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La construction du désir

«J’abuse du « je » pour que personne ne se sente
obligé d’adhérer à ce que je raconte»
Anne Archet, tard le soir,
après trois verres de vin

Je suis un individu, c’est-à-dire un être traversé par un flux incessant d’émotions, de gestes, d’actions, d’interactions et de relations. Tout cela ne vient pas de moi – du moins, pas entièrement. La fibre même de mon individualité est définie par l’endroit où je suis née, par l’endroit où j’ai grandi, et par l’endroit où je continue d’assumer mes rôles sociaux. Mon Moi est gouverné par le contexte social dans lequel je suis plongée.

Évidemment, l’éducation que j’ai reçue, les parents que j’ai eus (ou que je n’ai pas eus) et les écoles que j’ai fréquentées ont eu une lourde influence sur ce que je suis. Mais ça ne s’arrête pas là. En fait, ça ne s’arrête jamais. Les activités qui me permettent de survivre – travailler, acheter, me vendre à la pièce et en petites coupures – sont des constructions, des produits de ce contexte. Elles monopolisent l’essentiel de mon temps de veille, ce qui fait que les interactions que j’ai avec mes semblables, les espaces que j’occupe et les gestes que je pose me sont, pour l’essentiel, imposés. Je ne suis pas la seule : pensez seulement à tout le temps que vous passez à attendre en ligne, à vous déplacer dans un bus ou à rester coincé dans un bouchon de circulation, pensez ces échanges verbaux interminables avec des étrangers dont vous n’avez rien à foutre.

Photo de Jean-Yves Lemoigne

Ces activités et ces interactions influencent inévitablement mes émotions en les diluant au point des rendre pitoyables et médiocres. Et ça, c’est sans compter ce à quoi je m’expose plus ou moins volontairement pendant les brefs moments qui ne sont consacrés ni aux obligations sociales, ni à la survie, ni au sommeil : la très lucrative industrie du divertissement. Chaque émission de télé, chaque chanson pop, chaque film, chaque jeu vidéo, chaque publicité façonnent mes émotions; ils définissent aussi les paramètres acceptables de mes émotions en me donnant des exemples de la manière de les ressentir et de les exprimer dans diverses situations. Si je reste passive face aux stimuli que m’offre l’industrie du divertissement, même mes émotions ne seront pas vraiment les miennes, mais un agrégat de tout ce que j’aurai glané sur internet ou à la télé. Ceci explique pourquoi nos présumées passions, relations amicales ou amoureuses, aspirations et ambitions retombent souvent dans les mêmes ornières, dans les mêmes clichés que nous répétons et rejouons continuellement et qui créent ce désert de monotonie dans lequel nous claudiquons tous et s’étend du berceau à notre tombe.

Pour fuir cet enfer climatisé, il me faut créer mes propres passions et mes propres désirs. Je dois développer une capacité intentionnelle de spontanéité – car sans choix conscient, il ne peut y avoir de spontanéité, il ne peut y avoir que des réactions, des réflexes routiniers et des habitudes.

Je sais qu’il peut sembler paradoxal de parler de construction volontaire de désirs. Comment pourrais-je même envisager sérieusement de créer volontairement mes propres impulsions? Les mots «création» et «construction» sont ici les plus importants. Les passions et les désirs des individus sont créés par le contexte social, mais une abstraction n’a pas le pouvoir de créer quoi que ce soit. Autrement dit, ce sont des individus qui ont intérêt à définir mes passions et mes désirs à ma place, pour leur propre profit, et qui ont à leur disposition les techniques et les moyens pour le faire qui créent et canalisent ces passions et ces désirs. Ceci n’a rien à voir avec une théorie du complot; ce n’est qu’une simple description de la raison d’être de la publicité, des relations publiques, de la propagande et du divertissement passif. Vous désirez le nouveau iPhone; jusqu’à quel point pensez-vous être le créateur de ce désir? Poser la question, c’est y répondre.

Tout ça pour dire que les désirs ne sont pas innés. Personne ne naît avec l’envie de mordre dans un Big Mac, de rouler en Kia, de fumer des Camel ou d’être promu sous-chef de division par intérim. Les désirs sont des constructions et il n’y a aucune raison que je ne puisse pas les construire moi-même, pour moi-même. Si je ne le fais pas, ceux qui sont prêts à le faire pour moi sont légion. Tout ce que j’ai à faire, c’est me laisser choir dans les bras des normes sociales. Mais si je veux créer mes propres désirs et mes propres passions, je dois entrer en rupture avec les canaux habituels de la normalité sociale et expérimenter avec la spontanéité intentionnelle.

La spontanéité ne peut exister qu’en tant que choix conscient, qu’en tant qu’intention. Quand j’agis instinctivement, inconsciemment – c’est-à-dire, comme tout le monde à notre époque – mes actions se limitent à l’habitude, aux rôles sociaux qui m’ont été inculqués, bref, rien de ce qui vient de moi, rien qui n’est le résultat de ma propre créativité. J’agis alors conformément à ce qui est attendu de moi, en conformité avec les désirs qui ont été créés pour moi dans le but de m’asservir.

Le désir est une construction et cette construction n’est pas nécessairement la mienne. Le désir peut être une impulsion créatrice qui mène à l’exploration et l’expérimentation. Mais cette impulsion ne peut exister pleinement que dans la mesure où ma vie n’a pas déjà été créée par d’autres – ce qui signifie que le désir ne peut exister qu’en conflit avec l’ordre social existant, puisque cet ordre social me prive de ma capacité de créer ma propre vie.

Je vis dans une société post-industrielle où la consommation règne en maître et où les désirs sont continuellement manufacturés. Ces désirs mortifères sont essentiels à la cohésion sociale et au maintien des dispositifs de pouvoir qui m’écrasent. Dans ces conditions, je n’ai pas d’autre choix que de me soumettre ou de me révolter. Ce que l’on nomme communément « désir » dans l’ordre social que nous subissons n’est rien d’autre qu’une envie confectionnée pour des objets prédéfinis et extérieurs à moi-même qui ne sont pas de ma propre création, et ce, même si je les ai produits moi-même. Se laisser mouvoir par ces désirs, c’est se conformer. Quant à la révolte, c’est la construction de ses propres désirs, c’est la sculpture de soi-même qui mène à une confrontation directe avec l’ordre social.

Catégories :Pétage de coche

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Anne Archet

Héroïne sans emploi, pétroleuse nymphomane, Pr0nographe lubrique, anarcho-verbicruciste, poétesse de ses fesses, Gîtînoise terroriste (et menteuse, par dessus le marché). Si j'étais vous, je me méfierais, car elle mord jusqu'au sang.

12 réponses

  1. Aha, on se laisse bercer de son influence Millerienne? ;-)

    C’est très intéressant, parce que, des mêmes raisonnements que vous, j’en arrive à une conclusion selon laquelle l’anarchiste, conscient de cela, est libre lorsqu’il se soumet à sa raison -non, pas à son être raisonnable, mais à la raison en tant que méthode de pensée, se rendant compte qu’instinct, intuition et spontanéité sont des éléments de la haute fabrication de son esprit, d’une suite d’acquis et d’innés le menant à réagir en fonction de ce qui lui est connu -d’où toute l’utilité de la raison pour en analyser les tenants et aboutissants -ce que vous, d’ailleurs, faites dans ce texte.

    Ca doit bouillir chez vous autant que chez moi, ce, non pas conflit, mais dialogue interne apparent entre raison et désir, qui, selon moi, ne sont pas en contradiction mais en construction mutuelle constante.

    Enfin, si ça se trouve, c’est aussi ce qu’il faut déduire de votre prose de ce jour…

  2. Un très bon texte, Anne, conscientisateur quant à la fabrication du supposé désir au sein de notre société de cosommation (peut-être qu’un jour je m’en servirai dans un de mes cours; je te contacterai à ce moment-là pour une aurorisation officielle). Cela dit, ce que je comprends à la lecture de ton texte, c’est qu’effectivement nos désirs sont le fruit d’une construction déjà pensée, et ainsi « imposé » d’une certaine façon, à l’extérieur de nous par d’autres. Mais il me semble que ton texte, dans sa formulation, laisse entendre qu’un désir réellement original est en opposition à ce désir construit qui nous vient de différentes sources extérieures. Or, cela me fait penser à l’adolescent qui, pour atteindre son émancipation face à ses parents va se révolter contre ceux-ci, et cette révolte, quoique bien réelle, demeure souvent quand même une révolte en opposition à ceux-ci. Bref, si on n’adhère pas aux valeurs de notre société, n’est-ce pas à partir de ces mêmes valeurs, fût-ce en opposition, que va se construitre notre révolte et, dès lors, notre révolte n’est-elle pas, elle aussi, issue des valeurs de la société que l’on a la prétention de contester de façon « originale » ?
    Bref, ton texte me semble comme une première partie de quelque chose, à savoir se révolter « contre », en opposition à quelque chose d’extérieur, et tu le fais de belle façon. J’aimerais maintenant t’entendre sur le « deuxième » mouvement de la révolte où l’originalité doit vraiment se situer, à savoir se révolter « pour »; en accord avec soi-même, et ce, dans une recherche vraiment originale, vraiment unique comme chaque individu l’est (ou peut l’être s’il se défait de différents carcans).
    Au plaisir de te lire.

  3. Il semble que dès que l’on cesse de jouer le jeu imposé, lorsque l’on conçoit sa vie autrement, on cesse d’exister aux yeux du monde, on devient marginalité et du même coup, invisibilité. Ce n’est pas si grave, si notre prise de position se fait par soi et pour soi, mais du moment où l’on aimerait influencer les autres, ça craque de toutes parts. D’autant plus que le désir même d’influencer les autres revient à vouloir reproduire le mode de fonctionnement du système duquel on se prétend s’être émanciper. Mauvaise idée. On se repli sur soi, on redevient invisibilité, mais soudainement, ça semble vain, un peu vide… Que faire?

  4. Beau texte, qui me rappelle un peu le traité de savoir-vivre à l’usage des des jeunes générations (de Raoul Vaneigem).
    R. Bilodeau émet néanmoins une remarque que je trouve pertinente pour dépasser le constat et l’incantation. Pour ma part, je poserais ainsi la question : comment créer un désir spontané si je suis largement conditionné par « l’extérieur » ?
    Je ne pense pas que cela consiste à se construire comme opposition entrant en concurrence avec le mode de vie des autres, c’est encore se définir par rapport à ce système et de fait, entrer dans sa logique d’atomisation sociale et de compétition.
    Pour moi l’anarchisme n’est pas seulement une affirmation de liberté individuelle, mais une affirmation de liberté dynamique et sociale, où les individus développent mutuellement leur liberté.
    Ainsi, ce n’est pas tant sur soi-même, ni sur les autres, qu’il est pertinent d’oeuvrer, mais sur les types de relation entre les gens (ce qui comprend évidemment et avant tout nous-mêmes). Anarchisme ne désigne pas un individu, mais des relations sociales débarrassées de toute forme de domination. Sont-ce des relations de compétition/domination/aliénation que nous voulons, ou des relations d’entraide, d’anarchie et d’autonomie ?

  5. Ahaha!
    On nous donne des tas d’envies qui se révèlent oppressantes.
    On nous donne envie de vivre, mais vivre ainsi c’est oppressant. La première oppression, dans ce monde pourri, c’est de rester en vie. J’aimerais bien ne plus avoir à rester en vie… mais je réussis pas…

    Bon, j’ai des envies simples, des désirs débiles, des goûts de merde, une culture main stream, des idées foireuses… et tout ce qui m’entoure, tout ce qui m’est proposé, correspond assez bien à ce que j’aime. Je suis comme un poisson dans l’eau. Si je suis si bien servi, pourquoi chercher ailleurs? Pourquoi refouler mes envies de grosse bouffe, de grosse baise, de gros seins? Parceque c’est pas assez spécial? Parce que, ne venant pas de moi, ça ne serait plus bandant? Mais ça l’est! Et je suis peut-être médiocre -voire dangereux- mais je suis ce qu’on a fait de moi, dans cet environnement pourri, et je suis heureux!
    Burp…

  6. L’Eunuque du mainstream ressemble, dans sa description, à la gande majorité des gens. C’est vrai que c’est confortable de ne pas lutter, d’adhérer, de se laisser porter par l’oppression du monde S’il est une chose qui est profondément humaine, c’est notre attachement à nos souffrances parce qu’on les connait bien, que l’on a appris à vivre avec elles… Alors pourquoi changer ? Car c’est difficile de changer sa situation, même si c’est dans une optique de changement pour le mieux… Le mieux, c’est l’inconnu et l’inconnu, ça faut peur. Tandis que l’oppression, c’est familier, elle ne nous fait plus peur, on l’a apprivoisée. Alors, oui, le maistream, la facilité…
    Jusqu’à ce qu’une insatisfaction plus grande que le faux bien-être montre sa tête et pose la question du sens, du sens de nos actions privées de sens. Alors là, la remise en question refait surface et le mainstream n’est plus satisfaisant. Alors on se révolte, on donne un coup de gueule, on descend dans la rue et on bouscule la molesse de l’ordre établi, on crie après les flics et on a l’impression, à ce moment là, que l’oxygène se trouve dans la rue, dans ce moment de la révolte, et on se dit que, socialement, tout n’est peut-être pas foutu, que le changement est possible et que ça vaut la peine, que cela a du sens de se révolter. Mais quand la rue redevient calme, quand la révolte se porte seul à nouveau, c’est plus difficile de l’entretenir… Alors le chant des sirènes de la société des loisirs fait à nouveau entendre son cuit-cuit au bord de nos oreilles complaisantes et l’on peut retrouver des envies de facilité… ou pas.
    J’ai l’impression que la révolte est un germe sournois qui, lorqu’il trouve une terre hospitalière, installe en secret des fondations qui sont de plus en plus difficles à déconstruire si elles trouvent le moindrement à se nourrir. Et c’est un peu de cette nourriture, j’imagine, que nous trouvons, moi, l’Eunuque, à travers des sites comme celui-ci, qui nous donnent l’impression que, peut-être, nous sommes quelques-uns dans cette quête, si instable et sporadique soit-elle. Une chose est sûre, pour moi du moins, ça aide à vivre quand le mainstream ne suffit plus.

  7. Tu ne pourras pas échapper au fait que les autres influences tes désirs … je pense que la réponse n’est pas dans l’auto-création de pulsions … mais dans le changement de la norme qui t’environne.
    Si tu arrêtais de bosser, de vivre en ville, de cotoyer des gens habillé de tel sorte, d’avoir des tonnes de signaux de ce qui est une normalité ici, tu aurais des désirs différents. Si tu vivais avec une tribu au fin fond de la sibérie, tu vivrais comme les gens qui t’entourent. Malheureusement eux aussi finissent par être entouré de gens comme nous, et petit à petit se font happer par nos codes. Si tu t’entourais de personne qui faisait le choix de rompre avec les codes de notre société, au fur et à mesure d’autres s’instaurerait qui ressemblerait d’avantage à vos individus et à vos réels besoins. Mais on ne peut faire sans l’influence mutuel du corps social humain … On se suffit pas à nous même.
    Si tu ne peux pas faire ça … tu n’as plus qu’a faire avec, le temps que tu puisses partir, ou que tu t’y plaises, ou que tu y meurs déçue. Mais ici même … déplacer l’influence des autres c’est comme vouloir déplacer une montagne, c’est une force naturelle.

    Même si tu n’en parles pas ici, c’est aussi pour ça que je trouve drôle que tu puisses parler de révolution … les révolutions sont des déplacements de normes à échelles de sociétés qui ne sont elle même plus à échelle humaine, quand elles existent, c’est elles sont canalisés, et qu’elles prennent des éléments de l’ancienne norme. Tu imagines déjà la force qu’ont ses désirs fabriqués sur toi, qui les rejettes, alors imagine sur une foule, une multitude de personnes prêtes à s’auto-conforter dans l’idée qu’ils vont dans le droit chemin alors qu’ils sentent tous que ça sent pas bon … Tu imagines la force qu’à sur toi l’autorité, alors que tu la rejettes, alors pareil, imagines sur la masse …

    Mais en y pensant, je crois que c’est pour ça que les gens aiment tellement leur appartenance à des mouvement idéologiques … c’est parce qu’ils recrééent une norme et un groupe qui leur permet de ne pas se faire prendre complètement parce qu’ils ont envie de rejeter. Et c’est donc peut être pour ça que tu parles autant d’anarchisme, individualisme, parce que quelque part quand on est au cœur d’une norme violente pour l’être humain, il faut une force normative « opposée » suffisamment forte pour permettre un équilibre. Mais quelque part, est ce que ses appartenances ne sont pas autant de freins à l’acceptation que le monde est ainsi, au même titre qu’un conservateur entouré d’une société qui accepte de plus en plus les homosexuels s’enroulent dans ses valeurs pour ne pas que cette norme sociale le touche ?
    Même; est ce que ses appartenances ne sont pas des résignations à trouver mieux que ce qu’il y a ici, dans la mesure où s’il on résiste (termes affectionné par les progressistes) c’est qu’on cherche à subsister dans ce monde, et qu’on se fait notre petite composition (idéologie) pour y survivre … Chacun voudrait supprimer les influences qui le dérange au sein d’une force naturelle incontrôlable,et je trouve ça très drôle qu’autant de personnes s’y acharnent dans des sens tous aussi contraire les uns les autres. Il y en a qui vont jusqu’à prêcher la fin de la civilisation … je ne dis pas qu’ils auraient tort que ça n’existe plus au contraire, mais s’ils existent en tant que groupe ici, c’est déjà une défaite pour leur propre idée, c’est le paroxysme de l’idéologie poussé à l’état pur.

    Tu as supprimé un de tes textes, Nomadisme et insurrection, qui je crois avais des débuts de réponses à ce qui pouvait favoriser ce que tu cherches, une autre norme, une autre façon de vivre, libre … mais tu en as gardé d’autres, qui s’inscrivent plus dans la lutte de l’individu au cœur du système … peut être que ça correspond plus à ta réalité d’aujourd’hui, même de demain, mais pourquoi avoir mit cette idée à l’eau ? (si l’avoir supprimé veut bien dire ça)

  8. La grande révolte est à propos du non-dit, de la violence extrême et indélébile pour les filles et les enfants violés…, comme avec la Shoah moderne organisée par les dirigeant du Monde et dénoncée par UNE FEMME : Amidlisa !

    Il n’y aurait donc que nous à ne pas être lâches ?

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