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Des conservateurs joliment vernis

Je m’excuse à l’avance auprès de tous ceux qui n’entendent rien aux débats byzantins au sujet de doctrines politiques assommantes et marginales, car je m’apprête à disserter interminablement au sujet du libertarianisme. Si vous pensez qu’il s’agit d’un mouvement réclamant la liberté pour Ariane Moffatt ou si les pinaillages idéologiques et le coupage de cheveux en quatre vous rebutent, je vous conseille fortement d’aller faire quelque chose de plus utile que de lire cet article. Allez boire un bon café, c’est ma tournée.

L'effet des thèses libertariennes sur l'individu moyen.

Si vous êtes encore là, c’est qu’il y a fort à parier que vous êtes vous-même un libertarien, que vous allez lire ce truc indigeste jusqu’au bout et que vous n’allez pas être content du tout du tout du tout. Je sens déjà que cette note va se remplir de commentaires désobligeants, car de tous les idéologues, les libertariens sont ceux qui gonflent l’audimat de ce blogue — que voulez-vous, je suis d’une habilité redoutable quand vient le temps d’être désagréable et de faire fuir la clientèle.

Par libertarianisme, j’entends cette sous-catégorie du libéralisme particulièrement populaire aux États-Unis qui conteste la puissance de l’État et vise la réduction de ses pouvoirs — voire son abolition pure et simple, dans le cas des variantes les plus radicales de cette idéologie. Ce qui distingue les libertariens des anarchistes est leur attachement à la propriété privée et leur conviction que le marché est non seulement l’institution qui permet une distribution optimale de la richesse, mais aussi le moyen le plus juste et le plus équitable de réguler la société. Les libertariens poussent le libéralisme jusqu’à ses dernières conclusions logiques: ils sont partisans d’un laissez-faire absolu, ce qui signifie laisser agir librement les producteurs et les consommateurs selon la loi de l’offre et de la demande. Individualistes, ils croient en l’existence de droits humains inaliénables qui découlent de celui de la propriété. Ainsi, les individus ont le droit de disposer de leur corps comme ils l’entendent dans la mesure où ils ne nuisent pas aux droits (de propriété) des autres.

Mais surtout, les libertariens n’aiment pas l’État qui pour eux est la source de tous les maux. Si le capitalisme connaît des ratés, si le niveau de richesse ne progresse pas comme il le devrait, s’il y a des guerres et de la violence, c’est à cause de l’autoritarisme de l’État, de son inefficacité bureaucratique, de ses tendances monopolistiques et violentes. À l’État, le libertarien oppose le marché — non pas le marché réel, distordu par l’interventionnisme étatique qui favorise la grande entreprise, ni le marché historique, celui qui s’est développé et a pris de l’ampleur avec le développement du capitalisme —, mais un marché théorique à instaurer et qu’il pare de toutes les vertus, dont la principale est d’assurer la liberté pour tous les individus.

(J’ai d’ailleurs remarqué que les libertariens entretiennent la même relation envers le marché que les marxistes envers la révolution ou le socialisme. Lorsqu’on discute avec eux en leur donnant des exemples de marché réel, ils nous répondent que ce n’est pas le vrai marché, qu’il est toujours «perverti par l’État», que ce n’est jamais «le marché tel qu’il devrait ou pourrait être» — comme le socialisme réel de l’URSS, des pays de L’Est, de la Chine et de Cuba qui n’est jamais le vrai, celui que Marx avait génialement prévu.)

Les libertariens aiment bien se parer des atours du rebelle, ce qui est la seule raison pourquoi ils sont à l’occasion refoulés à la frontière par des douaniers analphabètes. Pourtant, ce que ces braves commis de l’État (et par le fait même, les libertariens eux-mêmes) devraient savoir, c’est que ces sympathiques individus servent l’État honni avec une efficacité jamais vue en s’y opposant de cette manière. Car en fin de compte, les désirs libertariens et ceux de l’État coïncident : développement, croissance, échange, profit. Le problème, c’est qu’on ne peut désirer ce que l’État désire sans désirer aussi l’État — ou du moins, désirer les conditions sociales dans lesquelles il peut se développer et prospérer.

Contrairement aux libertariens, je suis d’avis qu’il faut considérer la société moderne telle qu’elle est, c’est-à-dire comme une totalité intégrée. Il faut porter les œillères de l’idéologue pour penser que l’État est une excroissance qui parasite la société — comment expliquer alors son existence pluriséculaire, ses continuels empiètements dans le fonctionnement des marchés ainsi que son acceptation par une immense majorité des individus — y compris ceux qui en sont les victimes les plus misérables et les plus flagrantes?

Une théorie beaucoup plus plausible que celle avancée par les libertariens est que l’État et la société (ou du moins, notre société) entretiennent une relation parfois conflictuelle, mais toujours symbiotique, que l’État et les institutions sociales et économiques telles que le marché et la famille sont des dispositifs de contrôle hiérarchique qui, malgré leurs querelles épisodiques, partagent les mêmes objectifs. Diaboliser l’autoritarisme étatique tout en passant outre l’autoritarisme tout aussi réel des relations contractuelles de pouvoir telles qu’appliquées dans les entreprises privées hiérarchiques (grandes et petites) qui contrôlent l’économie mondiale, voilà ce qui s’appelle du fétichisme économique. Et voilà pourquoi les libertariens ne sont que des conservateurs avec un joli vernis rationaliste et individualiste.

Les libertariens sont drôlement utiles à l’État et leur rendent un service qu’eux seuls sont en mesure de leur offrir. Car malgré toutes leurs jérémiades au sujet de sa tyrannie ils finissent la plupart du temps par concéder, dans leurs moments de lucidité, que l’existence de l’État repose beaucoup plus sur le consensus que sur la coercition — autrement dit, en termes libertariens, que l’État ne règne pas à sa guise, il ne fait qu’accomplir les clauses tacites et explicites de son contrat. Même dans les pires dictatures, l’État exerce son pouvoir essentiellement parce qu’il est en mesure de s’assurer l’appui de la population — et j’inclus les libertariens dans la population.

La fonction sociale des libertariens est donc de participer à l’entretien du consensus en canalisant une partie du mécontentement pour la concentrer sur des fonctions particulières de l’État. Ce faisant, ils transforment des anarchistes potentiels en réformistes, les démolisseurs en rénovateurs. La critique constructive est la forme la plus subtile d’éloge et c’est exactement ce que les libertariens font. Le jour où ils auront atteint leurs buts — si ce jour arrive, bien entendu — ils auront réussi à débarrasser l’État de ses fonctions les plus encombrantes et ainsi auront assuré sa pérennité. Plus l’État multiplie ses champs d’intervention, plus il démontre son incompétence; la principale raison de l’aversion de l’homme de la rue pour le socialisme est sa crainte que toute l’économie soit gérée comme le bureau local de la SAAQ ou le bureau de poste. Plus l’État se limite à sa fonction première qui est celle de défendre la propriété et l’inégalité sociale, puis il accroît son pouvoir. C’est une question d’adhésion idéologique à cette institution : l’État tente de faire de ses soldats et de ses policiers des objets de vénération, mais les uniformes perdent beaucoup de leur mystique lorsqu’ils sont portés par des gardiens de terrain de camping ou des éboueurs.

