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Lettre à une amie

(au sujet des droits humains et de l’opportunité de s’en défaire)

Chère Mélanie,

Je parie que tu as été surprise de trouver cette lettre parmi les factures et autres ordures publicitaires qui constituent l’essentiel du courrier que tu reçois fort probablement tous les jours. Tu sais à quel point que, malgré les apparences et ma réputation sulfureuse, je peux être vieux jeu au sujet de certaines choses – et la correspondance en est une. Je m’ennuie du temps où les gens prenaient encore la peine de s’écrire des lettres, de vraies lettres avec un début et une fin, et surtout des mots un peu plus profonds que ceux qui expriment les banalités qu’on s’échange quotidiennement par voie électronique. J’admets être trop jeune pour avoir connu cette époque, mais ne te moque pas, je limite toujours ma nostalgie aux trucs morts et enterrés qui qui ne risquent pas de revenir me hanter. C’est une question de prudence élémentaire.

Je t’ai vue l’autre jour au bulletin télévisé. Ils n’avaient gardé que cinq secondes de ce que je devine avoir été une de ces envolées lyriques dont toi seule a le secret. C’était lors de la contre-manif du 9 mai dernier où tu étais allée affronter les cervelles rabougries pro-vie lors de leur love-in annuel devant le parlement. Comme d’habitude, tu étais rayonnante de beauté, de conviction et de courage. Mais ce qui m’a particulièrement marquée de ton passage fugace à Radio-Canada, c’est le fait que tu aies prononcé le mot «droit» à répétition. Si je me souviens bien, tu as dit quelque chose comme : «On est ici pour faire valoir nos droits et le droits de toutes les femmes… le gouvernement doit respecter nos droits humains». Trois fois «droit» en cinq seconde, avoue que c’est un tour de force.

YOU HAVE NO RIGHTS

Ça m’a rappelé la fameuse discussion que nous avions eue chez moi, quelques mois auparavant, au sujet des droits de la personne. Tu étais vexée, tu es partie en coup de vent de mon demi-sous-sol et ça m’a attristée. Je sais à quel point je peux être chiante quand on discute de certains sujets, mais je préfère de loin l’amitié et la chaleur que procure une chair aimante au plaisir dérisoire que procure le sentiment d’avoir raison et d’avoir remporté une joute oratoire. Il n’y a que les idéologues qui sont atteints de l’obsession d’avoir raison en toutes choses; Dieu (qui n’existe pas) merci, je suis depuis longtemps vaccinée contre cette terrible affliction. Je m’excuse donc de t’avoir contrariée et j’espère de tout cœur que tu reviendras partager ma soupe lorsque tu seras de retour à Gîtînô. La prochaine fois, fais-moi plaisir et viens me faire un câlin avant de te lancer à l’assaut du Palais d’hiver – ou alors rends-moi visite une fois le fait accompli et je t’offrirai le gîte et le repos de la guerrière.

Ceci étant dit, voilà en gros le raisonnement que je tentais de faire valoir lors de notre discussion. Je te le soumets bien humblement dans cette lettre, histoire de vider définitivement le sujet. Lis-le si ça te chante, sinon saute les prochaines pages et rends-toi tout de suite à la fin, au moment où je te ferai la bise. Comme ça, tu ne manqueras pas le meilleur.

* * *

Notre conversation ce jour-là portait sur le droit des femmes à la pleine souveraineté de leur corps. Tu me disais qu’il s’agissait d’un droit de la personne et que tous les êtres humains possèdent des droits universels, inaliénables, qui découlent de la condition humaine – bref, que ces droits naturels viennent avec la naissance et s’appliquent quel que soit le système légal en vigueur, le régime politique en place ou les autres facteurs locaux tels que l’ethnie, la nationalité ou la religion. À cela, j’ai répondu que ces fameux droits sont non seulement des fictions, mais aussi un mécanisme puissant qui assure la pérennité de la domination et des institutions qui l’exercent. Lorsque j’ai dit que réclamer des droits équivaut à faire une déclaration d’amour à ses chaînes, tu t’es mise à t’emporter et c’est là que tu es partie en claquant la porte si fort que Ravachol, mon pauvre vieux matou, a couru se cacher sous le canapé.

Je sais que ça te fait grincer des dents chaque fois que je cite Stirner, mais c’est juste plus fort que moi. Dans L’Unique et sa propriété, il a écrit: «on va plus loin avec une main pleine de force qu’avec un sac plein de droit». Ce que je voulais te dire, c’est que je ne remets pas en cause le désir, la nécessité des individus d’être le souverain de leur corps et d’eux-mêmes. Je pense simplement que tu auras aurez beau t’époumoner et réclamer des droits à grand cri, il n’y a que ta force qui peut réussir à te libérer de ton joug. La force est le seul langage que les gouvernements et les exploiteurs comprennent.

