Menu Accueil

Le discours électoral déchiffré

Novlangue pour tous.

En tant que titulaire de la chaire George-Orwell d’études politicaillardes de l’Université du Québec à Kazabazua, j’ai eu tout le loisir au cours des dernières semaines — et aux frais des contribuables, la-la-lè-reu! — de décortiquer toutes les subtilités du discours des candidats à cette élection provinciale. Et puisque le doyen de la faculté ne cesse de me harceler pour que je publie quelque chose quelque part, voici les résultats préliminaires de ce gigantesque projet de recherche. Vous viendrez ensuite me dire que je vous snobe, bande de petits veinards!

Ce qu’ils disent Ce qu’ils veulent dire
«Les Québécois ne veulent pas d’élections.» «Notre parti risque de perdre les élections si elles ont lieu maintenant.»
«Donnez-vous le pouvoir» «Donnez-nous le pouvoir»
«L’économie d’abord!» «La sauvegarde des profits de la grande entreprise d’abord!»
«Je veux servir les Québécois et les Québécoises.» «Je veux me servir des Québécois et des Québécoises.»
«Il faut que l’école apprenne aux enfants la discipline et l’effort.» «Il faut que l’école se concentre sur sa seule vraie mission: manufacturer des contribuables obéissants.»
«Nous allons entreprendre de parler de souveraineté aux Québécois.» «Je vais prononcer ce mot de temps en temps, histoire de motiver mes militants et mes bénévoles.»
«Nous augmenterons les dépenses de l’État de 7,6 milliards de dollars sur cinq ans pour favoriser la justice sociale.» «Nous serons les premiers surpris si par miracle Françoise et Amir sont élus.»
«Tout le monde doit se lever le matin. Tout le monde doit faire un effort. L’aide sociale comme mode de vie, c’est fini» «À moins, bien entendu, d’être banquier ou membre du conseil d’administration d’une grande entreprise, puisque l’aide sociale a été conçue pour vous.»
«Le gouvernement précédent nous a légué les problèmes en santé et en éducation.» «Nous lèguerons au prochain gouvernement les problèmes en santé et en éducation.»
«Il faut cesser d’avoir peur de lancer des grands projets. Retrouvons notre fierté d’être Hydro-Québécois!» «Vous allez devoir fermer vos gueules lorsque nous construirons un réacteur nucléaire à côté de votre bungalow.»
«Il faut favoriser le développement durable.» «Il faut durablement développer le favoritisme.»
«Il faut réformer le mode de scrutin pour favoriser les tiers partis.» «Nous sommes un tiers parti.»
«Le 8 décembre prochain, allez voter, c’est tout ce qui compte.» «On a les gouvernements qu’on mérite; il ne faudrait tout de même pas que vous méritiez de ne pas en avoir…»

Catégories :Grognements cyniques

Tagué:

Anne Archet

Héroïne sans emploi, pétroleuse nymphomane, Pr0nographe lubrique, anarcho-verbicruciste, poétesse de ses fesses, Gîtînoise terroriste (et menteuse, par dessus le marché). Si j'étais vous, je me méfierais, car elle mord jusqu'au sang.

12 réponses

  1. Excellente réflexion, presque d’accord sur tout sauf sur le commentaire des chefs d’entreprises.

    Vous partirez votre business demain matin et après on se reparlera de comment cela peut être ardu de faire ne serait-ce que quelques sous de profits par jour.

    Après cela, il faudrait continuer d’acheter la paix sociale face à des gens qui ne manifestent aucune volonté d’aller travailler? Mon cul en effet.

  2. Pôôôôvres chefs d’entreprise! Mes larmes coulent sur mon clavier, snif snif snif. Ils ont fait des profits colossaux pendant plus de dix ans, se sont donnés des salaires de pdg mirobolants pendant que le pouvoir d’achat des travailleurs et des méchants bésesses au mieux stagnait. Maintenant que leurs affaires prennent le bord, qui vole à leur secours? Évidemment, on ne peut pas considérer les centaines de milliards dépensés pour sauver la peau de leurs fesses comme de l’aide sociale, même si, selon les autorités publiques, la sauvegarde de la société en dépend.

