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Commentaires désobligeants (de 2014)

(Glanés ici et là et placés encore une fois pêle-mêle sur cette page afin que rien ne se perde.)

Being a snarky bitch

Litanies de l’ex-femme du troupeau

«C’est la passion d’interdire ce qui me déplaît qui permet à toutes les institutions qui m’oppriment et qui font de ma vie un cauchemar d’exister et de prospérer.

C’est mon insécurité et ma peur irraisonnée de ce que je ne comprends pas qui me fait chérir les barreaux de ma prison – et réclamer à hauts cris qu’on les solidifie.

L’oppression part toujours d’une bonne intention. Voilà pourquoi je dois me méfier des gens vertueux, altruistes et de bonne volonté. Ces gens qui veulent mon bien et ils finiront par l’avoir si je les laisse faire.»

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Les anarchistes ne sont pas extrémistes

Les anarchistes ne sont pas des extrémistes. C’est l’ordre social qui est extrême par son exacerbation de la domination hiérarchique, par sa violence, par sa folie meurtrière, par sa destruction de la vie même.

La propriété enfante depuis son invention surtout des pauvres et des exclus et bien marginalement des riches; elle a été le moteur du capitalisme, du colonialisme, du racisme et de l’industrialisme à outrance qui a étendu sa merde à la grandeur de la planète, jusque dans l’air qu’on respire. Mais il est extrémiste — non, inconcevable — de songer à l’abolir, même si l’humanité pendant l’essentiel de son histoire a vécu sans elle et s’en portait beaucoup mieux.

L’État est au cœur même de toutes les abominations des cinq cents dernières années, des guerres aux massacres en passant par des génocides, mais il est extrémiste — non, inconcevable — de songer à l’abolir, même si encore une fois l’expérience humaine nous démontre qu’on vivrait beaucoup mieux sans lui.

Il est d’une tristesse indicible que de vivre dans une société ou le désir de vivre plutôt que de survivre est perçu comme de la subversion. Une société où remettre en question l’obligation de devoir se vendre — au rabais, de surcroît — pour avoir le privilège de survivre est accueilli comme un scandale. Une société où le désir de n’être déterminé que par ses propres nécessités est considéré comme immoral et outrancier.

L’anarchie n’est pas radicale. C’est le capitalisme qui est radical par son exploitation. C’est l’État qui est radical par son oppression. Ce sont les religions et les médias qui sont radicaux par leur bêtise. C’est la police et l’armée qui est radicale par sa violence. Désirer la chute de ces institutions de mort ne constitue en rien de l’extrémisme; je dirais plutôt que ce n’est qu’un simple soubresaut de lucidité — la vraie, pas celle de Lucien et ses petits amis — et un signe de santé mentale.

*  *  *

Chroniques de la domestiquée

Une de mes premières pensées, le matin, au réveil, consiste à déterminer «quel jour on est».

Le «jour où on est» est l’unité qui sert à évaluer mon degré de souffrance dans l’échelle hebdomadaire de l’esclavagisme salarié : souffrance abjecte le lundi matin (avec désir trouble à la fois d’en finir une fois pour toute avec cette vie et de détruire quelque chose de laid à coup de barre de métal) ; espoir fragile le mercredi; début de jubilation le vendredi.

Oh, et je hais aussi le matin. Le matin est le moment de la journée où toutes les possibilités sont dissipées, où la somme des choix avoisine zéro. Le reste de la journée est plus tolérable : j’ai eu le temps de me faire à l’idée que je suis une esclave et je finis même – dans les meilleurs jours – par l’accepter de bon cœur. Heureusement (ou hélas) revient ensuite la nuit et son cortège de rêves…

*  *  *

Achartenement

«Debout devant moi, les poings contre les hanches, il bandait avec ostentation.»

Vous voyez? Je ne peux plus utiliser «ostentation» (et encore moins «ostentatoire») dans mes histoires érotiques sans que ça ne devienne dans votre esprit une référence immédiate au débat à la con que je ne nommerai pas. Pourtant, l’ostentation, ça va tellement bien avec la bandaison – surtout à cause de l’os.

Le PQ limite mon vocabulaire amoureux et pour cela, je lui en veux à mort.

*  *  *

Baillargeonisme

«Les anarchistes exigent que le pouvoir se légitime faute de quoi ils travailleront à le faire disparaître.»

