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Anarchomancie

Qui sont mes camarades? Qui sont mes compagnes? Qui sont mes partenaires dans la bataille et dans le crime? Qui sont mes amants de lumière et mes amantes de feu? Qui résiste et qui attaque les engrenages de la mort avec moi? Et quelle est ma place parmi eux?

Voici ce que le tarot m’a répondu et que j’ai retranscrit sous sa dictée.

L’impératrice

Je suis l’enfant aux yeux grands ouverts et émerveillés. J’ignore le bien et le mal et je me méfie de toute forme d’autorité. Quand je suis brimée ou punie, je suis profondément blessée et je pleure à chaudes larmes. Si vous me consolez en caressant ma joue, je tomberai en amour à l’instant. Je suis curieuse, changeante, déloyale, pleine de fantaisie et surtout libre – d’une liberté qui ne souffre d’aucune entrave. Vous pensez m’insulter en me traitant d’enfant-roi, alors que c’est exactement ce que je suis : un être en pleine souveraineté d’elle-même.

3-imperatrice

Joyeuse quand je détruis, bouillante quand je suis opprimée, je ne vois pas au-delà de ce qui se trouve devant moi au moment présent – sauf la nuit, quand je rêve. Quand la réalité semble me trahir en ne m’offrant pas toute la liberté qui me revient de droit, je plonge illico dans le désespoir. Tempétueuse dans tout ce que j’entreprends, les protocoles m’ennuient et m’impatientent, car je suis aveugle aux obstacles qui se dressent entre mes désirs et moi. J’exige pouvoir vivre pleinement, ici, tout de suite, et c’est à l’aune de cette exigence que je mesure l’amitié que je vous porte.

Je suis pour vous à la fois une source de joie et d’exaspération, car je suis inconstante et adorable, chaotique et exigeante. S’il m’arrive à l’occasion de bien me tenir, c’est que je sais que le meilleur endroit pour cacher une passion brûlante et derrière un rire impénétrable. Ça ne dure toutefois jamais longtemps; voilà pourquoi mes amis me chérissent pendant que le reste du monde me trouve irrespirable.

Tant pis pour eux! La vie n’est qu’un jeu dont personne ne détient les règles – quoi qu’en pensent les tièdes et les bienpensants.

L’amoureux

Je suis l’idéaliste gracieux comme les vagues et profond comme la mer. Je porte mon idéal comme l’eau embrasse les créatures : avec plénitude et possessivité. Mon amante est mon idéal, ma6-amoureux vision du monde tel qu’il devrait et qu’il doit être; elle monopolise mon esprit par sa justesse, par sa perfection. Bien que je lui donne une multitude de noms – comme anarchie, liberté, justice – sa nature reste désespérément irréductible à toute description. Envers elle, je suis d’une jalousie infinie; je me fais le gardien de son intégrité et de son honneur, je monte aux barricades dès qu’un faquin ose salir son nom. Envers elle, je suis aussi d’une générosité infinie; je veux que toutes et tous puissent la connaître, s’unir à elle et l’aimer comme elle mérite d’être aimée.

Je ne dors que pour rêver et je ne me lève que pour danser. Pour moi la vie est une toile vierge sur laquelle je laisse s’épanouir les couleurs de mon monde intérieur – qui sont d’autant plus belles qu’elles sont irréelles. Tout ce que j’entreprends est fait au nom de la dévotion que je te porte, ô toi mon amour, mon idéal éternel – et ce que je fais n’est jamais assez bon, n’est jamais suffisant, n’est jamais à la hauteur de l’amour que je te porte. Je suis prêt à mourir pour elle, mais encore plus à vivre pour elle, c’est-à-dire donner ma vie pour que mon idéal prenne vie.

Humble devant la magnificence de ma vision, je vais donc de l’avant sans le sou, mais pourtant riche de cet amour qui brille en moi comme un soleil éblouissant.

Le diable

Je suis le voleur, le parasite, le criminel. Agile et intelligent, rapide et alerte, je suis l’ami des ombres et le compagnon de la nuit. Les crimes dont on m’accuse peuvent se résumer en un seul : celui d’avoir basculé dans la révolte et d’y avoir élu domicile. Je me délecte de tout ce qui est illicite, dangereux et contraire à la bienséance – bref, ce que vous avez la faiblesse 15-diablede considérer comme mal et interdit. En ce qui me concerne, il y a fort longtemps que ces considérations morales me semblent irrémédiablement nulles et non advenues.

Je suis aussi le maître de la duperie et de la mystification. Ma voie est subtile; c’est celle du subterfuge. Je suis toujours prêt à enfoncer mon poignard dans le dos de l’ennemi, mais jamais je ne gaspille mes précieuses énergies dans des manifestations ou des affrontements ouverts, car la lumière du jour est vraiment trop mauvaise pour mon teint. Ma priorité, c’est de reprendre par la rapine, par le sabotage ou par le pouvoir de la séduction tout ce temps que l’école, le travail, la famille, dieu et la patrie m’ont ignoblement dérobé.

Qu’on me contraigne à dévoiler mon visage m’agace; qu’on m’oblige à travailler m’humilie; me faire payer pour quoi que ce soit m’indispose. Quand on me met la main au collet, je ne suis ni défiant, ni repentant; je préfère rester emmuré dans le silence et lorsqu’on me contraint à parler, je tisse à la face du Léviathan de délicates toiles de mensonges.

L’Hermite

Je suis le sage qui éclaire le monde de sa lanterne pour mieux le voir et le soumettre à sa critique. Je suis un mélange alchimique de sensibilité et de jugement; je jette sur ce qui m’entoure un regard perçant, avec un sens aigu des formes que tous les phénomènes prennent et devraient prendre. Ma sagesse est cruelle et impitoyable envers les dispositifs de mort que j9-hermitee vois à l’œuvre dans le monde.

Je suis un point d’intensité dans le tissu du réel. Je suis celui qui nomme et qui classe, celui qui cherche le chemin le plus court à emprunter pour que les choses deviennent ce qu’elles sont déterminées à devenir. Je suis irascible, je pardonne difficilement et je n’oublie jamais. Ceux qui sont aveugles à l’évidence et qui résistent gauchement à ma critique provoquent ma rage. Même s’il m’arrive d’avoir tort, jamais je ne perds jamais un débat.

Ce sont par les mots que j’exerce mon pouvoir sur le monde, car je crois en la nature performative et magique du langage. Il m’arrive de sacraliser les mots ; je deviens alors religieux et faible, un gardien chevrotant et empoussiéré de la doctrine. J’offre le meilleur de moi-même lorsque je chevauche les mots comme le ferait un cavalier, car je trouve enfin ma pleine puissance. Mes mots deviennent alors une lame tellement affutée qu’elle arrive à trancher d’un seul coup les liens les plus solides qui enchaînent les esclaves au socle du pouvoir.

Le chariot

Je suis le guerrier, je suis le militant dont les bras sont aussi fort que la volonté, je suis celui qui prend les moyens pour arriver à ses fins. Fidèle à la Cause, je la porte comme un insigne sur mon bouclier. Bien que je ne sois pas toujours la personne la plus courageuse, je tiens le 7-chariotcourage en plus haute estime et le brandit comme un étendard.

Pour moi, l’ennemi est clair et manifeste. Il doit être affronté en pleine lumière, à visage découvert; ne pas le faire serait un signe de faiblesse. Toujours à l’affut, toujours alerte, je ne dors d’un sommeil agité que lorsque je suis épuisé par la bataille. Mourir au combat étant une gloire en elle-même, je ne veux pas nécessairement mourir, mais la mort ne m’effraie pas. La vie est une danse complexe de séduction avec la faucheuse et la guerre est la seule danse éternelle ; c’est la roue sur laquelle je suis liée, c’est la danse qui me portera au lit nuptial où je serai enfin uni avec la mort, ma bien-aimée.

L’ordre des choses est facile à comprendre. Mes ennemis sont ceux qui sont devant moi et mes amis sont ceux qui sont à mes côtés. Je ne sais pas ce qui se trouve derrière moi, car je ne me retourne jamais; il y flotte une odeur de sang et de putréfaction qui me posse à toujours aller de l’avant. Je vous aimerai d’emblée si votre cause est juste et je vous serai dévoué et loyal. Je serai toutefois encore plus prompt à vous chasser et à vous dénoncer comme traître si je sens que vous vous éloignez du chemin du devoir ou que vous n’êtes pas dignes de la haute estime que je vous porte.

Il y a devant moi un monde entier à détruire. S’il y a un monde à venir, il sera engraissé par le sang que je laisserai derrière moi.

L’empereur

Je suis l’orateur, je suis le timonier, à la fois le baromètre et le porte-voix des masses. Je ne suis rien sans elles et ma stature majestueuse en dépend. J’ai une voix de feu et une âme de glace. Ma main est ferme, mais elle est de porcelaine. Ce que vous prenez pour mon visage n’est en réalité qu’un masque que je n’enlève jamais, car si vous pouviez le soulever, vous 4-empereurverriez qu’il n’y a rien en dessous.

J’ai reçu le don de la parole et je veux le mettre au service de la libération de tous. Pour moi, le peuple est un orchestre et la révolution est une symphonie. Ma modeste tâche est de conduire et ma tactique est celle du miroir : que le peuple puisse reconnaître en moi son oppression et comprendre son potentiel. Voilà pourquoi je suis si plat, si superficiel, si insupportablement brillant. Et voilà aussi pourquoi je deviens si facilement une icône, si vous vous laissez aller à votre tempérament de bête de troupeau.

Le peuple a une masse plus importante que tous les éléments du tableau périodique – plus importante même que celle de l’oganesson. Lorsqu’on réussit à le mettre en mouvement, rien ne peut l’arrêter. Lorsqu’il est inerte, seule une force extraordinaire peut le tirer de son sommeil. Cette force, c’est ma voix. Avec mes deux pieds bien ancrés dans le sol, avec une main ferme et une volonté implacable, j’arrive à faire bouger ce qui semblait depuis toujours inerte, j’arrive à mettre en action des forces qui, je l’espère, deviendront incontrôlables – même (et surtout) par moi.

Donnez-moi un trône et j’en ferai un levier pour soulever le monde.

Le pendu

Je suis l’observateur désespéré du monde qui tient à distance tout ce qui brille et qui croasse. D’une sensibilité extrême, je plonge en moi-même pour trouver la liberté, loin de la foule et de son babil incessant. Patient aussi à l’extrême, je passerais une vie entière à 12-penduattendre la chance de contempler un instant une précieuse pépite de vérité.

Avare de mes maigres énergies sociales, je m’ennuie facilement, alors mes amis sont choisis avec le soin et le goût d’un esthète, d’un connaisseur. Ce qui est précieux, c’est ce qui est rare et ce qui est rare ne doit pas être gaspillé. J’apprécie la compagnie d’un ami comme je savoure un livre : lentement, avec délicatesse et douceur. Je ne possède que le strict minimum pour survivre, comme si chaque objet lestait le vol de mon esprit.

Le désordre du monde extérieur et le lent pourrissement de tout ordre et de toute autorité me rassurent et me confortent dans le choix que j’ai fait il y a fort longtemps : celui d’orienter mes énergies vers moi-même. J’entretiens avec l’extérieur une relation que je qualifierais d’animosité silencieuse. Lorsque le pouvoir me laisse tranquille, je l’ignore. Lorsque le pouvoir me sollicite, j’essaie de l’esquiver. Lorsque qu’il s’impose à moi, ma tactique est celle de l’inertie et de l’incompétence : je fais de mon mieux pour lui nuire et exploitant au maximum toutes ses failles bureaucratiques. Ma priorité reste toutefois la préservation de l’intégrité de mon être.

J’ai fait mienne la devise du grillon de Florian qui disait avec justesse : «pour vivre heureux vivons cachés». À cela j’ajoute : «pour moins souffrir, souffrons seuls et en silence».

L’étoile

Vous me voyez un corps céleste inatteignable, brillant des mille feux de la vertu et de l’abnégation. Or, vous vous méprenez, parce que je suis réellement une ânesse, fidèle et humble comme un animal de trait. Je suis celle qui porte la charge et celle qui nourrit tous les êtres meurtris, tous les oiseaux aux ailes rognées. Je suis d’une générosité universelle, je donne sans jamais demander en retour et mes seins ne manquent jamais 17-etoilede lait.

Mon idéal est celui de la pierre, car la pierre est noble, en autant qu’elle soit bien placée. Voilà pourquoi j’erre de par le monde à la recherche d’une place bien à moi, un endroit où je pourrai porter sur mes épaules ce qui doit être porté. Lorsque j’ai enfin trouvé cette place – un milieu de vie, un projet collectif, des personnes en détresse – je deviens à la fois un roc inamovible et une terre nourricière. Indifférente à moi-même, j’accepte sans broncher les insultes et les contrariétés, même celles provenant des individus qui sont assis sur mon dos. Peut-être ces affronts sont-ils mérités, peut-être ne le sont-ils pas. Peu m’en chaut, parce qu’en fin de compte, tout cela n’a que peu d’influence sur ma tâche : celle d’être toujours là, debout, soutenant ce qui doit être soutenu.

Quand j’ai trouvé ma place, j’y reste pour l’éternité – du moins, j’y reste jusqu’à ce que tout s’écroule autour de moi, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus que moi qui reste debout. Seule dans les décombres, triste mais invaincue, trop enracinée pour fuir, je reste là et j’attends comme un arbre que le nouveau monde tombe du ciel et vienne délicatement se poser sur mes épaules meurtries, mais comblées.

Catégories :Montée de lait

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Anne Archet

Héroïne sans emploi, pétroleuse nymphomane, Pr0nographe lubrique, anarcho-verbicruciste, poétesse de ses fesses, Gîtînoise terroriste (et menteuse, par dessus le marché). Si j'étais vous, je me méfierais, car elle mord jusqu'au sang.

2 réponses

  1. trop stylé, jfomiwflbvn^bqvs je suis un peu bourré mais jel’avais lu avant, donc hop, sans aucune faute car même éclqaaté je suis minutieux .

  2. toujours avec beaucoup d’humour,
    je me reconnais bien dans le pendu, depuis l’adolescence…
    le bateleur, pour plus tard ?
    salutations,
    thierry

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