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Commentaires désobligeants (de 2015)

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(Glanés ici et là et placés encore une fois pêle-mêle sur cette page afin que rien ne se perde.)

Cruelle déception

Quand j’étais petite, je pensais que les écrivains vivaient dans d’immenses manoirs remplis de livres, de papiers et de sorties secrètes.

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Garantie

— Est-ce qu’il faut que je garde ces papiers ?

— Oui. Je crois que c’est une garantie de quelque chose.

— D’accord, je les range. Tu sais que je t’aime, ma chérie ?

— Oui. Je crois que c’est une garantie de quelque chose.

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Le presse-jus

Dans mon rêve, Réjean Ducharme a pris ma main en me disant: «Je vais te montrer comment je m’y suis pris pour écrire mes romans». On a marché un moment, puis je me suis retrouvée dans un aréna. Au milieu de la patinoire se trouvait une machine que j’ai d’abord prise pour une surfaceuse, mais que Réjean désignait sous le nom de «presse-jus». Il m’a ordonné de me dévêtir, puis m’a attaché à l’engin avec des câbles informatiques.

Dès que le presse-jus a été mis en marche, des hommes et des femmes sont apparus sur la glace. Certains se sont mis à patiner, mais la plupart se sont mis à copuler frénétiquement. Il y avait même quatre ou cinq hommes qui faisaient les deux à la fois, emboîtés à la queue-leu-leu. Après un moment, la glace s’est transformée en sperme et tous les personnages se sont retrouvés pris au piège; un femme y était tellement enfoncée que seuls ses cheveux dépassaient.

Dans les estrades, des hommes cravatés tenaient à bout de bras des petits drapeaux et des cartons portant des numéros. Je me suis réveillée en me demandant pourquoi le juge Québécois m’a seulement donné un 5.

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C’est au poil

— Je vous écris parce que vous avez le regard d’une louve alpha.

— Fait cocasse: mes jambes sont aussi pourvues de leur pelage soyeux.

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Le fond de l’air est brun

Quand l’air du temps est aussi pourri qu’il ne l’est en ce moment, l’impopularité et la mauvaise réputation deviennent des titres de noblesse.

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Je les passerais tous à la casserole

Tranche de vie pansexuelle. J’aime tellement tout que je finis par ne plus savoir ce que j’aime.

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Argument catégorique (1/2)

Quelle est selon vous la passion dominante de l’espèce humaine? Le sexe? L’argent? L’agression? La superstition? Les intoxicants divers? L’obéissance? La bonne vieille haine? Moi, je crois que c’est la catégorisation. Je pense que le cerveau humain ne peut pas s’empêcher de catégoriser; c’est juste plus fort que lui. Un vague point commun entre des phénomènes pris au hasard et paf! Nous avons une catégorie. C’est ainsi, on ne peut pas se battre contre ses propres mécanismes de cognition et j’admets la chose comme une fatalité. Ce qui me désole, par contre, c’est que ces catégories – qui ne sont finalement rien de plus que des produits de notre pensée – finissent presque toujours, à l’usage, par se retrouver parées de propriétés plus ou moins miraculeuses, faussement intrinsèques et surtout plus vraies que les éléments réels qui les composent. La catégorie finit toujours par gagner, surtout quand vient le temps de classer les individus. Même ceux et celles qui sont victimes de cette manie mentale pleureraient des larmes de sang de se retrouver orphelins de catégorie. La passion de catégoriser est inscrite dans nos gènes. Elle se trouve à la base de toutes les exploitations et de toutes les injustices que notre espèce minable a pu engendrer. Peut-être serait-ce le temps d’en prendre conscience et de commencer à nous méfier de nous-mêmes.

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On s’attire la haine en faisant le bien comme en faisant le mal

J’ai lu Le Petit Prince à ma fille et elle a eu le culot de me dire qu’elle trouvait ça niaiseux. Alors ce soir, je compte bien me venger: je vais lui lire le Prince – celui de Machiavel. Qui sait, ça va peut-être lui faire passer ses envies de devenir une princesse.

