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I/O

la mariée mise à nu par ses célibataires, même

Proposition 1 : Toute relation sexuelle se produit par la jonction d’un phallus[1] et d’un orifice[2].

  • Remarque 1a : Est compris comme un phallus toute protubérance. Est compris comme un orifice toute cavité.
  • Remarque 1b : Par extension, un phallus est tout ce qui explose et émet de l’énergie, alors qu’un orifice est tout ce qui implose et absorbe de l’énergie.
  • Remarque 2a : Les cinq orifices humains primaires sont la bouche, l’anus, la vagin et les yeux. Les six orifices humains secondaires sont les conduits auditifs, les narines, le nombril et l’urètre. Les millions d’orifices humains tertiaires sont les pores[3] de la peau.
  • Aparté : Un fantasme sexuel courant est de se faire baiser par tous les orifices. La forme limitée de ce fantasme est la double ou la triple pénétration, alors que sa forme parfaite serait la pénétration simultanée des millions d’orifices humains primaires, secondaires et tertiaires.
  • Remarque 2b : Les six phallus humains primaires sont la tête, les quatre membres, le pénis et le clitoris. Les vingt-sept phallus humais secondaires sont le nez, les oreilles, la langue, le menton, les mamelons, les doigts et les orteils. Les millions de phallus humains tertiaires sont les poils et les cheveux.
  • Aparté : Un autre fantasme sexuel courant est de se faire sucer tous les phallus. La forme limitée de ce fantasme est présente dans plusieurs fétiches[4] comme le suçage d’orteils, alors que sa forme parfaite est la fellation simultanées des millions de phallus humains primaires, secondaires et tertiaires.
  • Remarque 3a : Le phallus atrophié est convexe et l’orifice atrophié est concave. La force du phallus s’évalue en fonction de son extension, alors ce que celle de l’orifice est fonction de sa profondeur.
  • Remarque 3b : Le phallus parfait s’étend infiniment et l’orifice parfait est infiniment profond. Le phallus et l’orifice parfaits ne sont ni concaves, ni convexes, mais hyperboliques.
  • Aparté : Le pénis humain, dont l’extension est limitée et dont les orifices sont l’urètre ainsi que plusieurs pores n’est pas un pur phallus. La vagin, dont la profondeur est limitée et dont les phallus sont le clitoris ainsi que plusieurs poils n’est pas un pur orifice.
  • Aparté : Le soleil est un phallus presque parfait. La terre est un orifice presque parfait. Ils ne sont toutefois ni purs, ni hyperboliques.
  • Aparté : Une supernova se rapproche encore plus du phallus parfait. Le trou noir se rapproche encore plus de l’orifice parfait. Ni l’un, ni l’autre n’est toutefois pur et hyperbolique.
  • Aparté : Le Big Bang est un pur phallus et le Big Crunch sera un pur orifice.

Proposition 2 : Toute relation humaine est une rencontre entre un phallus et un orifice.

  • Aparté : Nécessairement, puisque toutes les relations ont lieu entre un pur phallus et un pur orifice – soient le début et la fin de l’univers.

Proposition 3 : Toutes les relations humaines sont des relations sexuelles.

  • Remarque 1 : Chaque rencontre humaine implique une action et une réception. Chaque rencontre humaine implique une protubérance pénétrant une cavité. Chaque rencontre humaine est l’insertion d’un phallus dans un orifice.
  • Aparté : Toute relation humaine étant sexuelle, on ne peut investir la sexualité d’une valeur intrinsèque positive ou négative. La mère donnant le sein à son enfant est une relation sexuelle. Le policier cassant les dents du manifestant est une relation sexuelle. L’oppression hiérarchique est une relation sexuelle. L’action directe et l’entraide est une relation sexuelle.

Proposition 4 : Toutes les relations humaines sont des relations queer[5].

