Menu Accueil

L’empiriste contre-attaque

(Réflexions ratées sur la création du neuf)

Nooooooooooon !

Dans Le problème de l’incroyance au XVIe siècle, la religion de Rabelais, l’historien Lucien Febvre avance qu’en Europe, à cette époque, était considérée comme athée toute personne qui ne se conformait pas à la religion dominante – ou du moins à la religion de la personne qui l’accusait d’être athée. Rabelais et tous ses contemporains ne pouvaient donc pas être des athées dans le sens que nous donnons aujourd’hui à ce mot, du fait qu’on ne disposait pas à l’époque du vocabulaire nécessaire ni des concepts pour exprimer clairement ou même concevoir une telle idée.

Cette lecture m’a longtemps hantée, car si dans le bouquin on sent que l’auteur est pénétré par l’idée de progrès (car c’est la marche des lumières qui permet d’écraser l’infâme et se dégager de l’emprise de la superstition), il pose le problème de la création du nouveau. La nouveauté est-elle le fruit d’un mouvement dialectique, né de l’affrontement de phénomènes dont la contradiction est résolue par une nouvelle synthèse? Si c’est le cas, il existe un sens à l’expérience humaine et le futur peut se déduire de l’histoire. Ceci implique aussi que le christianisme mène à l’athéisme – ou alors, que le christianisme mène à une pensée comme le rationalisme qui l’affronte et permet la synthèse de l’athéisme. Mais si l’idée d’athéisme est inconcevable, comment peut-on croire que les conditions sociales, mentales et culturelles qui le rendent inconcevable puissent mener à sa création? À moins d’en importer l’idée d’une autre culture – ce qui ne fut pas le cas de l’Occident chrétien – comment est-ce possible?

La question est importante pour tous ceux et celles qui, affamés de liberté, veulent se réapproprier leur vie. Pour dire les choses platement, on ne peut désirer que sur la base de ce qu’on peut concevoir. Les désirs ne peuvent changer que si on change la vie qui les produit. On doit avoir expérimenté la liberté pour désirer la liberté et enfin devenir libre, sinon cette idée ne nous traverserait même pas l’esprit. Or, le temps et l’espace de l’ordre social actuel étouffent toute expérimentation qui ne va pas dans le sens de l’accumulation du capital, a fortiori l’expérience de la liberté. On ne peut donc imaginer de nouvelles relations avec nos semblables, de nouvelles façons de vivre, qu’en transgressant les impératifs du temps et de l’espace sociaux.

Il m’apparaît nettement qu’innovation (pris dans le sens de «création de nouveauté») et progrès sont deux forces opposées. Le progrès tient pour acquis qu’il existe une direction vers la liberté et le bonheur humain, et que les relations sociales telles qu’elles existent en ce moment en portent le germe. Le progrès ne construit pas seulement sur le «vieux», sur l’existant; il en découle et avance en accord avec sa logique, son organisation. Or, ce qui existe non seulement est radicalement opposé à la liberté, mais constitue le principal obstacle à son imagination, et donc à sa réalisation. La liberté ne peut pas être le point de chute du progrès; elle doit être créée en allant à l’encontre des conditions de vie actuelle. Cette création de nouveauté, c’est l’innovation, la création du nouveau.

L’innovation véritable ne vient que très rarement de ceux qui réussissent, car ce sont ceux qui ont quelque chose à perdre et qui ne peuvent se permettre d’avancer à tâtons et s’enfarger dans le noir. Elle vient plutôt de ceux et celles qui ont les mains déliées : les crackpots, les bons à rien, les fous littéraires – ou les fous tout court –, bref, ceux qui se trouvent dans les fissures du mur bétonné du bon sens. Dans les ruelles attenantes aux tours d’ivoire universitaires, dans les demi-sous-sols de la couronne extérieure, les ratées et les marginaux de la pensée inventent de nouveaux mondes, construisent des accumulateurs d’orgones au biodiésel, échafaudent des plans de nègres contraires au bon goût, en porte-à-faux avec la raison et condamnés par principe à l’échec. La plupart d’entre eux ne connaîtront jamais la gloire – même celle, maintenant proverbiale, qui ne dure que quinze minutes. Ils ne contribuent pas au progrès tel qu’il est compris, observé, noté, fiché et relaté par les historiens, ce progrès qu’on conçoit encore aujourd’hui, comme une marche linéaire, triomphante et irrésistible. Ils ne font pas non plus partie d’une avant-garde, parce que l’avant-garde suppose une direction et un sens, alors que c’est le refus du sens et de la direction qui crée l’innovation.