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La porn, ça me rase

La pornographie mainstream est faite par des hommes hétérosexuels, pour des hommes hétérosexuels – je crois que c’est assez évident. Je me demande alors pourquoi les acteurs sont si peu souvent moustachus ou barbus? Certainement pas parce que les hommes hétérosexuels n’aiment pas la pilosité faciale – ils n’arrêtent pas de nous emmerder avec ça chaque année, du 31 octobre au 1er décembre. Ma théorie à ce sujet, c’est qu’ils sont capables d’admettre que les hardeurs puissent avoir une bite plus grosse que la leur, mais jamais, au grand jamais, un pelage plus fourni et plus soyeux. Ou peut-être alors qu’il y a un lien avec les pubis rasés; qu’il faut éviter toute confusion pour que tous sachent exactement à qui appartient le pouel.

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Quasi-nihilisme

Je suis follement amoureuse des désespérés, de ceux et celles qui sont revenus de tout et dont la foi en l’humanité ne tient qu’à un fil –, mais seulement s’ils arrivent encore à rire et à être vaguement gentils avec leurs semblables, en souvenir du bon temps.

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Terreur et désir

Dans «Le livre des fantasmes», Brett Kahr développe une théorie sur l’origine traumatique des fantasmes sexuels. Pour lui, le fantasme est un mécanisme de défense, une façon de transformer nos blessures de l’âme en source de plaisir. Je ne sais pas pour vous, mais moi, je trouve que ça lumineux. Ça expliquerait peut-être pourquoi à peu près tout m’excite – alors que le monde entier me terrorise.

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Poésie administrative

Dans Mille plateaux, Deleuze et Guattari avancent que «dans tout mot d’ordre, même d’un père à son fils, il y a une petite sentence de mort». J’ai été frappée ce matin par la justesse de cette idée. Après des mois de communication gouvernementale au sujet de l’austérité – ce supplice de la goutte que les libéraux font subir à la population – il est clair que la rhétorique du pouvoir n’est pas celle de «l’information» et encore moins celle de la «consultation», mais bien celle de la discipline, du fouet: elle agresse, blesse, mutile. Toujours dans Mille plateaux : «On s’en aperçoit dans les communiqués de police ou de gouvernement, qui se soucient peu de vraisemblance ou de véracité, mais qui disent très bien ce qui doit être observé et retenu. L’indifférence des communiqués à toute crédibilité touche souvent à la provocation.» Le pouvoir n’a pas besoin d’être crédible dans son discours, parce que c’est son exercice de la violence qui rend le pouvoir crédible. Un imbécile heureux comme Bolduc n’a aucune obligation d’être sensé ou logique dans ses déclarations publiques; son discours n’est pas une argumentation ou un «dialogue démocratique», mais une agression pour l’imposition de l’ordre. Si j’étais universitaire, je dirais qu’il y a là tout un champ d’études. Le corpus d’analyse est colossal: tous ces communiqués de presse gouvernementaux, ces rapports financiers et statistiques, ces prospectus d’entreprises, ces publicités sociétales ou commerciales, sont des «mots d’ordre» dont la fonction n’est pas d’informer, mais de commander – de faire plier les corps, en les tordant au besoin. On constaterait que ces mots sont des actes qui opèrent des «transformations incorporelles» – qu’ils sont des outils qui agissent dans la matérialité des choses, une manière d’exercer la violence qui est la seule véritable assise du pouvoir.

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Lettre au ministre que tous ont oublié