    Et pendant ce temps il y a des gens qui ne VEULENT PAS TRAVAILLER? C’est trop cruel, je vais aller m’enduire le visage de cendres, m’étendre sur l’asphalte et me laisser mourir.

  3. les gens qui ne manifestent aucune envie d’aller travailler…pour un salaire de misère pendant que les « entrepreneurs » se font vivre par ceux et celles la mêmes qui ne manifestent aucune envie d’aller travailler…pour un salaire de misère pendant que les « entrepreneurs » se font vivre par ceux et celles la mêmes qui ne manifestent aucune envie d’aller travailler…pour un salaire de misère pendant que les « entrepreneurs » se font vivre par ceux et celles la mêmes qui ne manifestent aucune envie d’aller travailler…pour un salaire de misère pendant que les « entrepreneurs » se font vivre par ceux et celles la mêmes qui ne manifestent aucune envie d’aller travailler… c’est le même film qui recommence… tout le temps…

  4. Anne Archet! Pourquoi ai-je l’impression que votre nom est tout droit inspiré de celui d’un personnage d’un conte de fée ou d’une émission pour enfants?

    En passant, ceux qui ne travaillent pas parce qu’ils ne le veulent pas sont, pour moi, les pires des BS. Tout le monde doit contribuer à la société, afin que l’on puisse réduire la taille de l’État et les entrepreneurs sont le moteur de notre société. Pourquoi alors les imposer et les taxer aussi lourdement comme on le fait au Québec? Ça n’a aucun sens.

    Apprenez les rouages de l’économie et de l’administration, ma bonne femme! Vous pouvez rajouter mon blogue parmi les «idiots de la droite», je m’en contre-crisse, oui, car j’assume mes valeurs libertariennes et souverainistes.

  5. @Jean-Luc Proulx :

    Alors moi, j’adore être un BS, ce que je suis, suivant votre logique. Car je ne travaille (presque) pas, parce que je ne veux pas, et je me fous bien de ma «contribution» à la société. Je contribue à un travail en échange d’argent et lorsque j’ai assez d’argent, je cesse de travailler pour m’occuper à vivre, c’est-à-dire de moi-même. Vous devriez faire de même, vous apprécieriez plus la vie.

    Mes impôts forcés sont ma contribution forcée.

  6. Cher Jean-Luc,

    Le travail — au même titre que l’aide sociale, l’État, les impôts et les entrepreneurs — est une institution de contrôle social au service d’une infime minorité de privilégiés. Être sur le béesse c’est exactement comme travailler, seule la source d’humiliation change.

    Si j’étais une adepte du capitalisme, du libre marché et des bonnes vieilles valeurs traditionnelles, je serais à 100% pour l’aide sociale car ce serait mon intérêt. L’aide sociale n’est pas apparue comme ça, par magie, par pur élan altruiste de l’État. Je crois vraiment que c’est à vous de retourner potasser vos bouquins.

    (En passant, dans la bouche d’un idéologue de droite, «contribuer à la société» signifie «permettre aux détenteurs du capital de faire des profits». Dans ce cas, je contribue assez médiocrement à la société et j’en suis vachement fière.)

  7. @ Anne Archet.

    Le travail est la libéralisation de l’individu. C’est comme ça que l’on s’accomplit individuellement et c’est comme ça que l’on vit en ayant de l’argent dans nos poches pour consommer, épargner et, ainsi, faire rouler l’économie. Le BS est une aberration et une éloge à la paresse et à l’emprisonnement de soi. Quant à l’impôt sur le revenu, je suis d’accord avec Vincent Sremed, à savoir que c’est un vol qui devrait être abolie.

    D’ailleurs, j’ai déjà exposé sur mon blogue ce qu’était ma réduction de la taille de l’État: http://lequebecdedemain.dansmonblog.com/Premier-blog-b1/Mes-valeurs-ou-ma-reduction-de-la-taille-de-l-Etat-b1-p59441.htm

  8. «Le travail c’est la liberté». Hum… il me semble que j’ai déjà vu ce charmant slogan quelque part. Sur un édifice public polonais des années quarante, je crois.