AVERTISSEMENT DE MI-LECTURE

Si vous n’êtes pas certains de comprendre ce que je raconte, cessez sur-le-champ de lire et mettez-vous à écrire votre propre texte exprimant ce que vous imaginez que j’ai pu vouloir dire. Ce n’est qu’à ce prix que vous pourrez espérer générer quelque chose de nouveau.

(Allez, lancez-vous. Vous pouvez le faire – et beaucoup mieux que moi.)

Pour innover, il faut se consacrer au hasard et au ratage. Certains appellent ça de la perte de temps. D’autres du jeu, de l’art naïf, de l’autosabotage, du bricolage, du niaisage. En ce qui me concerne, j’appelle ça de l’empirisme de contre-attaque : de l’expérimentation qui transgresse l’ordre qui nous agresse et verse du sable dans les engrenages bien huilés du progrès. De la création de nouveaux désirs, de nouvelles valeurs, de nouvelles façons de nous réapproprier notre existence.

Les empiristes de contre-attaque forment une légion invisible. Ils ne vendent pas de cartes de membre. Ils ne tiennent pas de congrès annuel. La plupart d’entre eux ne se rencontrent jamais et ignorent même être des empiristes de contre-attaque. On devient un ou une empiriste de contre-attaque en prenant la ligne de fuite qui s’éloigne du connu, du familier et qui s’enfonce dans la noirceur et l’inconnu, dans ce cocon étrange qui métamorphose l’individu nommé, fiché, jaugé et évalué en «quelqu’un d’autre». Il ne s’agit pas alors seulement d’expérimenter des moyens, mais aussi d’expérimenter des fins. Autrement dit, mettre en action des valeurs, mais aussi les réévaluer. De toute évidence, une telle démarche ne convient pas aux conformistes et aux petites natures, car ceux et celles qui choisissent de travailler dans le sens du progrès ont l’avantage de pouvoir évaluer leur succès à l’aulne de critères extérieurs et préexistants. L’empirisme de contre-attaque équivaut à larguer les amarres et prendre le risque de ne jamais en revenir.

Créer du nouveau est un processus de connaissance, pas de compréhension. Plus vous comprenez, moins vous connaissez, parce que non seulement vous ne pouvez plus apercevoir le champ des possibles, mais aussi parce que vous perdez le désir d’expérimenter. On ne peut innover que lorsqu’on ne comprend pas comment les phénomènes fonctionnent – parce que dans cette situation, on imite sans avoir la maîtrise que procure la compréhension1. Les considérations abstraites au sujet de ce qui devrait être fait ou non portent rarement fruit. La plupart du temps, les gens innovent en essayant de nouveaux trucs au hasard jusqu’à ce qu’il y en ait un qui, par miracle, fonctionne – c’est-à-dire qui fonctionne dans un sens et dans un but qui était inconnu avant d’avoir pu l’expérimenter. Ce n’est qu’a posteriori que les théoriciens arrivent à expliquer pourquoi ledit truc fonctionne et pourquoi ses résultats sont désirables. Bref, pour créer du neuf, les hypothèses ont peu de valeur; les nouvelles stratégies naissent de nouvelles tactiques et non l’inverse.

Lecteur, lectrice, vous avez toutes et tous à un moment ou l’autre de votre vie pratiqué, ne serait-ce qu’une fois, l’empirisme de contre-attaque, du moins assez longtemps pour en arriver à devenir anar – ou quelque autre appellation que vous vous donnez et qui vous a mené à vous rendre sur ce blog obscur et lire ce texte indigeste jusqu’à cette phrase. Si ce n’était pas le cas, vous seriez ailleurs, en train de creuser les sillons déjà tracés. Je sais que certains d’entre vous vous se sont déjà posé les questions suivantes : «Suis-je une militante légitime? Est-ce que mes gestes sont à la hauteur des exigences morales de la lutte? Suis-je suffisamment solidaire envers les exploités? Est-ce que mon action va dans le sens du progrès général de l’humanité? Suis-je utile à la cause?» Si vous répondez «non» à toutes ces questions, ne désespérez pas : il y a fort à parier que vous êtes un empiriste qui contre-attaque. N’écoutez pas les appels moralisateurs à l’efficacité des progressistes, ces défenseurs patentés du genre humain qui s’avèrent toujours être aussi les défenseurs du statu quo. Tant que vous resterez dans l’expérimentation, vos ratages ouvriront le champ des possibles. Vous créerez du nouveau, vous ferez émerger des désirs qui jadis étaient inconcevables, impossibles à nommer, impossibles à imaginer. L’empirisme contre-attaquant est une fontaine de jouvence inextinguible qui réenchante le monde malgré tous les efforts pour le cadenasser à double tour. Et lui seul pourra, un jour, nous faire basculer dans le règne des vivants.

___________________________________

1. C’est pourquoi j’ai tendance à croire qu’internet est un obstacle à l’innovation parce qu’il répand des copies identiques et des variantes sur un mode évolutif, pas des imitations uniques – et je pense en particulier aux mèmes.

Catégories :Grognements cyniques

Tagué:

Anne Archet

Héroïne sans emploi, pétroleuse nymphomane, Pr0nographe lubrique, anarcho-verbicruciste, poétesse de ses fesses, Gîtînoise terroriste (et menteuse, par dessus le marché). Si j'étais vous, je me méfierais, car elle mord jusqu'au sang.

13 réponses

  1. Salut jo !
    Une remarque générale, même si je n’ai pas tout saisi de ta pensée que je trouve assez confuse et embrouillée dans ce dernier sujet :
    Tu te dis anar, etc, et en effet je trouve pas mal de tes textes assez subversifs et interessants;
    Cela dit, je me répète ; ), je pense au contraire que tu es très « consensuelle » sur certaines choses, et finalement « bien dans l’époque dite « moderne »;
    Tu recherches la liberté et invisible, mais tu utilises un média du système comme bon nombre de gens (du système eux aussi souvent), et tu y exposes pas mal de choses;
    Tu ne dis rebelle ou anar, contre la(les) religion(s), et pour le « sexe à gogo », mais c’est aussi peu original, vu que c’est ce qu’est devenu le « comportement des homosapiens » (ou plutot homo-industrialis-pollueris actuels, vu que pour la sapience on repassera, ou pas ;))
    Donc, comme beaucoup, tu veux finalement le beurre, l’argent du beurre et le cul de la crémière (pour mettre l’expression entière); et j’imagine que tu ne rechignes pas à accepter de l’argent d’une manière ou d’une autre;
    Donc égoisme, avidité et dépendances (fric, consommations sexuelles ou dite « amoureuses » hypocritiquement) etc
    En ce sens, je comprends mieux ton « empirisme contre attaquant », qui est plus proche de dark vador, que des Jedis;
    Pour ma part, je crois toujours que diviser le monde de façon manichéenne en bien versus mal, est une illusion, une dualité qui s’autoentretien et s’alimente, le bien des uns pouvant être vu comme le mal des autres et inversement; Je rejoindrais plutot l’expression nietzchéenne du « par delà le bien et le mal », où se trouve surement les vrais Jedis qui s’attendent rien de ce monde ni de l’autre

  2. J’irai même plus loin en disant que dans ce « système mondialisé » où tout se monnaye et se vend, par avidité et pseudo « liberté », y compris la terre, les animaux innocents, les gens, les relations, le sexe, le travail etc, il peut être très révolutionnaire et anar de ne pas vouloir de tout ça et de railler, mépriser ou boycotter tous ces comportements et ces choses;
    En leur ou lui répondant : « dégage avec ton fric de me… , tu m’interesses pas, mendiant »
    « Dégage commercial vendeur de tapis pourris !  »
    « j’en veux pas de ta société minable, du vent »
    « J’en veux pas de ton cul, t’es moche ma pauvre »
    « Va copuler comme tous ces babouins, t’es bon(ne) qu’à ça »
    « Dégage avec ton pseudo amour à la noix, et ta vulgaire proposition de plan cul, t’es aussi excitante qu’un plat de morue défraichie depuis deux mois »
    « Allez ouste »
    Finalement « Jesus et d’autres », étaient peut-être des sortes de hippies libertaires, trop libres pour s’enliser dans la médiocrité des appats factices et funestes de ce monde éphémère ;)