Cher Yves, Tu permets que je te tutoies? Bien sûr que tu le permets; nous sommes au Québec, après tout. Nous formons une belle gang de gensses tous pareils qui doivent se serrer les coudes contre les pas fins, les autres – les Anglais, les méchants musulmans ou les deux (ça dépend de la version du jour). C’est notre façon locale de mener la lutte des classes : en faisant semblant qu’elle n’existe pas. On réussit parfaitement bien, d’ailleurs ; en cela, je crois que le Québec devrait être mis de l’avant comme un modèle de gestion des masses de crottés, un phare pour tout l’Occident, voire le monde entier. Même PKP partage ses selfies de poutines chez tante Gertrude sur Facebook, c’est dire comme on est tous pareils. Mais je m’égare. Je t’écris ce matin pour te dire à quel point ta démission m’attriste. Je t’aimais bien, Yves. Tu incarnais parfaitement l’idée que mes compatriotes se font de la chose publique en général et de l’État en particulier : quelque chose qu’il faut accepter avec fatalité, avec l’option de changer de temps en temps le postérieur qui use la banquette de l’Assemblée nationale. Ça n’a pas de réel impact sur quoi que ce soit, mais ça donne un sujet de conversation supplémentaire lorsqu’on a fini de se plaindre de la météo. Et toi, Yves, tu étais un postérieur de catégorie A. Un morceau de choix. Tu étais une main de fer dans un gant acheté à l’Aubainerie. Tu étais le visage simplet et débonnaire de l’oppression. Ta simple présence sur nos écrans nous lançait un message hautement démocratique : il n’est pas nécessaire d’être spécialement doué, intelligent ou même alphabétisé pour être notre Maître. Suffit d’en être un, un Maître, tout simplement. Aujourd’hui comme à l’époque de la monarchie héréditaire, les voies du Seigneur sont impénétrables et le fait de se retrouver du bon côté du fouet n’a rien à voir avec le mérite. Tu étais un peu profiteur, un peu demeuré, tu n’avais pas beaucoup de jugement et la culture d’un type qui s’est nourri exclusivement à la mamelle du réseau TVA. Ce sont là des qualités humaines qui, règle générale, ont tout pour m’agacer, mais qui me plaisent au plus haut point chez les olibrius dont le rôle est de prêter leur visage aux dispositifs du pouvoir qui me violentent. Contrairement à un ministre «compétent», tu étais trop occupé à te dépatouiller dans ta propre boue pour te concentrer sur ton vrai travail, celui de nous faire accepter avec bonheur le bât et le licou – et en cela, je te serai pour toujours reconnaissante. En prime, tu étais une source inépuisable de distraction spectaculaire et c’est vraiment à regret, avec une larme à l’œil, que je te vois vider ton bureau ministériel et faire tes cartons. Si l’État, la domination sociale et la violence érigée en système restent toujours inamovibles et inaltérables, les politiciens et les ministres vont et viennent, indiscernables, comme des feuilles mortes dans le vent. Dans quelques mois, on t’oubliera, Yves, et c’est bien dommage. Une autre mascotte ahurie deviendra la cible de l’émoi populaire, c’est dans l’ordre des choses. Moi, je ne t’oublierai pas ; tu auras toujours une place dans mon cœur.

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J’ai écrit ceci avant que la gauche morale devienne la gauche d’ordre

La gauche morale me tape encore plus sur les nerfs que la droite de l’ordre, mais ça, c’est mon propre petit problème. J’y travaille fort.

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Offense

L’idée du péché est disparue de notre culture. Même la droite conservatrice n’ose plus en parler publiquement – et je suis la première à m’en réjouir. Il semblerait toutefois que la nature (sociale) ait horreur du vide. Et que ce vide ait été remplacé par l’offense. Il est désormais impossible de pécher – ou, du moins, il est maintenant très improbable de se voir contrainte de confesser et d’expier publiquement ses péchés. Par contre, il est devenu incroyablement facile d’offenser. Même les censeurs autoproclamés du discours public finissent par se faire prendre à leur propre piège, à un moment ou à un autre, car quelle que soit la position d’oppression dans laquelle on se trouve, il y en existe toujours une autre pire que la nôtre qu’on finira, parfois par le simple usage d’un vocabulaire périmé, par offenser. Un conseil: malgré toute votre bonne volonté, la rectitude de votre pensée et la pureté de vos intentions, commencez tout de suite à faire l’inventaire de tous vos privilèges – surtout de ceux dont vous n’êtes pas en droit d’ignorer – et exercez-vous à vous excuser et à proposer des mesures pour corriger votre nature (sociale) pervertie. Cela dit, n’allez quand même pas jusqu’à remettre en cause les dispositifs de pouvoir qui se trouvent à la source de ces positions d’oppression. Ça, c’est trop fatiguant – et puis il y a tant de chroniqueurs imbéciles à surveiller, comment pourrait-on trouver le temps de faire une chose pareille?

