Résumé de la vie en 2023
Je me suis fait canceller par la vie en général.
Résumé de la vie du capitalisme depuis toujours
La crise systémique est une fonction du système et une nouvelle crise est une exigence fixe sur un cycle de quatre ans. La durée de chaque urgence peut être décomposée comme suit : une année d’événement, deux années de métabolisation institutionnelle, une année de jachère pour l’oubli.)
Syndrome de l’imposteur (très long, ne lisez pas)
Je suis écrivaine depuis des décennies et mon principal problème (outre que ça ne me permet pas d’assurer ma survie, mais ce n’est pas bien grave parce que je n’ai jamais eu cette ambition) est que je n’ai aucun moyen sûr de connaître la valeur de ce que je fais. Ce n’est pas nécessairement un mal, notez bien, parce que ça m’a permis, à mes débuts, de ne pas mourir de honte devant la niaiserie probable de ce que j’écrivais et que ça m’épargne aujourd’hui le ridicule de me prendre pour un fucking génie. Reste que c’est difficile de progresser dans mon art quand je ne sais même pas s’il progresse ou non. Et c’est difficile de rester motivée à écrire quand on ne sait pas du tout si le résultat vaut l’effort.
Quand je me relis, s’il m’arrive de trouver ça bon, je sais que je vais probablement trouver ça mauvais dans une semaine, excellent dans un mois et nul dans un an. Je ne peux absolument pas me fier à mon propre jugement, il ne vaut rien en ce qui concerne mes propres trucs. Je ne peux pas non plus me fier à la réception de mon œuvre, parce que je sais qu’elle dépend de mille facteurs qui lui sont extérieurs: les valeurs dominantes, la mode du moment, ma place dans la hiérarchie sociale, les modes de diffusion de mes textes, son inscription dans d’autres courants artistiques/littéraires, l’axe de rotation de la terre, le fait que la marmotte ait vu ou non son ombre et surtout, le hasard, la bonne vieille luck dans son état le plus pur et distillé.
Tout ça fait en sorte qu’il n’y a rarement de convergence entre ce que je pense de ma production et ce que les autres en pensent – et même quand cette convergence se produit, elle perdure rarement. Il n’y a littéralement aucune façon de savoir si ce que j’écris a la moindre valeur. C’est l’obscurité la plus totale, comme si je cuisinais en étant dépourvue du sens du goût; chaque fois que je sers un plat à mes convives, je ne sais pas si je leur refile quelque chose d’atroce ou de délicieux, n’ayant aucun moyen de savoir.
Dans ces conditions, il n’y a qu’une attitude que je puisse avoir et c’est celle du dilettantisme et de la modestie – deux vertus qui me semblent cardinales et qui, soit dit en passant, ne sont pas du tout valorisées dans notre culture, ce qui est fort dommage et la source de bien des emmerdements.
J’écris parce que ça me procure du plaisir et je publie parce que l’œuvre est incomplète si elle n’est pas lue. Si l’écriture d’un texte ne me procure pas de plaisir, j’arrête tout de suite, parce que je ne peux pas espérer retirer autre chose de cette activité. Lorsque l’acte d’écriture est terminé, je fais l’effort conscient de sous-estimer radicalement ce que je produis, car je sais que ce faisant, je me rapproche beaucoup plus de sa valeur réelle (si une telle chose existe) qu’en ayant des illusions de grandeur. Ensuite, j’essaie d’oublier que le texte existe, parce que j’ignore sa valeur qu’il ne peut pas pour cette raison me procurer de plaisir.
Polyamour
Le plus dur avec le polyamour, ce n’est pas la jalousie. C’est, en silence, tenir dans ses bras son amoureuse qui pleure sa rupture avec une autre.
La botte
Vases communicants: plus l’écart de revenus entre les riches et les pauvres se creuse, plus le débat public, porté par la presse bourgeoise, développe une fixation sur les minorités sexuelles et ethniques dangereuses et les ennemis extérieurs qui menacent la nation.
C’est une histoire vieille comme le monde, celle de la mise en branle de tous les dispositifs de domination hiérarchique pour perpétuer l’hégémonie d’une classe sociale qui préfère voir le monde s’écrouler autour d’elle plutôt que de renoncer au moindre des ses privilèges. C’est l’histoire du ressentiment des déshérités dont la rage est rédigée de façon commode vers ceux et celles qui sont plus opprimés qu’elleux, épargnant par le fait même celleux qui profitent de l’oppression et de l’exploitation généralisés.
«Si vous désirez une image de l’avenir, imaginez une botte piétinant un visage humain… éternellement » écrivait Orwell. Ce qu’il aurait dû ajouter, c’est que cette botte sera respectueusement léchée jusqu’à la fin des temps.
Refuser
Si quelqu’un vous fout des baffes continuellement et que vous dites : « arrêtez de me frapper » et qu’on vous répond « expliquez d’abord comment vous envisagez que la société fonctionne sans ce type qui vous fout des baffes », ne vous sentez pas obligé.e de répondre. Le travail d’envisager une société libre est utile, mais c’est un travail collectif. En tant qu’individu, refuser l’oppression suffit.