Demandez à celui ou celle qui vous dit une telle chose comment au juste un pouvoir se légitime et vous constaterez que l’individu en question est social-démocrate, pas anarchiste.

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New atheists mon cul

En 2002 — il y a à peine douze ans — avaient lieu les Journées Mondiales de la Jeunesse à Toronto. Vous vous en souvenez sûrement, le pape était venu rencontrer les milliers de pèlerins rassemblés pour l’occasion. C’était un immense love in catho, intensément et passionnément couvert par les médias, dans une belle unanimité à la sauce «nos belles valeurs», «spiritualité vivante», «actualité du message évangélique» et ainsi de suite, bue jusqu’à la lie et jusqu’à la nausée.

Maintenant, quand je vois le déchaînement antireligieux qui s’exprime sur toutes les tribunes, je me demande: où étiez-vous, bordel, en 2002? Où étiez vous, les libre-penseurs, quand Céline Dion chantait «Une colombe» au State olympique? Où étiez-vous quand les évêques backaient Jean-Guy Tremblay et la criminalisation de l’avortement? Où étiez-vous quand ces mêmes évêques dénonçaient le mariage des conjoints de même sexe?

Ma main au feu que vous irez chanter la colombe avec Céline au stade quand François ramènera sa papemobile dans le coin.

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Atavisme

Je cite :

«NOS ANCÊTRES sauraient batues pour avoir notre Québec pour rien il est temps d’agir ensemble Québécois Québécoises nous pouvons, il n’est pas trop tard ne faite pas comme la France et l’europe l’invasion est imminente est partout dans le monde et il prennent le contrôle du gouvernement et des villes en europe PENSÉS À NOS ENFANTS ET LEURS ENFANTS merci de nous appuyer»

(Soupir.)

S’il y a une invasion, c’est celle des illettrés paranoïaques et ignorants.

Non, ce n’est pas vrai, je me rétracte: on subit leur présence depuis que le monde est monde. Ce n’est pas une invasion: c’est une occupation. Une occupation lourde, inerte, écrasante, millénaire. L’éducation ne sert à rien, n’y pensez même pas – ça ne fait qu’améliorer leur grammaire et les rendre aptes à se faire élire. Ils perdent alors leur petit côté sympathique et de deviennent nos maîtres.

En passant, j’y pense, à mon enfant. Et je me mords les doigts d’avoir à l’abandonner parmi vous après ma mort.

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Je suis si misanthrope que j’en deviens aimable

Dans un monde où les racistes et les xénophobes perdent leurs inhibitions, où la droite la plus brune devient décomplexée, les misanthropes dans mon genre passent pour des anges de miséricorde.

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La rançon de l’impertinence

Je crois que la véritable réussite serait de me faire universellement haïr pour les raisons précises que j’aurais moi-même choisies. Se faire détester malgré soi, à son corps défendant, voilà le drame.

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Écriture

Je peux classer mes relations amoureuses en deux catégories: celles qui stimulent mes activités créatrices et celles qui annihilent mes capacités d’expression. Ce qui est singulier, c’est que les unes ne m’ont rendue ni plus heureuse, ni plus malheureuse que les autres.

Peut-être est-ce signe que l’écriture n’a rien à voir avec mon bonheur. Peut-être que j’écris parce que je n’ai pas pas le choix de le faire et que d’être débarrassée momentanément de cette compulsion ne m’apporte rien de plus que de l’apaisement.

Ou peut-être suis-je encore en train de confondre écriture et masturbation, tout simplement.

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Je crois que je tiens un bon filon

Mine de rien, je travaille toujours le moins possible. Inutile de creuser le sujet, je ne suis vraiment pas une femme de carrière.

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Jouer avec sa matraque

Je ne suis pas membre du Collectif opposé à la brutalité policière, principalement parce que je ne voudrais pas faire partie d’un club assez mal pris pour m’accepter comme membre. Ceci étant dit, je pense créer une association d’une seule personne appelée «Individu en Faveur de l’Abolition de la Police», surtout que l’acronyme – I FAP – me représente parfaitement.

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Ô Canada ! Terreur de nos aïeux

Mise au point: presque tous vos ancêtres ne se sont pas battus pour avoir le droit de voter. Ils étaient trop occupés à simplement survivre. Ou se saouler la gueule. Ou faire ce que le curé leur disait de faire.

