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Carnet du printemps

L’arrivée du printemps m’a soudainement donné envie de revenir ventiler ma hargne sur ce blogue. Il faut dire que l’actualité, ces dernières semaines, fut particulièrement difficile à supporter pour une fille qui comme moi a fait vœu de flegme et de sérénité en tout temps.

Vous vous demandez sûrement ce que j’ai fait tout ce temps — mis à part me faire baiser par tous les orifices, ce qui constitue il faut bien l’avouer l’essentiel de mes préoccupations quotidiennes. J’ai beaucoup écrit, surtout un petit texte intitulé La conférence interrompue que je vous invite à télécharger en format pdf (et accessoirement, à lire). J’y parle d’anarchie, d’individualisme, de changement social… et aussi un peu de fesses; on ne choisit hélas pas ses obsessions.

Toujours est-il que le printemps est difficile pour les syndicats. D’abord les syndiqués de la fonction publique, qui se sont fait subtilement fait dire par tout ce qui détient un phd en économie que l’heure est à percer un nouveau trou dans sa ceinture pour la serrer encore un peu plus. Ça va finir en loi spéciale, je peux le lire dans les entrailles des poulets. Ensuite la FTQ qui décidément récolte en ce moment ce qu’elle a semé à force d’être copain-copain avec la pire pègre du Québec — le patronat et les politiciens. Finalement le SPQ-Libre qui se fait gentiment montrer la porte de sortie du PQ à grands coups d’escarpins dans l’arrière-train, ce qui confirme la mort longuement annoncée de l’entrisme de la gauche syndicale dans ce PQ qui n’a jamais été une seule seconde depuis sa fondation un parti des travailleurs.

Ne me méprenez pas, je n’ai aucune sympathie pour les goons de la FTQ construction ou pour les fantasmes nationalistes de Marc Laviolette. Mais force est de constater que le balancier ne penche plus vers la droite : on l’y a carrément collé avec de la super glu.

Je me demande bien pourquoi tous ces charmants hystériques de droite qu’on entend de-ci de-là sur toutes les ondes — sans exception — ne cessent de se plaindre. À les écouter, le Québec serait une enclave rouge dirigée par un lobby socialo-syndicaliste-go-go-gauche tout puissant qui sape les fondements de la civilisation occidentale en imposant des cours d’histoire des religions à l’école, la garderie pour les fœtus et la burqa dans les bureaux de vote. C’est dire à quel point l’idéologie rend l’homme semblable à la bête et parfois même le fait mourir…

Les gens de droite aiment bien surestimer leurs adversaires*, ça leur donne l’occasion de se présenter comme les victimes qu’ils n’ont jamais été en plus de passer pour des révolutionnaires qui bouleversent un ordre établi qui n’existe que dans leur tête — alors qu’ils sont en réalité les défenseurs du statu quo. Et les gens de gauche aiment bien se faire surestimer, ça leur donne l’impression que ce qu’il pensent et disent compte vraiment et surtout est pris vraiment au sérieux, ce qui évidemment n’est pas le cas.

La plate réalité est que le spectre idéologique des partis politiques au Québec va de la droite à la droite, et ce, sur tous les sujets qu’on puisse imaginer. Je vous entends dire : « et Québec Solidaire? », mais vous avouerez que l’influence de ce parti se limite à être un repoussoir médiatique pour illustrer les dérives intellectuelles du communisme-rouge-fémino-totalitaire. Les autres partis se positionnent dans la niche qu’ils considèrent la plus rentable électoralement et puisque tout ce qui est électoralement rentable est médiatiquement déterminé, les partis politiques finissent par tous dire la même chose.

La politique partisane n’a qu’une seule qualité : celle d’être — à l’occasion — distrayante. Mais de là à dire qu’elle porte à conséquence… l’État a ses raisons qu’il impose de façon hégémonique sur les partis politiques qui n’ont d’autre choix s’ils ne veulent pas être marginalisés que d’offrir une variante légère du programme de leurs adversaires.