J’entends déjà les libertariens me répondre que ce que je viens de dire ne s’applique qu’à la majorité minarchiste d’entre eux et non aux vrais, aux purs, à ceux qui se qualifient d’anarchistes. Tout cela est bien joli, mais quiconque s’attarde à ce que les anarcho-capitalistes et les anarchistes de marché racontent constatent qu’ils ne sont finalement que des minarchistes qui désirent abolir l’État simplement en changeant son nom. Remplacer les policiers par des agents de sécurité, les tribunaux par des agences de justice, les prisons par des instituts correctionnels privés et la grande corporation transnationale par la petite entreprise est une question de sémantique, pas de changement social. Mais bon, cette querelle de famille ne m’intéresse que très médiocrement, puisque je ne suis même pas une lointaine parente de ces conservateurs. Ce que je constate, c’est que tous les libertariens souhaitent la privatisation complète des fonctions étatiques, mais ne remettent pas en question ces fonctions. Autrement dit, ils ne dénoncent pas ce que fait l’État, ils ne font que contester que ce soit l’État qui le fasse. Voilà pourquoi les individus qui sont les plus grandes victimes de l’État ne s’intéressent pas aux idées libertariennes; celui qui se fait matraquer s’inquiète assez peu de qui signe le chèque de paie du matraqueur. Si vous n’avez pas les moyens de payer — ou si vous n’avez aucune envie de payer — vous vous souciez assez peu que ce qu’on vous soutire s’appelle extorsion, profit, taxe, loyer, contribution volontaire ou part sociale. Si vous aimez pouvoir jouir à votre guise de votre corps et de votre temps, la différence entre travail et esclavage n’est qu’une question de degré et de durée.

La phobie libertarienne de l’État reflète et reproduit une méconnaissance profonde des mécanismes par lesquels s’opèrent le contrôle social dans le monde actuel. Si vous voulez maximiser la liberté et l’autonomie individuelle, il m’apparaît assez clairement que l’État est le moindre des obstacles à renverser.

Parce qu’ils se targuent de connaître les sciences économiques, les libertariens sont amateurs d’observation et d’analyse quantitative. J’aimerais qu’ils s’imaginent être des anthropologues extraterrestres en provenance de la planète Orgasma et qu’ils ont comme mission d’analyser les sociétés humaines. Bien avant d’avoir pu déchiffrer leur langage, ils constateraient que les terriens consacrent le plus clair de leur temps à des activités qu’ils ne désirent pas. Les jeunes sont assujettis par la famille et par l’école, soutenus à l’occasion par les Églises et par l’État. Les adultes se rassemblent souvent aussi au sein de familles, mais l’endroit où ils passent la majorité de leur temps de veille est au travail. Il devient alors vite évident que la source principale de l’autorité directe subie par l’adulte ordinaire n’est pas l’État mais l’entreprise qui l’emploie. Vous le savez comme moi: votre patron, votre contremaître ou votre superviseur vous a donné beaucoup plus d’ordres la semaine passée que la police n’a pu le faire lors des la dernière décennie.

Quiconque se donne la peine d’observer le monde en enlevant ses lunettes d’idéologues dans un esprit soucieux de maximiser la liberté n’a d’autre choix que de constater que l’institution coercitive la plus efficace, la plus répandue et la plus universelle est le travail, pas l’État. Or, même les plus radicaux d’entre les libertariens, ceux qui en appellent à l’abolition de l’État, vénèrent le travail et en font une valeur primordiale, voir la valeur suprême. On m’opposera que l’idée d’abolir le travail semble un affront au bon sens et aux idées communément admises, mais les plus honnêtes des libertariens avoueront qu’il en va de même pour leur propre programme d’abolition de l’État — et que ceci ne constitue pas une objection valable. Et encore, je n’en suis pas si certaine : si on proposait par voie de référendum soit l’abolition de l’État et le maintien du travail, soit l’abolition du travail et le maintien de l’État, quelle option selon vous serait gagnante ? Moi qui ne vote jamais, je sais quand même quelle case je cocherais.

Loin de moi l’idée de me porter à la défense de l’État — je cesserais d’être une anar si je osais commettre une telle énormité. Ce que je dis, c’est que toute l’oppression ne découle par de lui. L’État est le dépositaire ultime de l’oppression, pas sa source première. La plupart du temps, il est odieux non pas tant pour l’oppression directe qu’il fait subir, mais pour l’appui indirect qu’il fournit, en tant que dépositaire officiel du monopole de la violence, aux employeurs qui enrégimentent les travailleurs, aux parents qui dressent leurs enfants, aux instituteurs qui enseignent avec si peu de classe la soumission de classe en classe.

Abolir l’État tout en maintenant les autres dispositifs de pouvoir comme la propriété privée et le marché risque fort peu d’assurer la liberté individuelle de quiconque parce que le temps de notre vie est une marchandise qu’on peut vendre, mais qu’on ne peut jamais racheter. Un libertarien m’a déjà expliqué que l’égalitarisme est une révolte contre la nature; je lui ai répondu que sa journée n’avait que vingt-quatre heures, comme celle de tous les autres. Si vous consacrez le plus clair de votre temps de veille à recevoir des ordres, à obéir et à lécher des culs, vous ne pouvez faire autrement que de vous habituer à l’oppression hiérarchique. Vous deviendrez alors irrémédiablement fucké, tordu, passif agressif, servile, amer et vous porterez ce fardeau dans tous les aspects de votre vie — parce qu’on ne peut pas compartimenter sa vie entre la sphère publique et la sphère privée. Incapable de vive librement, vous finirez par dépit par adopter le pis-aller d’une représentation idéologique et politique de la liberté… comme le libertarianisme, par exemple.