Les droits humains n’existent pas de toute éternité et surtout ne précèdent pas l’apparition de la domination hiérarchique dans les sociétés humaines. La raison en est bien simple : pour que les droits soient universels, il faut un pouvoir transcendant. Tu postules que tous les individus, de par leur nature, ont des droits inviolables. Ne te rends-tu pas compte que cette idée est chrétienne jusqu’au trognon? Dans la Bible, on raconte que l’Homme a été créé à l’image de Dieu. Parce que l’individu, en plus de son corps, a une âme, il participe de ce fait à la transcendance de Dieu et ne peut être assimilé à un pur objet, à une chose manipulable. Chaque personne humaine réalise une certaine image de Dieu qui fait sa dignité, cette image se retrouvant, sous des formes diverses, à égalité chez tous. Ce qui veut dire que :

1. Ce ne sont pas les individus qui ont des droits, mais bien la parcelle divine qui est logée en eux;

2. L’individu jouit de ses droits dans la mesure où il se montre à la hauteur de ce principe supérieur et universel dont il est le détenteur;

3. L’Église, qui est dépositaire de l’autorité divine sur terre, a non seulement le devoir de faire en sorte que les droits soient respectés, mais a la responsabilité de déterminer comment et jusqu’à quel point ils doivent l’être.

Ce qui veut dire que les droits n’ont rien d’absolu. L’individu peut très bien perdre des droits s’il ne respecte pas la loi divine, s’il est une pécheresse sodomite et avorteuse impénitente. S’il a un sac plein de droits, il a une montagne de devoirs et est éternellement responsable et redevable envers le pouvoir tutélaire qui lui fait la grâce de vivre.

Les versions laïques de la théorie des droits ne font remplacer «Église» par «État» et «Dieu» que par un autre principe supérieur – un autre fantôme, comme Stirner (encore lui) aimait les appeler – comme «l’Humanité», la «Conscience», la «Vertu» et tous ces beaux principes envers lesquels il faut se montrer digne.

Mais ce n’est pas tout. Les droits sont tous définis comme étant opposés à quelque chose, c’est-à-dire tout ce qui nous entrave, nous brime et nous empêche de vivre. Or, qui exerce ces brimades? La réponse est facile : l’État. Par conséquent, l’ensemble des droits sont, pour l’essentiel, des limitations au pouvoir des gouvernements (comme la Magna Carta, la Charte canadienne, le Bill of Rights américain, la Déclaration française et celle de l’ONU, et ainsi de suite). Le fait que les gouvernements détiennent le pouvoir et sont en position de suspendre les droits individuels pour une raison ou pour une autre démontre bien que lesdits droits ont été accordés par ces gouvernements. Naturellement, il ne fallut pas attendre longtemps pour que naisse la théorie que les gouvernements eux-mêmes sont les protecteurs de droits de la personne. En fait, c’est le genre de bêtise qu’on ânonne dans toutes les écoles – quoi que je crois que dans les écoles privées religieuses, on a tendance à enseigner plutôt que c’est Dieu accorde à tous les précieux droits, ce qui ne change pas grand-chose.

Je crois qu’il est de toute première nécessité de se débarrasser de ces mythes religieux et civiques qui nous empoisonnent l’esprit, nous domestiquent et en fin de compte perpétuent notre asservissement. Le contrat social est une bien mauvaise blague. Faire de l’État le garant des libertés et du bien commun est une fiction qui ne résiste pas à l’analyse. On ne trouve à l’origine de gouvernement rien d’autre qu’une bande de malfaiteurs qui, par la conquête et la violence, se sont érigés en maîtres sur les personnes qu’ils avaient préalablement asservis. Comme il était d’aucune utilité pour eux d’avoir des esclaves qui s’entre-déchirent pour grappiller les miettes qu’ils leurs laissaient pour survivre, les tyrans ont voulu maintenir «la loi et l’ordre» en promulguant des lois qui ne sont rien d’autre qu’une codification de l’arbitraire découlant de leur rapport de force. Avec le temps – et c’est La Boétie qui le premier l’a fait remarquer de façon éloquente – les esclaves ont fini par croire véritablement qu’ils ne pouvaient pas se passer de leurs maîtres, que leur monde s’écroulerait sans eux. Sentiment universellement répandu auprès de nos contemporains qu’on voit courir aux urnes pour élire de nouveaux maîtres à intervalles régulières et qui, entre chaque élection, déchantent en se disant que ce sera mieux la prochaine fois.

