrôle. Voilà pourquoi leurs chiens de garde ne se donnent plus la peine d’aboyer avant de mordre, avant de lâcher les gaz. Voilà pourquoi leur perroquets médiatiques vomissent continuellement une logorrhée qui se fait chaque jour de plus en plus haineuse, de plus en plus délirante. Car même dans les dictatures les plus strictes et les plus sanglantes, l’État a besoin de l’adhésion du plus grand nombre pour assurer sa domination; lorsque les individus cessent de croire en ses lois et en son autorité, ils cessent de faire partie de la meute et deviennent ingouvernables.

Dans Mille plateaux, Deleuze et Guattari illustrent merveilleusement la faiblesse réelle de l’arsenal répressif et technologique apparemment invincible qui se met en place contre nous par la métaphore du tuyau d’arrosage: «Il n’y a pas de système social qui ne fuie par tous les bouts, même si ces segments ne cessent de se durcir pour colmater les lignes de fuite.» Une loi colmate une fuite, mais une autre fuite se déclare un peu plus loin. Les manifs et les émeutes font trembler l’ordre établi? «Encadrons-les strictement et interdisons le port du masque», se disent les maîtres, sans même se douter que les barbares sont déjà ailleurs. Les dispositifs de pouvoir consacrent une énergie considérable à colmater les fuites, car ils ne sont que des tuyaux rouillés qui fuient de toutes parts. Le désir de fuir gronde toujours quoi que fasse l’autorité. Il n’y a pas de transports en commun payants sans fraude, de guerre sans déserteurs, de magasin sans vol, pas d’obligation scolaire sans école buissonnière, de prisons sans tentative d’évasion.

La vie est un flux qui ne saurait être contenu de façon parfaitement étanche. Comment se surprendre alors qu’aux yeux de la loi, la vie est hautement suspecte et potentiellement criminelle? Heureusement, l’espace du désir et de la révolte ne peut pas être entièrement vu à travers le trou de la serrure. C’est à nous, avec notre rage et notre créativité folle et indomptable, d’en explorer la géographie et les potentialités.

E. Armand still rocks

Vendredi 4 mai 2012

Allez savoir pourquoi, je n’arrive pas à penser à un titre moins idiot pour cette note. La semaine a été longue et difficile, j’en ai bien peur…

En faisant un peu de ménage, je suis tombée sur une brochure vieille de plus de cent ans qui traînait (depuis presque aussi longtemps) dans un coin sombre de mon ordinateur. En relisant, je me suis souvenue à quel point j’ai aimé passionnément E. Armand dans ma folle jeunesse (qui remonte à beaucoup moins que cent ans). Ça s’intitule Petit manuel anarchiste individualiste et Armand l’a écrit pour L’Encyclopédie anarchiste de Sébastien Fauré. Étant de nature aussi généreuse que salement égoïste, j’ai décidé de vous l’offrir en le publiant sur ce blog.

Évidemment, je n’adhère pas à tout ce qui ce trouve dans ce texte. Armand est partisan de la petite propriété privée et s’accommode jusqu’à un certain point du capitalisme, ce qui n’est vraiment pas mon cas. Par contre, nous partageons la même sensibilité (particulièrement en ce qui concerne la sexualité) et nous aurions fait de chouettes compagnons.

Bref, une lecture intéressante et toujours d’actualité pour qui en a marre de subir l’horreur ambiante et veut se réapproprier sa vie.

Déprolétarisons-nous

Mardi 1 mai 2012

(Une reprise de 2009, parce qu’elle est à propos et que je suis trop paresseuse pour reformuler et redire la même chose de façon fine et spirituelle.)

Parfois, je me demande quelle serait l’attitude de mes contemporains par rapport à l’esclavage s’il n’avait pas été aboli au XIXe siècle.

(Vous allez me dire, avec raison, que l’esclavage existe toujours — pas besoin de chercher bien longtemps pour trouver des esclaves, on n’a qu’à penser aux «aides domestiques» et aux «danseuses exotiques» immigrantes de ma ville — mais prenons quand même pour acquis, pour les besoins de ma démonstration, qu’il ait été effectivement aboli.)