Les libertariens se plaignent que l’État est une excroissance parasitaire de la société. Ils pensent que c’est une tumeur qu’on pourrait arracher, laissant le patient indemne et en santé. Le problème, c’est que, comme le marché, l’État est beaucoup plus une fonction, une activité, qu’une entité. La seule façon d’abolir l’État est d’abolir le mode de vie dont il fait partie. Ce mode de vie — si peut appeler ça vivre — est basé sur le travail et fonctionne grâce au moralisme, à la scolarisation forcée, la répression des désirs et leur canalisation vers la consommation. Les libertariens sont des conservateurs au joli vernis libertaire parce qu’ils avouent ouvertement vouloir maintenir la majeure partie de ce bordel. Se sont aussi de très mauvais conservateurs parce qu’ils ont abandonné la vision holistique, le principe de l’interconnexion institutionnelle et idéologique de toute société, qui est, il faut bien l’admettre la meilleure intuition que les conservateurs sans vernis n’ont jamais eue. Isolée des courants actuels de résistance (libertariens, dans la rue!), ils ont la manie de dénoncer toute opposition pratique au système (et l’opposition anarchiste en particulier) de nihiliste, de luddite ou d’un autre mot creux qui n’a valeur d’insulte que pour eux (comme l’épithète «bourgeoise») dans la bouche d’un marxiste).

Avec des ennemis comme les libertariens, l’État n’a pas besoin d’amis.

Catégories :Montée de lait

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Anne Archet

Héroïne sans emploi, pétroleuse nymphomane, Pr0nographe lubrique, anarcho-verbicruciste, poétesse de ses fesses, Gîtînoise terroriste (et menteuse, par dessus le marché). Si j'étais vous, je me méfierais, car elle mord jusqu'au sang.

58 réponses

  1. Je n’irai pas jusqu’à dire que je suis entièrement d’accord mais WOW, j’aime! :)

    Ça me fait sérieusement réfléchir!

    La meilleure déconstruction de l’idéologie libertarienne que j’ai jamais lue! Bravo!

  2. David, si je racontais que je sacrifie des bébés les soirs de pleine lune en chantant les meilleurs succès de Céline Dion, vous seriez encore capable de me faire des compliments. Vous ne trouvez pas qu’assez c’est assez ?

  3. « David, si je racontais que je sacrifie des bébés les soirs de pleine lune en chantant les meilleurs succès de Céline Dion, vous seriez encore capable de me faire des compliments »

    Non, pas à ce point-là. Attention à ce genre de comportement programmé par la propagande fémi-favoritiste étatiste…

    Mais bon, je me tais maintenant.

  4. Raisonnement tout à fait cohérent, comme d’habitude. Et là, je partage plusieurs points soulevés ici ! J’ai toutefois de la difficulté avec la dernière phrase. Ne devrait-on pas dire : « Avec des ennemis comme les libertariens, l’État n’a pas besoin d’amis. » ?

    @ David Gendron

    «Mais bon, je me tais maintenant.»

    «maintenant», c’est pas très long… ;-)

  5. Si je m’étais relu correctement, j’aurais écris : «Ce n’est pas très long» à la fin de mon court message précédent. Et je n’ai même pas l’excuse d’avoir été distrait par des saynètes affriolantes…

    @ David Gendron

    Vous voyez, on peut apprécier un auteur sans en perdre l’esprit critique !

  6. Est-ce que les anarcho-capitalistes obligent au travail?
    Est-ce que tous les minarchistes s’entendent sur la nécessité de mêmes institutions ou même sur l’impôt – un vol pour à peu près toutes et tous ?
    Il ne me semble pas.

    Ce qui force nécessairement les humains à travailler, c’est d’abord parce qu’ils ont des taxes à payer sur la propriété privée.

    Et si on enlevait ces perceptions forcées, surtout une fois des terres ou des biens acquis ?

    Sur le conservatisme moral, je crois que les libertariens s’entendent pour dire qu’on ne peut agir contre le consentement d’une personne contre elle-même ou son bien.

    Est-ce que donner la mort ou abuser sexuellement de quelqu’un (sans son consentement) montre que nous avons bien affaire à des conservateurs comme tant d’autres ?

  7.  » Le problème, c’est que comme le marché, l’État est beaucoup plus une fonction, une activité, qu’une entité. La seule façon d’abolir l’État est d’abolir le mode de vie dont il fait partie »

    Leproblème, c’est le problème…

    Le problème, c’est que l’on ne peut pas vivre sans Pharaon.

    Non mais, vous réflechissez avant d’écrire? Vous ne démontrez rien.

    Exemple : »Un libertarien m’a déjà expliqué que l’égalitarisme est une révolte contre la nature; je lui ai répondu que sa journée n’avait que vingt-quatre heures, comme celle de tous les autres. »

  8. Correction:
    *Est-ce que donner la mort ou abuser sexuellement de quelqu’un (sans son consentement) devrait être accepté pour vous ou si c’est encore une preuve de leur conservatisme moral caché ?

    J’aimerais aussi ajouter qu’un libertarien ou un anarcho-capitaliste – loin d’aimer les perceptions d’impôts et taxes obligatoires dans la monnaie nationale sur le bien personnel, ce qui oblige au travail pour faire vivre des privilégiés – ne veut forcer personne à vivre selon ce qu’il trouve bon pour lui.

    Si tu veux vivre l’égalitarisme avec des gens consentants, qu’il en soit ainsi. Juste le fait d’abolir les taxes sur la propriété rendrait plus plausible la création d’un espace où cela serait possible.

    Sans taxes obligatoires payables en monnaie nationale, pas besoin d’être redevables aux autres quand on ne le veut pas.

    Ce volontariat et cette adhésion volontaire à une idée est bien plus inspirante que lorsqu’un ou des leaders politiques impose sa volonté personnelle à l’ensemble, disant agir pour le Bien Commun.

    On peut très bien vivre sans l’État – une organisation sociale où la tyrannie de la majorité et celle du parfait Tyran s’exerce – dans un espace où les gens peuvent collaborer volontairement ensemble et mener la vie qu’ils veulent au quotidien – dans la limite du respect de la liberté des autres.

    L’Histoire a même trop souvent montré que ce sont les belles décisions étatiques qui ont pu forcer des gens et des communautés à cesser des modes de vie autarciques dans lesquels ils étaient bien. C’est la morale de la majorité ou du parfait Tyran qui est derrière la persécution de groupes religieux minoritaires, des échangistes ou des polygames.

    « Le problème, c’est que l’on ne peut pas vivre sans Pharaon. »

    AnarCap vous a bien cerné.

    Le premier échelon à démolir, c’est cet État qui vous contraint, plus que vous ne l’imaginez par des obligations.

    D’ailleurs, en quoi est-il légitime cet État?

  9. « Si tu veux vivre l’égalitarisme avec des gens consentants, qu’il en soit ainsi. Juste le fait d’abolir les taxes sur la propriété rendrait plus plausible la création d’un espace où cela serait possible. »

    Pour être parfaitement honnête et franc, vous devriez peut-être changer le terme « création d’un espace » par « location d’un espace ».