Terfs will be terfing
Le féminisme universaliste sauce extra-blanche, c’est chanter «I’m every woman» de Whitney Houston en ajoutant «c’est pourquoi tu n’es pas une femme si tu n’es pas exactement comme moi».
Cancel culture
Croyez-moi, s’il faut se faire canceller, mieux vaut que ce soit par la gauche. Si jamais ça vous arrive, vous allez perdre des tribunes et vos idées seront moins diffusées; vous allez vous en remettre.
Quand c’est l’extrême-droite qui cancelle, ça vire généralement en génocide.
Ces gens-là ne se croient pas eux-mêmes
Semble-t-il maintenant que la lutte contre les changements climatiques, c’est du wokisme.
Bientôt, refuser de se laisser écraser dans la rue par une voiture sera de l’islamo-gauchisme.
Qui est l’ennemi ?
L’ennemi ne se présente pas à pied à la frontière, il vous fait travailler pour un salaire de misère. L’ennemi ne lit pas des contes à vos enfants en portant une robe, il paie des chroniqueurs orduriers pour s’assurer que vous serez exploités jusqu’à la fin de vos jours.
Science politique
Qu’est que tous les régimes politiques ont en commun?
(Je veux dire TOUS les régimes politiques, sans exception: les démocraties libérales et socialistes, les monarchies absolues et parlementaires, les théocraties islamiques, les dictatures militaires, fascistes et léninistes, de l’immense république fédérale au plus petit royaume bouddhiste.)
Tous ont des anarchistes dans leurs prisons.
Amère déception
Ma plus grande déception en grandissant fut de constater que les gens qui disent des conneries ne se font pas lancer de tomates, comme les dessins animés de mon enfance me l’ont fait croire.
Good clean fun
C’est stupide de dire que les gens de gauche sont anti-plaisir juste parce qu’iels s’opposent au Grand Prix. Nous avons juste une définition différente du plaisir. Pour vous, avoir du fun, c’est regarder des voitures ultra-polluantes tourner en rond pendant des heures. Pour nous, c’est distribuer des tracts et faire scission.
Politique identitaire (1/2)
En un an ou deux, les gens qui disaient «c’est idiot de baser toute son identité sur son orientation sexuelle, encore plus d’en être fier·ère» se sont fièrement mis a baser toute leur identité sur le fait d’être anti-trans et homophobe.
Politique identitaire (2/2)
J’ai toujours été hésitante à dire «je suis anarchiste». L’anarchisme offre des idées auxquelles j’adhère, mais cela ne fait pas partie de mon identité. Si quelqu’un critique ces idées, je ne le prends donc pas comme une remise en question de qui je suis profondément. Je ne suis l’esclave d’aucune idée, d’aucun principe, d’aucune morale. Et quand je me contredis, ce n’est que signe que je suis un être humain et non une doctrine idéologique.
On parle souvent des chambres d’écho sur internet comme étant la source de la radicalisation des gens sur internet, qui se mettent à adhérer à des idées délirantes. Selon moi, c’est inexact. Ce n’est pas seulement parce que les gens ne se parlent qu’entre eux qu’ils deviennent complotistes et fascistes. Si ça se trouve, ils passent leur temps à se confronter à leurs adversaires idéologiques, pour leur apporter la réplique, les insulter et les harceler.
Le problème, c’est l’instinct grégaire. Les complotistes et les fascistes ont trouvé une communauté qui fait de l’adhésion à des idées haineuses une condition d’inclusion – et n’abandonneront jamais ces idées, car ce serait remettre en question leur identité et leur communauté. Autrement dit, démontrer à ces gens qu’ils sont dans l’erreur ne fonctionne jamais, parce l’image de soi et l’instinct grégaire est plus fort que les faits et la logique.
Il y a des tas de leçons à tirer de cet état de fait. Tout d’abord, il est sage de divorcer l’estime que vous avez de vous-même des idéologies auxquelles vous adhérez. Ce sont des fantômes qui vous réduisent à moins que vous êtes, dirait Max Stirner. Je ne dis pas que faire une telle chose est facile. Il faut continuellement être à l’affût de ses propres biais cognitifs. C’est épuisant à la longue et on ne réussit pas toujours. Sauf que c’est la seule chose honnête à faire.
Ensuite, quand on sait que nos adversaires qui colportent la haine ne peuvent pas être convaincus par les faits et les démonstrations logiques (parce que ça remet en question leur identité), on peut agir en conséquence, d’abord en refusant de leur parler directement. Quand vous débattez directement avec elleux, non seulement vous ne les convainquez pas, mais vous exposez votre propre public à leurs idées. Il faut dénoncer et démonter leurs idées, mais sans elleux. Vous ne pouvez pas grand-chose pour quelqu’un qui a fait de la haine la base de son ego. Le mieux que vous puissiez faire, c’est les isoler socialement et réduire la portée de leur parole. Le fascisme n’est pas à débattre, mais à combattre.
Surtout: il faut continuer d’affirmer nos propres idées et principes et d’agir selon nos propres objectifs. Il faut saper les dispositifs du pouvoir qui rendent le fascisme possible. Par tous les moyens nécessaires.
Les vrais gardiens du statu quo
Les conservateurs sont incapables de préserver à eux seuls l’ordre établi. La véritable force de l’immobilisme, c’est toujours la gauche raisonnable, réformiste et respectable.
Pas fiable pour un sou
Je pense qu’on se fie un peu trop sur mon angoisse de possédante pour maintenir l’intégrité du monde.
Lautréamont 2023
La poésie ne doit pas être faite par tous; elle doit être faite par personne – à la rigueur par une non-personne, une anti-personne, une sous-personne ou mieux encore, une contre-personne.
Self-care
Quand on me dit «prends soin de toi», j’ai toujours envie de répondre: « ce n’est pas l’envie qui me manque d’aller me perdre dans les bois et devenir le monstre que j’ai toujours rêvé d’être, mais j’ai promis une chronique à Lettres Québécoises ».
Évidence
Ce n’est pas tant la chaleur qui m’incommode, c’est le capitalisme tardif.
Si Je était une autre, ce serait trop chouette
Je suis fan de toutes les personnes qui au cours des années ont été soupçonnées d’être moi. Je suis flattée et très chanceuse.
Le fenêtre d’Overton
Quand les conservateurs de tout poil dénoncent l’idéologie derrière la reconnaissance des droits des personnes transgenre, savez-vous quelle idéologie iels ont en tête? Le bon vieux libéralisme des droits de la personne issu du siècle des Lumières, hérité de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 et de la Déclaration universelle de l’ONU. Parce que ce n’est rien d’autre que ça: reconnaître l’intégrité physique et morale d’individus. On ne parle pas d’abattre les institutions qui nous oppriment et nous exploitent; on parle de laisser les gens être ce qu’iels sont et les laisser pisser en paix.
Qu’on arrive en 2023 à faire passer ça pour des délires de gauche radicale en dit long sur les rapports de force dans notre société. Ça en dit long aussi sur l’influence du discours réactionnaire sur les débats contemporains.
P.S.: Si vous ne savez pas ce que c’est, l’extrême-gauche, je vous invite à me le demander. Ça me fera plaisir de vous l’expliquer – et de vous chanter l’Internationale en version western.
Capitalisme tardif
L’enfance est l’essai gratuit d’un abonnement dont le coût mensuel augmente continuellement.
Posture
La frivolité comme tactique révolutionnaire.
L’école qui ne fait pas peur aux transphobes
Vous savez quoi? C’est vrai que l’école endoctrine. Elle a été créée au 19e siècle pour discipliner et punir, pour créer une main-d’œuvre productive et obéissante. C’est le cœur de sa mission, encore aujourd’hui – et elle réussit admirablement bien.
Si ça peut vous rassurer, l’école a beaucoup plus de chances de transformer votre enfant en larbin servile qu’en personne queer. Alors take a pill – ou pas.
La remarque anti-électorale obligée
La politique électoraliste, c’est convaincre ceux et celles qui ont la main prise dans un hachoir à viande que leur situation s’améliorera le jour où les bonnes personnes feront tourner la manivelle.
Catégories :Grognements cyniques
Anne Archet
Héroïne sans emploi, pétroleuse nymphomane, Pr0nographe lubrique, anarcho-verbicruciste, poétesse de ses fesses, Gîtînoise terroriste (et menteuse, par dessus le marché). Si j'étais vous, je me méfierais, car elle mord jusqu'au sang.



Bonjour,
Pas compris grand-chose. Un méli-mélo d’idées actuelles. D’une pauvreté affligeante. Wokisme, islamogauchisme, gauche, voire extrême-gauche. Sans intérêt.
Vous portez pourtant le nom de ce qui est le seul avenir possible:
An-archie (Anne Archet). L’absence de pouvoir est la solution du vivant.
L’histoire nous l’apprend, elle semblait avoir disparu et la voilà qui renaît. C’est une utopie, mais elle resurgit, encore et encore.
Je vous salue. (expression qui n’a rien de religieux)
Merci pour l’écriture, ça résiste bien dans ton coin. On va faire les coins ronds, of course, et avec un A dedans. Le p’tit aphorisme-chose sur l’enfance et l’abonnement est une fucking PERLE. Lâche-pas, une tête coupée dans une main et puis un.e _____________ dans l’autre.
Perso je refile vos textes à mes amis antillo-afro-kemisebatistes et dieudonistes qui ne voient leur salut qu’en…. poutine ! ( …chercheraient ils un maître?) Merci d apporter un peu d’eau à mon moulin…je me sens bien seul et démuni parfois sous le flot continu de propagande qu ils m envoient… heureusement Anne Archet est là!
Merci