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AA se fait son propre porno

Un scénario de film porno qui m’excite particulièrement, c’est celui de la femme qui reste habillée et qui est témoin des ébats passionnés de deux hommes. C’est dans ce genre de vidéo que j’arrive le plus facilement à m’identifier à un des protagonistes: la voyeuse émue devant tant de grâce et de beauté virile. Peut-être que ça vous semble simple comme script, mais c’est drôlement difficile à trouver: la plupart du temps, la dame participe – et bien que ça me plaise aussi, ça ne correspond pas exactement à ce que j’ai envie de voir. Je préfère qu’elle reste là, à contempler le spectacle. Ou qu’elle se branle discrètement, à la rigueur, mais qu’elle laisse les adonis s’aimer sans s’interposer. Il y a des vidéos qui se rapprochent de mon fantasme, mais d’une façon qui me laisse perplexe. Le premier genre, ce sont les films de cuckolding: madame, qui batifole avec son amant, est surprise par le mari qui est illico humilié et forcé de sucer l’engin du surmâle qui se tape sa tendre moitié. Je crois qu’il faut être adepte de soumission pour vraiment apprécier la chose; moi, ça me rend triste pour le pauvre mari qui n’a jamais l’air trop consentant. Et il y a toute cette idée que c’est humiliant de mettre une quéquette dans sa bouche, idée qui fleure le parfum astringent du bon vieux patriarcat des familles. Mais bon, je ne juge pas, les fantasmes sont une façon de gérer l’existence de merde qu’on nous impose. La seconde catégorie, c’est celle qui met en scène deux potes qui se tripotent pendant que bobonne est partie au supermarché et qui se font surprendre par la mégère en pleine séance d’intromission priapique. La dame en question se met alors à pousser des cris d’orfraie pendant que les messieurs, penauds, se rebraguettent à la hâte. Encore là, je ne suis pas vraiment satisfaite: mais qu’est-ce qu’elle a à se plaindre, cette querisse de chanceuse? Curieusement, la plupart de ces vidéos sont tournée en Russie et je ne peux m’empêcher de penser qu’il y a un lien quelconque avec la politique du gouvernement envers tous ceux et celles qui ne sont pas de stricte obédience hétérosexuelle.

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Le Québec aime ses intellos – not

On croirait entendre Duplessis et ses «joueurs de piano». C’est le cycle éternel du «progrès» social, probablement. Le Québec a vraiment de la misère avec les intellectuels. Sa petite élite friquée réussit le tour de force d’être à la fois anti-intellectuelle et anti-populaire, au nom d’un populisme si bête et décervelé qui ne peut être autrement qu’efficace. J’ai l’air d’une chinouèse. J’ai une sexualité hors-norme. On serait porté à croire que ça me vaut des poches pleines d’insultes sexistes, racistes et homophobes. Et bien non, pas tant que ça, finalement. Ce que je récolte surtout – de la part des Kebs, en tout cas – ce sont des commentaires sur le fait que je suis une intellectuelle pelleteuse de nuages socialo-bobo habitant le Plateau qui crache sur les gens ordinaires par son usage immodéré de mots compliqués (comme le mot «immodéré»). On me dit que je suis «déconnectée» des «vraies affaires» et que je «méprise le peuple». Ce qui en fait n’est pas faux: je suis une ermite misanthrope pauvre comme la gale qui vit dans un demi sous-sol qui essaie très fort de se déconnecter de la connerie ambiante. De là à faire de moi un instrument d’asservissement des classes laborieuses, il n’y a qu’un pas. «L’éducation, c’est comme la boisson, y’en a qui portent pas ça», disait encore Duplessis. J’ajouterais que le pouvoir est une drogue pas mal plus dure et ses effets sur les neurones sont désastreux.

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J’aurais dû m’en apercevoir plus tôt

En fin de compte, notre société n’est pas hypersexuée, finalement. Elle est juste hyperhétérosexuelle.

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L’obéissance, c’est trop risqué

Il m’apparaît flagrant que plus nous sommes sages, obéissants, passifs et domestiqués, plus nos Maîtres deviennent paranoïaques, plus ils déploient des trésors d’ingéniosité pour nous surveiller, nous contrôler, nous écraser contre le sol. Alors que le monde court à sa perte, que les inégalités n’ont jamais été aussi flagrantes et démesurées, que le climat se dérègle de façon irrémédiable et que l’humanité fait face à sa propre extinction, jamais n’avons-nous été aussi passifs et obéissants. Exit les jacqueries et révoltes paysannes qui étaient endémiques du Moyen Âge au XVIIIe siècle. Exit les révoltes d’esclaves et les émeutes urbaines du XIXe siècle. Exit les grèves sauvages et les mouvements révolutionnaires du XXe siècle. Jamais n’avons-nous été autant domestiqués. Pourtant, ce n’est jamais assez pour nos Maîtres; notre obéissance doit être absolue, sans faille. Même les actes d’opposition les plus bénins, comme nuire à la circulation automobile et retarder l’heure d’ouverture des commerces, sont considérés comme des drames épouvantables et des menaces à la cohésion sociale par ces individus ignobles et sans scrupules qui nous entraînent dans leur course effrénée à l’autodestruction. Je pense de plus en plus que nous avons atteint le paroxysme de la civilisation. Les mécanismes de contrôle sont maintenant si perfectionnés que l’idée même de la révolte n’est plus concevable. Dès l’enfance, notre autonomie est broyée par les neuroleptiques, la télévision, le consumérisme et le dressage qu’on appelle «scolarisation». Une fois à l’âge adulte, on nous enchaîne à notre sort avec l’endettement et le tour est joué: le monde est cadenassé et il n’y a plus d’issue possible. Il ne reste plus qu’à regarder nos Maîtres pavoiser et s’énerver contre des menaces chimériques à leur domination qui n’existent que dans leur cervelles malades. Parce qu’en ce qui nous concerne, il y a longtemps que nous sommes devenus inoffensifs, puisque nous avons perdu le désir de vivre. Pire: nous nous sentons vaguement coupables de demander les maigres moyens d’assurer notre survie. Pour nos Maîtres, nous ne méritons même pas les miettes qu’ils nous jettent; il faut d’abord les rassurer sur notre totale dévotion avant d’espérer pouvoir les mettre dans notre bouche. Je vous souhaite une bonne nuit. La mienne sera longue, obscure et sans espoir de rédemption.

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Argument catégorique (2/2)

Eucaryote. Animal. Bilatérienne. Deutérostomienne. Chordée. Mammifère. Primate. Hominidée. Homo sapiens. Mongoloïde. Femelle. Droitière. Brunette. Femme. Occidentale. Nord-Américaine. Canadienne. Québécoise. Outaouaise. Petite-bourgeoise déclassée. Salariée à faible revenu. Intellectuelle. Surdiplômée. Écrivaine. Mère célibataire. Apostat catholique. Queer. Malade mentale. Minorité visible. Vous n’avez toujours aucune idée de qui je suis vraiment. Ou plutôt : l’idée que vous vous faites de moi est totalement fausse.

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Mouton noir

C’est plus fort que moi: chaque fois que quelqu’un me parle de «valeurs communes», je ne veux vraiment pas faire partie de sa gang.

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Demand NOTHING obtain EVERYTHING

En 2012, les étudiants se faisaient reprocher de lutter pour leurs propres intérêts économiques et corporatistes; qu’ils étaient des privilégiés qui ne voulaient que presser le citron en leur faveur. En 2015, ils se font reprocher de ne pas se mêler de leurs affaires, de faire la grève pour une cause qui les dépasse et qui ne les regarde en rien. MORALITÉ: le mieux, c’est de ne pas avoir de revendications – surtout que personne (et surtout pas le gouvernement) est en mesure de les satisfaire. Et puis ça évite de se sentir obligées de se justifier à ces salopards qui monopolisent les média.

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La gestion est une science géologique

Ce qui est bien avec la lucidité et la saine gestion des finances publiques, c’est que tout ça est non-idéologique. Nous sommes dans le domaine de la réalité et des faits. Le déficit et la dette étant des phénomènes naturels, comme les cyclones et les tempêtes de neige, lutter contre eux n’est que du pragmatisme et du bon sens. C’est un simple hasard si cette lutte correspond en tous points au programme des cinquante nuances de la droite. Juré craché. Blague (et ironie) à part, on a ici un bon exemple de ce que signifie un droit dans une démocratie libérale. L’important, c’est que le droit existe et que les institutions qui l’incarnent (l’État, le tribunal, l’hôpital) soient préservées. Que les individus puissent l’exercer est totalement accessoire – voire nuisible.

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De l’emploi de la majuscule par l’anarchiste individualiste