  10. « Pour être parfaitement honnête et franc, vous devriez peut-être changer le terme “création d’un espace” par “location d’un espace”. »

    Oui, c’est le cas actuellement. Nous louons puisque, même avec un « titre de propriété » sur un bien, des gens nous taxent éternellement dessus.

    En quoi n’ai-je pas dit que l’on vous force à verser un tribut au tyran? Pour qu’il vous laisse tranquille jusqu’à son prochain racket?

    Vous n’êtes pas libres dans de telles conditions.

    J’aime bien la seconde partie, sur Spooner, dans cet article de Pierre Lemieux:
    http://liberteaucanada.ca/blog/index.php?blog=2&p=958&more=1&c=1&tb=1&pb=1

    Qu’en pensez-vous?

  11. Après une deuxième lecture, je constate que ce type de critique peut s’appliquer aux anarchistes de gauche.

    Incluant même l’auteure…

    Et même moi, au fond…

  12. Nous pourrions très bien écrire le même genre de billet sur les anarchistes de gauche, intitulé « Des socialistes bien vernis » , où « socialiste » est utilisé sous sa forme péjorative étatiste.

    « À l’État, le libertarien oppose le marché — non pas le marché réel, distordu par l’interventionnisme étatique qui favorise la grande entreprise, ni le marché historique, celui qui s’est développé et a pris de l’ampleur avec le développement du capitalisme —, mais un marché théorique à instaurer et qu’il pare de toutes les vertus, dont la principale est d’assurer la liberté pour tous les individus. »

    En fait, ça ressemble plus au marché du type de ce qui existait dans les débuts du mercantilisme. Ceci dit, leur attachement au droit de propriété sert les intérêts de l’État.

    De plus, nous pourrions très bien parler du discours anti-marché propre aux anarchistes de gauche, qui ressemble drôlement au discours anti-marché des gau-gauchistes étatistes. Ça aussi, ça sert les intérêts de l’État!

    « Et voilà pourquoi les libertariens ne sont que des conservateurs avec un joli vernis rationaliste et individualiste. »

    Nous pouvons aussi dire que les anarchistes de gauche ne sont que des socialistes avec un joli vernis irrationaliste et collectiviste. Au moins, le terme « collectiviste » ne s’applique aux individualistes stirnériens comme vous…

    « Diaboliser l’autoritarisme étatique tout en passant outre l’autoritarisme tout aussi réel des relations contractuelles de pouvoir telles qu’appliquées dans les entreprises privées hiérarchiques (grandes et petites) qui contrôlent l’économie mondiale, voilà ce qui s’appelle du fétichisme économique. »

    Sauf que l’État aggrave ce pouvoir hiérarchique.

    « Plus l’État se limite à sa fonction première qui est celle de défendre la propriété et l’inégalité sociale, puis il accroît son pouvoir. »

    D’où le caractère contradictoire du minarchisme. Bien dit!

    « Si vous voulez maximiser la liberté et l’autonomie individuelle, il m’apparaît assez clairement que l’État est le moindre des obstacles à renverser. »

    Pas d’accord! Vous sombrez dans du pseudo-anarchisme chomskyen, et ça fait l’affaire des étatistes!

    Par contre, l’État n’est pas la seule institution à renverser, loin de là!

    « Mais bon, cette querelle de famille ne m’intéresse que très médiocrement, puisque je ne suis même pas une lointaine parente de ces conservateurs. »

    Nettement exagéré même s’il est vrai que ces CONservateurs agissent dans les intérêts de l’État.

    « Parce qu’ils se targuent de connaître les sciences économiques, les libertariens sont amateurs d’observation et d’analyse quantitative. »

    Faux, ce sont des anti-mathématiciens primaires comme les anarchistes de gauche. L’analyse économique misésienne est profondément anti-mathématique, et ça c’est un gros problème! Et le même problème existe chez les anarchistes de gauche.

    « Et encore, je n’en suis pas si certaine : si on proposait par voie de référendum soit l’abolition de l’État et le maintien du travail, soit l’abolition du travail et le maintien de l’État, quelle option selon vous serait gagnante ? Moi qui ne vote jamais, je sais quand même quelle case je cocherais. »

    Pas d’accord! Il n’y AUCUN moyen d’abolir le travail sans abolir l’État, à moins de sombrer dans une forme de gau-gauchisme la plus liberticide possible et sombrer dans une pauvreté abjecte. Mais évidemment, abolir l’État sans abolir le travail, sous sa forme hiérarchique esclavagiste, est une idiotie!

    « Abolir l’État tout en maintenant les autres dispositifs de pouvoir comme la propriété privée et le marché »

    Expliquez-moi comment on peut abolir le marché sans violence étatique. Encore une fois, on confond capitalisme et marché. Même le troc, le gifting et l’économie participative sont des mécanismes de marché

    Franchement, le discours anti-marché des anarchistes de gauche m’exaspère autant que le discours pro-propriété et pro-profit des ancaps et des libertariens . Ces deux discours servent les intérêts de l’État!

    Bref, ce billet est intéressant mais la critique des autres anars et votre propre auto-critique devraient aussi être considérées.

    P.S.: Ici, gauche et droite sont utilisées dans leur sens économique.

  13. On plane ici. Pourquoi prenez vous un paragraphe ou deux pour vous excuser? C’est drôle ce truc de dire en s’excusant avant.
    J’ai pas la capacité de réagir au contenu de votre billet.
    Mais à tant s’intéresser à l’État vous ferez surement de la politique un jour.
    Je vous souhaite deux mandats pour une pension à vie au bout de 8 ans.

  14. « Avec des ennemis comme les libertariens, l’État n’a pas besoin d’amis. »
    Affirmatif ! Et commutatif :
    Avec des amis comme les libertaniens, l’Etat n’a pas besoin d’ennemis.
    Quand au Pharaon… Même dans son absolu pouvoir… Il avait besoin d’eunnuques… Si, si, l’Echanson, le Panetier… Comment donc ? Mais voyons ! Tous ces « sinistres qui font tout avec les couilles des autres »…
    Quant au travail… Faudrait les mêmes messages d’alertes sur le contrat de travail que ce que l’Etat impose sur le paquet de clope, savoir :
    Travailler Tue !
    Statistiquement dans le monde, il meurt plus d’individus des accidents du travail que du cancer du poumon… Ou des accidents de la route…
    Et pour ce qui concerne le prestige de l’uniforme… Je porte plus de respect à celui des éboueurs, qu’à celui des « forces de l’ordre » (déjà la désignation me fait vomir)…
    Bravo à l’auteur… De m’avoir bien fait rire avec un sujet aussi « majeur » traité avec autant d’ironie que d’à-propos

  15. «Sauf que l’État aggrave ce pouvoir hiérarchique.» (celui des entreprises privées).

