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La fuite, le rat et le bon docteur

Non seulement suis-je un âne, mais je me découvre aussi beaucoup d’affinité avec les rats.

Un gros rat noir, qui semblait avoir quelque chose à dire au docteur, s’avança timidement le long du bastingage tout en surveillant le chien du coin de l’œil. Après avoir toussé nerveusement deux ou trois fois, lissé ses moustaches et essuyé sa bouche, il commença :

— Ahem – euh – vous savez, naturellement, que tous les bateaux ont des rats à bord, n’est-ce pas ?

— Oui, répondit le docteur.

— Et vous avez déjà entendu dire que les rats abandonnent toujours un navire qui coule?

— Oui, dit le docteur, c’est ce qu’on m’a déjà raconté.

— Les gens, reprit le rat, en parlent en ricanant comme si c’était quelque chose de déshonorant. Mais vous ne pouvez me donner tort, n’est-ce pas? Après tout, qui consentirait à rester sur un navire en perdition s’il pouvait se sauver?

— C’est tout naturel, dit le docteur, mais n’avez-vous rien d’autre à me dire?

— Si, répondit le rat. Je suis venu pour vous dire que nous abandonnons ce bateau-ci.

Hugh John Lofting, L’histoire du Docteur Dolittle.

Bien que toute civilisation se croit éternelle, elle reste par essence mortelle. La nôtre, devenue planétaire, est à bout de souffle, bientôt à court de ressources, malade de tous les mythes qu’elle a créés pour assurer sa domination et qui maintenant la gangrènent. La société dans laquelle nous vivons prend l’eau comme un vieux rafiot pourri et ça ne date pas d’hier, ni d’avant-hier. Restez à bord et tentez de le garder à flot, enfoncez vos doigts dans les brèches dans l’espoir chimérique de les colmater si ça vous chante. Moi, j’abandonne le navire avec les rats – mes semblables – et je pars sur l’heure pour Croatan.

Catégories :Pétage de coche

Anne Archet

Héroïne sans emploi, pétroleuse nymphomane, Pr0nographe lubrique, anarcho-verbicruciste, poétesse de ses fesses, Gîtînoise terroriste (et menteuse, par dessus le marché). Si j'étais vous, je me méfierais, car elle mord jusqu'au sang.

3 réponses

  1. Chère Anne,

    Tel un rat excité par l’odeur de quelque bouffe appétissante, je courais le long des lignes de cette trop courte fable. J’aurais aimé qu’elle fût plus longue et que la fin ne soit pas, comment dire, si « premier degré ». Toi dont l’esprit est d’une fine élégance, tu aurais pu nous amener au même endroit avec un plus grand déploiement de finesse dans la simplicité. Je me permets de te faire ce commentaire, car j’aime tes fables. C’est un genre qui vit bien entre tes mains et je trouve intéressant que tu le remettes en usage.

    P.-S. Tu as de la place pour moi et les miens dans ton voyage pour Croatan ?

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