En gros, voici ce que l’Ordre essaie de nous dire : «Arrêtez de vous plaindre qu’on ne respecte pas vos Droits. Qu’on vous empêche de vous exprimer, de vous réunir, de manifester ou qu’on porte atteinte à votre «Droit la vie, à la liberté et à la sécurité de votre personne» à grands coups de balles en plastique dans la gueule. Enfants gâtés, confus et irresponsables que vous êtes! Vos Droits sont parfaitement respectés dans leur existence. Ils sont écrits partout, en lettres bien droites et claires; c’est ce qui nous distingue de la barbarie, de tous ces peuples ignares et superstitieux qui croient aux pouvoirs magiques des hochets et des grigris. Nous vivons dans une société de Droit et ces mots écrits en lettres droites et claires sont tout-puissants, voire divins. Ce n’est pas parce que vous ne pouvez pas les exercer que vous n’avez pas de Droits. Les Droits, ce sont des principes abstraits – Stirner les appelle des Fantômes – des entités impalpables à vocation universelle qui se situent au-dessus de nous, misérables individus, par-delà notre vie et même notre médiocre existence, dans le monde magique des Chartes, des Constitutions, de la Jurisprudence. Ce qui est important, c’est que les Droits existent et ce sont les institutions qui leur donnent corps: le gouvernement, les tribunaux, l’armée et, oui, la police. Si les institutions sont préservées, le Droit existe. Donc, en vous attaquant à elles, c’est vous qui niez vos Droits et donc, vous méritez votre sort. On va même vous envoyer la note du blanchisseur si vous tachez les beaux uniformes de nos agents avec votre sang.»

Je constate que chaque fois que je fais la stirnérienne, la manie de mettre des majuscules aux Fantôme me prend.

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Pousse, pousse, pousse, pousse le gros légume

Selon les critères de Gramsci, je suis une intellectuelle organique. Ça ne me surprend pas; en ce moment je me sens moche et mal foutue comme un légume bio.

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Élégie

Phrases à inclure dans mon testament: «J’avais de chouettes idées pour rendre la cérémonie funèbre plus rigolote, mais elles n’ont sûrement pas été retenues. Ce n’est pas grave: toute ma vie, j’ai eu de chouettes idées qui n’ont intéressé personne.»

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Avis aux générations futures

Le gouvernement aime beaucoup les générations futures, mais n’aime pas du tout les jeunes. Je conseille donc fortement aux générations futures de résister à la tentation de naître — ça vaudra mieux pour elles.

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Ne tuez pas la laideur du monde

La civilisation post industrielle, c’est l’inversion de l’esthétique érigée en morale. Ainsi, lorsqu’on détruit quelque chose de laid (comme une machine distributrice), c’est une abomination, mais quand on agresse la beauté (une étudiante – voire la vie sur terre elle-même), on sourit avec satisfaction en applaudissant à tout rompre.

Autrement dit : méfiez-vous de votre empathie. Si la destruction de marchandises vous horrifie, serait-ce parce que vous en êtes une vous-même?

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Le silence assourdissant

Ce serait vraiment bien si la majorité silencieuse fermait sa grande gueule quelques minutes.

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C’est vrai que je devrais moins écrire et lire beaucoup plus

Sur Facebook, ce sont toujours les ignorants qui m’enjoignent à lire des livres et à m’éduquer. Il y a quelque chose de socratique dans cette sagesse que je goûte avec modestie et délectation.

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Vases communicants

Nos Maîtres: ils limitent les ablutions à un seul bain par semaine et nous traitent de crottés.

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Calembour onirique

J’ai rêvé que j’étais dans une manifestation féministe mixte où les hommes étaient priés de se tenir à l’arrière. Ma mère, qui était à côté de moi, eut ce commentaire: «Les manifs, ça ne donne pas grand-chose, mais au moins ça change le mâle de place.» Je ne devrais pas grignoter du tofu cru juste avant d’aller me coucher.

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Poésie printanière

Le temps est doux, les corps se dénudent et l’air se charge de pollen; j’ai le nez qui mouille et la chatte qui coule.

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Les mémoires d’un pied bot

Comme la plupart d’entre vous, on m’a brisé les jambes à la naissance. Je suis quand même chanceuse: d’autres se les ont fait carrément arracher. L’éducation que j’ai reçue par la suite ne m’a été d’aucune utilité pour les réparer. Aujourd’hui, ces mêmes individus qui m’ont fracassé les os s’étonnent et s’offusquent que j’arrive à peine à marcher en claudiquant ; ils dissertent sans fin sur ma paresse, ma culpabilité et la nature profondément viciée de mon être. Ô vous, manchots, bancals, bancroches, boiteux, tortus, cagneux, et culs-de-jatte, vous mes semblables, mes camarades d’infortune, n’assumez aucune responsabilité et surtout, ne vous excusez jamais, au grand jamais.