C’est comme pour la réincarnation. Tous ceux et celles que je connais qui y croient sont convaincus qu’ils sont la réincarnation de quelqu’un de célèbre ou d’exceptionnel, genre Marie Curie ou Frédéric Chopin. Personne n’aime l’idée qu’ils pourraient être la réincarnation – ou, plus prosaïquement, le descendant – d’un quidam ordinaire qui se contentait de suivre le mouvement général sans faire de vagues.

(Cela dit, je suis certaine d’être la réincarnation d’Erzebeth Bathory et faites-moi la grâce de ne pas me contredire.)

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Podiatrie électorale

Voter, c’est comme se gratter en dessous du pied: faites-le si vous en avez envie, mais ne vous attendez à aucun autre résultat qu’un vague sentiment de soulagement.

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Enfin de la vraie politique-spectacle

La campagne électorale de 2014 m’aura appris quelque chose de fondamental: moins il y a d’enjeux, plus les débats sont virulents. Ma prédiction, c’est qu’en 2018, on ne discutera que de la couleur des chemises des candidats et qu’on le fera à coup de battes de baseball.

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Voter en blanc et rêver en couleur

«Vote au moins en blanc, tu vas au minimum envoyer un message!»

Lequel? Celui que je ne sais pas tenir un crayon? Celui que je n’ai rien d’autre à faire de plus important un lundi soir?

Et qui va recevoir ce message? Le gouvernement qui continuera d’exister le 8 avril, quelle que soit la couleur du complet de ceux qui vont le diriger?

Voilà ce qui est vraiment choquant avec les démocrates: ils nous prennent pour des cons et nous font sentir coupables de ne pas en être.

Même l’abstention ne sert à rien. Ce qui fait fonctionner la démocratie, ce n’est pas la participation, mais le processus, quel qu’il soit. S’il y a des règles de procédure claires et qu’elles ne sont pas violées, les élections sont valides et le gouvernement légitime. Même si seulement 2% de l’électorat s’exprime. Même si ce 2% est composé des participants du Vox Pop de Guy Nantel.

J’ai cessé de prêcher pour l’abstention. C’est aussi inutile que de voter. Les deux gestes ont exactement le même effet: aucun. Mieux: j’ai cessé de prêcher, point final. Je ne fais qu’essayer de désillusionner – et même ça, on ne peut pas dire que c’est un succès.

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Misanthropie 101

Quand on les considère collectivement, les humains sont de très vilaines bêtes. Si votre idée pour améliorer leur sort commence par «Si au moins on pouvait juste…», c’est probablement beaucoup trop leur demander. Il n’y a que leur faculté d’être des individus magnifiques et éblouissants qui réchappe un peu cette espèce.

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Le calembour louche comme outil d’analyse sociale

J’ai rêvé que je fondais un groupe rock féministe appelé Laides-z-et-Pleines.

(J’en suis rendue à faire des jeux de mots médiocres dans mon sommeil. Mon cas s’aggrave.)

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Corps subtil (et caverneux)

En écrivant un texte érotique, j’ai écrit par mégarde «bandé comme une âme» au lieu de «bandé comme un âne».

Je m’approche lentement, mais sûrement, de la sainteté. Ou de l’Académie française, qui sait.

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Retour à l’expéditeur

À qui la rue? Vous auriez dû venir me poser la question, ça vous aurait épargné le dérangement et vous n’auriez pas eu le désagrément d’avoir à respirer le même air vicié qu’un salopard de juge municipal. Les rues ne sont pas les nôtres, elles ne l’ont jamais été et ne le seront jamais. Elles sont un «espace civique et démocratique», ce qui veut dire qu’elles appartiennent au pouvoir, à l’ordre et à la civilisation – ce monde de béton et de plastique au sourire figé dans lequel nous sommes toutes et tous enfermés. Dès que nous y posons le pied, c’est pour y jouer le rôle qu’on nous a assigné: travailleuse, consommatrice, commerçant, touriste…et surtout, conducteur de bagnole, ce tas de tôle moche qui est l’incarnation matérielle suprême du rang que l’on occupe dans la société (et donc, dans la rue). Gare à nos fesses si on s’écarte moindrement du script! Parce qu’exiger un itinéraire pour une manif, c’est exactement ça: fournir le script de la révolte pour qu’il soit proprement intégré dans la grande narration de notre soumission.

