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Commentaires désobligeants (de 2020)

Mon souhait pour 2020

Que vos crimes soient sublimes et que jamais vous ne vous fassiez prendre.

Ying et Yang

Deux forces gouvernent mon univers: la libido et l’inertie. Et quand les deux s’opposent, c’est toujours l’inertie qui gagne.

L’extase de la marchandise

Je n’ai pas accès à des soins de santé mentale adéquats, mais je garde le sourire, car grâce à la main invisible du marché™, j’ai un coussin chauffant électrique, une lampe UV et un magic wand.

L’extase du spectacle

Retour des fêtes: Après deux semaines à fixer d’un regard vide ma famille, quel soulagement de retourner à la normale et de me remettre à fixer d’un regard vide mon écran.

L’inconvénient d’être née

On m’avait pourtant assuré que tout ça finirait par avoir un sens. Or, après 43 ans, il y en a toujours pas – même si la fin est prévisible. Beaucoup de longueurs et d’invraisemblances. Scènes de sexe intéressantes malgré des dialogues laborieux. Casting incongru, jeu d’acteurs maladroit. À fuir. ★★☆☆☆

Prescrivez-moi quelque chose, ça presse

Le niveau d’anxiété que ce monde nous force à endurer s’approche lentement de la dose mortelle.

L’anxiété est une dépossession – dépossession de mon corps et dépossession du présent. Elle m’arrache à moi-même et se manifeste comme une perte totale de contrôle et de mes capacités d’agir, comme un épisode de dépersonnalisation.

Et rien ne me dépossède plus que le travail.

Le niveau d’anxiété que ce monde nous force à endurer s’approche lentement de la dose mortelle.

Lundi matin, six heures

Ne vous levez pas. Il y a un lundi caché sous votre lit.

Analyse littéraire

Une fois qu’on a réalisé qu’Ainsi parlait Zarathoustra est une fanfic, on comprend que Zarathoustra est la Mary-Sue ultime.

Catalogage

Je suis en train de classer mes livres en trois catégories: ceux que je n’ai malheureusement pas lus l’année dernière, ceux que je ne lirai heureusement pas cette année et ceux que je serai heureuse de ne pas avoir lus l’année prochaine (ou l’année d’après).

Espérons-le

Dans le meilleur des cas, l’histoire aura la gentillesse de nous oublier.

Je vais devoir quand même rembourser mon prêt étudiant de la vie

Je suis une étudiante étrangère qui n’a plus les moyens de payer les frais de scolarité de l’école de la vie et qui risque de se faire déporter à tout moment.

Le Tide pod métaphysique

J’ai une montagne de lessive à faire, mais je procrastine en érodant les fondements ontologiques et épistémologiques de mon ego.

Choix de carrière

Devenez autrice! Tout ce que vous avez à faire, c’est écrire des livres – c’est comme des stories Instagram, mais sans images. Si vous avez de la chance, vous pourrez devenir une influenceuse (mais seulement après votre mort).

Médias sociaux

Je me rappelle (vaguement) qu’avant les médias sociaux, il y avait les médias et la société. Ni l’un ni l’autre ne me manque.

La question qui tue (massivement)

La civilisation industrielle ne nous fait pas vivre plus longtemps; elle nous permet juste de mourir plus lentement. Est-ce que ce progrès valait les océans de sang du colonialisme, l’exploitation et la misère humaine ainsi que l’extinction de tout ce qui est vivant ?

Ambition

Je dois être l’écrivaine la moins ambitieuse de sa génération. Je considère que de ne jamais être en nomination pour les prix littéraires est une faveur qu’on me fait — et la pensée qu’on oubliera rapidement mon œuvre dès que je n’aurai plus les moyens de payer mon accès à internet est la seule qui me permet de dormir la nuit.

Technophilie

Les deux certitudes de la gouvernance au xxie siècle:

1. La solution à n’importe quel problème sera toujours technologique.

2. La technologie va toujours faillir de façon inattendue, spectaculaire et catastrophique.

Vote stratégique

Si vous pensez que voter vous permet de « choisir votre ennemi », alors vous avez une conception très étroite de qui est le véritable ennemi.

Dimanche soir, dix-huit heures

Mon dimanche soir souffre de stress pré-traumatique.

v

Noir, si possible

Je suis prête à appeler « amour » tout ce que vous voulez en autant que ce soit recouvert de chocolat.

Érotisme

La différence entre un bon et un mauvais jeu de mots est de la même nature que celle entre l’érotisme et la pornographie – dans le sens que non seulement je suis incapable de la détecter, mais aussi que je m’en moque éperdument.

À quoi bon être une vedette du web

Leçon du jour: les caisses libre-service de l’épicerie acceptent quatre modes de paiement, mais pas le capital culturel.

État policier?

Existe-t-il pire pléonasme que l’expression « travail forcé »?

Si tu veux être heureux (nom de dieu)

Être écrivaine, ce n’est pas toujours facile. Je me dis souvent que mon utilité sociale se résume à pas grand-chose.

Quand ça m’arrive (et pour éviter de sombrer une fois de plus dans la dépression) je pense à mon propriétaire et je me dis qu’après tout, il y a beaucoup plus inutile que moi.

Reprise individuelle du sandwich

La Conquête du pain aurait été un livre pas mal plus court si Kropotkine avait connu les caisses libre-service des épiceries.

J’en aurais fait bon usage

L’ironie de la vie à la campagne : il a fallu que j’habite à trente kilomètres de la plus proche vitrine, avant de me retrouver propriétaire d’une barre à clous géante et d’une masse.

Mort aux monuments

PERSONNE ne mérite une statue.

Un dessin au crayon de cire, oui, un buste taillé dans le beurre à la rigueur, mais pas une statue.

Le pire, c’est que ça fonctionne

Je viens sur Facebook seulement parce qu’il me procure cette douce illusion que mes opinions ne sont pas statistiquement insignifiantes.

Procrastinate me to the end of love

J’avais prévu écrire un essai sur la mort définitive du futur, mais j’ai remis ça à demain.

Mon discours est préparé d’avance

Je ne gagnerai jamais le prix de la gouverneure générale et c’est bien dommage. J’aurais tant aimé le refuser après avoir dit: « Je suis très flattée que la vice-reine ait décidé d’honorer la reine du vice ».

Aie

Quiconque veut mettre le doigt sur LE problème de la société finit toujours par le mettre dans son œil.

Anne Archet, législatrice

Projet pour une nouvelle constitution

Article 1 – Il n’y a plus rien.

Article 2 – Personne n’est chargé de l’exécution du précédent article.

Procrastinate me to the end of love (bis)

L’après-midi est le moment de la journée que je consacre entièrement à me désoler d’avoir perdu mon temps pendant la matinée.

Et maintenant, un mot de nos commanditaires

La condition postmoderne : même notre dernière heure sera entrecoupée de quatorze minutes de publicité.

Anticipation

Après la révolte vient toujours le racket et la récupération. C’est inévitable, ça fait partie de chaque dynamique de lutte, car chaque lutte est aussi un creuset de contradictions qui s’expriment et s’entrechoquent.

Mieux vaut s’y préparer que d’essayer de l’éviter.

Réformisme

Le vandalisme et les casseurs ne nuisent pas à la cause: ils sont la cause.

Le but de l’action directe n’est pas d’exprimer ses doléances et de les faire entendre aux autorités qui nous oppriment (et qui s’en foutent), mais (minimalement) d’établir un rapport de force avec ces autorités. Si les flics comprennent que chaque violence de leur part sera répondue par des nuits d’émeute, peut-être commenceront-ils à réfléchir aux conséquences de leurs gestes. Parce que jusqu’à présent, des conséquences, ils n’en ont pas du tout.

Voilà ce que j’appelle du réformisme digne de ce nom: une façon de tenir en laisse les institutions qui nous oppriment en attendant qu’on les abolisse.

Le dernier mot de la femme invisible

Je n’ai pas de nom, pas de visage, pas de corps, pas de voix. Je ne rencontre personne qui me contacte sur le web. Mon genre est ouvert à la spéculation. Mon existence se résume à des mots affichés à l’écran ou imprimés sur le papier.

C’est le prix que je paie depuis plus de vingt ans pour avoir le privilège d’exprimer mes pensées et mes convictions les plus intimés sans subir de harcèlement et être agressée — sans sombrer dans la folie et être réduite à néant. C’est le prix que je paie chaque jour pour avoir le droit d’exister sans peur sur la place publique — droit dont n’importe quel dude lambda jouit sans le savoir, parce qu’il lui a été octroyé de naissance.

Certains diront que se cacher derrière un masque est un signe de lâcheté. Peut-être, mais c’est surtout pour moi un moyen de survie. Pour paraphraser Oscar Wilde: donnez-moi un masque et je vous dirai la vérité.

* * *

Catégories :Crise de larmes

Anne Archet

Héroïne sans emploi, pétroleuse nymphomane, Pr0nographe lubrique, anarcho-verbicruciste, poétesse de ses fesses, Gîtînoise terroriste (et menteuse, par dessus le marché). Si j'étais vous, je me méfierais, car elle mord jusqu'au sang.

3 réponses

  1. Pas envie d’écrire une tartine. Juste mettre un j’aime, mais ca n’a pas l’air possible. Vu mon moral plus que bas de ces derniers mois, je ne sais pas pourquoi, mais ça me parle…

  2. Bravo! Merci! Encore!
    Tant que le web fonctionnera, vous serez lue…
    et désolé pour votre sommeil, vos écrits seront un jour à coté des plus grands auteurs anarchistes dignes de ce nom, posés sur une étagère d’une webothèque nationale.
    Pour les annales.

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