  • Remarque 1 : Le mot queer se réfère à tout ce qui n’est pas hétérosexuel.
  • Remarque 2 : La validité de cette quatrième proposition peut être facilement démontrée. Une relation hétérosexuelle se produit quand un pur phallus rencontre un pur orifice. Puisqu’aucun être humain n’est purement phallus ou purement orifice – chaque corps ayant des millions de phallus et des millions d’orifices – aucune relation humaine ne peut être hétérosexuelle.
  • Remarque 3a : Non seulement toutes les relations humaines sont queer, mais aucune forme de relation humaine n’est plus queer que les autres.
  • Remarque 3b : Certaines formes de relations humaines sont toutefois plus straight que d’autres. Par exemple, la pénétration d’un vagin par un pénis est beaucoup plus straight que la pénétration d’une oreille par une langue, qui elle-même est beaucoup plus straight que la pénétration d’un anus par un poing, qui elle-même est plus straight que la pénétration d’un nombril par un nez, et ainsi de suite.
  • Aparté : La précédente remarque peut sembler contradictoire, mais ce n’est que parce que le caractère straight d’une relation ne se comprend qu’en termes d’extension et de profondeur, qu’en termes de comparaison avec la grande baise ontologique entre le pur phallus et le pur orifice. Le caractère queer d’une relation est quant à lui exempt de toute notion de mesure.
  • Remarque 4a : Il est illogique de qualifier un individu d’hétérosexuel, puisque seul un couple – et donc une relation – peut être hétérosexuel.
  • Remarque 4b : Il est tout aussi illogique de qualifier tout couple humain donné d’hétérosexuel, puisque tout ce qui est à la portée des humains est de s’approcher avec plus ou moins de succès et à divers degrés de la mise en relation d’un pur orifice avec un pur phallus.
  • Remarque 4c : Un couple humain donné peut être qualifié de tendant à l’hétérosexualité dans la mesure où les individus qui composent ledit couple offrent des caractéristiques genrées qui sont polarisés à l’extrême en ce qui a trait à leur physique, leur personnalité, leurs vêtements et leurs comportements.
  • Aparté : Postulons une femme idéalement féminine accouplée à un homme hypermasculin. Il la dépasse d’au moins une tête. Il la prend dans ses bras; ils sont aussi larges que les cuisses de sa compagne. C’est comme si sa bite s’enroulait autour de sa taille, comme si sa queue était aussi large que ses cuisses. Ils exhibent leur tendance aigue à l’hétérosexualité de manière à provoquer chez le spectateur l’image mentale d’un membre colossal pénétrant un corps si menu, comme s’ils jouaient à l’inceste papa-fillette (ce qui reste un des fantasmes hétérosexuels les plus courants, même s’il se dissimule la plupart du temps derrière celui du professeur et de l’élève, du père et de la baby-sitter, du directeur et de la secrétaire et ainsi de suite). Elle est maquillée de façon si adroite que même s’il est évident qu’elle porte du maquillage, il est tout aussi évident que la perfection de son application fait que ce maquillage est l’expression sans faille de sa vraie nature – c’est-à-dire de sa superficialité en tant qu’orifice, ce qui accentue l’image mentale du spectateur qui ne peut s’empêcher de trembler d’effroi à la pensée qu’une femme si peu profonde peut encaisser sans broncher l’intrusion d’un phallus si immense. C’est une héroïne de tragédie grecque, sacrifiée à l’autel de son destin.
  • Remarque 4d : Tout fantasme hétérosexuel tire sa puissance de fascination de l’obsession pour l’acte de pénétration accompli avec des niveaux extrêmes d’étirement. C’est l’intromission de la bite titanesque dans le plus serré des trous.
  • Aparté : Le fantasme sexuel hyperbolique par excellence concerne le degré d’étirement d’un orifice étroit par un immense phallus. Sa forme atrophiée est celle de la grosse bite ou du poing qui pénètre un tout petit trou. Sa forme achevée est celle de la naissance et de la mort.
  • Aparté : La forme mythologique du fantasme sexuel hyperbolique est celle de la divinité omnisciente et omnipotente s’incarnant en pénétrant dans un corps mortel. Le mythe chrétien de l’immaculée conception est donc le fantasme de pénétration par excellence.
  • Remarque 4e : Dans l’imagination hétérosexuelle, le couple hautement polarisé est compris comme ayant un fort potentiel (pro)créateur, alors que le couple imparfaitement genré possèderait un faible potentiel (pro)créateur – possiblement jusqu’à être rigoureusement stérile.
  • Aparté : Un couple humain donné peut être considéré comme tendant vers l’homosexualité lorsque les individus qui le composent sont extrêmement similaires l’un à l’autre dans leur apparence. Cette similitude n’est qu’une farce dans la mesure où elle est mise en spectacle de la même façon que la différence hétérosexuelle est mise en spectacle. Mais alors que dans l’imagination hétérosexuelle l’importance de la relation est comprise comme étant (pro)créatrice et renforcée par la différence, dans l’imagination queer elle est comprise comme une entreprise narcissique qui s’accomplit malgré l’extrême diversité des individus (et donc, de leur extrême beauté).
  • Remarque 5 : Dans une perspective queer, toute relation humaine est queer, alors que dans l’imagination hétérosexuelle toute relation fait l’objet d’une mesure – celle de l’amplitude de sa pénétration et de son étirement.
  • Aparté : Socialement, la force (pro)créatrice des individus formant un couple polarisé ne se transmet pas à leurs rejetons par leurs entrailles (malgré ce qu’ils en pensent), mais plutôt par l’image qu’ils projettent sur tous les autres individus qui les perçoivent comme des pôles efficacement différenciés. Même s’il est futile, même s’il est condamné au ratage et à l’échec, cet effort de différenciation (qui est queer par essence, puisque les humains ne sont jamais parfaitement homme ou femme et qu’ils doivent donc continuellement adapter leur sexe à leur genre pendant tout le processus) reste puissamment (pro)créatif.
  • Aparté : Toujours socialement, personne n’est une femme ou un homme, sauf dans la mesure où les individus tentent de réaliser dans leur identité sociale autant que dans leur chair l’idéal masculin ou l’idéal féminin, au prix de fouler au pied les corps empilés de tous ceux et celles qui participent à ce jeu du Roi de la Montagne pervers qu’on appelle hétéronormativité.

Proposition 5 : Il faut toujours se méfier du sérieux de tout texte se présentant sous forme de propositions, de remarques et d’apartés numérotés.


[1] Phallus vient du grec φαλλός, phallós, qui tire son origine de l’indo-européen commun bhel – « enfler, grossir ». Le phallus est ce qui prend de l’expansion, qui s’érige, qui s’étire, qui se projette.

[2] Du latin orificiumoris (« bouche ») et facio (« faire ») : « qui sert de bouche ».

[3] Du latin porus, « conduit, passage », emprunté au grec ancien πόρος « passage, voie de communication ».

[4] Du portugais feitiço, « artificiel » – et, par extension, « sortilège » et «acte de création»

[5] Ce mot anglais provident du haut germanique twerh et signifie « oblique », « décentré » – une imperfection qui fait que les pièces ou les engrenages d’une machine ne s’emboitent pas parfaitement.

Catégories :tétrapiloctomie

Tagué:

Anne Archet

Héroïne sans emploi, pétroleuse nymphomane, Pr0nographe lubrique, anarcho-verbicruciste, poétesse de ses fesses, Gîtînoise terroriste (et menteuse, par dessus le marché). Si j'étais vous, je me méfierais, car elle mord jusqu'au sang.

4 réponses

  1. Vous semblez avoir fait une faute dans la remarque 2a car vous considérez les yeux comme des orifices primaires ET secondaires. Ceci dit, excellent exercice de déconstruction :D

  2. C’est assez…. déroutant je dirais :)
    Je note ton affection pour les mots « phallus » et « orifice »
    bon après j’ai eu du mal a te suivre sur certaines choses, mais c’est assez intéressant comme approche !

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