Les tribunaux ne nous appartiennent pas non plus : ils appartiennent au même pouvoir, au même ordre, à la même civilisation. Comment espérer que l’un ne défende pas l’autre? Comment espérer obtenir la moindre parcelle de liberté au nom de fictions qu’on appelle «droits» et qui n’ont jamais été rien d’autre que des concessions faites par le pouvoir pour nous calmer lorsqu’il se sent menacé et qui sont révocables à loisir dès qu’il sent que le vent tourne?

Il ne faut pas reprendre la rue; il faut y descendre pour la rendre inutilisable. Il faut trouver ses failles, en arracher des morceaux et les lancer au visage de ses propriétaires.

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Pléonasmes

Cette semaine, à «Apprenons nos figures de style», nous parlons du pléonasme littéraire et du pléonasme vicieux.

Selon le Dico de l’Académie française, il s’agit d’une «figure par laquelle on redouble une expression pour la renforcer». On peut se servir du pléonasme stylistique pour mettre du relief à la phrase:

«Cette répression, je l’ai vue de mes yeux vue.»

Il s’agit d’un pléonasme parce qu’on ne peut voir autrement qu’avec ses yeux. Le pléonasme sert aussi souvent à rendre une expression plus forte, plus frappante:

«L’impunité des flics est à faire dresser les cheveux sur la tête.»

(Les cheveux ne pouvant pas se dresser ailleurs que sur la tête.)

Toutefois, quand le pléonasme est bêtement redondant ou qu’il n’ajoute rien à la grâce du discours, il est dit «vicieux», comme des les expressions «l’État et son monopole exclusif de la violence» et «prévoir d’avance l’itinéraire de la manif».

Les pléonasmes les plus bêtes et vicieux restent toutefois les expressions «État policier», «police politique», «application partiale des lois» et «arrestation arbitraire».

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Médiocrité

Amusante, originale, fine et spirituelle – pas parce que c’est dans ma nature, mais bien parce que c’est le monde qui me l’impose. Livrée à moi-même : lasse, amère et atone, fatiguée de subir les jacasseries futiles des autres – et surtout, ma propre banalité.

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Ce ne sont que des mots

J’avais quatorze ans, j’étais en amour, alors j’ai fait… des choses que le code criminel considèrerait comme de la pornographie juvénile si j’osais l’écrire ici.

Force est de constater que la parole est plus dangereuse que le geste, car qu’il est illégal de vous raconter ce que j’ai fait en toute légalité.

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Ce ne sont que des images

Disons que j’ai treize ans. Je me déshabille et je prends un selfie. Ensuite, je garde cette photo bien cachée dans mon ordinateur pendant les dix années suivantes. Si je publie cette photo de moi-même, je pourrais être foutue en taule, au nom de la protection d’une enfant qui n’existe pas: celle que je ne suis plus.

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I would prefer not to

On rigole, mais qu’est-ce que ça veut dire pour un policier, « faire sa job de façon adéquate et professionnelle » ? Réprimer avec le sourire? Emprisonner gentiment? Battre avec amour et compassion?

Il ne faut pas croire que les policiers sont là pour protéger la population. Il leur arrive de le faire, bien entendu, mais c’est un effet collatéral de leur vraie mission. Le rôle de la police est d’exercer la violence pour maintenir l’ordre établi – un ordre fait d’oppression et de domination sociale. C’est donc lorsqu’ils agissent en brutes sans pitié qu’ils remplissent adéquatement leur mandat.

Vouloir des policiers professionnels et consciencieux, c’est comme désirer avoir des bourreaux efficaces et des tortionnaires compétents. Sincèrement, je me porterais mieux sans.

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Affinité

Avec l’âge, j’ai fini par comprendre que chaque fois que je critique ou que j’agis avec hostilité envers quelqu’un, je permets à cet individu d’entrer dans ma vie – ne serait-ce qu’en occupant mes pensées. Or, il se trouve qu’avec l’âge, je deviens aussi de moins en moins tolérante envers la médiocrité.

J’ai toujours choisi avec soin mes amants et mes amis sur la base du désir et de l’affinité; je crois qu’il est temps pour moi de commencer à consacrer les mêmes efforts à mes ennemis. Dorénavant, si je ne vous aime pas, prenez-le comme le plus fort des compliments.

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Le malentendu

Anders Behring Breivik n’était pas un militant violent et haineux d’extrême-droite: c’était un malade mental.

Elliot Rodger n’était pas un masculiniste misogyne violent et haineux: c’était un malade mental.