Imaginons que les esclaves, au lieu d’adopter la seule attitude saine d’esprit (qui consiste à s’enfuir dès que l’occasion se présente pour cesser d’être des esclaves) aient plutôt décidé de former des syndicats. Les esclaves auraient fort probablement réussi, à force de luttes épiques et tragiques, à améliorer leur sort. Ils auraient obtenu des congés, la diminution des coups de fouet, l’amélioration de leurs logements, de leur nourriture, peut-être même la possibilité de choisir avec qui ils peuvent se marier. Avec un peu de chance, ils auraient aussi pu former des partis politiques défendant leurs intérêts, agissant au nom de la classe esclave et faisant d’elle l’agent historique du changement social. Les esclaves auraient fini par chérir leur situation et même craindre de la perdre, de subir l’exclusion et de rejoindre les rangs du lumpen-esclavage. Bref: ils seraient devenus les premiers défenseurs de l’esclavagisme par leur incapacité d’imaginer un monde débarrassé du travail servile.

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Serait-ce possible que nous souffrions du même manque cruel d’imagination en ce qui concerne le travail salarié? Serait-ce parce que le travail tue en nous toutes nos facultés à imaginer une vie par delà le travail?

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Sirventès 3.0

Samedi 28 avril 2012

Si je me fie à une source hautement avisée, le sirvente (ou sirventès, ou serventois) est «un poème à caractère satirique, politique ou moral que chantaient, en langue d’oc, les troubadours d’Occitanie des xiie et xiiie siècles».

C’est aussi le nom que j’ai donné à mes poèmes lorsqu’ils parlent d’autre chose que de mes fesses et de l’usage que j’en fais, seule ou en groupe. Je viens d’en mettre à jour le recueil qui en compte maintenant une trentaine; c’est en pdf, alors n’hésitez pas à le télécharger, votre ordinateur ne sera pas jaloux de votre liseuse. Il y en a même un qui a été mis en musique par Rodrigue – celui-là même qui vient de lancer le clip de Regrets, une chanson dont j’ai écrit les paroles.

À ce sujet, je me rends compte que je parle beaucoup mieux d’anarchie, de liberté et de toutes ces choses fatikantes quand je le fais en vers, ou alors sous forme de texte satirique. J’aurais bien aimé être une théoricienne géniale, mais force m’est d’admettre que je ne touche à la grâce que lorsque je me laisse posséder par mes émotions et par mes pulsions. C’est triste, mais c’est comme ça.

Le temps qu’il fait

Jeudi 26 avril 2012

Ont-ils jeté quelqu’un à la rue aujourd’hui?
Ont-ils incité à consommer aujourd’hui?
Ont-ils promulgué une nouvelle loi aujourd’hui?
Ont-ils testé un drone de surveillance aujourd’hui?
Ont-ils vendu des corps à la pièce aujourd’hui?
Ont-ils trempé leurs mains dans le sang aujourd’hui?
Ont-ils offert leur vie à Dieu aujourd’hui?
Ont-ils fait un profit aujourd’hui?
Ont-ils menti sur les ondes aujourd’hui?
Ont-ils tordu le cou des poulets zombis aujourd’hui?
Ont-ils brandi des drapeaux aujourd’hui?
Ont-ils versé des salaires aujourd’hui?
Ont-ils noyé les champs de lisier aujourd’hui?
Ont-ils lapidé des pécheresses aujourd’hui?
Ont-ils fait fondre les neiges éternelles aujourd’hui?
Ont-ils défilé en rang aujourd’hui?
Ont-ils injecté des remèdes de mort aujourd’hui?
Ont-ils décoré des flics aujourd’hui?
Ont-ils écrasé des visages sous leur botte aujourd’hui?
Ont-ils déterré les corps des ancêtres aujourd’hui?
Ont-ils couronné un taré tyrannique aujourd’hui?
Ont-ils accepté leurs liens aujourd’hui?

Le temps est à l’orage.

Les étudiants au Pays des merveilles

Mercredi 25 avril 2012

— Je ne sais ce que vous entendez par «violence» et «trève», dit Alice. Humpty Dumpty sourit d’un air méprisant.

— Bien sûr que vous ne le savez pas, puisque je ne vous l’ai pas encore expliqué. J’entendais par là : «Voilà pour vous un bel argument sans réplique!»

— Mais «violence » et «trève» ne signifient pas «un bel argument sans réplique», objecta Alice.