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Sauvée par l’Apocalypse

On peut difficilement comprendre un texte en ignorant complètement son contexte. Or, quand je lis Laozi and Zhuangzi, je suis frappée par la pertinence de leur propos, même si j’ignore à peu près tout de la Chine des VIe et IVe siècles av. J.C. Ce qu’ils racontent semble s’appliquer au monde qui m’entoure ; on dirait qu’ils ont écrit pour moi – en particulier Zhuangzi. Chaque fois que je me relis, je me demande si ce que je raconte sera encore pertinent dans un mois ou dans un an. Comment avoir l’inconscience d’espérer que ça le soit dans plus de deux millénaires?

Ensuite, je pense au pétrin dans lequel l’espèce humaine s’est enfoncée et ça me rassure un peu : il n’y a aucune chance qu’il reste encore des lecteurs dans deux mille ans. Fiou.

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La fin du monde

La preuve que les campagnes électorales éludent la réalité, c’est que personne ne mentionne le fait que le monde a pris fin. J’ai dit que ça s’est produit en décembre 2012 pour faire mon rigolo, mais c’est selon moi un fait avéré. Les politiciens discutent du motif du papier peint dans une maison qui s’est écroulée. Il faut cesser de se leurrer et admettre une fois pour toute qu’il n’y aura pas d’avenir meilleur, pas de rédemption, pas de justice. Si vous ne le constatez pas en regardant autour de vous, n’ayez crainte: la fin du monde va finir tôt ou tard par vous rattraper, ce n’est qu’une question de temps. Pour paraphraser Orwell, si vous voulez une vision de ce qui vous attend, jetez un coup d’œil à la République Démocratique du Congo ou à la Syrie, qui sont à l’avant-garde de la fin du monde. La fin du monde a rendu caduques les philosophies politiques qui cherchaient à bâtir un monde meilleur. Il est hélas trop tard pour cela : la civilisation a tiré le tapis sous les pieds de l’humanité. La seule option qu’il nous reste, c’est la résistance. La résistance est une politique purement réactive. Les résistants ne se plient à aucune contrainte idéologique ou morale et ne visent aucun objectif spécifique. Les résistants ne peuvent pas être vaincus, car ils n’ont aucun désir de gagner – la victoire étant un mot dorénavant dépourvu de sens. Après la fin du monde, la révolte est une fin en soi, une manière de gagner du temps sur une issue connue à l’avance. Les résistants ne peuvent être ni cooptés, ni récupérés, car ils n’existent en tant que résistants que dans le moment de l’action. Résister, c’est agir comme l’animal qui mord la main de celui qui le tient en cage : la fuite est improbable et de toute façon, il n’y a plus nulle part où aller, mais ce serait un crime de ne pas le faire dès que l’occasion se présente. Résister, c’est la nécessaire réaction à une menace immédiate. C’est un réflexe profondément animal – et donc profondément humain. Même après avoir été complètement vaincu et domestiqué, même lorsque tout espoir est perdu (comme ce fut le cas lors de l’insurrection du ghetto de Varsovie), la bête va ruer et choisir de mourir selon ses propres termes, malgré la certitude que sa fin est proche et certaine, avec l’énergie non pas du désespoir, mais de l’impossibilité démontrée d’entretenir de l’espoir.

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Le sexe, c’est la queue et rien d’autre

Pourquoi deux femmes hétérosexuelles peuvent coucher ensemble sans remettre en question leur orientation sexuelle, alors que deux hommes qui fricotent ensemble sont automatiquement gay? La réponse est simple: LE PÉNIS. Dans notre culture (phallocentrique), le sexe passe nécessairement par le All Mighty Penis. S’il n’y a pas de quéquette inclue dans le deal, il ne s’agit pas de sexe. À la rigueur, on appellera ça, des caresses, de la tendresse ou – quel ennui – de simples «préliminaires». Alors si deux dames se lèchent et s’introduisent tout ce qui leur tombent sous la main dans leurs orifices respectifs, ce n’est que de l’amusement sans conséquences – ou une façon de faire bander le All Might Penis qui attend patiemment qu’on passe aux choses sérieuses. Par contre, si un monsieur se trouve en contact, ne serait-ce qu’une seule fois dans sa vie, avec un pénis qui n’est pas le sien, c’est du vrai sexe, du sexe qui porte à conséquences; ledit monsieur portera à jamais le sceau indélébile (et infamant, il va sans dire) de la gayitude. CQFD

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Amitié libertaire

Un anarchiste est votre ami jusqu’à ce que vous soyez accusé à tort ou à raison (la plupart du temps à tort, mais comment savoir la vérité, hein…) d’une transgression quelconque, commise en paroles ou en actes – et parfois même, en pensée, l’anarchiste est très fort pour savoir mieux que vous ce qui se passe dans votre tête.

Les anarchistes seront de votre côté à-la-vie-à-la-mort aussi longtemps que vous respecterez leurs règles (tacites, pas écrites, sinon ce serait la tyrannie de la loi, beurk ouache caca). S’il s’avère que vous ne soyez pas à la hauteur de leurs hautes exigences morales, au mieux illes vous laisseront tomber comme une vieille chaussette (dans le bac de récupération, comme il se doit), au pire illes vous pourchasseront comme la bête immonde que vous êtes, car après tout, c’est beaucoup plus facile de clouer au pilori des individus que de s’attaquer aux dispositifs du pouvoir – et puisque ça procure le même sentiment d’accomplissement, pourquoi se gêner.

Si vous voulez être l’ami d’un anarchiste, ne soyez pas un individu. Soyez une catégorie sociale abstraite, ça vaudra mieux pour vous et ça vous évitera bien des ennuis.

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(Ils l’ont oublié depuis)

Qu’il est doux de contempler le spectacle des honnêtes citoyens qui découvrent avec stupeur que leurs braves agents de la paix étaient depuis tout ce temps des salopards de flics.

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Réussite sociale

«Adieu classe moyenne, ce fut un plaisir de te connaître», dit-elle en calculant ce qu’elle a gagné depuis le début de l’année. «Bonjour lumpenproletariat, heureuse de te revoir», ajouta-t-elle en contemplant les fripes loqueteuses qui pendent pitoyablement dans son placard.

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Débit/Crédit

J’ai adopté une approche rigoureusement comptable face à mon esclavage. La règle ici est de faire en sorte que le bilan de la journée soit écrit à l’encre noire plutôt qu’à l’encre rouge, c’est-à-dire que mes actes de résistance dépassent toujours mes actes de collaboration et de complicité forcée. Ainsi, lorsque ma contribution quotidienne à la bonne marche du camp de concentration global dans lequel on me force à survivre est de X, je m’arrange pour lui nuire assez pour que mes actes de perturbation équivaillent à X+1.

Je préfère être une petite nuisance que de contribuer utilement à cette marche au pas d’oie tranquille vers la mort qu’on appelle société.

Catégories :Grognements cyniques

Anne Archet

Héroïne sans emploi, pétroleuse nymphomane, Pr0nographe lubrique, anarcho-verbicruciste, poétesse de ses fesses, Gîtînoise terroriste (et menteuse, par dessus le marché). Si j'étais vous, je me méfierais, car elle mord jusqu'au sang.

4 réponses

  1. C’est bon et c’est beau de se passer vos mots dans le cerveau. Un rien douloureux, parfois, mais ça fait du bien.

  2. Très chère anne archet.
    J’ai déjà quelque peu vogué sur vos blogues enchantés,
    Je m’ý suis permise d´en dérober quelques bribes et quelques brises pour en faire des autocollants et m´éclater joyeusement¨dans les rues de notre belle gique.
    Nomade, je suis un de ces « grands ciseaux qui déshabillent l’espace » et rares sont les périodes comme ces jours-ci quand soudain j ‘arrête mes beautés de voyages et mes incontrôlables vers.
    En m’ennivrant joyeusement j’essaye de fabriquer un blogue mais la technique me nique et me limite comme l’arthrite.
    Cependant, j’ai besoin d’une répondante et comme vous êtes flamboyante c’est vers vous aue je me tourne (j’aurais pu aussi me tourner vers Annie LeBrun mais elle est sans blog et hors-service num’eriquement)
    Trois jours et trois nuits que je travaille, et la technique vous le verrez ne vaut pas mes entrailles qui sont bien plus profondes que cette tentative immonde.
    Amablement, la femme qui n’arrive plus a rentrer dans sa caverne,
    Perry Ferry

  3. ps:et que ce soit dans mes blogues ou autres vogues j’aime bien tourner en rond jusqu’à ce que ça bloque… Pour que la boucle et ses cohortes s’enfuient en poursuivant l’infini, c’est plus facile que mes rêves l’invoquent ou quelquefois que des djinns l’évoquent. Il se peut à l’or que je m’exhorte

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