Quant aux anars, ils ne sont vraiment pas mieux barrés en ce moment. Je me suis mise récemment à fréquenter les médias privés de ma région et j’ai fait le constat navrant, mais hélas peu surprenant, que le mot « anarchiste » est en voie de détrôner le mot « terroriste » (qui lui-même avait remplacé « communiste » au début de la décennie 2000) comme épithète générique pour qualifier l’ennemi public, le fauteur de désordre, la menace à la cohésion sociale, bref, le mal à éradiquer. Un exemple : le restaurant parlementaire a servi la semaine dernière du phoque pour appuyer les chasseurs des Îles-de-la-Madeleine. Pendant le repas, des militants de PETA manifestaient. « Des anarchistes », commenta platement un animateur de la radio locale, sur un ton dégoûté. Peut-être suis-je d’une ignorance crasse, mais j’étais convaincue que c’était des animalistes dont le programme n’a rien à voir avec l’anarchisme. Faudrait avertir Paul McCartney et Brigitte Bardot qu’ils sont maintenant des disciples de Bakounine, au cas où ils l’ignoreraient.

Le même taouin a d’ailleurs fait l’éloge ce soir des agents provocateurs de la police lors des manifestations, parce que les « agents de la paix savent que les manifestations sont noyautées par des anarchistes et des punks à cagoule » et que ça ne peut « que déborder », alors « mieux vaut déclencher la violence tout de suite pour que la job soit terminée rapidement et qu’on soit tous à la maison à temps pour souper ». Bravo à lui et à toute son équipe, car jamais la réalité du pouvoir n’a été aussi clairement exposée. Il mérite décidément un doctorat honoris causa de l’Institut économique de Montréal.

Et j’allais oublier ce gentil chroniqueur qui sévit dans un quotidien gratuit anglophone publié par Quebecor, un populiste de droite (y en a-t-il d’un autre genre dans l’empire Péladeau?) qui se plaignait mercredi dernier que les institutions culturelles fédérales ont été noyautées dans les années soixante-dix par « des intellectuels, des militants et des anarchistes » qui ont détourné leur mandat de faire la promotion de la culture canadienne au profit des minorités, ce qui a eu pour conséquence de remplir les musées d’art laid et gauchiste tout en assurant des emplois confortables et grassement payés à ces ennemis du bon sens et de l’ordre naturel.

Je lance donc un appel à tous les anarchistes qui sont hauts fonctionnaires au gouvernement fédéral. Contactez-moi de toute urgence, car je doute vachement de votre existence et j’aimerais, comme Thomas, glisser mon doigt dans vos plaies saignantes.

S’il y a un péché trop souvent commis par les anars — et je m’inclus dans le lot, car j’y ai succombé plus souvent qu’à mon tour — c’est bien celui de se complaire dans le radicalisme. Lorsqu’on ne cesse d’être marginalisé, il est tentant de jouer les puristes et de se présenter comme L’ Ultime Hyper Totale gauche à gauche de la gauche de la gauche de l’extrême gauche… alors qu’en réalité, c’est l’ordre social actuel qui est radical par son exacerbation de la domination hiérarchique, par sa violence, par sa folie meurtrière, par sa destruction de la vie même.

La propriété enfante depuis son invention surtout des pauvres et des exclus et bien marginalement des riches; elle a été le moteur du capitalisme, du colonialisme, du racisme et de l’industrialisme à outrance qui a étendu sa merde à la grandeur de la planète. Mais il est extrémiste — non, inconcevable — de songer à l’abolir, même si l’humanité pendant l’essentiel de son histoire a vécu sans elle et s’en portait beaucoup mieux.

L’État est au cœur même de toutes les abominations des cinq cents dernières années, des guerres aux massacres en passant par des génocides, mais il est extrémiste — non, inconcevable — de songer à l’abolir, même si encore une fois l’expérience humaine nous démontre qu’on vivrait beaucoup mieux sans lui.

Il est d’une tristesse indicible que de vivre dans une société ou le désir de vivre plutôt que de survivre est perçu comme de la subversion. Une société où remettre en question l’obligation de devoir se vendre — au rabais, de surcroit — pour avoir le privilège de survivre est accueilli comme un scandale. Une société où le désir de n’être déterminé que par ses propres désirs est considéré comme immoral et outrancier.

L’anarchie n’est pas radicale.

C’est le capitalisme qui est radical par son exploitation. C’est l’État qui est radical par son oppression. Ce sont les religions et les médias qui sont radicaux par leur bêtise. C’est la police et l’armée qui est radicale par sa violence. Désirer la chute de ces institutions de mort ne constitue en rien de l’extrémisme; je dirais plutôt que ce n’est qu’un simple soubresaut de lucidité — la vraie, pas celle de Lucien et ses petits amis — et un signe de santé mentale.

* Un exemple parmi tant d’autres : en 2008, le taux de syndicalisation au Canada était de 31%, alors que celui du Québec était de 39%, ce qui fait un gros 8% au dessus de la moyenne nationale. Avouez que ça ne prend pas grand-chose pour devenir une enclave rouge…

Catégories :Grognements cyniques

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Anne Archet

Héroïne sans emploi, pétroleuse nymphomane, Pr0nographe lubrique, anarcho-verbicruciste, poétesse de ses fesses, Gîtînoise terroriste (et menteuse, par dessus le marché). Si j'étais vous, je me méfierais, car elle mord jusqu'au sang.

8 réponses

  1. J’adore ce texte. Ça remet les choses en perspective ! Un phénomène qui ne survient jamais dans le miroir déformant des grands conglomérats médiatiques.

    D’ailleurs j’ai définitivement fermé la télé. Ça me donnait la nausée et l’humeur noire.

    Pour ce qui est du terme anarchiste, préférons-lui donc « libertaire » une fois pour toute. C’est plus qu’un effet cosmétique. Anarchie est le terme le plus galvaudé que je connaisse. Lui redonner ses lettres de noblesse serait une tâche monumentale. Depuis Ravachol et la Bande à Bonnot que le terme est synonyme de terreur. Et que trouve t-on dans le dictionnaire des synonymes ? Chaos, confusion, désordre, émeute, gâchis, pagaille, trouble. Des qualificatifs à des lieux de « L’ordre sans le pouvoir ».

    Quoique certains semble prendre plaisir à porter ce fardeau.

  2. Mmmh, l’Animalisme, n’est-ce pas la doctrine inventee par Orwell dans Animal Farm ? Ca va etre difficile de faire acroire a Bardot comme a Mc Cartney qu’ils ne sont que d’abominables cochonnes et cochons staliniens !

  3. j’ai rien lu de mieux depuis l’interview de Julien Coupat depuis sa cellule. Oui, l’organisation du pouvoir nécessite un ennemi intérieur, et tout les partis politiques ont pour but d’accéder au pouvoir. Les anarchistes qui par définition veulent s’organiser sans le pouvoir sont donc l’ennemi rêvé. On est un peu dans une relation de maitre à esclave dans le sens ou le jour ou il n’y a plus d’anarchistes, le pouvoir n’a plus de raison d’exister. Mais vont finir par être désignés comme anarchistes tous ceux qui entrent dans l’avant dernier paragraphe. Un merci sincère pour ta lucidité. On en a bien besoin en ce moment.

  4. (nouvelles de France IV)

    La bêtise est infinie disait Einstein qui connaissait bien davantage l’infinitude de son égoïsme et son ambition et qui n’osa pas parler de l’infinitude de la prédation. Chacun poursuit son objectif dans l’intérêt de soi seul, rien est chacun. L’anarchie n’est évidemment pas responsable du désastre, ni les révolutionnaires.
    Je suis moi contraint d’admettre ma responsabilité immédiate dans tous les crimes du monde et pour la raison qu’ayant peu à peu conçu que tout, ce qui était du domaine de la vie, était pour ma part définitivement fini, je m’en suis remis à la survie avec bienveillance et droiture. C’est un exemple inconcevable pour ce monde de délaisser peu à peu la guerre, de n’y faire que s’y défendre, sans avoir les moyens de ses « ambitions » parce qu’elles sont ôtées, malgré les leurres, par un déterminisme auquel on prête un nom que seuls les chiens peuvent donner. Or je suis un chien et je n’ai pas bâti un système criminel.
    La surveillance participe de ce crime. Bonjour messieurs et dames.

  5. « Au XXIe siècle, alors que la liberté est tout autant une valeur qu’une vertu cardinales, n’est-il pas légitime de nous permettre, comme citoyens bénéficiant d’une maturité politique et démocratique, de décider si nous voulons ou non faire partie d’une organisation syndicale et d’en payer les cotisations? Ne devrions-nous pas nous inspirer de pays comme la France à cet égard où la liberté d’adhésion syndicale est consacrée? Ne devrions-nous pas aussi nous interroger sur ce privilège qui permet aux employés en conflit de travail de ne pas payer d’impôt sur les prestations monétaires qu’ils reçoivent de leurs syndicats, mesure exceptionnelle parce qu’elle fait financer les positions des organisations syndicales par l’ensemble des contribuables déjà assujettis à un fardeau fiscal que tous reconnaissent parmi les plus lourds du continent?  »
    Déclaration de Pierre Karl Péladeau à propos des syndicats en marge de la « Rencontre économique 2010

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