  3. Faut pas avoir lu le Nouveau Testament pour penser que le Jésus de l’Évangile était un hippie libertaire. Il disait – ou on lui a fait dire – qu’il faut payer ses impôts et que désirer une personne mariée était (déjà) un adultère. Certaines de ses paraboles ont même un contenu proto-capitaliste (il faut faire « fructifier » sa valeur) ou font la promotion de la hiérarchie.

    Freebird7: vous êtes selon moi un bon exemple de ce que ce texte dénonce. Votre condamnation de la société moderne est basée sur des notions de morale judéo-chrétienne et traditionnellement opposée à la liberté et au désir.

  4. à mouton marron,
    je te répondrais que tu te trompes à mon sens, sur ma « vision des choses »; D’abord je ne « crois » personne sur paroles, pas même Jesus ou Dieu, encore moins le présentateur du journal tv ;);
    Ensuite, je pense que certains choses « spirituelles » , sont révolutionnaires et libératrices, dans un monde qui ne l’est pas (tous les êtres de ce monde, même qui se disent libres ou anarchistes sont soumis au moins à la vieillesse, à la maladie souvent, et aucun n’échappe à la mort); Et je pense qu’une spiritualité libre et personnelle (au -delà des carcans des religions) va plus loin encore vers la liberté, qu’une simple liberté « physique », matérielle ou par rapport aux autres;
    Et je ne parle pas forcément de jesus, il y en a d’autres, et pour avoir voyagé quelques fois en asie, je suis plus proche spirituellement de sagesses du bouddhisme, de yogis errants, ou de jiddhu krishnamurti par exemple, que je trouve assez juste sur certaines choses;
    Le désir par exemple est vu par beaucoup comme une « liberté », mais elle a souvent aussi ses reves, et crée bien souvent plus qu’une forme de liberté de choix : des dépendances, souffrances, frustrations, jalousies, peurs, haines, etc;
    Le désir est « légitime » dans le sens où chacun doit ou devrait être libre de tracer sa vie et faire ce qu’il veut, tant qu’il ne nuit à personne; mais être libre de tous désirs, est surement le summun de la liberté, spirituelle et dans le monde; car les désirs impliquent toujours l’esclavage et la douleur par nature, étant donner qu’on ne peut désirer que ce que l’on a pas encore; et ils sont par nature insatiables

  5. Ptet un poil trop shadock à mon gout comme résonnement…
    A propos de la religion, il y a presque autant de dogmes que d’interprétations possibles, ya qu’a voir, ne serai-ce que dans celles d’Abraham, le nombre de courants et sous courants de pensées, de chapelles… Et il n’y a effectivement pas besoin d’avoir étudier les livres pour expérimenter le phénomène religieux.
    Mais ce n’est pas vrai qu’avec la religion. C’est la confrontation du savoir et de l’expérience. Du jazz/classique et du blues. Du solo de gratte improvisé au milieu d’un concert et de la lecture à voix haute d’un texte pré-écris (encore que, l’interprétation…), de la manif sauvage et de l’ag pour demander des distributeurs de bounty à la cafet… (comment ça je caricature?)
    Les lectures après expérience ont ce gout si particulier de découvrir quelque chose que l’on a déjà l’impression de connaitre, qui nous semblent familier, on se dit ba tiens j’aurai jamais cru que ma réflexion s’approchait de tel ou tel courant de pensée, mais ne laisse que peu de chance après coup pour la revivre, parce que l’on se retrouve vite prisonniers de la façon de le dire estampillée « savoir », non seulement parce que souvent plus facile d’accès que de fouiller ses souvenirs et son vécu, mais aussi parce que plus facilement partageable comme référence commune.
    Alors qu’a l’inverse, celui qui a eu accès à la connaissance avant l’expérience aura le choix soit de vouloir dépasser sa connaissance, de la remettre en cause, ou de la mettre en demi-sommeil, n’en avoir plus qu’à moitié conscience pour l’expérimenter telle qu’elle. (ou bien, bien sur, de l’appliquer au pied de la lettre ce qui reviens, en effet, à se répandre en copie identique, mais loin de la vérité de l’expérimentation, la différence qui est alors induite entre la nouvelle réalité et le « dogme » risque d’en entrainer certains, à un moment donné, si ce n’est à de sérieuses troubles, à de nouveaux murs de sens plus ou moins banals).
    Tout ça pour dire qu’internet n’y est pour rien, cette problématique est plus ancienne. C’est un outil à au moins quatre « objets » distincts, un espèce de double signifiant/signifié (celui qui propose un contenu, l’écran de celui propose un contenu, celui qui va chercher un contenu et son écran) – même si les professionnels de l’identité en ligne aimeraient n’en voir que deux.
    Et s’il faut se faire la réflexion de la liberté le concernant, disons qu’il est beaucoup plus vicieux que la tv parce que vous avez choisi d’aller chercher ce contenu au milieu d’une infinité de possibles, au lieu de choisir entre le match de foot et la redif du film des années 70 sur le câble. Par contre il permet à quiconque possède un écran d’en proposer, c’est un champs de possible dont les espaces ne sont pas limités et permet donc – en théorie – toutes les expérimentations.
    Donc, c’est avant tout les façons de faire qui sont à remettre en questions. D’ailleurs, à propos des désirs, qui malheureusement bien souvent entrainent « dépendances, souffrances, frustrations, jalousies, peurs, haines, etc; », tout l’enjeu n’est il pas d’apprendre à les dompter (finalement apprendre à se connaitre soi-même), apprendre à les mettre à son service pour quelque chose qui prends aussi en compte ce qui va au delà la simple envie immédiate et/ou égoïste ?

  6. ah oui, et pour répondre à freebird, au moins sur le fait que se monnayent les relations, le sexe, le travail et parfois les trois en même temps. J’ai longtemps réfléchi sur le sujet et aussi expérimenté le travail dans de grosses boites qui poussent à son paroxysme cette idée, jusqu’à fonctionner en quasi vase clos; et pour me faire l’avocat du diable, je pense qu’elle part d’une bonne intention, ou du moins disons d’une intention épicurienne de la génération précédente. Je m’explique sur une perspective historique. Même récente.

    Après les révolutions manquées de 68, il était globalement admis que l’argent ne disparaitrait pas de nos sociétés et qu’il fallait donc en accepter son emprise et son rôle, agissant comme plus petit dénominateur commun de possibilité de liberté dans l’ensemble des domaines de la société (liberté en tant que concept échangeable, chacun est libre de faire se qu’il veut de l’argent qu’il possède, pas en tant qu’absolu ou idéal), et comme médiateur universel du rapport de force.
    A partir de là, pourquoi ne pas l’associer, même symboliquement, au plus commun des dénominateurs du plaisir : le sexe. Dans l’idée, ils étaient en train de dire dans chaque recherche de liberté (symbolisée par l’argent) il y aurai une recherche de plaisir. L’idéal devait même aller plus loin et s’approcher d’un truc du genre cherchez le plaisir, vous obtiendrez la liberté.

    Mais « qui ne tire pas les leçons de 3000 ans vit seulement au jour le jour » (Goethe) et effectivement il faudrait être sacrément aveugle, voir carrément hypocrite pour ne pas se rendre compte que la machine s’est un peu emballée, parce que le nécessaire vital (logement, bouffe, santé, services publiques…) est dépendant de ce système global (les états nations s’assurent quasiment plus que le maintien de l’ordre et ne sont plus une mise en commun d’un capital sur une région donnée qui assurerai la survie de l’espèce – et donc permettrai de rêver à autre chose) et l’argent appelant l’argent, d’une part on a vite compris qu’il n’y en aurai pas pour tout le monde parce que c’est le meilleur moyen de nous tenir sous perfusion, et d’autre part la réflexion dans le sens inverse est beaucoup moins évidente.
    Parce qu’effectivement dans des relations sociales apaisés, on cherche d’abord à donner de la liberté et du plaisir avant d’en prendre…

  7. He ben, Anne Archet, ton texte doit être dificile à comprendre et à critiquer; on l’a quitté bien rapidement pour le subordonner à toutes sortes d’autres choses, même la spiritualité… Un texte subversif.

