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Faites un roi de votre enfant intérieur

Ils disent «enfant-roi» comme si c’était une mauvaise chose. Comme si nous ne méritions pas la pleine souveraineté de notre être. Comme si nous devions nous contenter d’être des enfants-contribuables, des enfants-électeurs ou des enfants-larbins. Comme si nous devions nous contenter des miettes que la société laisse tomber dans notre écuelle.

Dans une monarchie, le monarque veut régner sur une foule de gens, et même sur tous. Voilà pourquoi la nuit, dans mes rêves, je suis l’impératrice de l’univers, la souveraine tyrannique de mon monde intérieur. Mais une fois éveillée, puisque ce que je veux, c’est l’anarchie, je me pince et prends conscience que suis une anarque; je règne sur moi-même, et gare à quiconque tentera de corseter mes désirs.

Pour les libéraux, ces quidams médiocres qui n’ont que le mot «liberté» en bouche et le salissent de leur salive purulente, l’individu est un être plat, sans qualités singulières. Équivalent à tous les autres individus, il est radicalement coupé de toute force ou de tout possible extérieur à ce qu’exige le système qui le produit et dont il est entièrement dépendant, que ce soit les lois du marché ou la logique électorale des démocraties. On peut le classer dans l’une ou l’autre des catégories sociales définies par le pouvoir et s’attendre raisonnablement à ce qu’il joue le rôle qu’on lui a assigné. L’individu bourgeois n’a de valeur que dans la mesure où il devient une abstraction – et comment fait-on pour caresser une abstraction jusqu’à l’orgasme?

Pour les anars, l’individu, loin de voir son existence définie par un modèle unique parce que général, à côté d’individus semblables à lui, affirme au contraire vigoureusement sa singularité, son unicité. Cette singularité absolue de l’anarque implique ainsi tous les autres comme faisant partie intégrante de la sphère du singulier, de son propre. Pourquoi? Parce que la singularité mène à des combinaisons infinies de rapports incessants et imprévisibles, se composant, se décomposant et se recomposant, en devenant toujours plus intimes et plus complexes, et en créant ainsi des subjectivités collectives tout aussi singulières et ephémères que les individus qui les composent. Nous sommes des êtres nés du chaos et rien ne saura étancher notre soif d’aller au bout de nous-mêmes, de nous réapproprier notre vie et de nous consumer dans les flammes de notre désir.

L’individualisme anarchiste mène à l’association, à la rivalité créative, au potlatch et à l’orgie. L’individualisme libéral, celui de l’homme de la masse soumis au marché et aux diktats des majorités démocratiques, mène à l’atomisation, au nihilisme, à l’aliénation des volontés et à l’horreur banale et quotidienne qu’on désigne sous le nom de société.

Quand j’étais petite, je rêvais de devenir princesse. Maintenant que je suis grande, je sais que j’en suis une depuis le début et je m’efforce chaque jour de le devenir un peu plus. Ce qu’il y a de plus beau, c’est que toutes mes compagnes et compagnons d’aventure en sont aussi; c’est avec ces individus solaires et souverains que nous incendieront le monde.

Catégories :Pétage de coche

Tagué:

Anne Archet

Héroïne sans emploi, pétroleuse nymphomane, Pr0nographe lubrique, anarcho-verbicruciste, poétesse de ses fesses, Gîtînoise terroriste (et menteuse, par dessus le marché). Si j'étais vous, je me méfierais, car elle mord jusqu'au sang.

25 réponses

  1. Le problème est que l’enfant roi est sur le bord du burn-out, il en prend plein la gueule et qu’il se sent bien seul dans cette société peuplée de réactionnaires à la con. La confrontation directe avec l’État, c’est trash.

  2. Ouais mais personne ne se préoccuppe ici de vraiment définir ce qu’est l’État, surtout quelles en sont ses manifestations.

    Si on affirme que l’État, c’est seulement les flics et curés et politiciens, on est vraiment pas sortis du bois en tant que révolutionnaires ou libertaires.

    Mais si on admet que l’État, ce sont aussi les corporations, les OSBLs/ONGs, tout comme les petits barbus pourris qui engueulent les méchants casseurs dans les manifs, et ceux qui voient Radio-Canada et La Presse comme nos alliés de grève. L’État prend forme dans les formes culturelles, dans le langage. Il y a un langage du pouvoir, il y a ses représentations, son imaginaire de domination et d’invasion, qui sont des composantes de l’État en nous. Il y a la peur de la Loi, comme la peur du « désordre » et de « l’anarchie », qui sont une reformulation de la peur de la mort. La peur de se ramasser en prison, tabasser/gazer par des flics minables. L’État formate les « individus » à travers la consommation, le spectacle, les dispositifs permanents et concrets du système (caméras, autoroutes, architecture compartimentalisante). L’État, c’est tout ça! Il est non seulement un processus de domination et d’aliénation, mais aussi ce qui le maintient en vie machinalement.

    L’État est implanté dans nos têtes aussi, et seulement une colère primale, ou peut-être l’amour, peut la briser efficacement…

    La sauvagerie, comme dans la manif de hier soir par exemple (le 16 mai), est la seule solution au problème de la civilisation.

  3. On ne peut pas s’exposer continuellement aux coups, c’est ce que je voulais dire. C’est stratégiquement et tactiquement idiot. Il faut pouvoir refaire ses forces, sinon on se brûle, on se détruit – et par conséquent on se sacrifie à une cause extérieure à soi-même et ça, c’est l’idiotie suprême.

  4. il n’y a pas d’état! il n’y a que notre consentement…Seul le,peuple est coupable! Et les puissants ont bien raison d’en profiter: mort aux cons!
    De plus les riches aussi sont démissionnaires: ils ne sont pas assez infâmes! le peuple mérite pire!

  5. Je dirais aussi qu’il est très important d’éprouver de la joie, du plaisir et de l’excitation à chaque fois qu’on s’attaque à l’État. Si le combat n’est pas joussif, on est aussi bien de faire autre chose, non? D’ailleurs, dans Ni Vieux ni Traîtres, ils mentionnent que chaque fois qu’ils allaient braquer une banque, chaque fois qu’ils faisaient une action directe, etc., ils se marraient, ils étaient heureux.

  6. Bien que je sois en accord pour ce qui est de reprendre des forces et éviter des coups inutiles, en quoi le droit à l’éducation, la liberté d’expression, la liberté d’association et la liberté de manifester seraient des causes extérieures à nous-mêmes?

    Peut-on vraiment reculer face à la peur? N’est-ce pas là la mort de la liberté?

  7. Le droit est une cause extérieure à soi-même par définition. Quand on retire tout le mythe qui l’enrobe, il ne reste qu’un privilège accordé par un pouvoir transcendant. Or, c’est précisément contre le pouvoir transcendant que j’en ai. Je ne lutterai jamais pour mes droits, car ce serait me battre pour une abstraction et surtout, ce serait mendier la miséricorde du très-haut.

    Je me fous que l’État me refuse des droits, car je n’en demande aucun et je ne me reconnais pas de devoirs non plus. Ça ne m’empêchera pas de faire ce qu’il me plaît et de l’affronter s’il me barre la route. S’il est s’avère trop fort, je prendrai un détour, quitte à me conformer un temps et sauter la clôture dès qu’il aura le dos tourné.

    Et puis, soyons sérieux quelques minutes. Le droit à l’éducation, si c’est le droit de se conformer à ces institutions de mort que sont les universités, je ne vois pas en quoi ça mérite de se faire foutre en taule. Le droit de manifester, si c’est seulement pour «se faire entendre» et «convaincre le gouvernement», c’est une perte de temps et d’énergie monumentale, surtout si on ne peut même pas en profiter pour égratigner un peu l’idole marchande. Et la liberté d’expression et d’association, mieux vaut les exercer que les défendre comme des abstractions – avec joie et intransigeance.

    J’aime beaucoup l’expression publique de l’indignation. Mieux: je pleure de bonheur chaque jour de voir toute cette agitation. Les étudiants sont beaux, solaires, créatifs, intelligents quand ils adoptent le visage de la révolte. Je suis même allée (oh stupeur) manifester deux fois avec eux, ce que je n’avais pas fait depuis presque dix ans. Mais je ne m’illusionne pas sur les désirs de ceux et celles qui prennent la rue en ce moment: ils veulent un gouvernement moins corrompu, plus représentatif, et une université plus abordable. Il veulent de meilleurs maîtres, et c’est tout ce qu’ils auront. Ça, c’est aussi une cause extérieure à la mienne – et fort probablement aussi à la vôtre.

  8. « Mais je ne m’illusionne pas sur les désirs de ceux et celles qui prennent la rue en ce moment: ils veulent un gouvernement moins corrompu, plus représentatif, et une université plus abordable. Il veulent de meilleurs maîtres, et c’est tout ce qu’ils auront. Ça, c’est aussi une cause extérieure à la mienne – et fort probablement aussi à la vôtre. »

    Oui, y en a qui manifestent encore pour ça… mais c’est loin d’être tout le monde. C’est certain qu’y a un bon nombre de « politiques » dans le mouvement pour qui la grève actuelle est leur tremplin pour devenir les bureaucrates de l’avenir. Car c’est fort probable que cette grève abouttisse en un raz-de-marée politique de Gauche aux élections à venir, comparable à ceux qui arrivent ailleurs en Occident ces temps-ci.

    Et j’ai compris aussi que tenir son bout face à l’austérité n’est pas forcément de patauger dans le réformisme. Si je veux lutter pour garder l’éducation accessible, c’est aussi pour empêcher une intelligentsia corporatiste complètement déconnectée et despotique de se former, comme ça a été le cas aux États-Unis depuis les années ’70… et c’est peut-être la raison inavouée du régime totalitaire que c’est devenu.

    Mais y a aussi un enjeu systémique plus profond, qui est de freiner le progrès de la dictature financière, tout en contribuant à créer un mouvement de résistance radical et authentiquement libertaire qui s’y oppose. Tu as pu constater ces derniers mois que beaucoup d’actions et de manifs/émeutes étaient essentiellement anarchistes et au-delà des slogans sans conséquences, ça se foutait pas mal des revendications politiques… Ben oui, y a les petits « imagistes » pourris; comme y a aussi les nationalistes à la con, mais ces gens ne sont PAS le mouvement.

    Je crois que cette grève dépasse de loin, pas juste en terme d’ampleur, les efforts étudiants passés. C’est aussi beaucoup moins réformiste et autoritaire en général, et le machisme institutionnel en prend un coup comme jamais au sein du mouvement, alors que les femmes ont beaucoup pris le taureau par les cornes.

    De refuser de lutter sous peur de se faire mettre en taule, c’est un mouton, comme position, tu trouves pas? Je comprends que si t’es plus vieille que les autres étudiantes -probablement dans les même âges que moi- la peur de la mort, sous la forme de la peur de passer le reste de sa courte vie en taule, ça pèse lourd. Mais ça pèse lourd, aussi, une vie dans l’esclavage et la peur de l’autorité.

    Moi aussi, je ressens la même peur, en me voyant déjà vieillir (et surtout qu’un gars vieillit souvent plus vite et douloureusement qu’une femme), mais n’est-ce pas un grand enjeu dans cette vie que de surmonter la peur de la mort, accepter la réalité de l’éphémère, quitte à passer à autre chose une fois qu’on est partis?

    Et j’aurai bien aimé te voir, autre jour à la manif de tout nus, Anne… hihi ;)

  9. Je suis prête à risquer la taule, mais pas pour n’importe quoi. Ce n’est pas de la peur, mais de l’égoïsme. Il se trouve que défendre l’université comme institution – non, défendre n’importe quelle institution– ne mérite pas qu’on se sacrifie. Et si les étudiants «gagnent», on se retrouvera avec le bon vieux statut quo; pouquoi me tuerai-je pour le statut quo?

    Quant à dire que les étudiants sont radicaux, faudrait pas prendre ses désirs pour des réalités, malgré le bon vieux slogan de 68. Ferré chantait «y’en a pas un sur cent»; moi je dirais plutôt un seul mille.

    Bref, il faut brasser la cage, participer et mettre son grain de sel. Renverser quelques bagnoles ce faisant et rigoler un peu. Mais se sacrifier pour contrer un hausse? Pour favoriser l’élection du PQ ou de QS? Pfffff. J’ai des chattes autrement plus sexy à fouetter.

  10. « Je suis prête à risquer la taule, mais pas pour n’importe quoi. »

    C’est aussi mon avis général. :)

    …mais si on se risque pas, on risque aussi de finir dans une situation politique où on se retrouve en taule pour n’importe quoi.

    C’est sûr que ceux-celles qui devraient idéalement y passer en premier, ce sont les politiques, quitte à ce que la barbarie camouflée de ce système leur frappe en pleine face, alors que moins non plus j’aimerais pas, moi non plus, me tourner en martyr de leur démocrassie de merde!

    Je vois peut-être un peu trop les gens selon ma lunette. C’est toujours stimulant pour moi de me questionner sur les perspectives des autres. J’avoues que même plusieurs black blocs que j’ai rencontré sont de loin moins anarchistes que plusieurs jeunes prolos qui traînent sur Ste-Cath.

    Bref, on se comprends, semble-t-il.

  11. Un des problèmes avec l’idée d’être souverain de soi-même, c’est qu’on est souverain, celui qui ordonne (à soi même), certes, mais aussi logiquement celui qui obéit (à soi même)…

  12. C’est se détruire -soi-même et les autres- que de se battre pour autre chose que l’émancipation individuelle. Alors refusons tout, d’abord, pour faire tomber nos carcans mentaux, moraux, relationnels, sexuels, intimes, et nous recentrer, et nous redécouvrir, chacuns, chacunes, à poil; sans lois générales, sans machine-état, sans d’institutions-prisons, sans gouvernance-matons, sans système à coordonner, sans « Société » à driver, sans économie à gérer, sans bien collectif -parceque le « bien collectif » est un mensonge éhonté… sans toutes ces absurdités qui nous empêchent, tout simplement, de nous rencontrer, de se parler et de se mettre d’accord; comme des enfants qui inventent un jeu sans importance.

  13. Tu es mégalomane au premier degré. Je pense que tu souffres probablement d’une blessure narcissique profonde et d’une homosexualité refoulée. Tu as be
    soin d’un bon psychiatre.

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