Ces animaux pitoyables que sont les humains ont l’étrange faculté de s’habituer à presque n’importe quoi si on leur laisse assez de temps. Il leur arrive toutefois à l’occasion de se rebeller et d’exiger des droits pour eux-mêmes, contre leurs maîtres. Bien entendu, ils ne rêvent jamais d’abolir leur servitude et de se débarrasser carrément de leurs maîtres : c’est trop insécurisant et ça demande beaucoup top d’imagination. On se contente donc de réclamer des droits pour alléger la charge et éviter que le bât ne blesse mortellement.

Avant l’apparition de la hiérarchie sociale et du principe gouvernemental, un concept tel que le droit était inconcevable. Les êtres humains respiraient, mangeaient, chassaient et procréaient tout simplement parce que c’est ce que les humains font. Personne n’aurait pu imaginer qu’ils avaient le droit de le faire; ils le faisaient, point barre. Les aborigènes d’Amérique du Nord, par exemple, ne pensaient pas qu’ils détenaient un droit sur cette terre, qu’ils avaient le droit de chasser, d’occuper le territoire. Le droit est arrivé en Amérique lorsque le premier Européen y a mis le pied, lui qui provenait d’un monde où la multitude était asservie et où la propriété était un droit. Et ce n’est, ironiquement, que lorsque les premiers habitants furent asservis qu’ils se mirent à avoir des droits.

Toujours est-il que la croyance stupide que les droits de l’homme proviennent de Dieu, de l’État ou d’une hypothétique et intangible nature humaine n’est rien d’autre qu’une superstition construite par des curés et les politiciens afin d’asseoir et consolider leur pouvoir. Il en va de même avec tous les principes sacrés et transcendants : ce sont des outils dont les maîtres disposent pour mieux nous asservir – et j’inclus la morale et l’éthique dans le lot. Réclamer des droits équivaut à exiger que sa propre servitude se poursuive, ce qui m’apparait être une attitude irrationnelle et délétère.

Je te sais de tout cœur anarchiste. Or, monisme et immanence sont au cœur de l’anarchie. Les anars – toi la première – n’admettent pas la distinction hiérarchique entre âme et corps, esprit et matière, homme et nature. L’être humain ne diffère en rien de tout autre phénomène, de tout ce qui compose la nature, si ce n’est en degré de puissance. Comme le disait Deleuze, il n’y a qu’une seule nature pour tous les corps, une seule nature pour tous les individus, une nature qui est elle-même un individu variant d’une infinité de façons. Cela signifie que l’être humain ne peut en aucun cas prétendre sortir d’une nature qui le pénètre et qui constitue toute son existence. L’anarchie est également un immanentisme absolu: tout se passe à l’intérieur des choses et des êtres qui ne peuvent sortir de leur nature et qui doivent accorder leurs actions à cette nécessité plutôt qu’à des forces extérieures telles que Dieu, l’État, les Lois, les Idées, la Constitution, le Peuple et ainsi de suite. Dans ces conditions, il ne peut y avoir de droits naturels, parce leur existence exige le dualisme et la transcendance.

Nul n’a le droit naturel de faire quelque chose s’il n’a pas le pouvoir de le faire ou si ses voisins l’empêchent de le faire. Et même si de tels droits existaient, ils seraient de bien peu d’utilité puisque l’État peut les retirer selon son bon vouloir, au nom d’un supposé bien commun. Ce que tu appelles des droits ne sont rien d’autre que des privilèges temporaires concédés à des esclaves, comme le disait George Carlin.

Si tu veux avoir accès à l’avortement, si tu veux cesser de subir l’oppression patriarcale et capitaliste, si tu veux disposer librement de tous les moyens qui permettre de vivre et de jouir selon tes désirs, il n’y a pas d’autre moyen que l’action directe. Inutile de supplier, de pétitionner ou de menacer l’État au nom de droits qui ne sont que de jolies fictions crées pour mieux nous asservir; il faut prendre ce qu’on désire prendre, faire ce qu’on désire faire et surtout, éliminer les dispositifs de pouvoir qui nous cantonnent dans la survie moribonde – et il se trouve que l’État en fait partie, avec la propriété et le patriarcat. La liberté se prend, elle ne se donne pas.

Je te laisse avec une (trop longue) citation de Gilles Deleuze qui résume mille fois plus brillamment ce que j’ai tenté dans cette (trop longue) lettre de t’expliquer :

