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Second carnet de vacances

vacances

Alors que je fermais mes dossiers avant de quitter pour les vacances, je me suis surprise à écrire « good job ! » dans un courriel à une collègue… sans même faire de l’ironie. Décidément, c’est difficile de travailler tout en restant saine d’esprit.

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Il semble qu’en 2107 tout débat politique peut être réduit à une seule question : qui doit-on emprisonner ou fusiller en premier?

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Je suis toujours ambivalente et jamais multivalente. Chaque fois que les circonstances m’obligent à prendre une décision, cette décision est toujours limitée à deux options prédéterminées par les circonstances et la matrice du réel qui les ont produites. Dans ces conditions, comment pourrais-je m’abstenir de rire quand quelqu’un ose me parler de libre-arbitre?

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L’avantage du chalet sur le camping, c’est d’être débarrassée de ce sentiment illusoire de communier avec la nature. La nature est indifférente à mes désirs de faire qu’une avec elle et se moque de mon équilibre mental précaire. Mieux : elle n’en a rien à branler que je sois vivante ou morte, alors autant profiter du wifi.

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Ceci dit, j’admets que nous souffrons collectivement d’un déficit malsain de pieds entrant en contact avec l’herbe.

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Soyons lucides et admettons qu’il y a plus de cent ans que nos vacances ont été gâchées.

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Constatation : le sexe dans un spa est plus agréable dans mes fantasmes que dans la réalité. Seconde constatation : sous l’eau, le cunnilingus est plus facile à pratiquer que la fellation.

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Quiconque prend la peine de décrire honnêtement son safe space idéal se rend compte qu’on n’est jamais mieux que lorsqu’on est seule.

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Chaque argument en faveur peut facilement être retourné en argument contre. Soyez-en conscients s’il vous prend l’idée saugrenue d’aller débattre avec un fasciste.

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Lou revenant de la pêche avec un crapet-soleil : « je n’ai pas de mérite : c’est le ver qui a fait tout le travail – et ça ne lui a rien rapporté ». Ma fille vient se toucher à l’essence du capitalisme.

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Le chalet voisin est occupé par un type qui a trois VTT, un motorisé, un yacht, une tondeuse, une scie à chaîne et plein d’autres trucs qui font un vacarme du tonnerre de dieu. Je le regarde en me disant que j’essayerais probablement moi aussi de vivre, si j’avais de tels moyens.

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Je me souviens à quatre ans d’avoir chanté « l’été c’est fait pour jouer » avec Cannelle et Pruneau. Trente-six ans après, je fredonne « l’été,. c’est pour l’anxiété généralisée».

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Je cherche le paradis perdu dans les arguments qui contestent et nient la possibilité de son existence.

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Ce n’est pas la fin du monde, mais il faut bien commencer quelque part.

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La décadence est la barbarie pratiquée en dilettante. J’aurai beau frotter autant que je voudrai, jamais je me débarrasserai complètement de cette civilité qui me colle à la peau.

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Je suis probablement juste un peu trop intelligente pour travailler efficacement ou dormir profondément.

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En kayak sur le lac, je suis passée à travers les nénuphars et j’ai enfin compris ce que Om maṇi padme hūm veut dire.

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Au cœur de l’optimisme se trouve une forme très perverse de sadisme – ou alors, une indifférence qui flirte avec l’horreur. La vie est une chose terrible à affirmer et il faut beaucoup de cruauté pour aimer le monde.

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Ma blonde vient de lire ce qui précède et me dit de cesser de tout intellectualiser et de sourire à la vie – en me faisant un sourire carnassier, comme pour me donner l’exemple.

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J’ai essayé de fermer les yeux, mais tout est devenu encore plus noir.

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Lou a passé des heures à ramasser des galets. Elle me montre sa collection et je lui demande sur quels critères elle a basé ses choix, pour quelles raisons elle a décidé de ramasser celui-ci plutôt que celui-là. Elle m’a répondu : « J’ai seulement pris ceux qui avaient envie de se laisser prendre ». Je constate encore une fois que la fille est beaucoup plus sage que la mère.

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J’avais tellement hâte d’avoir du temps pour lire – et surtout pour écrire. Je passe plutôt mes journées à fixer l’horizon dans un état de stupeur plus ou moins alcoolisé. C’est comme si tout le temps que je n’ai pas passé à ne rien faire venait soudainement réclamer son dû.

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J’ai envie d’écrire un livre de psycho-pop/croissance personnelle qui intitulerait Conseils condescendants d’une hypocrite.

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En fin de compte, ce n’est que le désir que je puisse aimer véritablement et non l’objet de ce désir.

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La vie post-fin-du-monde : je n’ai pas encore assez conscience de ma propre impertinence pour cesser toute persistance.

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Les valises sont faites, c’est le retour à la maison. Si vous me cherchez, je serai en train de me demander ce que je savais, quand est-ce que je l’ai su et pourquoi j’ai apparemment cessé de le savoir.

asterisque

Catégories :Grognements cyniques

Anne Archet

Héroïne sans emploi, pétroleuse nymphomane, Pr0nographe lubrique, anarcho-verbicruciste, poétesse de ses fesses, Gîtînoise terroriste (et menteuse, par dessus le marché). Si j'étais vous, je me méfierais, car elle mord jusqu'au sang.

2 réponses

  1. Merci pour cette belle note .
    Pourquoi, penser en terme de société ,alors que ce n’est qu’une illusion .
    Ne sommes nous pas bien ,libre de mimer les bons soumis (ses ) ?
    Je n’ai pas la pêche aujourd ‘hui .

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