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Contre-feux

(Neuf apophtegmes nés d’une migraine impétueuse.)

1. En silence, nous mettons le feu à nos chairs, incendiant du coup le monde entier – du moins, telle est notre intention. En réalité, non, c’est un mensonge : je suis tristement pessimiste en ce qui concerne l’effet concret de nos sublimes révoltes. Ce pessimisme n’empêche toutefois en rien le bruit des chaînes qu’on secoue de donner un peu de couleur à mon sang anémique.

2. S’associer est un moyen de commencer à vivre – ou du moins, un moyen de goûter à ce que vivre est réellement l’espace d’un court moment. Du haut de ma tour, j’ai longtemps joué à la soeur Anne, j’ai longtemps guetté l’horizon et je n’y ai rien vu venir. Il n’y a rien au loin, hors à ce monde, il n’y a pas de terres en friche hors du capital. Ce constat n’invalide en rien le désir de refuser collectivement les lois et carcans de ce monde, puisqu’agir ainsi offre un exutoire vital à notre négativité, tout en dégageant un peu d’espace pour nous permettre de respirer. Le temps de jouir est toutefois bien court et la dissolution de nos zones de liberté est inévitable.

3. Savoir retenir son souffle est le don le plus précieux des éternels naufragés.

4. La plupart du temps et pour la plupart d’entre nous, se reconnaître mutuellement et se rassembler est impossible. Nous restons seuls, à la dérive dans les eaux tièdes et corrompues de la société post-fordiste, post-industrielle, post-moderne et post-humaine. Les plus forts et les plus résolus d’entre nous allument des feux en adressant des prières païennes au néant pour que l’horreur prenne fin, un jour, et pour de bon. En ce qui me concerne, mon espoir est en lambeaux et ma foi est décrépite. Je ne suis pas la seule; nous sommes des millions et des milliards, l’esprit en loques et le corps moribond, qui pourrissons en prison ou dans un bureau à l’air synthétique, qui donnons le coup de grâce à nos désirs avec une seringue ou un missel, quand ce n’est pas en contemplant, hébétés et ravis, le défilé éternel des images dont on nous gave à notre corps consentant. La plupart du temps et pour la plupart d’entre nous, il n’y a pas de réponse, pas de solutions, il n’y a qu’une quête d’amour et de camaraderie sans fin et sans espoir.

5. Écrire un poème, poser une bombe, signer une pétition, soumettre une motion à l’assemblée générale, se nourrir dans un dumpster, voter pour un candidat socialiste, rédiger une note de blogue, prendre le palais d’hiver, mettre le feu à une banque et défiler nue dans la rue sont des gestes qui ont tous le même effet sur les dispositifs de pouvoir. Je vous laisse en toute lucidité deviner lequel.

6. Même si nous sacrifions toute notre existence à le construire, jamais nous n’édifierons un monde meilleur. Non pas parce que la probabilité de réussite est faible (la certitude de l’échec n’étant pas une raison en soi de s’empêcher de mettre en marche nos désirs), mais bien parce les cités idéales, à l’instar des cités réelles, ne peuvent être bâties que sur des cadavres.

7. L’insurrection est un exercice de création d’espaces négatifs de liberté. Par négatif, j’entends la dissolution des dispositifs du pouvoir qui agissent sur nous. Avec un peu de chance, cette dissolution est assez longue pour expérimenter, pour jouir et se mettre à vivre, mais sa demi-vie est presque toujours trop courte pour permettre de construire quoi que ce soit de durable. Ceci est un mal pour un bien, car les contre-institutions que nous bâtissons patiemment en pleine lumière, de peine de de misère et contre vents et marrées, finissent invariablement par devenir semblables à l’ordre qu’elles devaient en principe combattre. Pire, elles se mettent la plupart de temps à fonctionner pour assurer la pérennité de l’écheveau inextricable de nos oppressions. Dans ce désert d’uniformité qui s’étend à perte de vue, dans ce doux cauchemar qui transforme en marchandise le moindre soupir de révolte, même les constructions les plus ingénieuses, même les gestes d’entraide les plus audacieux, voire le vocabulaire même de la sédition, deviennent en bout de course des armes qu’on retourne aisément contre nous.

8. S’imaginer former une avant-garde éclairée, se croire les messies des damnés de la terre ou se convaincre d’être l’antidote à une société qui chaque jour infuse son poison à l’humanité est dans le meilleur des cas risible. Dans le pire des cas, cette ambition altruiste et présomptueuse mène tout droit au désastre. Soyons plutôt la goutte de sang qui coule d’une bouche tuméfiée et fait déborder le vase. Soyons les ailes et les poings de Némésis. Soyons le coin qui fera éclater le socle du siècle. Soyons seulement nous-mêmes, et pour nous-mêmes seulement.

