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L’éthique du travail, c’est la morale des esclaves

michaud

Mon grand-père, un brave type droit comme un piquet, aimait me taquiner quand j’étais enfant. Un jour, alors que j’étais en visite chez lui et que je prenais place à la table pour le repas, il m’a demandée: «As-tu travaillé aujourd’hui?». Je n’avais que six ans, alors je lui ai évidemment répondu que non. Il a alors enlevé mon assiette en me disant: «Travaille pas, mange pas». Évidemment, ce n’était dans son esprit qu’une blague sans conséquence, mais moi qui aimais tant les plats que cuisinait ma grand-mère, j’ai fondu en larmes. Cette injonction m’a semblé si cruelle, si injuste, que je n’arrivais pas à croire qu’un homme que j’aimais puisse penser une telle chose, qu’on puisse refuser à une gamine qui a faim de la nourriture sous prétexte qu’elle a passé sa journée à jouer, alors que la marmite était pleine de bonne soupe et qu’il y en avait de toute évidence assez pour tout le monde. Ma mère, tout en me consolant, s’est un peu engueulée avec son paternel, en lui demandant qu’est-ce qui lui avait passé par la tête pour me faire une blague aussi idiote. Il a tout simplement répondu: «Il faudra bien un jour qu’elle apprenne qu’on a rien pour rien dans la vie.»

Ce fut ma première leçon de morale des esclaves.

Si vous trouvez normal qu’on lie la survie au travail, qu’on fasse de nous tous des travailleurs, qu’on entrave notre liberté d’action et de mouvement, qu’on nous impose la fréquentation de gens avec qui nous n’avons aucune affinité, qu’on nous dicte ce que l’on peut porter ou non, ce que l’on peut dire ou non, voire ce que l’on peut ou non penser – si vous trouvez que c’est tout naturel et que vous vous demandez pourquoi il y a tant de gens qui regimbent et qui en font tout un plat, c’est que votre esprit a été contaminé par la morale des esclaves. Comment pourrait-on vous en vouloir? Tout comme moi, on vous a inculqué cette morale dès votre plus tendre enfance, on vous l’a enfoncé dans le crâne sur les bancs et dans la cour de l’école, on vous l’a écrasée au visage pendant toutes ces heures de télé que vous avez passivement avalées, on vous l’a fait comprendre à la dure dès que vous avez quitté le nid familial pour voler de vos propres ailes. Si vous pensez que «travaille pas, mange pas» a un fond de vérité, si vous trouvez que le travail est non seulement une nécessité naturelle de l’existence, mais aussi la seule voie vers la rédemption, si vous croyez que les individus qui ne travaillent pas son dignes de mépris et méritent la famine, c’est que vous vivez sous l’emprise de la morale des esclaves.

La morale est le domaine du bien et du mal, contrairement à la logique qui ne s’intéresse qu’au vrai et au faux. Il n’y a aucune vérité à attendre de la morale, que des valeurs, des règles de conduite imposées à un groupe social particulier ou à chaque individu, à une époque donnée. La morale des esclaves est la nôtre, celle qui nous tient en laisse jour après jour, chaque heure de sommeil ou de veille, jusqu’à notre mort. C’est la morale des esclaves qui donne sa pérennité à l’horreur sans nom qu’on nomme «société», qui lui permet de se présenter au minimum comme un mal nécessaire même auprès des plus révoltés d’entre nous.

La morale des esclaves est le support idéologique de l’engrenage social qui nous opprime, quel que soit le régime politique sous lequel nous ployons.

On nous oblige à travailler pour avoir le droit de survivre. En même temps, on exige de nous que nous rangions notre conscience et nos convictions au vestiaire pendant que nous le faisons, au nom de la loyauté, du respect, de l’obéissance et de la discipline qui (semble-t-il) sont dus à l’institution qui a la «générosité» de nous donner notre pitance toutes les deux semaines. Ensuite, on a le culot de nous dire comme Yves Michaud de plier bagages, d’aller vivre ou travailler ailleurs si nous ne sommes pas contentes, si les règles qu’on nous impose arbitrairement ne font pas notre affaire, si les activités auxquelles s’adonne notre employeur nous puent au nez. Enfin, on se scandalise et on nous querisse en prison si, opposées l’État et à l’entreprise privée et n’ayant pas «d’ailleurs» où aller se vendre, nous volons notre pitance plutôt qu’attendre qu’on nous la verse avec mépris dans notre écuelle.

Le marché du travail, c’est le marché aux esclaves.

L’éthique du travail, c’est la morale des esclaves.

Catégories :Montée de lait

Tagué:

Anne Archet

Héroïne sans emploi, pétroleuse nymphomane, Pr0nographe lubrique, anarcho-verbicruciste, poétesse de ses fesses, Gîtînoise terroriste (et menteuse, par dessus le marché). Si j'étais vous, je me méfierais, car elle mord jusqu'au sang.

13 réponses

  1. Depuis quand les esclaves sont-ils rémunérés? C’est un bien bel exercice de style Mme Archet, mais vos arguments ne volent pas hauts… Vous errez, en mettant dans le meme panier l’éthique de travail, un sentiment noble qui motive, mene a l’accomplissement et qui participe a l’enrichissement collectif ot/ou personnel avec l’esclavage. C’est comme comparer l’amour et le viol.

  2.  »l’éthique du travail, un sentiment noble qui motive (…) » – c’est un argument qui vole si près du soleil qu’il faudra faire attention à ne pas vous brûler les ailes ..

  3. « Depuis quand les esclaves sont-ils rémunérés? »

    Ça date des débuts de l’ère industrielle, vers le 16ième siècle dans le glorieux Royaume d’Angleterre. Je crois même avant, mais plus certain. Du moins pour l’esclavage salarié occidental, je sais pas trop sur ce que ça a été en Asie. Les forces de la Couronne flicaient les campagnes et ramassaient les vagadons, truands et saltimbanques sur les routes, pour les faire travailler de force dans les bourgs-usines en développement. C’est l’ancêtre du Tiers-Monde. Vu que sous le régime féodal la propriété n’était pas la même que sous les empires antiques (les paysans étant propriétaires de leurs biens de survie et même de leurs outils), c’était impraticable pour les propriétaires/exploitants de seulement donner gîte et bouffe… et c’était de loin plus proftable de faire payer les travailleurs pour ça! (c’est là que tu dois lire Le Capital)

    On a beau dire de nos jours que personne ne te force de travailler… Mais semble-t-il que le concept de « force » -surtout sous un régime qui n’arrive pas à reconnaître son propre autoritarisme profond- mérite des clarification. Aussi pour ce qui est de la relation entre force et contrainte, deux idées qui se confondent parfois. Surtout quand les pauvres sans travail se font emmerder, harceler, batttre et tuer dans la rue par des flics et que les prisons sont remplies de ces gens, tout en applicant les pressions administratives diverse du gouvernement.

    Ah et puis on pourrait pas dire non plus que les réfugiés sont pas assujettis à ce genre de violence politique. Telle était la situation pour les Irlandais et autres étrangers dans l’Angleterre post-Magna Carta.

  4. « L’éthique du travail, c’est la morale des esclaves. »

    Celà nous vient de la révolution néolithique, quand nos ancètres ont commencé à s’adonner à l’agriculture, et par conséquent et surtout, ont été dans l’obligation de stocker leurs récoltes, remplir les silos à grains, accumuler le blé dans les greniers, de beaux stockages bien pleins pour passer l’hiver et l’année entière jusqu’à la prochaine récolte. Des greniers ventrus qui ont attisés la convoitise d’autres gens qui n’avaient pas eu de bonnes récoltes, ou qui n’avaient pas de terres cultivables, ou qui préféraient simplement piller plutôt que trimer.

    Pour protéger la récolte de l’année les gens ont construit une palissade autour du village pour sécuriser la réserve de vivres. Ils ont formé une milice pour garder le mur d’enceinte, ils ont hissé un capitaine au poste de commandement, et qui a fini par exiger que ceux qui n’étaient pas soldats, le nourrissent lui et ses hommes, échappant ainsi aux corvées qui sont le lot des travaux agricoles. Car il est fréquent, devant une activité pénible, de se tourner vers ceux qui ne pourront pas refuser de s’y astreindre, les plus faibles.

    Une oligarchie est née, rackettant en échange de sa protection, une mafia organisée ensuite en une aristocratie. Les castes se sont figées, celui dont le père creuse la terre, creusera la terre, et celui dont le père est armé, sera armé, et vivra du travail des autres.

    Depuis la populace travaille pour remplir les banques de fric (de blé), gardées par toute une organisation de forces de l’ordre, pour le compte de vrais propriétaires de la planète.
    Pas de quoi glorifier le travail.

  5. Pour revenir dans le sujet qui est la sentence : « celui qui ne travaille pas ne mange pas »…
    Bien sûr qu’il s’agit de la morale de l’esclave, la fierté de l’esclave qui a accompli sa tâche, son auto-valorisation d’avoir fait sa part.
    A mon avis cette attitude nous vient encore de l’agriculture : j’ai un jour, gentiment piégé mon père (ancien paysan), en lui disant que pour lui l’homme devait travailler tout le jour tel un cheval de labour qui tire la charrue dans un champ du matin jusqu’au soir, où alors il rentre à l’écurie pour avoir enfin droit à sa ration bien méritée de foin et d’avoine, et le droit de se reposer pour être à nouveau vaillant le lendemain. Mon père a approuvé cette image.
    A ce moment je lui ai sorti que l’être humain n’était pas une bête de somme, dominée et corvéable, l’homme n’était pas un animal domestique, et que s’il se voyait lui même comme un cheval de labour qui doit faire sa part pour avoir le droit de manger, celà signifiait qu’il avait intégré une mentalité d’esclave.
    La fierté, l’orgueil, la vanité de l’esclave.
    Etre fier d’être un esclave qui fait sa part de travail, permet de se sentir supérieur à ceux qui ne la font pas, et de les mépriser.
    Accepter de se faire marcher sur la tête, si on peut marcher sur la tête de quelqu’un d’autre.
    Toute l’horreur de la hiérarchie sociale.

  6. C’est un excellent article, Anne, merci de l’avoir mis en mots. En le lisant, je repense à la réaction des gens lorsque je disais de ma meilleure amie (avec toute l’admiration que je lui porte) qu’elle avait un DESS de philo : « ah ouais ? Ben… ça sert à quoi ? Enfin, à part pour faire prof de philo, je veux dire ! » Je me suis longtemps épuisée à défendre tout ceux que la masse considère comme des inutiles…

  7. bravo et merci pour votre exposé
    j et e le dis avec grand plaisir sur « mon » lieu de travail…
    il n’y a pas de fierté ou de gloire à être exploité
    vouloir créer, se réaliser etc c’est sans doute une belle chose
    à ne pas confondre avec le fait de
    donner sa sueur au cac 40 et finir en variable d’ajustement…

    comme disaient F.et V. ds le temps: « Le jour où les capitalistes auront des couilles en or, c’est la cgt qui leur taillera des pipes »

  8. Bonjour, je suis toujours surpris de rencontrer des gens lucide, ou conscient … de la situation dans laquelle le monde s’engouffre. Sauf que votre raisonnement n’est pas totalement complet, car vous n’expliquez pas comment nous en sommes arrivé a accepter cela (enfin, pour les 90% des personne vivant dans ce type de gouvernance).
    Quand je suis né, je suis né sans argent. Quand j’ai étudier, j’ai appris certaines choses, (pas trop, faut pas abuser), comme ce qu’était la démocratie et la manière dont la France c’est octroyer ce système pour évoluer dans l’avenir. J’ai également appris a lire et a écrire, ce qui m’a permis d’apprendre des choses que nous ne voyons pas forcément a l’école, j’ai toujours aimer les documentaires… bref cela n’est pas important je l’admet. Mais je suis un enfant de la génération Coluche, de celle ou a la télé on pouvais voir des émission de dingue que plus aucune chaine n’aurais le courage de diffuser tant la pression serai « imposante » pour les en dissuader (pour ce qui qui se souviennent de quelques émission du jeu de la vérité avec Patrick Sabatier… par exemple, mais il y en a eu deux ou trois autres un peu dans le même genre…) Tout cela est surement futile a vos yeux dans le contexte de la discutions, pourtant j’ai grandit dans ce monde qui se trouvais déjà sous cette emprise oligarchique, et je n’ai pas subit cette « morale » même si moi je préfère parler de dogme, cela reste la même chose au final.