MORALITÉ: si vous êtes un homme blanc réac, la seule façon d’user de violence politique sans vous faire traiter de fou à lier est d’entrer dans la police.

*  *  *

Y at-t-il quelque chose de plus chic pour commencer un texte qu’une citation latine?

Cum hoc sed non propter hoc – la corrélation n’implique pas la causalité. Et pourtant, le désir de transformation sociale est toujours intimement lié à une soif ardente d’amour, au point où je suis tentée de me lancer dans conclusions hâtives.

*  *  *

Faut ce qui Faust

Je vendrais mon âme au diable pour un mot d’esprit sublime et habile.

Hélas, mon âme ne doit pas valoir grand-chose, parce que j’ai beau l’implorer, Satan ne vient jamais la réclamer.

*  *  *

Anne Archet, réformatrice scolaire

Après le grand retour aux «matières de base» des années 2000, l’école poursuit son épuration et revient lentement, mais sûrement, à son mandat premier: CONTENIR, SURVEILLER, DISCIPLINER et PUNIR.

Le marché du travail n’a pas besoin de ressources humaines qui aiment la littérature. Il a besoin de gens qui savent rester assis et fermer leur grande gueule. Je suggère donc que les bibliothèques scolaires soient remplacées par des grandes salles vides où les jeunes apprendront à rester silencieux. Les bibliothécaires seront remplacées par des dames maigres portant un chignon et des lunettes qui feront CHUT ! à tout bout de champ.

*  *  *

Instinct maternel

L’obéissance est la mère de la tyrannie. Sans surprise, c’est une mère indigne : elle a beaucoup d’enfants et choisit toujours de prodiguer son affection au pire d’entre eux.

*  *  *

Guerre épais

Quand le gouvernement a déclaré la guerre à la drogue, le résultat final fut une expansion du marché de la drogue. Watch out s’ils décident un jour de faire la guerre à la pauvreté.

*  *  *

Mode d’emploi

J’ai enfin compris en quoi consiste être une intellectuelle. C’est une façon de tourner en rond, en sept étapes incontournables.

  1. Découvrir un concept.
  2. Se l’approprier.
  3. Le répéter inlassablement.
  4. Avoir la désagréable impression qu’il est galvaudé.
  5. Analyser ses insuffisances.
  6. L’abandonner.
  7. Go to 1.*  *  *

Texte intitulé «Sans titre»

Je me suis donné comme principe de ne jamais émettre d’opinions sur des sujets que je maîtrise mal ou qui ne m’intéressent pas vraiment, mais qui sont dans l’air du temps.

Or, l’application de ce principe m’a menée à une contradiction si banale et si évidente que j’aurais dû la voir venir à des miles à la ronde : le silence est facile et le silence est difficile.

*  *  *

Je

Ça peut sembler bizarre, mais j’utilise beaucoup plus le «je» dans mes essais que dans mes fictions érotiques. Je répète à qui veut l’entendre depuis longtemps que j’abuse de ce pronom simplement pour que personne ne se sente contraint d’adhérer à ce que je raconte, mais je crois en vérité que ça va beaucoup plus loin que ça. Non seulement je suis convaincue que les idées ne doivent pas être séparées des individus qui les ont eues (et n’ont de valeur à priori que pour eux), mais je crois qu’elles ne doivent pas non plus avoir comme fins l’exemplarité – et encore moins le détestable prosélytisme.

Autrement dit : je veux mettre en pratique ce que je dis pour moi-même et non pour convaincre les autres de la justesse de mes idées. Parce que je ne suis pas loin de penser que le désir grégaire de gagner des gens à sa cause est à l’origine de tous les maux.

*  *  *

Est-ce qu’un corps terrorisé peut être qualifié de vivant?

Qui aujourd’hui peut se targuer de vivre pleinement plutôt que de survivre de peine et de misère?

Nous vivons dans une société de classe, une société patriarcale dont la terreur est le principal mode de fonctionnement – que ce soit la terreur par la violence, par la faim, par la menace de la déchéance, de la marginalisation. Rien ne lui échappe, son regard et son emprise s’étend partout sur le globe. Quand chaque phénomène, chaque objet, chaque personne, chaque instant est à vendre, quand il n’y a aucun espace à l’extérieur de la clôture du marché, quand vivre est essentiellement illégal, règne alors la terreur la plus abjecte.

Est-ce qu’un corps terrorisé peut être qualifié de vivant?

Suis-je condamnée à survivre comme une demi-née dominée jusqu’à ce que je meure pour de bon?

*  *  *

Sirventès

J’ai acquis récemment la conviction que tout ce qui doit être dit de toute urgence doit être énoncé sous forme de poème. Le discours politique – surtout dans sa forme idéologique – me semble être (et de loin) la façon la plus inappropriée d’approcher et de saisir le monde, compte tenu de l’état navrant dans lequel il se trouve.

*  *  *

Ne tenez pas compte de ce que je dis, de divague

En 1844, les fonctionnaires chargés d’appliquer la censure prussienne ont permis la publication de L’Unique et sa propriété de Max Stirner parce que le livre était, selon eux, «trop absurde pour être dangereux».

Malheur au visionnaire imprudent qui n’a pas su se faire passer pour fou.

*  *  *

Précautions

J’ai adopté comme conduite d’adresser le moins possible la parole aux gens en position d’autorité. J’évite aussi soigneusement tout contact avec les gens qui portent des uniformes. Oh, et je me tiens également très loin des moufettes.

(Je sais que ce ne sont que des préjugés et même si vous me dites que les moufettes sont cutes et gentilles, c’est plus fort que moi : je bouche mon nez et je fuis.)

*  *  *

Improvisation

Tous ces projets soigneusement planifiés que je n’entreprendrai jamais… je crois que c’est leur existence sous forme de plan qui inhibe fatalement leur réalisation.

*  *  *

L’intelligence, c’est trop 2012

Le monde n’est en rien amélioré par ma perspicacité et ma finesse d’esprit. Le peu que j’arrive à comprendre ne fait pas de moi une meilleure personne; peut-être que cette compréhension me rend même prétentieuse – et donc insupportable. Pourtant, tout ce qui fait mon orgueil n’est rien de bien plus qu’un bol de plastique porté sur une vague profonde.

Mon intelligence me sert de refuge et pas beaucoup plus. Et encore : ma bêtise est généralement plus efficace.

*  *  *

Le mot de la paranoïaque

J’envie tous ceux qui sont assez ignorants pour se croire en mesure de nommer leurs ennemis.

*  *  *

Trop rien pour être nihiliste

Trop peureuse et paranoïaque pour être athée. Trop gentille et sentimentale pour être nihiliste. Trop impulsive et extrémiste pour être agnostique. Trop têtue et désobéissante pour être croyante.

*  *  *

Signe distinctif

Les membres d’Acéphale – la société secrète de Georges Bataille – avaient pour rituel de refuser de serrer la main des antisémites et de célébrer la décapitation de Louis XVI. Si un jour je crée la mienne, j’instaurerai la bise sur le sexe comme poignée de main secrète et l’obligation de cracher par terre à la vue d’un flic.

*  *  *

Ode à l’inutilité

Ce ne sont pas les vérités des autres qui m’intéressent, mais la qualité de mes erreurs. Toute ma vie, je les ai soigneusement choisies, jaugées et triées, je me suis exercée à les énoncer et à les défendre, je les ai perfectionnées au point de devenir indiscernable d’elles.

C’est ce qu’on appelle «être une intellectuelle».

*  *  *

Tendresse pour la charogne

Un être sensible est en mesure de ressentir de la tendresse même pour la plus vile des vermines s’il se donner la peine de la considérer dans son propre contexte, de prendre ses peines et ses aspirations au sérieux et d’avoir de l’empathie pour la douleur de sa condition existentielle.

Ô mes camarades, mes compagnons et mes amantes, restez sur vos gardes! Méfiez-vous de ce penchant la prochaine fois que vous penserez aux flics.

*  *  *

L’essence de l’humanité

J’ai nettoyé mon nombril et maintenant je suis dégoûtée d’être humaine.

*  *  *

Conseils d’écriture

Si vous avez l’inconscience maladive de vous enfermer toute seule dans votre chambre pour écrire plutôt que de vous consacrer à des activités saines comme vous saouler la gueule ou avoir des relations sexuelles avec de parfaits étrangers, faites au moins en sorte que le résultat en vaille la peine.

En criant, vous perdrez votre voix sans être entendu. À tout prendre, mieux vaut murmurer; peut-être que quelqu’un va se rapprocher et vous écouter.

*  *  *

Le gros ministre qui cache la forêt

Parlant de crier dans le vide, en voici un bel exemple : les dénonciations moralistes de la corruption qu’on crie en brandissant le drapeau national et dont le seul résultat (quand résultat il y a) est d’identifier et de châtier des coupable — et surtout pas transformer quoi que ce soit.

Ça fait presque trois ans que ça dure, ne commencez-vous pas à en avoir marre? Ne voyez-vous pas que la protestation populiste contre la corruption est animée par l’idéal bourgeois de l’efficacité? Si on pousse cet idéal jusqu’à ses dernières conséquences logiques, on finit par dénoncer tout ce qui est inutile, tout ce qui est inefficace et on tombe dans la même ornière que les frénétiques de l’austérité.

La fixation sur les motifs et la probité d’une classe dirigeante personnifiée occulte ce qui est déterminé, ce qui est automatique dans les relations sociales. Plutôt que dénoncer ces infââââmes libéraux et de faire des infographies traitant Gaëtan Barette de gros niaiseux, ne serait-ce pas plus utile de diriger notre critique vers les dispositifs du pouvoir et le type de relations qu’ils mettent en mouvement?

*  *  *

Désenchantement

Tous les événements — sauf s’ils sont miraculeux — contiennent en eux-mêmes la totalité de ce qui s’est produit dans le monde pour prévenir les miracles.

*  *  *

Justice

De tous les principes transcendants, celui de Justice est celui que je hais le plus profondément. Cette idée qu’on doit sanctionner ou récompenser les actions humaines – et châtier les corps humains, par la force des choses – en fonction de leur conformité au regard de la morale, de la vertu, du droit naturel ou du droit divin est le vernis qui recouvre les gibets pour que le sang y coule sans laisser trop de traces. Quant aux individus épris de justice, ils finissent toujours par applaudir à la construction de nouvelles prisons, la plupart du temps sans se rendre compte qu’ils y sont pieds et mains liés.

*  *  *

Fuite

Dans mes rares moments de lucidité, je me dis qu’il me faudrait les meilleurs outils et de nombreuses vies successives pour arriver à creuser le tunnel qui me permettrait de m’échapper de ce monde. Or, ne n’ai qu’une cuillère brisée et pas de temps du tout.

*  *  *

Surtout sous mon lit

Quand j’étais petite, j’imaginais que la vie était comme un calendrier de l’Avent et que derrière chaque porte que j’ouvrirais, je trouverais un chocolat. J’ai vite appris qu’en réalité, les portes sont déjà ouvertes et elles mènent toutes à des monstres.

*  *  *

Je pense, donc je suis seule

La condition de la pensée est d’induire une séparation dans la marche du monde. La conséquence de la pensée, dans les limites que le monde lui a fixées, est de produire les concepts les plus indigestes, les moins assimilables par le corps social.

Si vous ne vous sentez pas seule, c’est que vous ne pensez pas.

*  *  *

La conclusion logique

Perso, je n’ai pas encore tout abandonné pour joindre le cirque, mais ça ne saurait tarder.

Catégories :Crise de larmes

Anne Archet

Héroïne sans emploi, pétroleuse nymphomane, Pr0nographe lubrique, anarcho-verbicruciste, poétesse de ses fesses, Gîtînoise terroriste (et menteuse, par dessus le marché). Si j'étais vous, je me méfierais, car elle mord jusqu'au sang.

5 réponses

  1. Salut Anne,

    Eille la grande, j’ai affaire à toé.

    Réponds moi chu fertile.

    Si té pas épaisse, perds pas ta chance.

    Sur ce, meilleurs vœux de bonne année.

  2. J’ai perdu le fil du système scolaire depuis un bout… Tu ou quelqu’un(e) d’autre pourrait me dire si les CÉGEPs demeurent une zone molle (…humide et chaude!) entre deux grosses industries de formatage de cerveaux, où c’est possible de s’immiscer à l’improviste pour déstabiliser l’État?

    Encore possible de trouver des craques dans un corps durci par 15 ans de conditionnement totalitaire hardcore?

    Quand je dis « craques », ça veut dire bien-sûr au sens de « gros-se vieuxelle pervers-e qui jute à l’idée d’abuser des jeunes gens fraîchement sorties du grand rouleau compresseur de jeunes consciences ». Hé, tsé… quand on est marxistes, on peut bien se permettre des cochonneries, là. Voyons. Va demander aux gourous du PCR…! https://www.facebook.com/events/1493337180955425/

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