9. Fuir, ce n’est pas quitter ce monde, car il est sans issue. Fuir, c’est se placer hors du regard de l’ogre, dans l’angle mort du hachoir à viande. Fuir, c’est creuser des tunnels sous les fondations des cathédrales et s’esquiver dès que la pierre de faîte fait mine de tomber. Fuir, c’est occuper le vide et y croître. C’est grandir comme une tumeur jusqu’à ce que la peau perce et éclate. Le capital nous a engoncés dans des habits ridicules qui nous oppressent, qui limitent nos mouvements et ne nous permettent que de survivre faiblement, le souffle court. Le capital nous a dicté nos désirs, nos besoins et nos rêves. Même nos amitiés et nos amours exhalent son relent nauséabond de plastique. Nous devons fuir en tirant sur le tissu social jusqu’à ce qu’il déchire. Alors, dans le silence caressant qui enveloppe toujours les décombres, nous pourrons respirer à pleins poumons, ivres de rosée.

Catégories :Crise de larmes

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Anne Archet

Héroïne sans emploi, pétroleuse nymphomane, Pr0nographe lubrique, anarcho-verbicruciste, poétesse de ses fesses, Gîtînoise terroriste (et menteuse, par dessus le marché). Si j'étais vous, je me méfierais, car elle mord jusqu'au sang.

11 réponses

  1. Je sais, je sais, c’est le titre d’un bouquin de Bourdieu. Je m’en suis rendue compte en finissant d’écrire le texte et je suis trop flemmarde pour en trouver un autre.

  2. on s’en contre fous, mais depuis hier je me vois en tyrain de contre inspirer et de plotter bien comme faut ce concept de Noune (NOUNE SOMMES PAS MORT, NOUNE NOUS RECOUCHERONS PASC DE BONNE HEURE, NOUNE SOMMES PAS DE CE MONDE KAVE QUI ACHÈVE, NOUNE PARDONNONS PAS L’ÉVIDENCE DU VICE, A NOUNE DE JOUER (c redéfinir le nous dans unje connotation tout aussi plurielle mais féminie et polpulaire… au pire vu qu’on est pas le canal Vox ou Fox, on fait un google hangout qu’on recrisse en morceaux dedans NOUNETUBE faloppe quand même pas nous ARRPETER AVEC nOUS… je pense que ça a eu un impact ctaffaire de NOUS, donc  »parodie » mais passkwe kndoit redire, et c’est pas à force des aNOUNEnimous PIMPS que lEsprit Sublime et transcende à la finesse de l’ame dans ces enfants hackers, teach and sing pas preacher enseigner, ET DES TRUCS COURTS ET PUNCHY COMME ÇA. DANS DIFF.RENTS STYLES. excuse les casplocks mon onfont capote et il pèse sur les pitons, je pense qu’il a écrigt  »du laitn SVP LA AVCHE C LONG!! » en passant j’AI FAIT UNE COIFFE TEAL DEER, L REINE ORME! PORNE! forne ! au fourneauX!

  3. IL DOIT BIEN SAVOIR D’AUTRES AUTEURS QUI VOULEZ VOUS PARLER PAR LES LÈVRES DE NOUNE SEULE ET DIEU POUVONS OCCIRE DE RIRE, UNE RAVALATION ON NE PEUT QU’ENTENDRE LES DISCOURSNE SE RAVALENT PAS, ILS RESTENT DANS LES ÉCRIS EN DESSOURS DE LA PETITE TÉVÉ DE YOUTUBE, S’AIMEZ…SEMEZ SEMEZ VOS BELLES GRAINES NOUS NE SOMMES PAS TA MÈRE, NOUNE SOMMES PLUS QUE LES PARTIES INTIMES. ESprit de corps sors sors en coeur, réveille! Youpie :-) Bon ça suffit. Noune noune bannie ban ban byyye!

  4. J’avais pas bien lu le numéro 8 mais je pense que c’esty l’éternelle puissance de la psychologie inversée qui fouette par l’égo ou alors par Néo qui a fait le travaIL de L’élu qu’il n ‘était p;as en en baikt alors à quoi bon tout dans un espèce de sous-marin dégueulasse circulant dans les eaux troublées par le capitaLISME laisse couler. A quoi bon essayer d’empêcher les méchants perdre le monde par les gentils philosophes qui Fourrier et qui Fawkes? C’est-tu la photo de l’article ou alors je me tape un intense déjà tout vu, tout dit, tout lancé cette meme idée? hum.
    bon je vais voir qui je peux voir en attendaNT. bON ramadan, NOUNOUNE REVERRONS BIENTÔT, Anne, jamais deux sans trois une noune, Anne, Je suis TA PAIRE ;-O Hou!

  5. Je fais partie des (nombreux?) lecteurs anonymes et silencieux de votre blog, et je dois dire que j’en suis grand fan. Keep going !! Et moi c’est plutôt l’ivresse que les poèmes :-).

  6. Madame Archet, vous semblez triste, vraiment triste, et moi qui suis plutôt un gentil garçon ça me rend encore plus triste (c’est idiot mais c’est comme ça, je supporte pas la tristesse); je vous conseillerais bien un bon bouquin un peu rigolo que j’ai lu récemment : « How to disappear in america without a trace » de Susanne Bürner (enfin c’est pas complètement rigolo, mais si, un peu tout de même).
    Faites attention à vous!

  7. Au contraire, il faut féliciter Anne Archet d’être ici plus triste que d’habitude. Je le dis bien modestement; elle m’en semble plus juste et plus vraie. À partir de là, évidemment, le défi est de progresser dans la compréhension de son propre désespoir. Cette quête à la fois philosophique et esthétique, c’est tout ce qui nous reste.

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