  8. « on ne peut désirer que sur la base de ce qu’on peut concevoir (…) On doit avoir expérimenté la liberté pour désirer la liberté et enfin devenir libre, sinon cette idée ne nous traverserait même pas l’esprit. » Je ne suis pas sûr.
    Si on désire souvent ce qu’on n’a pas (mais le connaît-on vraiment?), on désire aussi que ce qu’on ne supporte plus cesse -ou disparaisse. Ainsi, désire-t-on « la Liberté » ou désire-t-on briser nos chaînes ? Voulons-nous être libres, ou voulons-nous vivre en constante libération ?

    La question n’est pas anodine :
    – D’un côté, on a un objectif « positif », objectivisé / formulé, et qui nécessiterait qu’on adopte une méthode adaptée -et de préférence éprouvée (car rien ne vaut la bonne vieille Méthode de Papa!).
    Mais on peut alors se demander : qui l’a formulé, cet objectif ? Est-ce vraiment le mien -ou celui qu’on a mis dans ma tête ? Et à quoi elle ressemble, cette Méthode ? Est-ce qu’elle ME conviendra ?

    Mais soyons clairs : lorsque les objectifs ne sont jamais atteints, il n’y a que des méthodes perpétuelles.
    Par exemple : le Progrès (la-fuite-en-avant-vers-le-Mieux) restera un objectif inassouvi, et l’innovation demeure une méthode séculaire pour aller toujours dans le même sens : vers le « plus nouveau » (quelle connerie !).
    A défaut de satiété, la Méthode Générale est ce qui dirige nos vies; n’êtes-vous pas trop contrits ?

    – De l’autre côté, on a une formulation « soustractive » -ou « déconstructive »- qui énonce juste : « quoi qu’il advienne, je ne veux plus que ceci perdure. »
    Là, il ne s’agit plus d’atteindre un objectif / une idée vague inaccessible -le Progrès, le Bonheur, la Liberté…- mais de mettre fin à l’insatisfaction, à l’imposition et à l’empêchement perpétuel; et en premier lieu : à la Méthode !
    Ou, pour résumer : rien à foutre des objectifs, rien à foutre de la direction; c’est la méthode elle-même qui est pourrie.

    Alors oui, Madame Archet, l’empirisme contre-attaque, c’est bien ce qui nous conviendra le mieux !
    REFUSONS LA METHODE, refusons le savoir-faire, et expérimentons nous-même nos vies; IMPROVISONS ! Il s’agit de s’engager dans un mouvement de libération, une dynamique qui délie les nœuds et les certitudes, qui défasse les principes du dressage social, qui délasse des habitudes apprises, et nous extirpe hors des contraintes psychosociales et spiritualogiques, moranormales, phallolithiques…

    Cette dynamique n’est pas globale, elle est personnelle / individuelle; chacun/chacune la sienne.
    Elle n’est pas forcément linéaire, et elle n’est pas nécessairement perpétuelle : elle va où on la mène, et elle s’arrête quand on veut.
    ON SE LIBERE. On se libère de ce qui nous gêne -et on garde le reste ; on se teste, on s’essaye : on éprouve nos résistances, on s’amuse, de soi, des autres… on se tord, on se retourne, on se démonte un peu plus… on se sape les fondations (tu parles de bonnes bases!), et on en profite pour casser un peu, à côté, nos murs et nos remparts… pour faire un plus grand vide, et surtout on ne met rien à la place, car toute méthode est, tôt ou tard, oppressive !
    A bas les objectifs. A bas le savoir-faire. A bas la méthode.

  9. Bordel, pour la première fois, je peux admettre que je suis contre le progrès! :)

    Je ne crois pas qu’Internet est en soi un obstacle à l’innovation, mais il est vrai que ce qui y est diffusé va à l’encontre de l’innovation la plupart du temps.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :