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Qu’est-ce que la propriété?

«C’est le vol», répondait Pierre-Joseph. «C’est la liberté», répond à peu près tout le monde cent soixante-dix ans plus tard.

Quant à moi, je dis bien humblement que la propriété, c’est la clôture.

Parmi les nombreux mensonges qui permettent le maintien de la domination du capital est l’idée que la propriété est synonyme de liberté. Ce fut le credo de la bourgeoisie triomphante lorsqu’elle se mit à couvrir le globe de clôtures et de barrières ― barrières physiques, barrières légales, barrières morales, sociales, raciales, militaires… bref, tous les dispositifs jugés nécessaires pour enclore les richesses spoliées du monde et ainsi s’assurer que les multitudes crasseuses et laborieuses n’y aient pas accès.

Nous sommes ces multitudes, nous qui nous nous faisons servir quotidiennement ce mensonge. Depuis que nos ancêtres ont été «délivrés de leurs chaînes» et de leurs terres, nous sommes libres de choisir entre crever de faim ou vendre notre vie et notre temps au premier maître disposé à les acheter. On nous qualifie de «main d’œuvre libre» puisque, contrairement au bétail, nos maîtres n’ont pas à se soucier de notre entretien et de notre survie ― notre force de travail étant la seule marchandise monnayable que nous détenons. On nous raconte que nous pouvons disposer de notre corps et de notre vie comme nous l’entendons, même si dans les faits l’essentiel de notre temps est consacré à assurer péniblement notre survie.

La propriété, nous dit-on, est un bien qu’on peut acheter avec de l’argent, ce qui signifie que la liberté réside dans ces objets et augmente avec leur accumulation. Dans la poursuite de cette liberté qui n’est jamais atteinte, nous nous enchaînons à des activités que nous n’avons pas choisies, abandonnant toute velléité de choisir par nous-mêmes dans le but de gagner l’argent qui est censé nous permettre d’acheter la liberté. Alors que notre vie se consume à petit feu au service de projets qui n’ont jamais été les nôtres, nous dilapidons notre salaire en jouets et en divertissements divers, en thérapies et en pilules ― les anesthésiques habituels qui nous empêchent d’apercevoir la vérité derrière le mensonge de la propriété.

Car la propriété, dans les faits, n’est pas l’objet qui est possédé, mais bien la barrière ― la barrière qui nous enferme, la barrière qui séquestre, toutes les clôtures, tous les murs érigés pour nous exclure de notre propre vie, pour faire en sorte qu’aucun individu sur terre ne pourra jamais se réaliser pleinement, ne pourra jamais aller au bout de ce qu’il peut.

Il faut comprendre la propriété comme une relation sociale entre les objets et des individus médiée par l’État et le marché. La propriété ne peut exister sans l’institution étatique qui concentre le pouvoir dans des institutions de domination; sans les lois, les armes, les flics, les tribunaux et les prisons, la propriété ne pourrait avoir aucune base, aucune réalité tangible.

On pourrait même dire que l’État est en lui-même l’institution de la propriété, car qu’est-ce que l’État sinon un réseau d’institutions par lesquelles un pouvoir s’exerce sur un territoire donné et qui font en sorte que les ressources sont contrôlées par la force des armes ? Toute propriété est ultimement propriété étatique puisqu’elle n’existe que sous la permission et la protection de l’État. Cette permission et cette protection peuvent être révoquées en tout temps et pour n’importe quelle raison, ce qui a pour conséquence de retourner la propriété à l’État. Je ne veux pas insinuer ici que l’État est plus puissant que le capital, mais plutôt que ces deux institutions sont si inextricablement liées qu’elles constituent un seul et unique ordre de domination et d’exploitation. Et la propriété est l’institution grâce à laquelle cet ordre exerce son pouvoir dans notre vie quotidienne en nous obligeant à travailler et à payer, ce qui lui permet de se maintenir et de se reproduire.

La propriété est donc le fil barbelé, l’étiquette de prix, le chien de garde, la caméra de sécurité, l’agent de police. Le message que tout ceci véhicule est limpide : on ne peut jouir de rien sans permission et cette permission ne peut être donnée que par l’État contre paiement en espèces sonnantes et trébuchantes. Dans ses conditions, comment se surprendre que le monde de la propriété, régi par le marché et l’État, est un monde appauvri où le manque et non la satisfaction domine l’existence. La poursuite de la liberté individuelle, bloquée à chaque détour par une clôture, y est remplacée par une compétition stérile et pour accumuler toujours plus d’objets parce que dans ce monde, la valeur de l’individu se mesure à la quantité de choses qu’il peut détenir.

Nous sommes tous enchaînés au monde froid et réifié de l’étiquette de prix.

S’attaquer aux objets détenus par les maîtres du monde ― faire éclater les vitrines des banques, incendier les voitures des flics, saboter la machinerie industrielle ― est certainement valable et légitime, ne serait-ce que pour le plaisir que de tels gestes procurent. Mais il faut aller plus loin, beaucoup plus loin, et s’attaquer à l’institution de la propriété : à chaque barrière physique, légale morale ou sociale. C’est à ce prix que nos désirs seront réalisés et que nous pourrons, un jour, nous réapproprier notre existence et enfin vivre selon nos propres termes.

Catégories :Grognements cyniques

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Anne Archet

Héroïne sans emploi, pétroleuse nymphomane, Pr0nographe lubrique, anarcho-verbicruciste, poétesse de ses fesses, Gîtînoise terroriste (et menteuse, par dessus le marché). Si j'étais vous, je me méfierais, car elle mord jusqu'au sang.

55 réponses

  1. « On nous qualifie de «main d’œuvre libre» puisque, contrairement au bétail, nos maîtres n’ont pas à se soucier de notre entretien et de notre survie  »

    La différence entre des esclaves et une « main d’oeuvre libre » est à peu près équivalente à celle existant entre un cochon à l’égorgeoir et un chevreuil sur le toit d’un char. À l’instar du chevreuil et contrairement au cochon, nous vivons dans un monde sauvage, mais en fin de compte nous restons de la viande.

  2. À part brûler des autos et attaquer la propriété privée quel système alternatif proposez-vous?

    On a essayé le communisme mais ça aussi ça a échoué lamentablement.

    Le capitalisme comme la démocratie, c’est le pire de tous les systèmes…sauf tous les autres.

  3. La propriété matérielle m’apparraît comme une illusion qui aliène la vie des propriétaires et assouvit les indigents ; créant le terreau fertile des guerres et les perturbations de tout ordre chahutant la planète dans toutes ses composantes. Est-il acceptable qu’à peine 10 % de la population humaine se soit appropriée plus de 80 % des ressources et richesses modiales ? Intégrer le droit de propriété en permettant cela dans la déclaration universelle des droits humains n’est-il pas une imposture ?

    Churhill affirmait vainqueur du second conflit mondial et perdant des élections : « Democracy is the worst form of government, except for all those other forms that have been tried from time to time. » ; certes. Pour importante que fut l’action de l’homme au cours du XX° siècle, j’ai peine à le voir comme un homme de paix. Il apparaît plutôt comme un impérialiste partisan de l’action directe d’Etat.

    Alors quelle proposition faire ? Le communisme n’est clairement pas le remède aux maux des sociétés humaines, mais le capitalisme perdure comme un système injuste et destructeur dont l’état actuel de la planète montre le cuisant échec. En même temps j’ai une grande méfiance envers tout ce qui s’apparente à l’idéologie. Alors peut-être que la démocratie directe…

  4. Lorsqu’on remet en causes les bases du capitalisme ou de la démocratie, il y a toujours quelqu’un qui pose ce type de question. Cela montre que cette personne, en l’ocurrence Tym Machin, ne peut pas refuter les idées qui sont discutées…

    Le mieux qu’un defenseur du capitalisme puisse proposer c’est quelques « ravalements de façade » du capitalisme…

    Versions Célestes.

  5. Hey, Anne…
    J’adore tes réflexions.
    Merci merci…
    …mais tu oublies trop vite le DESIR de propriété dans chaque être humain : le désir de posséder dans chaque psyché…. et ce désir est la genèse des actions humaines…
    Envisage le désir et les contradictions dialectiques des hommes.

  6. «Mais il faut aller plus loin, beaucoup plus loin, et s’attaquer à l’institution de la propriété»

    En effet.

    Mais le plus fort, qu’il soit un seul homme ou un milliard d’hommes, se fait toujours propriétaire en s’imposant (idéologiquement, économiquement, physiquement) sur les autres. Comment sortir de cette antique humanité ?

    Il est facile de s’affranchir, du moins en partie, en soi-même (mais nous ne pourrons qu’aider les autres à s’affranchir eux-mêmes) au niveau moral et même social (malgré l’exclusion qui peut en résulter). Mais s’affranchir des barrières physiques demeure toujours la dernière barrière : les pierres, les chaînes, la prison, la mort.

  7. Ce n’est hélas pas si simple. Parce que pour qu’un bien puisse être échangé, il faut qu’il soit aliénable. Comment un marché peut-il fonctionner sans propriété?

    Réponse simple: il ne le peut pas. Le mutualisme ne peut pas fonctionner sans marché et ne peut pas se passer de clôtures.

    Dans ces conditions, je ne vois pas en quoi nous sommes avancés.

  8. Bonsoir,

    Le capitalisme, même si c’est un « capitalisme de petits producteurs » ou marchands ne change en rien à la structure même du capitalisme. Il sera toujours du capitalisme, c’est-à-dire toujours un système qui introduit un niveau de déshumanisation, d’inégalité…

    Après tout « la marchandise est la forme élémentaire » de la richesse du mode de production capitaliste…

    Il faut toujours tenir compte du fait que la marchandise a ce double versant:

    -valeur d’usage ou utilité.
    -valeur.

    Cordiales salutations

    Versions Célestes

  9. Chose certaine, je désapprouve la propriété capitaliste telle que défendue par la drouate étatiste, les libertariens (surtout les vulgaires), anarcho-capitalistes, etc. Je préfère la possession à la propriété.

    Tout de même, la dernière réponse d’Anne à François Tremblay me fait réfléchir.

    Je concède la principale faiblesse de mon blogue: ça me prend une position plus claire concernant le débat propriété vs possession.

  10. Généralement, pour les mutualistes, le capital de production (machines, usines) et les terres ne doivent pas être aliénables. Je suis entièrement d’accord avec ces positions. En ce qui concerne le capital de production, il y a tout de même un débat sur la question chez les mutualistes, dont certains considèrent le capital comme aliénable.

    Par contre, les mutualistes considèrent que les produits de consommation sont aliénables. C’est là-dessus que je m’interroge le plus.

    Les mutualistes sont réfractaires aux profits excessifs, mais ils ne considèrent pas le profit comme un crime. C’est ma position. Et de toute façon, les profits shylockiens n’existeraient plus dans ce qu’ils considèrent comme étant le libre-marché.

    De plus, les mutualistes sont en faveur de l’utilisation d’une monnaie. Mais pas le genre de monnaie étatiste sans valeur réelle comme celle produite par les banques centrales. C’est aussi ma position.

  11. « Le mutualisme ne peut pas fonctionner sans marché et ne peut pas se passer de clôtures. »

    Oui, c’est vrai. Mais le mutualisme remplit deux conditions intéressantes:
    1. Il change la nature de la clôture en la rendant plus perméable et plus temporaire (pour continuer sur ta métaphore).
    2. Il change les motivations de ceux qui administrent les clôtures (les propriétaires) du fait d’abolir le concept de profit. Le lieu de travail, par exemple, devient non un moyen d’extraire un profit des consommateurs et des travailleurs en les exploitant, mais plûtot un lieu de coopération entre travailleurs, et entre travailleurs et consommateurs.

    « Les mutualistes sont réfractaires aux profits excessifs, mais ils ne considèrent pas le profit comme un crime. C’est ma position. »

    Tout dépend de ta définition de profit. Si tu définis le profit comme le surplus de revenu après les coûts et les salaires, alors le profit ne peut exister dans un système mutualiste.

    « De plus, les mutualistes sont en faveur de l’utilisation d’une monnaie. Mais pas le genre de monnaie étatiste sans valeur réelle comme celle produite par les banques centrales. C’est aussi ma position. »

    Oui, en effet les mutualistes sont en faveur de monnaies basées sur les heures de travail. De plus, ils sont en faveur d’une libération complète du système bancaire, une libération complète du crédit, etc.

  12. « Tout dépend de ta définition de profit. Si tu définis le profit comme le surplus de revenu après les coûts et les salaires, alors le profit ne peut exister dans un système mutualiste. »

    On s’entend. Comme il n’y aucune hiérarchie dans ce genre d’organisation, il n’y aurait plus vraiment de patrons, pas au sens capitaliste en tout cas. Tout au plus, les soi-disant « profits » seraient redistribués entre les travailleurs.

    De toute façon, dans ce genre de libre-marché sans intervention gouvernementale, les profits shylockiens n’existeraient plus.

  13. « Ah, le mutualisme. Une solution du XIXe siècle aux problèmes du XVIIIe… »

    Tu veux rire ou quoi… quand les problèmes sont universels, qu’est-ce que ça change si la solution à été pensée au 19ème siècle ou au 20ème siècle? Comme pensée logique, c’est un gros zéro, Anne Archet!

    En plus, il n’y avait pas de corporations toutes-puissantes ou de banques centrales au 18ème siècle.

  14. « En plus, il n’y avait pas de corporations toutes-puissantes ou de banques centrales au 18ème siècle. »

    Justement. On pouvait encore à l’époque se leurrer sur les bienfaits du marché, de la propriété et du travail.

    Le monde idéal des mutualistes est fait de productivisme, de travail et d’interminables réunions et assemblées. Que vienne la révolution, je trépigne d’impatience.

  15. Apparamment vous croyez que le capitalisme est un représentant du marché, de la propriété ou de la liberté du labeur. C’est une confusion complète, quoi. Vous n’avez absolument aucune idée de ce que vous discutez. Le marché, la propriété et la liberté du labeur ne peuvent exister qu’en abolissant le capitalisme. Ce que vous êtes réellement contre, c’est la hiérarchie, la propriété arbitraire et perpétuelle, et les corporations, car ce sont en fait les marques du capitalisme, pas le marché, la propriété ou la liberté de labeur.

    Mais comme je pense que vous n’avez aucune intention de réaliser quoi que ce soit, je ne vais pas argumenter. Ce serait une perte de temps.

    « Le monde idéal des mutualistes est fait de productivisme, de travail et d’interminables réunions et assemblées. »

    Non, vous êtes dans l’erreur, et vous n’avez apparement aucune intention de comprendre le mutualisme, ou vous semblez le confondre avec le syndicalisme, ou le capitalisme libéral, ou je ne sais quoi.

    Vous êtes dans un autre monde, quoi… Enfin je croyais faire face à quelqu’un d’intelligent, vu votre blogue très éloquent et empreint d’intelligence, mais en fait vous n’êtes qu’un tigre en papier.

  16. Ce que vous pensez en fait, c’est qu’il n’y a aucun amour dans le mutualisme, que le mutualisme est une idéologie stérile. Mais l’idéal du mutualisme, l’aide mutuelle, est l’expression de l’amour universel dans les relations sociales. Sans amour, la liberté n’a aucun sens ou but. Voilà ce qui vous manque dans vos évaluations!

  17. «Ah, le mutualisme. Une solution du XIXe siècle aux problèmes du XVIIIe…»

    Pas pour défendre le mutualisme (que je ne connais pas), mais l’anarchie s’est développé à partir du 19e siècle. Un peu contradictoire d’user de l’époque d’une idée pour la discréditer non?

    Je devrais peut-être lire (relire en fait) tes textes sur l’anarchie, mais je ne la considère pas comme un système en soit, mais comme une philosophie de vie.

    Le but règle générale à atteindre pour les anars seraient l’autogestion. Hors, ce que ça veut dire concrètement, reste souvent à définir.

  18. Bonsoir,

    « les mutualistes sont en faveur de l’utilisation d’une monnaie. Mais pas le genre de monnaie étatiste sans valeur réelle… »

    « Oui, en effet les mutualistes sont en faveur de monnaies basées sur les heures de travail. »

    Mais, quelle est la valeur réelle d’une monnaie????

    La monnaie n’a jamais eu de valeur réelle par rapport au travail (ou dépense d’énergie humaine) réel qu’exige le fait de produire quelque chose.

    C’est justement la monnaie qui exprime la contradiction qui existe entre un travail réel pour produire une marchandise et une abstraction de ce travail réel ; abstraction qui n’a aucun rapport avec les utilités, spécificité ou qualités de chaque chose produite. Cette abstraction est justement appelée « valeur » par Marx dans « le capital ».

    Salutations.

    Versions Célestes

  19. Rebonsoir,

    « Il change les motivations de ceux qui administrent les clôtures (les propriétaires) du fait d’abolir le concept de profit. Le lieu de travail, par exemple, devient non un moyen d’extraire un profit des consommateurs et des travailleurs en les exploitant, mais plûtot un lieu de coopération entre travailleurs, et entre travailleurs et consommateurs »

    Les travailleurs vendent leur force de travail pour produire une marchandise. C’est-à-dire une chose qui sera échangée par de la monnaie (vendre, acheter).

    La monnaie (désolé si je me répète) n’a jamais eu de valeur réelle par rapport au travail (ou dépense d’énergie humaine) réel qu’exige le fait de produire quelque chose.

    Et les travailleurs, en échange de leur travail, reçoivent cette monnaie qui ne reflète en rien la réalité de leur travail…

    J’ai du mal à voir comment un marché de petits producteurs pourrait échapper à cette logique.

    Il faut vraiment changer les relations entre les êtres humains pour ne pas être assujettis à une logique de marché (c’est-à-dire à une logique d’échange de marchandises par de la monnaie, ou d’autre marchandise…), c’est-à-dire pour ne pas être assujetti à une logique capitaliste, laquelle a un très grand impact sur nos relations et vie sociales…

    Cordiales salutations.

    Versions Célestes

  20. Juste pour dire une chose : j’aime bien « le capital » de marx, principalement.

    Mais je suis contraire à tout état, même à un « état ouvrier ».

    Salutations cordiales.

    Versions Célestes

  21. Mon truc sur le xixe siècle n’était qu’une boutade. Faut dire que j’ai l’impression de refaire les débats du congrès de Bâle de l’AIT en 1869…

    Cher François, je comprends le mutualisme beaucoup plus que vous ne le croyez — il se trouve que j’ai lu Proudhon, Warren, Spooner et toute la ribambelle des individualistes américains.

    Le noeud du problème reste le marché et la propriété. Impossible d’échanger sans aliéner — si tous peuvent prendre à loisir, pourquoi jouer le jeu de l’échange? Impossible d’avoir un marché sans propriété. Pas de propriété sans un pouvoir quelconque pour la protéger. Et ce pouvoir quelconque est un État. Pas nécessairement un État-nation moderne: peut-être une Cité-État, ou même un collectif autogéré de travailleurs rassemblés en une Assemblée souveraine. Mais un État quand même, avec des flics, des prisons et tout le tintouin habituel des sociétés répressives.

    Autre chose. Si on lie les moyens de survie au travail, on aura beau abolir le salariat, on ne fera qu’adoucir l’exploitation, puisque le travail sera obligatoire. Je ne veux pas que mon travail soit reconnu à sa juste valeur: je ne veux pas travailler.

    Enfin, le mutualisme a tout d’une utopie (comme toutes les doctrines de gauche, d’ailleurs). Les mutualistes ont un programme, ont une solution et elle existe indépendamment et même précède les luttes individuelles des individus exploités. On ne s’attend pas à ce qu’ils agissent selon leurs désirs; on leur demande plutôt de les subordonner au programme mutuelliste (et éventuellement à l’organisation mutuelliste, toute fédérale qu’elle soit). Comme toute idéologie, le mutualisme demande aux individus exploités d’échanger la domination exercée par l’ordre établi par celle exercée par leur programme. Autrement dit, il exige que les individus continuent d’abandonner leur capacité de déterminer par eux-mêmes leur propre existence.

    Et ça, j’appelle ça de l’idéomanie, une perversion qui mène non seulement au sacrifice de soi, au sacrifice de ses désirs, de ses aspirations, de ses rêves, mais aussi à l’exigence de solutions faciles à des problèmes complexes, la simplicité des solutions étant un gage de leur valeur.

    Proudhon est le père de l’anarchie, ok. Mais si on le lit — et gode knows que c’est un exercice pénible et ingrat — on se rend compte qu’il n’était pas si anar que ça. Son fédéralisme a tout d’une idéologie politique et n’est en rien incompatible avec l’État. Et son mutualisme, au risque de vous choquer, n’est pas du tout incompatible avec le capitalisme.

  22. J’oubliais l’amour.

    Ce mot ne veut plus dire grand’chose dans notre monde spectaculaire. Si vous entendiez par là «amour du prochain» et altruisme, dans ce cas vous êtes beaucoup trop chrétien pour moi. Car je suis égoïste jusqu’à la moelle des os, contrairement à tous les bourreaux en herbe qui ne veulent que le bien de la multitude.

  23. « Mais un État quand même, avec des flics, des prisons et tout le tintouin habituelle des sociétés répressives. »

    Donc dans une société 100% anarchiste, il n’y aurait pas d’abus, pas de loi du plus fort, pas de loi de la jungle, tout le monde serait égal dans le meilleur des mondes, personne ne volerait personne, personne ne tuerait personne et personne n’abuserait de personne…

    Le vrai paradis sur terre quoi…

    Allez me chercher Raymond Lévesque pour qu’on entonne tous en choeur quand les hommes vivront d’amour sapristi :)!!!

  24. Les raisons pour les abus seraient vachement moins nombreuses because il n’y aurait pas de propriété à défendre. Ce serait déjà un bon début.

    Ceci étant dit, la vie serait encore la vie, c’est-à-dire risquée, dangereuse et finalement mortelle. Mais on aurait au moins la possibilité de vivre, pas seulement survivre et flétrir.

  25. @AA,

    « gode knows que c’est un exercice pénible et ingrat »

    Est-ce que le toy sexuel (gode) versus God est un lapsus involontaire ou un jeu de mots?

    Excusez mon impertinence, c’est plus fort que moi. Je milite activement pour une société basée sur l’humour, avec les leaders qu’on a, c’est bien parti, c’est une source intarissable d’inspiration.

  26. « Mais comme je pense que vous n’avez aucune intention de réaliser quoi que ce soit, je ne vais pas argumenter. Ce serait une perte de temps.  »

    « Enfin je croyais faire face à quelqu’un d’intelligent, vu votre blogue très éloquent et empreint d’intelligence, mais en fait vous n’êtes qu’un tigre en papier. »

    Là tu exagères, François!

    Au contraire, la pertinence de cette discussion est une démonstration claire de son intelligence.

