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Débat mon cul

À quoi reconnaît-on un démocrate? À son fétichisme du vote et à l’excitation presque sexuelle que provoque en lui la tenue du grand pow-wow médiatique du débat des chefs. Appelez-moi ennemie de la démocratie, car non seulement ne suis-je pas inscrite sur la liste électorale, mais mon poil de jambe hivernal, loin d’être émoustillé à l’idée d’assister à cette foire d’empoigne télévisée, reste placide et doux comme le duvet suprabuccal de ma grand-mère.

Dès le déclenchement des élections, le débat devient l’objet de toutes les conjectures : « Est-ce qu’il va y avoir débat? Comment est-ce que ça va se dérouler? Qui va y être invité? Il parait que chose est un bon debater mais que untel est poche… comment ça se fait que le Parti Québec Marginal n’est pas invité, me semble que c’est un affront à la démocratie… » et patati et patata. Une bonne partie de la campagne électorale est consacrée à débattre de la tenue du débat, de ses modalités et de son fonctionnement; c’est ce qu’on appelle en langage politique « discuter des vrais enjeux » — comme dénoncer une émission de variétés pour choisir de participer à une autre, par exemple.

Les débats des chefs sont des freak shows et je ne peux pas croire que je suis la seule à m’en apercevoir. Les chefs sont pomponnés comme des caniches et longuement préparés par leurs spin doctors à faire leurs trucs comme des chiens savants. Les idées — quand il y en a — ont le même statut que le décor, à l’arrière-plan: une vague fioriture qui sert à mettre en valeur le profil du candidat. Tout ce qui compte, c’est de gagner le débat, ce qui n’a rien à voir avec le fait de démontrer la justesse de ses idées grâce à la logique de ses arguments et tout à voir avec le fait de ridiculiser l’adversaire, montrer qu’on a la « stature d’un chef d’État », qu’on a le sens de la formule et de la répartie ou tout simplement qu’on « dépasse les attentes » — rappelez-vous Stéphane Dion, qui ne s’en est pas trop mal tiré lors du dernier débat alors que tous s’attendaient à ce qu’il se pète la gueule et qui, ipso facto, s’est fait couronner champion poids plume du match.

Le spectateur du débat n’apprend rien sur les idées des candidats, c’est de l’ordre de l’évidence puisqu’elles sont la plupart du temps absentes et lorsqu’il y en a elles sont similaires et rigoureusement interchangeables. Tout ce que le débat réussit à démontrer, c’est l’aptitude des chefs à gagner des débats. Alors si votre souci est d’apprécier les capacités de vos futurs dirigeants à gérer les fonds publics, gouverner la masse inculte ou réprimer les crottés, dites-vous que c’est râpé. Tout ce que vous apprendrez, c’est s’ils feraient ou non de bons animateurs de tribune téléphonique à la radio de Québec.

Si vous voulez mon avis scandaleusement antidémocratique, j’ai toujours douté de la pertinence de participer à des débats et même de simplement discuter avec des idéologues butés. J’ai de plus en plus tendance à croire, à l’instar de Foucault, que derrière les vérités se trouvent des idiosyncrasies, des positions de style et de vie. Que, pour moi comme pour les autres, ce ne sont pas les arguments rationnels qui créent les positions de vérité, mais plutôt les positions de vérité qui créent le désir de se doter d’arguments rationnels pour les défendre et les justifier. L’argument rationnel n’est finalement qu’un accessoire qui ne réussira que très rarement (sinon jamais) à modifier la position de vérité de son adversaire. Évidemment, il est possible d’opposer une perspective à une autre, comme il est possible de jouer sa propre idiosyncrasie contre celle de son voisin. Mais en discuter dans l’espoir de « gagner » me semble foncièrement futile, puisque ces positions sont par essence incommensurables.

Plutôt que de me taper deux heures de migraine en compagnie de ces branleurs, je préfère encore aller me branler en relisant Trois filles de leur mère — c’est plus hygiénique.

Catégories :Montée de lait

Tagué:

Anne Archet

Héroïne sans emploi, pétroleuse nymphomane, Pr0nographe lubrique, anarcho-verbicruciste, poétesse de ses fesses, Gîtînoise terroriste (et menteuse, par dessus le marché). Si j'étais vous, je me méfierais, car elle mord jusqu'au sang.

9 réponses

  1. Oui, des freaks…

    Étrangement, je suis peut-être trop cartésien, mais je n’arrive pas à concevoir une société d’esprits libres, à la Stirner ou ou à Nietzsche. J’ai l’impression que ce serait tout simplement la fin de la dite « société » pour quelque chose d’autre : « l’association libre » peut-être… Ou l’autodestruction sociale tout simplement. Après tout, je suis d’un naturel pessimiste.

    L’anarchisme, je préfère l’individualisme, est peut-être simplement une philosophie de vie. Pas un projet politique.

    M.

  2. «Les débats des chefs sont des freak shows et je ne peux pas croire que je suis la seule à m’en apercevoir.»

    Les croyances sont trompeuses.

  3. « Est-ce qu’il va y avoir débat? »

    Une séance de photos pourrait suffire à maintenir la qualité du contenu dans les reportages médiatiques. Ce n’est pas le temps que les journaux se vendent moins, en pleine crise économique.

    ***

    En tout cas, moi j’ai écouté le débat avec des ami-e-s, me bourrant tellement de cochonneries que j’ai dégueulé… Ou c’était peut-être le programme des trois partis.

  4. Pour une personne qui ne s’intéresse pas aux débats des chefs, vous semblez vachement intéressée.

    Tout comme pour dénoncer la violence et la sexualité gratuite à la télé, il faut agir en watchdog, le danger étant que chemin faisant, on risque de se laisser convaincre par le côté obscur de la chose.

  5. Peut-être vaut-il mieux rire de tout çà.
    j’ai traversé la vie comme un touriste traverse Naples, j’ai beau essayer d’être serein mais l’odeur m’assaille.
    Merci pour votre blog, mais chaque fois que je vous lis, les barreaux de cette vie ne font qu’apparaitre encore plus. Ma consolation est de voir que je ne suis pas seul.
    A vrai dire çà me console même pas :(

  6. Je regarde le débat des chefs parce que c’est un bon spectacle d’humour selon moi. Je sais fort bien qu’il s’agit d’un freak show, je sais très bien ce que je veux et je n’ai pas besoin de chefs politiques pour me dire quoi penser.

    « Tout ce que vous apprendrez, c’est s’ils feraient ou non de bons animateurs de tribune téléphonique à la radio de Québec. »

    Bien dit!

    « Plutôt que de me taper deux heures de migraine en compagnie de ces branleurs, je préfère encore aller me branler en relisant Trois filles de leur mère — c’est plus hygiénique. »

    Je préfère du bon sexe avec une charmante dame. Pour la branlette, je fais ça après le débat!

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