« Les droits de l’homme sont des axiomes : ils peuvent coexister avec bien d’autres axiomes, notamment sur la sécurité de la propriété, qui les ignorent ou les suspendent encore plus qu’ils ne les contredisent […]. Qui peut tenir et gérer la misère, et la déterritorialisation-reterritorialisation des bidonvilles, sauf des polices et des armées puissantes qui coexistent avec les démocraties ? Quelle sociale-démocratie n’a pas donné l’ordre de tirer quand la misère sort de son territoire ou ghetto ? Les droits ne sauvent ni les hommes ni une philosophie qui se reterritorialise sur l’État démocratique. Les droits de l’homme ne nous feront pas bénir le capitalisme. Et il faut beaucoup d’innocence, ou de rouerie, à une philosophie de la communication qui prétend restaurer la société des amis ou même des sages en formant une opinion universelle comme « consensus » capable de moraliser les nations, les États et le marché. Les droits de l’homme ne disent rien sur les modes d’existence immanents de l’homme pourvu de droits. Et la honte d’être un homme, nous ne l’éprouvons pas seulement dans les situations extrêmes décrites par Primo Levi, mais dans des conditions insignifiantes, devant la bassesse et la vulgarité d’existence qui hante les démocraties, devant la propagation de ces modes d’existence et de pensée-pour-le-marché, devant les valeurs, les idéaux et les opinions de notre époque. L’ignominie des possibilités de vie qui nous sont offertes apparaît du dedans. Nous ne nous sentons pas hors de notre époque, au contraire nous ne cessons de passer avec elle des compromis honteux. Ce sentiment de honte est un des plus puissants motifs de la philosophie. Nous ne sommes pas responsables des victimes, mais devant les victimes. Et il n’y a pas d’autre moyen que de faire l’animal (grogner, fuir, ricaner, se convulser) pour échapper à l’ignoble : la pensée même est parfois plus proche d’un animal qui meurt que d’un homme vivant, même démocrate.»

* * *

Voilà, j’ai fini. Désolée d’avoir coupé autant de cheveux en quatre. Quand tu reviendras, je resterai coite et te ferai des tresses, tiens – ça fera changement. Prends soin de toi et je t’en prie, ne sois plus fâchée et donne-moi de tes nouvelles.

Je t’embrasse tendrement,

AA.

Catégories :Crise de larmes

Anne Archet

Héroïne sans emploi, pétroleuse nymphomane, Pr0nographe lubrique, anarcho-verbicruciste, poétesse de ses fesses, Gîtînoise terroriste (et menteuse, par dessus le marché). Si j'étais vous, je me méfierais, car elle mord jusqu'au sang.

7 réponses

  1. Le propos est encore empreint d’égotisme mais on sent que l’auteure y arrivera. Bon courage donc à cette personne.

  2. J’aime bien celle là :

    ni droit ni pouvoir, pour & sur personne

    Outre « les crétins, les idiots, et ceux qui valent guère mieux », pourquoi n’y a t’il pas de lien vers des blogs dans la même veine d’idée que le votre, ou si j’ose comme le mien ? Serait-ce que vous n’en connaissez pas, ou est-ce une volonté de votre part de ne pas les répertorier ?

    De même que je suis heureux d’avoir découvert votre blog, j’aimerais bien en connaître d’autres, je me sentirai moins seul.

  3. L’humain « de société », est bien souvent comme un prisonnier s’accrochant aux barreaux sa cellule, et ne réalisant qu’elle n’a pas de murs, sinon ceux qui sont dans son esprit; Tel un prisonnier volontaire s’aggrippant à un mur fictif en plein désert; Son statut de prisonnier ne tien qu’a ses propres attentes, désirs et peurs, envers la vie et surtout envers ses geôliers de la « sacro sainte » société;
    La plus simple et rapide manière de se liberer, n’est donc pas de secouer les barreaux comme un forcené, mais simplement de lacher les barreaux, d’ouvrir les yeux, de se détacher de ses attentes et pseudo dépendances sociétales, et il réalisera alors instantanément, qu’il est libre, qu’il a en fait toujours été libre, que son statut de prisonnier n’était qu’une illusion crée par l’assemblage de ses propres demandes et des pseudo- exigeances de la société et des autorités sous toutes ses formes; Et que la plaine autour de lui est vaste et sans limites; Son seul effort et courage n’est tant de détruire la prison illusoire, pièces après pièces, ce qui serait vain, que de se liberer de ses propres entraves mentales, libérer son esprit, lacher la prise de ses mains sur ces barreaux, et le voilà affranchi;
    Souvent désserer les poings est plus difficile que les serrer, mais quand on l’a fait, on réalise que c’est l’inverse en réalité ; )
    L’humain n’a finalement ni « droits ni devoirs » envers les autres, il n’a que la propre responsabilité de ses actes et de sa vie;

  4. Tu roupilles ?
    Cela dit, le silence est une éloquence perpétuelle, qui ne ment jamais (contrairement aux paroles qui parlent pour ne rien dire)

    La « société démocratique » c’est demander de vivre égal, libre et fraternel avec des êtres foncièrement différents, esclaves du système et totalement dépourvu d’égard envers soi. De là surement mon individualisme libertaire

    Et pout revenir au silence, je lui laisse la parole ;)

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