    « Si vous entendiez par là «amour du prochain» et altruisme, dans ce cas vous êtes beaucoup trop chrétien pour moi. »

    Anne, je ne crois pas que c’est ce qu’il voulait dire.

  27. « Si on lie les moyens de survie au travail, on aura beau abolir le salariat, on ne fera qu’adoucir l’exploitation, puisque le travail sera obligatoire. »

    Ce ne sont pas tous les mutualistes qui lient la survie au travail.

    « Je ne veux pas que mon travail soit reconnu à sa juste valeur: je ne veux pas travailler. »

    Je suis d’accord sur ce point (là on pourrait avoir un longue discussion sur la différence en « travail » et « activité ». Sauf que je ne perçois pas d’obligation ni d’interdiction du travail chez les mutualistes, du moins pas ceux que je connais.

  28. Selon vous Anne, est-ce que les biens de consommation devraient être aliénables ou non?

    Attention, selon tous les anarchistes que j’ai connus, jusqu’à présent, les biens personnels comme une brosse à dents et les vêtements personnels sont aliénables. C’est ma position.

  29. Anne Archet s’exprime sur un sujet dont elle ne connait absolument rien, dans mon livre ça la qualifie pour la médaille de papier de tigre.

    Elle ne répond même pas à l’amour, alors il n’y a rien à faire. Elle est vide en dedans. Alors pourquoi essayer d’argumenter avec quelqu’un qui est vide en dedans? Il n’y a aucune compassion dans elle à faire venir à la surface.

  30. Bonsoir,

    Pouvez-vous nous livrer votre définition de « l’amour »?

    En effet, ça commence à ressemble à un discours chrétien…

    Salutations.

    Versions Célestes

  31. François, ton commentaire mérite une précision. Je vais la citer:

    « L’anarchiste est plus souvent qu’autrement homme (et rarement femme, d’ailleurs) du ressentiment. Il est mû par une volonté de vengeance envers l’ordre établi qu’il n’arrive pas à réaliser par faiblesse ou par peur et qui mène au nihilisme, à la simple dévalorisation et négation de ce qu’il ne peut vaincre. Voilà pourquoi je préfère dire que je suis anar, qui dans mon esprit n’est pas un diminutif d’anarchiste, mais d’anarque, un terme que j’ai, à l’instar de Michel Onfray, emprunté à Ernst Jünger. Dans une monarchie, le monarque veut régner sur une foule de gens, et même sur tous. En anarchie, l’anarque règne sur lui-même. Et surtout, l’anarque n’est ni idéaliste, ni idéologue, ni militant. »

    http://archet.net/?p=892

  32. C’est sûr qu’elle va prétendre ne pas être nihiliste, parce que c’est une position que peu envient… Mais d’un autre côté, elle démontre un manque de moralité complète dans ses propos:

    « Car je suis égoïste jusqu’à la moelle des os, contrairement à tous les bourreaux en herbe qui ne veulent que le bien de la multitude. »

    Ce qui prouve bien qu’elle est un égoiste du type le plus simpliste, le plus méchant, le type « je ne cherche que mon propre bien-être, et je me fout de ceux à qui je fais mal… ». Le nihilisme typique de la politique moderne, quoi.

  33. François, je parie que vous avez étudié l’économie à l’université. Vous avez l’attitude sciante de l’économiste qui se drape dans sa chience dès qu’on le contredit. Curieusement, dès que je discute avec un libéral, un libertarien… et un mutualiste, je finis toujours par me faire servir, à bout d’arguments, cette phrase: «tu ne comprends rien». Pourtant, je ne demande qu’à ce qu’on réfute mes trucs.

    En passant, traiter quelqu’un d’ignare ne constitue pas une réponse à des arguments. On appelle ça un sophisme.

    En passant, si vous voulez utiliser ma brosse à dents, ne vous gênez surtout pas. Profitez-en, mon herpès n’est pas actif en ce moment.

    Amoralisme et nihilisme ne signifie pas la même chose. Relisez vos classiques — Nietzsche en particulier.

    Finalement, je constate que cette discussion se termine comme toutes les discussions entre chapelles libertaires: par des insultes. Ce qui me conforte dans mon opinion que le principal obstacle à l’anarchie est… les anarchistes.

  34. Wikipédia (oui, oui, je sais,je sais…): Le nihilisme correspond aussi à un mouvement politique en Russie, parfois appelé « nihilisme destructeur », responsable notamment de l’assassinat du tsar Alexandre II.

    Le nihilisme a existé comme critique sociale en Russie au XIXe siècle. Il évolua vers une doctrine politique n’admettant aucune contrainte de la société sur l’individu, en refusant tout absolu religieux, métaphysique, moral ou politique. Par extension, nom donné aux mouvements révolutionnaires anti-tsaristes qui prônèrent le terrorisme politique. Bien qu’éphémère, ce mouvement politique aura soulevé des questions auxquelles s’intéresseront les penseurs de tous horizons. De ces interrogations naîtra une doctrine philosophique en relation avec l’absurde sociologique, la négation des valeurs morales et plus généralement, la négation de l’existence d’une réalité substantielle.

    Le terme nihilisme fut popularisé par l’écrivain russe Ivan Tourgueniev dans sa nouvelle Pères et fils (1861) pour décrire, au travers de son héros Bazarov, les vues de l’intelligentsia radicale russe émergente.

    «doctrine politique n’admettant aucune contrainte de la société sur l’individu, en refusant tout absolu religieux, métaphysique, moral ou politique.»

    «la négation des valeurs morales»

    Le nihilisme et sa définition a évolué au fil de l’Histoire, mais cette définition me semble assez juste de ce qu’à connu la Russie au 19e. Vos textes en sont teintés (le dernier sur le flic dans notre tête par exemple).

    C’est à ça que j’ai pensé en premier en lisant votre dernier texte et ensuite à Stirner que je devrais relire.

  35. Stirner oui, nihilisme non.

    Citons Nietzsche: « Nihiliste est l’homme qui juge que le monde tel qu’il est ne devrait pas être, et que le monde tel qu’il devrait être n’existe pas. De ce fait l’existence (agir, souffrir, vouloir, sentir) n’a aucun sens : de ce fait le pathos du « en vain » est le pathos nihiliste — et une inconséquence du nihiliste. »

    Le nihilisme est une pensée réactive et un refus de la vie — la négation de l’être. L’amoralisme strinérien est une affirmation de la vie.

    Être amoral ne signifie pas « ne pas avoir de valeurs » mais plutôt refuser les règles transcendantes,

  36. Je suppose que c’est encore une question de définition. Un système de valeurs, ce n’est pas une forme de morale? Je ne pense pas que la morale appartienne aux religieux. Peut-être que c’est plus restraint qu’avoir des valeurs. Le terme amoral me laisse penser que ça revient à ne pas avoir de valeurs (comme la solidarité par exemple).

    Et quelles sont ces règles trancendantes?

    Je ne dis pas qu’il n’y a rien de bon avec Stirner (que je connais peu à la base), mais son égoisme me semble exacerbé. Bien beau vouloir faire valeur les droits des individus qui sont des «entités» propres à part entière, mais je crois que la vie en société est inévitable, même pour ceux et celles qui préférerait s’en passé. On ne peut tout faire tout seul et on doit apprendre à vivre avec les autres.

    Mais bon, j’ai probablement manqué votre point, alors désolé de m’être égaré.

  37. ben, la liberté, c’est être, pas avoir.
    un peu comme, « il faut manger pour vivre, et non pas vivre pour manger »… la propriété, c’est une illusion. de puissance, ou de sécurité. une illusion réelle, malheureusement… un but ? une religion ?
    je sens que je vais quitter tous ces meubles, bientôt. et arrêter de piétiner sur place. j’étais mieux là-bas.
    bisous.

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