    Je ne vois là qu’une affirmation sans arguments. Comment l’État aggrave-t-il ce pouvoir hiérarchique ? Cela demanderait un développement (un billet ?…(gag)).

    Par la Loi des normes du travail (je sais que vous êtes contre le salaire minimum, mais pas moi !) qui limite (pas suffisamment) l’arbitraire patronal tant sur les motifs de renvoi, les conditions de travail et le harcèlement sexuel et psychologique ? Par le Code du travail qui facilite la syndicalisation (mais, il est vrai, limite les moyens de pression possibles) ? Par la Loi anti-scab ? Par la Loi sur la santé et sécurité au travail (dont le droit de retrait en cas de danger) ? Par la Charte des droits et libertés (qui met des bâtons dans les roues des décisions discriminatoires des employeurs) ? Même si, je le répète, ces lois pourraient et devraient être renforcées, elles diluent drôlement le pouvoir hiérarchique des entreprises sur les salariés.

    Alors, quelles dispositions de l’État aggrave le pouvoir hiérarchique des entreprises privées ?

  16. Christi je me suis endormi après le 3e paragraphe.

    À l’instar des libertariens philosophes et des anarchistes en queue de chemise, vous êtes crissement plates lorsque vous commencez à déblatérer en philosophes.

    Parlez-nous comme monsieur et madame tout le monde bout de viarge, je vous comprends de ne pas aller en politique parce que face à du monde qui ont une attention de 2 minutes, ça ne tofferait pas la runne comme on dit…

  17. « La critique constructive est la forme la plus subtile d’éloge et c’est exactement ce que les libertariens font. »

    On pourrait dire aussi la critique destructive est la meilleure façon de mettre l’état sur la défensive et de lui accorder ainsi plus d’importance et plus de pouvoir pour arriver en sauveur.

    Alors vous voyez peu importe, avec l’état, c’est « damn if you do, damn if you don’t ».

    L’art des faux débats…

  18. « celui qui se fait matraquer s’inquiète assez peu de qui signe le chèque de paie du matraqueur »

    Certes, mais cela est la différence entre la matraque et l’arme nucléaire.

    Il sera intéressant de constater si ce sera Microsoft ou Wal Mart qui partira la 3e guerre mondiale ou encore auront nous affaire aux puissance de ce monde, la Chine, l’Iran, les USA, etc.

  19. « la liberté n’a d’autre choix que de constater que l’institution coercitive la plus efficace, la plus répandue et la plus universelle est le travail, pas l’État. »

    C’est sûrement le point le plus intéressant de votre article et pour cela ma chère, vous en avez bûché des neurones. Bref, vous travaillez trop, vous êtes en train de devenir ce que vous dénoncez si vigoureusement ici.

    Le travail est une addiction, une dépendance, bref, une drogue dure. Les gens en deviennent accro. Plus encore, ils méprisent ceux qui choisissent autrement. Quoi, tu ne travailles pas ils vous diront? Ils méprisent la drogue inverse qui est la paresse, l’oisiveté, l’autre extremum.

    Mais le pire, c’est que l’humain, c’est un animal étrange qui aime les extrême. Il passe de la paresse totale au travail extrêmee, de la chasteté totale aux orgies dépravées, de la vérité au mensonge, du meurtre à l’amour etc.

    Bref, une créature étrange mais fascinante et tout le monde a son monsieur Jerkill et Mr Hide, il faut seulement savoir lequel est lequel et ça, ça dépend de nos valeurs et de nos philosophies.

  20. J’aimerais ajouter que le travail est sûrement le consensus qui fait le plus foi au sein du gouvernemaman car l’économie est basée sur le travail (sans oublier le vol, l’extortion et l’expropriation par des moyens très violents). Donc autant les partis de gauche que de droite vénèrent à leur façon le travail.

    Regardons le communisme plus étroitement et on se rend compte qu’une des doctrines fondamentale du communisme est de considérer le manque de travail comme une aberration, quelque chose à éviter à tout prix. Ce qui donnait évidemment droit à des moments d’oisiveté extrême dans des compagnies soi-disant sérieuses (pensons à Lada en URSS loll).

    Alors évidemment, cela est toujours surprenant de voir des adeptes de la paresse à la puissance 100 vénérer le communisme (attention le mot du jour est…vénérer).

  21. Un leger doute m’etreint tout de meme Anne, que definissez-vous donc ici par le  » Travail « . N’est-ce pas une condition inherente a la survie de chaque organisme, que de s’activer a la recherche de ses moyens d’existence donc de subsistance? Cette activite naturelle, n’est-ce pas ce que l’on nomme concernant l’espece humaine  » Le Travail « … Comment dans ces conditions, abolir cette activite ???

  22. « Cet air d’innocence ne reviendra pas » (s’agissant de la manière dont cette société entend se justifier)
    Dès lors la question qui s’est posée fut: comment mettre les gens au travail?
    Cette question et cette nécessité implique que l’Etat et les tenants du marché sont une seule et même entité, intégrée dans la société spectaculaire et marchande.
    Il n’est qu’à voir les efforts déployés par la propagande de l’Etat pour se justifier de sa dernière fonction, policière, et de manière concomittante pour organiser et favoriser le marché.
    En somme la question n’est plus l’Etat ou le marché. L’intégration s’est acceléré dans les années 70 avec l’intronisation des maffias affairistes dans les corps de l’Etatet nous en sommes à un point historique sans précédents (Pasqua en France, Berlusconi en Italie etc…) qui nous promet à des jours toujours plus sombres…
    « qui a pu en faire tant ira nécessairement plus loin » (Guy Debord)

    « Le destin du spectacle n’est certainement pas de finir en despotisme éclairé » (G.D)

  23. @PM et AA,

    « N’est-ce pas une condition inherente a la survie de chaque organisme, que de s’activer a la recherche de ses moyens d’existence donc de subsistance? »

    Ce qui nous amène à se poser une question fondamentale, pourquoi le travail ou encore pourquoi l’argent?

    Un principe fondamental d’économie nous apprend la chose suivante: les besoins des humains (et des animaux) sont illimités et les ressources sont limités. Ce fait évident implique que tout le monde doit se « battre » pour ce qu’on croit qui nous est dû. À la base tout est la loi de la jungle et si on regarde les animaux agir, on comprendra vite que c’est bel et bien le cas. Aujourd’hui, c’est plus sophistiqué mais c’est toujours le cas.

    Je sais que certaines personnes rêverait d’un monde style Adam et Ève ou nos besoins sont instantanément comblés par un quelconque coup de baguette magique cependant rien n’est le cas. Ce qui reste comme option c’est 3 choses essentiellement: être productif via le travail car personne dans une réalité capitaliste ne donne rien pour rien, être un parasite quémendant continuellement la charité de multiples façons ou être un prédateur ie, un voleur, un tueur, un violeur. Les plus pacifistes diront qu’il y en a pour tout le monde, c’est archi-faux et si c’était le cas qu’on puisse tout se séparer équitablement, il y aurait toujours des profiteurs qui essayeraient de toute façon de tout garder le gâteau pour eux.

    Alors il reste qu’entre le parasitage, le travail et l’agression, n’est-ce pas que le moindre des maux est le travail non?

    Comme disait Zachary Richard: Travailler c’est trop dur et voler c’est pas beau, demander la charité, c’est quelque chose je peux pas faire…

  24. L’equation est quand meme tres claire :
    Libertarianisme = Ultra-Liberalisme
    Lesquels voudraient tous nous faire croire que nous ne devons notre existence qu’a l’economie et au marche. En bref, l’humain au service de l’economie, et l’economie au service de l’oligarchie, au lieu de l’economie au service de tous.
    L’equation est donc encore plus claire :
    Libertarianisme = Ultraliberalisme = Oligarchie.
    Comment messieurs les libertariens concilient-ils oligarchie et anarchie.
    Les libertariens ont beau se parer du drapeau de l’anarchie, et meme l’accaparer, ce n’est pour eux qu’une dentelle, avec laquelle ils se torchent, et sur laquelle ils chient.

  25. Anne oppose Travail et Liberte.
    Je ne la rejoins pas en ce sens que je pense que ce que nous nommons le travail n’est autre que l’activite necessaire quelque soir sa forme, de tout organisme a sa survie.
    Cependant, Anne voit tres juste, concernant, non pas le travail, mais les modes d’organisation du travail, a savoir hierarchises, et l’instrumentalisation de la valeur  » Travail  » par l’Etat, tout comme par le secteur prive…
    C’est meme en ce sens que l’on peut designer tous les modes d’organisation de la societe suivant ces valeurs ( Production / Hierarchie ), et ce quelle que soit l’ideologie dont la societe se targue comme proto-fascistes.
    Car en effet, dans tous les fascismes et corporatismes, les forces productrices sont toutes liees entre elles au service de l’Etat-Nation…

  26. Bravo pour ce texte et je remarque que vos contradicteurs pataugent.

    Votre texte met bien en lumière que le discours envahissant primairement anti-étatique des libertariens n’aura jamais aucune prise auprès du public. C’est curieux qu’ils ne le comprennent pas. Ce sont des gens intelligents pourtant. J’imagine que l’adhésion à une idéologie rend les gens légèrement idiot, cela c’est dèjà vu!

  27. Votre texte est très intéressant, mais un peu long si je puis me permettre.
    Faites vous une différence entre ceux que vous appelez les « libertariens » et les libertaires?

  28. Libertarien de gauche… Quelle qualification… Tout est plus ridiculement qualifié à mesure que la tyrannie détruit toute cohésions… Pourquoi pas gaulliste anarchiste? Ou despote de gauche? Faciste anarchiste?
    Malgré leurs dissenssions les communards n’ont pas inventé une ribambelle d’appellations pour qualifier leur opposition sans borne au pouvoir.
    Est-ce que le libertarien de gauche est ce type d’individu qui mange végétarien et regarde « sex and the city ». Alors que quasi libertarien de gauche végétarien aussi fait une exception avec le steak haché de marque Bigard et il ne regarde à la télévision que le 110 mètre haies?
    Il serait intéressant qu’on nous éclaire n’est-ce pas….

  29. Ceci pour dire qu’on ne peut pas aller au bout d’une visée d’absolu. L’absolu c’est se condamner au silence ou au suicide ou à l’exécution. Mais je vous accorde qu’on peut pousser sa radicalité aussi loin que possible. Certains s’y entendent bien mais c’est aussi d’ailleurs une grande bêtise de cette époque que de mépriser continuellement ceux qui ne vont pas « plus loin ». C’est ce que je reproche aux spécistes, aux vegans, aux libertariens de gauche (par opposition aux libertariens de droite). Toute cette absence de cohésion ne vise jamais qu’une seule et même chose: soi et soi seul. C’est « je suis le mieux ». C’est exactement, à l’envers, le principe de l’invidualisme. A l’envers parce que l’invidualisme des capitalistes c’est tout pour le fric tandis que celui de ce militantisme morcellé et forcené, c’est tout pour MON IDEE et MA MANIERE de vivre qui s’oppose comme on le voit à celle des autres parce qu’il y a le mépris, le contentement de soi le plus poussé et je le dis ouvertement: la haine. C’est dans ce sens que j’ai écrit un texte qui s’intitule « la discipline de la haine » car où qu’on se situe: capitaliste en quête de fric ou militant avec des égos surdimensionnéss, tout oeuvre pour le rejet de l’autre.

  30. Au début, Anne, j’ai suivi ton conseil et laissé ce texte ardu aux jésuitiques.
    Mais au final une page poussant l’autre, je suis parvenu à le lire en diagonale (plusieurs fois quand même!)

    Bon. En fin de compte, il faudra quelqu’un pour traire la vache !

    Tu dis : « le temps de notre vie est une marchandise qu’on peut vendre, mais jamais racheter »

    Suis-je de ton avis, l’ayant pour ce qui me concerne partiellement vendue dans une poussière dorée ? J’ajoute cependant : malgré ce fol désir d’absolu qui m’a de tout temps taraudé. Voilà pourquoi il faut lire Antigone. Voilà pourquoi il faut aimer ou haïr : il n’y a pas d’alternative à cette quête échevelée.

    Mais il n’est jamais trop tard. Et je le dis en réponse à Ogour :

    « Ceci pour dire qu’on ne peut aller au bout d’une visée d’absolu.
    L’absolu c’est se condamner au silence ou au suicide ou à l’exécution.
    Mais on peut pousser sa radicalité aussi loin que possible ».

    J’aime assez, dans le contexte d’une vaste insurrection, l’idée de la mort, acte sans égal.
    Inutile, mais sans égal. Quoique. D’autres viennent et nous regardent et nous écoutent …

    Mais il faut alors aimer la mort comme on aime la vie. A crainte qu’elle ne soit présent futile.

    Mais qu’entends-tu par « la discipline de la haine » ? S’agit-il du sentiment noble d’un ennemi ? Ou de la trahison d’un frère ?

    Ou d’un sentiment que tu nourris envers toi-même?

  31. Bonjour Yves,

    Pour répondre à ta question je t’inflige de la lecture… Veux-tu bien m’en excuser?

    Cette discipline pourrait à la rigueur s’entendre comme une conséquence du déploiement de la société spectaculaire intégrée telle que Debord l’a analysée dans ses « commentaires à la société du spectacle ». Elle pourrait tout aussi bien expliquer à quelle sorte de sous bassement l’idéologie spectaculaire et marchande doit son expansion, c’est à dire quelle part d’inhumanisme » (selon un néologisme conçu par un jeune homme) elle excite, au point de toujours faire précéder l’instinct policier, l’instinct marchand, l’instinct de pouvoir, la domination, l’imposture, le secret, la servitude, à toute autres attitudes et comportements qui viennent en considération d’une humanité plus sensible, plus disposée à l’entraide et au partage.

    Il me semble qu’à la montée de la contre-révolution nazie en analysant la carapace caractérielle des sujets d’alors Wilhelm Reich avait montré de quelle manière elle influait sur ce qui encore n’était pas entendu sous la formule du spectaculaire concentré et si je ne prétends pas à l’analyse psychanalytique de Reich dont je n’ai pas la compétence, c’est d’une manière subjective, que mon sentiment se forge à propos de l’homme d’aujourd’hui : il a une autre sorte de carapace que je me suis plu, radicalement, à appeler « la discipline de la haine », radicalement parce qu’à l’exposé de ce qui est on doit admettre à l’évidence que la moindre minimisation relève déjà de la compromission.

    A l’exception de quelques médecins dont ce bon docteur de Troia, il n’y a à ma connaissance, aucune science psychanalytique assez largement diffusée pour m’être connue, qui ait pris en charge une analyse scrupuleuse du sujet sous le mode de fonctionnement du spectaculaire intégré et c’est sans doute que les écoles avaient déjà fort bien intégré l’intégration que rien n’est venu… . et qu’en conséquence, ce qui arrive à beaucoup , qu’ils le supportent et s’en accommodent, qu’ils le fassent supporter, ou comme beaucoup de jeunes gens que je rencontre qu’ils en souffrent tant et plus, l’ensemble des rapports sociaux sont ainsi souillés et dès au lendemain de grèves et de manifestations qui n’ont plus alors qu’un caractère récréatif.
    Quand il ne bouffonne pas l’homme ainsi discipliné nuit.

    1.

    J’appelle haine cette faculté remarquable de l’Homme d’être dans la négation. C’est-à-dire l’attitude qui va à l’encontre d’une chose ou n’en tient pas compte. Lorsqu’il est si manifeste que le doute ne se survit pas et que s’il n’est plus permis, il n’est cependant plus qu’une technique de survie et d’un usage nécessairement tronqué de la communication. Alors le mensonge est le mode d’expression de tous.
    A-t-on jamais perçu dans tous ces petits mensonges multipliés authentifiés par la raison qu’ils nourrissent de plus grandes méfiances ? C’est chaque fois le cœur sensible qui est atteint et comme toutes choses menacent de n’être plus qu’un spectacle de la vie, c’est la vie même qui est atteinte. On ne tue pas autrement que récusant la volonté de vivre de l’un on se survit contre une telle volonté.
    A ce titre nous avons dépassé et d’assez le loin le pourtant déjà terrifiant constat de la poétesse croate Vesna Parun. Si elle est demeurée niée par les idéologies du XXème siècle, la souffrance sert aujourd’hui à authentifier le bonheur de quelques uns et la « paix » proprement totalitaire du tout.
    Dans la confusion l’homme de notre époque est porté dans le camp de la force la mieux armée.

    (…)

  32. Ogour,

    S’il est une chose dont je suis sûr, et je te le dis sans animosité aucune : je ne comprends pas tes phrases kilométriques.
    Ignores-tu donc l’usage de la virgule, du point ?

    Souvent, il m’est impossible de distinguer parmi de multiples options possibles, le sujet de ta phrase…

    Je ne suis pas, en outre, coutumier des mots alambiqués, je ne suis pas expert es philosophie, et ma mémoire a enterré la grande majorité de mon vocabulaire.

    Aussi te répondrai-je peut-être loin de tes attentes.

    Juste ceci :

    J’entends confusément dans ta voix une sourde méfiance à l’égard de tous, voire un ressentiment profond.
    Cela m’intriguait, au début. Cela m’emplit d’un grand malaise dont je ne parviens à faire le tour.

    Par le même temps je te fais doucement remarquer que je te lis et me fends d’un commentaire.

    J’aurais dû suivre le conseil d’Anne et gagner un de ces bistrots de Mons où la bière est fraîche, et laisser passer l’averse.

    Enfin, puisqu’on est là, pour ce qui me concerne, seuls comptent, dans mes rapports avec les autres, les sentiments.

    Il s’agit aussi bien d’amour que de haine, ou pire, de mépris.

    Ils ne peuvent jamais viser que l’individu, si dissemblable me soit-il, jamais la troupe pour laquelle je n’éprouve rien.
    Rien de ce qui est inhumain ne m’est étranger.

    Mais, si je compte un peu le nombre de qualificatifs qui suivent le mot détestable d’anarcho- et que j’essaie de peser pour les uns et pour les autres, ce qui est susceptible de nous rapprocher, de nous faire nous entendre, dans un espace à ménager, où la force naîtrait de chaque susceptibilité, et non plus une barrière, je crois que nous pourrions nous mettre à rêver.

    Je n’attends, pour ce qui me concerne, qu’à croiser la route et le destin de Fifi, et de les faire miens, tant il est vrai que seul je ne pèse rien.

  33. @Yves: je ne suis certainement pas « philosophe » Yves. Je passe l’essentiel de mon temps sur les recommandations de Lafargue à paresser et à faire bombance. Je ne fréquente heureusement pas l’engeance « professorale » à la Bisson et ses « il faut »… Il n’y a d’ailleurs pas besoin de grandes connaissances pour comprendre ce que je vous avais dit précedemment. De fort jeunes de mes amis (20 ans) qui ont quitté l’école à 16 ans et qui, je le déplore, ne lisent que trop peu m’ont eux parfaitement compris… Il est vrai les bonnes gens les considèrent comme racailles ou parasites et c’est notre intérêt commun pour le vin et la paresse qui sans aucun doute nous permet de bien nous comprendre. Je vous laisse imaginer ce que quotidiennement mes camarades et moi voyons et entendons qu’un professeur dont la vie est cadrée ne peut pas supposer…
    Si virtuellement vous cédez à la tentation de prêter des sentiments aussi douteux à vos interlocuteurs que vous me les prêtez, déjà qu’il y a plusieurs raisons de se défier des psychologues au « réel », vous conviendrez qu’un diagnostic virtuel ne me touche pas….Aussi bien intentionné soyez vous….
    Laissez-moi vous dire que j’ai personnellement apprécié la plupart de vos interventions. Egide, Anne et vous-même avez ma préférence. Mais je me suis gardé de nourrir un sentiment sur l’intimité de chacun, particulièrement l’intimité psychologique. Je ne parais pas me résoudre à l’idée que le virtuel ce n’est pas la vie….et je respecte les idées. Assez en tous les cas pour ne pas leur prêter des raisons pathologiques…
    Mais que vous terminiez votre intervention sensible (comme le plus souvent vous l’êtes) par fifi… après m’avoir prêté des sentiments… C’est un peu léger.

    S’agissant de « la discipline de la haine » j’ai plusieurs et de bonnes raisons de l’avoir écrit, au moment où je l’ai écrit. Vivez-vous en France? Avez-vous noué des amitiés avec ces « réprouvés » et ces « parasites » de la vraie jeunesse prolétaire qui ont une conscience aiguisée? Qu’à quatorze ans, garçons et filles, ils aient pour seule « ressource » de se prostituer occasionnellement et Bisson pour client…
    Ce texte sera publié. Des gens que j’estime, qui sont charmants ont apprécié ce texte. C’est en France et pas à Quebec qu’il sera publié. Ce n’est peut-être pas anodin…

  34. Gabriel, je dois admettre que vous avez bien raison au sujet de Monsieur Ogur.
    Ce monsieur aime bien se lire, ça flatte son orgueil de mâle.

  35. Et voilà la pintade qui vient courageusement participer au lynchage collectif et on la verrait encore s’indigner des images d’un lynchage sur la personne d’une femme…. C’est toute la cohérence des imbéciles…
    J’attends la réaction de Bisson. Viendront ensuite, avec bravoure, quelques uns de ses amis.

    Je dois convenir qu’ici aussi et comme partout ailleurs c’est comme le disait justement Jean Malaquais « conformisme à tous les étages »… J’excepte l’hôtesse qui n’en porte pas la responsabilité et qui sait sûrement parce qu’elle écrit depuis longtemps et qu’elle écrit bien, qu’il y a rarement des lecteurs pertinents…. A ce propos s’il n’est pas question de baisser la garde contre les braves contempteurs je tiens à présenter mes excuses à Anne: j’ai parfois cédé à la tentation de prendre prétexte de cette « tribune » pour livrer des points de vues personnels qui de toute évidence sont apparus aux yeux de beaucoup comme sans rapports avec le sujet. Pardonnez-moi je vous prie cet excès de « liberté »…

  36. Aussi je vous laisse « entre vous ». Il y a eu trop de sales et basses attaques en un temps réduit pour que je considère qu’il est possible ici d’obtenir des échanges qui permettent d’aller au delà de ce qui se dit de commun. Le café de la poste fera l’affaire….Je ne prendrai plus de plaisir à intervenir. Salutations à Egide, brillant(e) commentateur, à Yves, homme sensible et à Anne.

    « Nous avons s’abattre sur nous la plus profonde la plus mortelle des sécheresses. Celle qui naît de la connaissance intime de la vacuité de tous nos désirs et de la vanité de tous nos efforts » (Pessoa)

  37. Faut-il que nous soyons las, pour qu’
    Avec ces deux minutes qui flottent nous
    Trouvions le temps d’attendre.

  38. Monsieur Ogur, je vous en prie, ne partez pas !

    Continuez de nourrir nos cerveaux de vos savants et brillants propos.

  39. « Donne-nous ces Derniers Hommes ! Et garde pour toi ton Surhumain ! »
    Et tout le peuple exultait et faisait entendre des claquements de langue.
    Mais Zarathoustra en fut affligé et se dit en son coeur :
    « Ils ne me comprennent point, je ne suis pas la bouche qui convient à ces oreilles.
    J’ai trop longtemps vécu en montagne, j’ai trop écouté les ruisseaux et le arbres; je leur parle à présent comme on parle aux chevriers.
    Mon âme n’est point ébranlée, elle est claire comme la montagne au matin. Mais eux me croient froid, ils me prennent pour un sinistre farceur.
    Et maintenant ils me regardent en ricanant; non contents de ricaner, ils me haïssent par surcroît. Il y a de la glace dans ces rires. »

    Friedrich Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra, 1883

    Certains rirons surement de cette citation, à la manière de ceux qui disent « nous avons inventer le bonheur » en clignant de l’ oeil; qu’ils crèvent.

    N.a.o.h.

  40. Je reviens par toi N.a.o.h. Je suis très touché par ta loyauté. Zarathoustra ainsi que tu l’as extrait d’un vieux livre que tu as eu, faute d’argent, toutes les peines à te procurer, ce court extrait viendra en préambule de « la discipline de la haine » magnifiquement illustrer mon propos. Vingt ans ne nous séparent pas car nous avons eu, à 20 ans d’intervalle, pareillement 20 ans et je n’ai pas cessé d’être âgé autrement…
    La peine que m’ont causé les railleurs, bravement regroupés autour d’une cause à tout le moins hypocrite, cette peine dont je t’ai fait part me vaut aujourd’hui une manifestation de notre attachement à « l’humanité » en l’Homme, à la conscience qu’elle nous inspire, à ce jour commune. Hier soir nous noyions tous trois dans du mauvais vin tout ce qui ces derniers jours l’a tourmenté.
    Que Xavier, ton « vieux » frère, soit remercié de t’avoir montré la voie. Rien n’est beau, rien n’est mal et tout est condamné. C’était un jour pluvieux, nous en convenions toi, Mika et moi. Il reste qu’avec blond, Ganmor et Seb, plus quelques autres, nous avons, avec succès, oeuvré autrement. A ce soir.

  41. Monsieur Ogur, veuillez pardonner certains de mes propos.

    Il arrive que mon côté féministe me fasse écrire certains propos, pas toujours à propos, justement.

    Essayez à l’avenir d’être un peu moins macho dans vos écrits.

  42. « On fait quelquefois dans le monde un raisonnement bien étrange. On dit à un homme, en voulant récuser son témoignage en faveur d’un autre homme : C’est votre ami. Eh ! morbleu, c’est mon ami, parce que le bien que j’en dis est vrai, parce qu’il est tel que je le peins. Vous prenez la cause pour l’effet, et l’effet pour la cause. Pourquoi supposez-vous que j’en dis du bien, parce qu’il est mon ami ? et pourquoi ne supposez-vous pas plutôt qu’il est mon ami, parce qu’il y a du bien à en dire ? »

    Maximes et pensées, Sébastien-Roch Nicolas de Chamfort

  43. actuellement il y a un débat dans le forum noir et rouge de la CNT-AIt Caen (france) qui a débuter avec un sujet l illusion coopérativiste et a déboucher sur un autre le libertarien. Je constate une grande similitude dans les réponses avec le texte de Anne.

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