— Lorsque moi j’emploie un mot, répliqua Humpty Dumpty d’un ton de voix quelque peu dédaigneux, il signifie exactement ce qu’il me plaît qu’il signifie… ni plus, ni moins.

— La question, dit Alice, est de savoir si vous avez le pouvoir de faire que les mots signifient autre chose que ce qu’ils veulent dire.

— La question, riposta Humpty Dumpty, est de savoir qui sera le maître… un point, c’est tout.

Lewis Carroll, De l’autre côté du miroir (à deux mots près).

Thèses subjectives sur la violence

Mardi 24 avril 2012
  1. J’ai une horreur viscérale, instinctive et irraisonnée de la violence – en cela, je suis comme la plupart d’entre vous. Je suis physiquement faible, émotionnellement délicate et la violence sous toutes ses formes me fout la trouille. Je n’ai aucun courage physique et mon premier réflexe est toujours la fuite. Jadis, lorsque je fréquentais encore les manifs, j’étais toujours la première à prendre la poudre d’escampette dès les gaz lacrymogènes étaient lancés. La vue du sang me fait tourner de l’œil. Tout cela ne signifie toutefois pas que je sois pacifiste et non-violente.

  2. Je ne suis pas d’accord avec la définition que les étudiants de l’ASSE donnent de la violence. Briser des objets inanimés, voler, faire éclater une vitrine, mettre le feu à une poubelle, c’est de la violence. L’insulte et l’abus verbal, c’est aussi de la violence; en fait, je crois que personne ne me contredira si je dis que la violence psychologique à long terme est beaucoup plus dommageable pour un individu qu’un bon coup de poing au visage.

  3. La société telle que nous la connaissons – et telle que la plupart des gens l’envisagent – ne pourrait se maintenir sans violence. Si en démocratie parlementaire le pouvoir repose sur les urnes, ce n’est que de façon symbolique. En réalité, c’est l’exercice de la violence qui permet aux institutions de se perpétuer. Pour transformer les individus en ressources qui lui sont utiles, en main d’œuvre, en consommateurs, en chair à canon ou à trottoirs, la société produit des systèmes de violence rationalisée.

  4. Cette violence existe sous la forme d’une menace constante, un flot ininterrompu de vexations. La possibilité de perdre son emploi à la moindre incartade et par le fait même la source de sa survie en est la plus évidente. La multitude de lois (qu’il nous est impossible de toutes connaître) qui régissent et encadrent strictement tous nos comportements en est une autre. Malgré les beaux discours sur la démocratie et les droits de la personne, la marge de liberté de l’individu dans notre société est très étroite. Au moindre faux pas, cette marge est dépassée et l’individu doit faire face à la violence institutionnelle – au flic, au soldat, au tribunal, à la prison. D’autres institutions sociales comme l’école, l’hôpital, l’institut psychiatrique, l’usine et le bureau qui nous sont présentées comme participant à l’épanouissement de l’individu sont en réalité des lieux où s’exercent la violence du système. Le système de violence est si présent, si constant qu’il se présente à nous comme un bloc monolithique qui n’agit que pour se reproduire, que pour assurer sa propre pérennité.

  1. La morale est une forme de violence exercée par les institutions sur les individus. Voilà pourquoi ce n’est que la violence institutionnelle qui est moralement acceptable, pas celle des individus.

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Ne demandez plus la permission pour vivre

Dimanche 15 avril 2012

Celle qui veut jouir librement
Et celui qui veut goûter le miel de la vie
Trouvent toujours devant eux
Un uniforme pour leur barrer la route.

Celle qui veut étreindre les bras du ciel
Celui qui veut éjaculer le foutre des étoiles
Se trouvent toujours enchaînés, matraqués
Avilis par le ressentiment démocratique

Car le capitalisme nous oblige à troquer notre vie
Pour une survie médiocre fleurant le plastique
Nous contraint à brider nos désirs
En échange d’une distraction perpétuelle
Nous ampute de la totalité de notre être
En faisant de nous des moins que rien:
      Des citoyens fichés, jaugés, passeportisés,
      Munis de papiers à torcher estampillés
      Des Untermenschs qui ne sont utiles
      Que lorsqu’ils forment un groupe commode
      Un marché, un électorat, une main d’œuvre
      Des agents économiques rationnels
      De la chair à canon ou à trottoir

Et lorsque la coupe déborde
Lorsque ça suffit y’en a marre basta trop c’est trop
Les professionnels patentés de la contestation
Et les perroquets castrats de la presse urinaire
Exigent que nous soyons raisonnables
Imputables et socialement responsables
Que nos demandes soient simples et claires
Que nous déambulions en rang sagement
Dans l’espoir d’une décision magnanime
De notre maître miséricordieux
Notre pègre qui est aux cieux

Je ne suis pas raisonnable
Je ne fais pas de choix sensés
Mes gestes sont gauches et impudiques
Mes paroles inadéquates et gênantes
Je suis intolérable car je ne veux plus
Demander la permission pour vivre
Je suis intolérante car je ne veux plus
Me contenter de McSurvie
Dans son format jetable pratique

Ne demandez plus la permission pour vivre
Pour étreindre enfin les bras du ciel
Pour éjaculer tout le foutre des étoiles
Donnez librement vos particules d’extase
Prenez tout ce que votre oeil embrasse
Chaque fois que le Léviathan a le dos tourné.

On vous a privé de votre vie? Volez-la en retour!

Vendredi 30 mars 2012

Je me suis longuement interrogée sur un paradoxe qui me semble central à nos sociétés post-industrielles et qui concerne l’individualisme. Il va comme suit: à peu près tout le monde s’entend pour dire que l’individualisme est omniprésent, mais si vous vous dites individualiste, vous serez universellement conspuée. Les gens seraient-ils individualistes sans le vouloir? Se détesteraient-ils eux-mêmes d’être égoïstes?

Je crois qu’une des pistes à explorer pour comprendre ce paradoxe réside dans l’institution de la propriété, qui par essence est une institution collective radicalement opposée à l’individu. Les gens ne sont pas réellement individualistes: les plus opprimés ne font que se débrouiller comme ils peuvent pour survivre par eux-mêmes, alors que les plus riches sont les moins individualistes d’entre tous, puisqu’ils travaillent de concert pour maintenir tout l’appareil oppressif qui leur permet de conserver leur pouvoir. Le seul comportement individualiste qui est encouragé est celui de l’échange commercial qui, selon des règles qui nous sont strictement imposées, orientent nos désirs vers l’entonnoir de la consommation. Le reste de notre existence est faite d’abnégation et de déni de soi, par le sacrifice de nos désirs les plus profonds et l’abrutissement par cet esclavage à temps partiel qu’on désigne sous le nom de travail. Si la seule lueur de liberté de notre pauvre existence est la propriété, et que cette propriété a besoin d’un lourd appareil répressif (et par définition collectif) pour se maintenir, il devient évident que l’individualisme devient une menace à combattre. D’où l’étrange paradoxe de l’individualisme constaté (celui de la consommation) et conspué (celui qui menacerait l’appareil social permettant la pérennité de l’oppression).

Ce qui me mène à penser qu’on ne peut pas être vraiment – c’est-à-dire pleinement – individualiste tout en adhérant au principe de propriété. Le geste le plus magnifiquement égoïste est de s’attaquer à la propriété en vue de l’abolir.

L’économie – qui n’est rien d’autre que la domination de la survie au détriment de la vie – est essentielle au maintien de toutes les autres formes de domination. Sans la menace de la pénurie, du manque, de la carence, il serait difficile de contraindre les individus à l’obéissance, à la routine quotidienne et mortifère du travail et du salariat. La propriété, qu’elle soit publique ou privée, isole l’individu du monde en créant une situation dans laquelle il doit demander une permission de consommer par l’échange économique plutôt que de simplement prendre ce qu’il désire ou ce dont il a besoin. De cette façon, différents niveaux de pauvreté sont assurés à tous, même aux riches, parce que sous la tutelle de la propriété, ce qui est interdit dépasse largement ce qui est permis de posséder. La domination de la survie au détriment de la vie est ainsi maintenue.

Bref, la propriété est une clôture et garder une clôture érigée demande qu’une multitude d’institutions oppressives agissent pour corseter et museler l’individu. Ce n’est qu’en abattant cette clôture qu’on peut espérer passer de la survie à la vie.

Voilà pourquoi il est si bon de voler et de squatter. Le vieux dicton avait raison: le crime ne paie pas – il donne. Le meilleur moment d’une manifestation, c’est lorsqu’elle tourne à l’émeute. Et le meilleur moment de l’émeute, c’est lorsqu’il y a de la casse, des vitrines qui éclatent et des étals qui se vident. Que ce moment soit universellement décrié de gauche à droite, par tous les idéologues, montre bien qu’il y a quelque chose d’important, de crucial qui s’y déroule; quelque chose d’irréductible au jeu de la politique.

Bien sûr, frauder l’aide sociale et faire du dumpster diving permet de survivre sans avoir à s’enchaîner au travail, mais ces activités restent à l’intérieur de l’économie, sans vraiment l’attaquer. Il en va de même pour les squatters qui font valoir leur droit à l’habitation ou essaient de régulariser légalement leur statut, ainsi que pour les voleurs qui font de leurs délits un job comme n’importe quel travailleur dans le seul but de participer à la messe collective de la consommation. Ces gens n’ont pas intérêt à détruire l’économie; tout ce qu’ils désirent , c’est une plus grande part du gâteau, qu’on repousse un peu la clôture à leur avantage. Par contre, ceux et celles qui squattent et qui volent dans une logique insurrectionnelle le font en défiant la logique de la propriété, c’est-à-dire en refusant d’accepter la rareté imposée par l’économie et en refusant de se soumettre aux exigences d’un monde qu’ils n’ont pas créé.

Le vol insurrectionnel se produit lorsqu’un individu prend ce qu’il désire sans demander la permission à quiconque, chaque fois que l’occasion se présente. Il s’agit alors d’un acte de défiance envers les règles économiques qui nous sont imposées. Il s’agit alors de prendre au tas une parcelle de l’abondance et de la beauté du monde qu’on a étouffé avec des clôtures. Il s’agit alors d’un acte insurrectionnel. Prendre ce que l’on désire, tout en donnant à tous ce que l’on produit, c’est ce qu’on appelle le communisme et ça, on peut le vivre immédiatement, ici, maintenant.

Pour assurer le contrôle social, les individus se font, dès leur naissance, dépouiller de leur vie. En échange, ils reçoivent la survie économique, l’existence misérable faite d’esclavage à temps partiel et de transactions commerciales qui le tuent à petit feu. On vous fait miroiter la possibilité de pouvoir racheter votre vie à prix fort, possiblement à crédit. À votre dernier souffle, vous paierez encore sans avoir connu ne serait-ce qu’une minute de liberté. Si on ne peut ni acheter, ni mendier notre vie, alors la seule solution est de la voler – c’est-à-dire prendre ce que l’on désire sans demander la permission.

Modeste proposition de bombages pour aérosol en panne d’inspiration

Lundi 26 mars 2012

Source: Mimmo Pucciarelli

Une seule journée du cours normal des choses est plus violente qu’un mois d’émeute.

Ni dieu, ni maître, ni petite culotte.

Toutes les libertés que vous chérissez ont pour origine une émeute. Embrassez un casseur, pas la police.

L’économie est chancelante. Donnons-lui un bon coup de pied pour la renverser.

Incendiez des voitures! La fumée disperse les gaz lacrymogènes.

Créons un présent à la hauteur du futur dont on rêvait dans le passé.

Appuyons nos troupes – mais seulement quand elles tirent sur leurs officiers.

On a le gouvernement qui m’irrite.

Pour être promis à un brillant avenir, incendions le présent.

La police ne nous protège pas des sociopathes: elle tient ses ordres directement d’eux.

Il n’y a pas d’âge pour aimer, ni pour se révolter. Soyez sages: agissez selon votre rage.

Je suis antisociale parce que la société est anti-moi.

Le bonheur ne s’achète pas. Volez-le.

Poésie par le fait !

Lumpenprolétariat diplômé: dans la rue!

Ils nous ont dérobé nos rêves: dépouillons-les de leur sommeil.

Le printemps n’a pas à être qu’arabe! Shish kebab, t’es capable!

Pas de revendications, pas de compromis.

Perdons toute notion de nation.

Les sans-espoir sont notre seul espoir.

Les gens ne sont pas stupides, ils sont abrutis. Guerre aux médias! Guerre à l’école!

Ne vous fiez pas à Martineau et à Gendron : nous sommes beaucoup plus dangereux qu’ils le laissent entendre.

Pacifisme: ne rien changer, une manifestation à la fois.

Quand on me fera un procès, je dirai que c’est la faute de la société.


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