    Je m’intéresse depuis toujours au monde dans lequel j’évolue, non sans difficulté, autant pour le comprendre que pour y survire. J’ai croisé pas mal de « prophète » parlant de chose plus ou moins étrange, allant jusqu’à intégrer des …. Aliens … sisi, des Aliens … dans ce « complot » visant a domestiquer le monde. Un terme un peu abrupte n’est il pas ? Domestiquer …. on ne domestique que les animaux…. (?!?) Et dans quel but demanderons surement certaines personnes, pour nous faire faire des roulades au cirque d’hiver ?
    Non, c’est bien plus simple, mais avant tout il faut comprendre ce qu’est la « domestication ». C’est tout simplement une sorte de dressage, pour être vulgaire… Le but est en effet de nous faire faire des tours, sauter un steak sur une grille chez Mr McDo ou encore livrer du papier sur un vélo jaune ou mieux même, jouer au cow-boys et aux indiens (est il utile que j’indique que cette image parle des nos charmant uniformes bleus ?). Mais pas que, car le travail n’est qu’un aspect de cette domestication, j’aurais aimer employer le terme esclavage car dans le fond c’est ca, mais cela touche bien plus de choses que le coté travail pour vivre. En effet, cela va tellement loin que ca rentrer au plus profond de ce que nous sommes. Qui ne se souvient pas de « contes pour enfants » horrible ?
    Hansel et Gretel ?
    Bambi ? (même si celui la c’est mon pti chouchou :p)
    Le petit chaperon rouge ?
    Tout cela ne vous évoquent surement que des souvenir d’enfance asse agréable je suppose, et pourtant ces derniers font partie de notre apprentissage de cette fameuse « morale » dont parle notre chère amie blogueuse, car la morale, y a pas a la chercher bien loin.
    Tout ça pour dire que même si le terme semble fort au yeux de certains, que ce soit esclavage ou même domestication, ce n’est qu’un résultat d’un long processus que nos parents et leurs parent avant eux avais déjà subit. L’exemple du grand père qui souris a sont triste sors parle de lui même.
    Et pour ceux qui pense qu’on ne peut pas être domestiquer, je ne ferais que vous rappeler une chose…. en débat certes … mais bon … Nous sommes des primates … des macaque quoi, des bonobos des chimpanzés… juste un peu plus droit et … cultiver. Car dire que nous sommes plus intelligent qu’eux me ferais mal au vue de notre situation … (dsl pour les religieux, mais votre religions elle même … enfin bref, je ne veux pas me faire des ennemies …)

    Et donc … y’a t’il une échappatoire ? peut on sortir de cette condition ?
    Votre chien, votre chat, ou même votre rat ou encore votre tortue, qu’en sais je … as il envie d’aller retourner vivre dans la rue ? si vous l’avez choyer, théoriquement, Non. Car il est heureux :)
    Il mange a l’œil, il est la plupart du temps a l’abri de ces prédateurs des intempéries, tout ca contre une seule et unique chose. Ne pas tuer pour se nourrir. Si il vois un animal qui normalement devrais être une proie, bah non, c’est juste un gentil compagnon de jeu pas croquer surtout, sinon quoi ? la piqure finale bien entendu. Ha oui, bien entendu, un peu d’obéissance a son ou ses maîtres, aller chercher les pantoufle de Mr ou encore surveiller les enfants (hélas du déjà vu …) ou même simplement accepter poliment la laisse.
    La condition de ces animaux n’ont pas grande différence avec les nôtres, quand vous achetez un animal, la plupart du temps il est issu d’élevage, ils n’ont rien connu d’autre, pour eux, c’est ca que d’être un chien un chat ou un poisson rouge … Pourtant, nous de l’extérieur, nous savons bien que nous, c’est … évident!
    Maintenant … dites vous que vous êtes ce chien ou ce chat, vos parents était déjà dans le circuit d’élevage, alors pourriez vous avoir conscience de tout cela si vous ne vous poser jamais réellement la question ? Car l’un des véritable fond du problème est que pensé est apparemment trop fatiguant pour beaucoup, car j’ai de nombreuse fois entendu des personne me répondre: « tu devrais arrêter de te prendre la tête avec ce genre de chose, aller vient, on va au ciné XD ».

    Alors oui, il y a quelques personne qui ont réussi… et malheureusement je n’arrive pas a comprendre comment, a passer au travers des mailles du filets, et pour être honnête, je ne sais pas, si j’avais eu le choix, si je voudrais comprendre tout ça ou si je préfèrerais ignoré et être un gentil chien gentil mignon. Car quand on a compris certaines choses, on place cela au dessus de quasiment tout, dans le sens ou quand il y a plusieurs problème on cherche irrémédiablement a régler le plus important en premier. Je ne sais pas vraiment ce qu’il en est des autres, mais me concernant, cela me rend relativement malheureux, mais pas pour moi, mais plutôt pour ma famille et mes amis, voir peut être même les inconnus….

    Je ne pensai pas faire si long a vrai dire, et malgré la longueur il y aurais encore beaucoup de choses a détailler pour réellement expliquer ce phénomène d esclavagisme « approuvé inconsciemment », mais n’étant déjà pas sur que vous lirez tous un message aussi long je préfère m’abstenir ;)

    En tous cas, sympa ce pti blog, la plumes est bien plus agréable que ce pâté que je viens de sortir, mais cela ne fait pas partie de mes dons ;) Continuez ainsi, car il faut quand même que le libre arbitre … puisse avoir sont mot a dire :p

    Amicalement.

  9. Le paiement de l’esclave a toujours existé, certes pas en espèces sonnantes et trébuchantes mais par le droit d’avoir une paillasse sur le sol où se poser, le droit a une gamelle de gruau ou encore a ne pas être battu. Un paiement dérisoire pour un travail accompli, est une poudre aux yeux fait pour donner bonne conscience aux cons.

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