    Consommer et «faire rouler l’économie», ce n’est pas une façon de vivre mais de se tuer à petit feu. Travailler n’est pas une façon de «s’accomplir individuellement». Je ne connais personne qui, au crépuscule de sa vie, soupire en disant «Ah ! J’aurais dû travailler davantage et consommer beaucoup plus — je serais drôlement plus accompli, maintenant.»

    Quittons un peu le joyeux monde de l’idéologie. Dans le monde réel, la liberté du travail est plutôt, pour le commun des mortels (c’est-à-dire presque tous les salariés), celle d’être obligé d’aller chaque jour accomplir une tâche ingrate payée un salaire de misère en compagnie de gens qu’on n’a pas choisi de fréquenter, la liberté d’être contraint de subir le harcèlement des petits boss à bécosses, la surveillance continuelle: bref, l’esclavage à temps partiel. Dans le monde réel, le travail est une aliénation, pas une liberté.

    Votre programme (comme dans l’expression «félicitations pour votre beau programme»), je l’ai presque lu jusqu’à la fin. Mais il ressemble tant à toutes les salades ultralibérales qu’on me fait avaler quotidiennement dans les média que j’ai dû aller prendre un gravol avant la fin.

    Alors à mon tour de vous donner mal à l’estomac; voici en détail ce que je pense de votre sacrosaint travail: http://archet.net/?p=1308

    Vous ne serez pas d’accord avec moi et je ne tenterez pas de vous convaincre de la justesse flagrante de mes constatations. J’ai longtemps abandonné l’idée qu’on puisse discuter avec des idéologues.

  9. @JLP :

    «Le BS est une aberration et une éloge à la paresse et à l’emprisonnement de soi»

    Contrairement à la majorité des gens, je ne suis pas salarié, quoique l’État-roi me considère comme son sujet en m’imposant presque toutes les contraintes d’un salarié et en me refusant la plupart des «avantages» d’un travail vraiment autonome.

    La culture dans mon milieu est de travailler un maximum, de se donner pour son porte-feuille, celui de l’État (pour payer une foutue supposée « dette » à la société), et celui de ses clients qui ont donc besoin des gens comme moi (quoique c’est la faute de l’État-roi s’il y a ce besoin puisque c’est l’État qui décide, en le limitant, du nombre de ses sujets qui exercera ce métier). Ceux qui exercent mon métier sont la plupart du temps des missionnaires, des prêtres platoniciens, des néo-chrétiens, des vertueux, des progressistes du travail et des raisonneurs moralisants. Ce sont des bourgeois volontairement prolétaires (ce qui les gratifient et les rend gracieux), au service ultime de la Pitié étatisée.

    Bien que j’aie déjà moi-même été l’un de ces prêtres, j’ai défroqué et me suis dévergondé (pas autant qu’Anne Archet, j’ai encore trop d’inhibitions d’un vieux fond chrétien dont je suis néanmoins conscient et contre lequel je lutte), et je ne travaille qu’un minimum, dans mon intérêt puisque j’ai besoin d’argent, puis la majorité du temps j’exerce ce que j’ai de liberté individuelle en m’accomplissant selon mon unique désir plus que jamais je ne l’ai fait au travail, même en ayant dirigé les autres.

    Je suis apôtre du travail minimal (la vie est si courte) et je comprends très bien les quelques BS qui tentent d’ailleurs de m’utiliser quelques fois pour y demeurer malgré leurs aptitudes au travail. La différence entre moi et les BS qui peuvent exercer un travail mais qui ne le veulent pas, c’est qu’eux se contentent de 500$ par mois pour vivre.

    Est-ce de la paresse et de l’emprisonnement que de faire le maximum de ce que l’on veut si on le peut ?

    Je vous le dis Jean-Luc Proulx, essayez-le et vous l’adopterez.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :