Menu Accueil

Admettez-le : vous détestez votre job

sabotage

Je m’appelle Anne Archet et je déteste passionnément ma job. Et je parie que vous détestez votre job, vous aussi.

Inutile de faire de longs discours pour convaincre les gens de détester leur job – leur job suffit à elle seule pour les convaincre. Comme haïr la police, haïr sa job est l’un des sentiments les plus beaux et les plus sains qu’on puisse avoir, c’est pourquoi la culture populaire fait tant d’efforts pour nous convaincre que les policiers sont des héros et qu’avoir une job est l’accomplissement ultime de toute existence. Pour une raison de simple survie et de santé mentale, nous avons besoin de le croire. Nous consacrons énormément de temps et d’énergie à nous dire que notre travail n’est pas super, soit, mais qu’il n’est quand même pas intolérable, que ça pourrait être pire. Et nous tentons continuellement de chasser de notre esprit l’évidence que l’énergie consacrée, les déchets créés et les marchandises produites par notre travail détruisent l’environnement en accélérant les changements climatiques et la sixième extinction massive. Hélas, refouler ces pensées n’est pas seulement toxique pour notre santé mentale, mais c’est aussi extrêmement mauvais pour le teint.

Pour beaucoup d’entre nous, ce refoulement se transforme en idéologie dont les mantras sont : « Aimez ce que vous faites, faites ce que vous aimez… OOOOMMMM… Si tu aimes ce que tu fais, tu ne travailleras jamais un jour de ta vie… OOOOMMMM… » Ce qui veut dire – si on suit cette logique – que la seule définition du mot travail qui tienne est « la chose que l’on fait que l’on déteste ».

Mais que se passe-t-il si grâce à une chance improbable vous obtenez un emploi de rêve et que vous aimez vraiment votre travail ? Vous vous faites alors doublement avoir. Aimer sa job, c’est faire du travail émotionnel gratuit pour son patron. Bien sûr, ça peut faciliter votre survie, mais c’est un fait indéniable qu’aimer votre travail profite beaucoup plus à votre patron qu’à vous-même. Parce que cet amour vous rend plus productif⋅ve, moins susceptible de démissionner ou de chercher à avoir une promotion – et donc vous rend plus facile à exploiter. Je n’ai jamais eu une seule job pour laquelle je me sentais le devoir moral de faire preuve de gratitude et pas seulement parce qu’on ne me payait pas pour faire ce que j’aime, c’est-à-dire lire des romans, me branler et manger du chocolat au lit toute la journée. Parce que même si c’était le cas, je sais qu’un jour je finirais par décider que ce que je veux vraiment faire, c’est partir en randonnée, visiter le Royaume du Bhoutan ou simplement me rendormir et que mon patron serait là, tapant du pied, regardant sa montre, avec en main une boîte de Laura Secord et le dernier de Marie-Christine Lemieux-Couture. Bien que les tâches et les conditions de travail soient elles-mêmes souvent opprimantes, c’est la nécessité de consacrer la majeure partie de notre temps et de notre énergie de veille à la production, quels que soient nos désirs, nos sentiments ou nos besoins, qui est l’aspect fondamentalement opprimant du travail.

Si vous avez le malheur de travailler dans une « industrie créative », on vous a presque certainement déjà dit que vous devriez être heureux⋅se de pouvoir faire ce que vous aimez ; on ne vous paye probablement rarement et mal, en vous disant que la visibilité qu’on vous offre vaut mille fois l’argent qui pourrait servir à vous nourrir ou vous vêtir. Mais cette arnaque ne se limite pas aux travailleurs créatifs; si vous travaillez dans un domaine historiquement dominé par les femmes (comme l’enseignement, les soins infirmiers et le care en général), vous savez déjà que votre employeur profite de votre abnégation pour vous traiter comme une moins que rien. Ces emplois, nous dit-on, sont des vocations rendues possibles par la gentillesse, l’amour, le sacrifice et le dévouement des travailleuses et c’est pour ça qu’il est acceptable de les payer avec de du petit change. Si vous avez le malheur d’aimer votre travail, on se servira de votre éthique professionnelle pour faire diminuer votre salaire et rendre émotionnellement impossible tout acte de résistance. Quant aux pigistes, aux précaires et aux autonomes, avouez que vous êtes trop épuisé⋅es et blasé⋅es pour croire qu’être «son propre patron » est foncièrement différent que d’avoir une querisse de job.

S’aimer soi-même tout en détestant sa job n’est pas simple parce qu’il est évident qu’on peut trouver quelque chose de satisfaisant dans presque tous les emplois. On peut trouver du plaisir et du sens même dans les jobs les plus merdiques parce que nous devons survivre quotidiennement dans cet enfer qu’est le capitalisme. Il faut bien payer le loyer et l’électricité, n’est-ce pas. Exercer notre créativité, notre ingéniosité, nos compétences ou même notre capacité à abattre de l’ouvrage peut être satisfaisant, peut nous apporter de la fierté – peu importe l’emploi qu’on occupe. Mais il ne faut pas confondre ces mécanismes de survie avec la valeur intrinsèque du travail, parce que le travail n’en a aucune. Il faut commencer à admettre la vérité : haïr sa job est intelligent et c’est la seule relation saine à entretenir avec le travail. Trouver du plaisir et du bonheur dans le travail est une façon de nous rendre capables de nous pointer à la job chaque matin, pas un sentiment causé par le travail.

J’ai écrit des tas de textes sur le travail au cours des années. Si j’en parle encore aujourd’hui, c’est que je constate le retour en force des sentiments pro-travail au sein de la gauche. Vous connaissez probablement des gens (ou vous les voyez comme moi passer sur les réseaux sociaux) qui pensent que Lénine, Mao et Staline avaient raison d’appeler les paresseux des saboteurs, des parasites ou des traîtres à la classe ouvrière, qu’ils ont drôlement bien fait de les envoyer au goulag ou en camp de rééducation et de les soumettre à des séances publiques d’autocritique ou encore de leur faire des procès et de les exécuter pour refus du travail. Je grince des dents chaque fois que l’un d’entre eux vient me dire qu’une fois que lorsque enfin sera instauré l’État ouvrier, j’aimerai passionnément mon travail – parce que je sais que dans leur tête, ils poursuivent en disant «sinon gare à toi». Ces types (parce qu’il s’agit généralement de dudes) rejettent l’économie de marché tout en faisant de la révolution un patron.

D’autres révolutionnaires, plus renseignés au sujet de l’histoire du « socialisme réel », vous diront quand même, le trémolo à la voix, que faire la révolution signifie d’y travailler avec acharnement. Ceux-là ont une éthique du travail digne des calvinistes; illes vous diront que les vrais révolutionnaires sont celleux qui travaillent le plus dur, qui amassent le plus d’argent pour la cause, qui obtiennent le plus de signatures pour les pétitions, qui gagnent le plus de votes pendant les élections, qui se font le plus souvent arrêter, qui ont le plus de likes sur leurs statuts, qui vendent le plus de journaux, qui organisent le plus de manifestations, qui brisent plus de fenêtres, qui assistent au plus grand nombre de réunions. Ce culte de l’activité pour l’activité ne se limite à aucune tendance politique particulière. J’ai hélas de mauvaises nouvelles pour ces braves militants: la révolution ne sera pas une foire de l’emploi et personne ne va vérifier votre curriculum vitae.

D’autres encore soutiennent que la bonne stratégie face à votre job de marde est de s’organiser ou, plus précisément, de se syndiquer. Et pourtant, la plupart des militants syndicaux que je connais trouvent que leur job est épuisante, ingrate et toujours à refaire. Or, l’emploi que j’ai en ce moment est déjà épuisant, ingrat et digne du mythe de Sisyphe. Comment vais-je rendre mon travail plus agréable en faisant un double quart de travail pour le syndicat ? D’autant plus que la première chose que la plupart des conventions collectives garantissent, c’est que les travailleurs ne déclencheront pas de grève de façon inattendue ! J’aurais donc passé tout ce temps à produire une autre structure (à côté de l’État et sa flicaille) pour laquelle je paie un pourcentage de mon salaire afin de m’assurer que je vais être contrainte à me rendre à la job chaque jour, cette même job que je déteste profondément ? Nous pouvons certainement utiliser toute cette énergie pour faire quelque chose de mieux, non ? Nos vies sont si courtes et le monde est en train de s’embraser, je ne vais quand même pas rester dans cette job à la con pour toujours. Et surtout, je ne veux pas bâtir un syndicat qui va consolider ma condition d’éternelle salariée. Je veux détruire ce monde hideux de productivité et de mépris avant qu’il ne puisse détruire tout ce qui vit sur la planète.

Je suis d’accord avec Charles Fourier sur ce point : ce qui nous rend collectivement capables de tant de belles choses révolutionnaires, c’est notre perversité polymorphe, notre capacité à tous et chacune de désirer n’importe quoi qui existe et qui n’a jamais existé. En ce qui me concerne, j’adore lire des textes historiques abscons sur les mouvements révolutionnaires, écrire des textes incendiaires ou érotiques et rester cachée dans mon demi-sous-sol pour soigner mon agoraphobie et mon anxiété généralisée. Loin de moi l’idée de vous juger si vous faites autre chose; je suis convaincue que quelqu’un, quelque part, jouit à recueillir des signatures pour des pétitions. Si c’est votre trip, je trouve ça génial et je vous encourage de tout cœur à continuer. Tout ce que je dis, c’est que ma vie s’est grandement améliorée quand j’ai compris la différence entre le désir réel de participer à une manifestation ou à une action militante et le fait d’y assister par culpabilité ou par sentiment d’obligation envers le groupe. Les militants qui font quelque chose par culpabilité et contre leur gré sont incroyablement doués pour générer du travail, mais ce travail ne produira jamais la révolution.

Et si nous apprenions plutôt à penser et à vivre notre plaisir et notre désir d’accomplir les tâches que nous aimons? Et si nous apprenions à laisser aux autres les tâches que nous n’aimons pas?  Et si nous étions enfin honnêtes et reconnaissions que c’est quelque chose que nous faisons déjà de toute façon? Et si nous cessions d’utiliser toute cette énergie mentale et sociale, toute cette névrose et cette ruse pour nous convaincre, nous comme les autres, que nous ne sommes que de mauvais révolutionnaires ? Et si nous cessions d’en vouloir à nos ami⋅es ou à nos camarades qui ont des désirs, des projets ou des tactiques qui diffèrent des nôtres? Et si nous cessions de projeter notre propre culpabilité sur elleux ? Si nous pouvions arrêter de faire tout cela, nous serions tellement plus près d’imaginer des tactiques vraiment révolutionnaires, des modes de vie libérateurs, des stratégies pour mettre fin une fois pour toute au capitalisme et au patriarcat.

« Mais qu’en est-il des égouts ? Qui changera les draps souillés des malades? Qui ramassera les ordures? Qui fabriquera les médicaments? Qui va faire de tout ce travail désagréable mais socialement nécessaire? » Ces objections sont faites de bonne foi par plein de gens remplis d’altruisme qui s’inquiètent pour le bien-être de leurs semblables et ressentent vivement la responsabilité que nous avons les uns envers les autres, envers les plus opprimés et marginalisés. Respectueusement, je vous ferai remarquer que ces objections portent en elles deux présupposés pourris qui nous mèneront éternellement tout droit vers la défaite.

Le premier présupposé est que le monde tel qu’il est aujourd’hui garantit déjà un accès adéquat et égal aux services publics, à l’eau courante (ayons une pensée pour les peuples de l’île de la tortue qui habitent dans le soi-disant Canada), aux soins de santé aux biens et aux services et que de basculer dans l’inconnu ne fera qu’aggraver la situation. Bien que le capitalisme soit incroyablement efficace pour me livrer un T-shirt à 6 $ à ma porte demain matin, jamais il ne garantira que l’ouvrière qui a produit ce vêtement aura accès à des médicaments pour elle et ses enfants, non plus qu’il ne garantira des soins de santé mentale pour le livreur qui travaillent tous comme des fous et sont à deux doigts de craquer. Parce que nous travaillons tous et toutes si dur et parce que notre monde reste malgré nos efforts à toujours à deux doigts du précipice et de l’apocalypse, les gens pensent immédiatement au désastre lorsque est évoquée la moindre réduction du travail. Ne serait-il pas possible que cet état de catastrophe appréhendée dans lequel nous vivons et notre frénésie constante de travail se renforcent mutuellement ? Si nous avions plus de temps pour nous occuper de nous-mêmes et de nos proches, nous n’aurions pas besoin de tant de rapidité, de commodité et de facilité ; nous n’aurions pas besoin non plus de tant de travailleur⋅euses spécialisé⋅es dans le colmatage des fissures du tissu social.

Le deuxième présupposé pourri qui se cache sous la question des égouts est une conception toute aussi pourrie de la révolution. Dans cette conception, la révolution est centrée autour d’un événement limité dans le temps et dans l’espace (Russie en octobre 1917, Barcelone en juillet 1936…) avec un avant et un après précis, défini par le renversement du régime politique en place et son remplacement par des révolutionnaires. Ces révolutionnaires s’emploient ensuite à transformer la société sur la base de leurs principes, mais la société reste largement la même qu’avant, avec de nouveaux dirigeants, de politiques et de nouveaux objectifs. Si le mot d’ordre révolutionnaire est « La grève nous a mis au pouvoir et maintenant il est temps de se remettre au travail », il est normal de s’inquiéter de qui va nettoyer les égouts, parce qu’on peut facilement s’imaginer qu’on sera bientôt contraint⋅e de le faire.

Il y a des révolutionnaires qui pensent pouvoir éviter d’une manière ou d’une autre les erreurs et les tragédies catastrophiques des révolutions du XXe siècle, contre toute preuve historique du contraire. Il y a des révolutionnaires qui pensent encore qu’il est possible de prendre le pouvoir et diriger l’État de manière à ce qu’il s’effrite. Ceux-là ne peuvent pas être contre le travail. La fin du travail est toujours différée, parce qu’un monde sans travail – construit non pas autour de la productivité, de la richesse ou du profit, mais de l’épanouissement humain, de l’harmonie écologique, du plaisir, de la joie et du désir, de l’amour et des soins communautaires – est inconcevable tant que l’État existe.

Il y a toujours eu un certain nombre de tâches désagréables et nécessaires, tant dans la société que dans la révolution, mais la moindre des choses est de cesser de faire des héros de celleux qui s’acquittent de ces tâches. Ne serait-ce pas plus utile de déplorer la nécessité de ces tâches en imaginant un monde où elles seraient enfin inutiles ? Et si nous essayions plutôt de conceptualiser une lutte dont l’objectif central était de réduire la quantité de travail, à la fois dans le processus même de la lutte que dans le monde que nous voulons construire ?

Je déteste ma job. La solution la plus simple à ce problème serait de démissionner, mais comme la majorité d’entre nous, je ne peux me permettre de perdre son emploi. (Si vous lisez ceci, que vous détestez votre job et que vous pouvez vous permettre de la quitter, qu’est-ce vous attendez querisse?) La grève reste donc un des meilleurs outils pour sortir du travail. Le problème, c’est qu’après plus de cent ans d’institutionnalisation et d’encadrement légal, la grève est devenue un frein. C’est un signe que la bourgeoisie a presque gagné la lutte des classe si faire la grève veut maintenant dire faire du piquetage en marchant lentement en rond à l’extérieur de notre lieu de travail tout en étant incapables d’empêcher notre patron de continuer à faire du cash – ou de lui querisser le bon coup de poing à la gueule qu’il mérite. À quoi bon passer toute la journée à l’extérieur de votre bureau sans être payé⋅e si ça ne déclenche même pas une émeute ?

Il faut qu’individuellement et collectivement nous inventions d’autres formes d’action qui n’impliquent ni le respect du milieu de travail, ni l’obligation éternelle de travailler. S’inspirer des origines du syndicalisme révolutionnaire et de son recours au vol et au sabotage me semble un bon point de départ. En ce moment, j’écris ce paragraphe alors que mon superviseur a le dos tourné. Ce n’est pas grand-chose, je ne lui vole pas beaucoup de temps, mais c’est déjà ça. Tout le monde a déjà pratiqué le présentéisme, pourquoi ne pas le faire systématiquement? Couvrons-nous les unes les autres pour prendre des pauses extra-extra-longues. Sabotons l’équipement pour rendre les tâches impossibles. Insérons de la colle forte dans les serrures pour que personne ne puisse pas entrer. Oublions de facturer les clients. Fermons les yeux quand des collègues volent le matériel de l’atelier ou du bureau. Laissons les livreurs « égarer » et garder pour eux-mêmes les marchandises qui leurs sont confiées. Faisons du sabotage un jeu : combien de trucs pouvons-nous voler, manger, voler et détruire ? Combien de temps pouvons-nous prendre pour nous-mêmes ?  Au plus fort du mouvement autonome en Italie, lorsque les ouvriers révolutionnaires contrôlaient les stations de radio, ils pratiquaient ce qu’ils appelaient le « discours démotivant » dans leurs émissions matinales en rappelant aux ouvriers qui se réveillaient combien leurs lits étaient chauds et confortables, combien l’usine était froide et désagréable, combien le trajet était long et inutile. Appliquons-nous collectivement à nous démotiver.

Et surtout, cessons de concevoir ce sabotage uniquement comme un acte individuel plutôt que comme un action révolutionnaire collective. Parlons-nous de la façon de s’attaquer à nos jobs de marde et partageons nos meilleures stratégies, nos meilleurs trucs. S’il le faut, appelons le vol en milieu de travail « augmentations de salaire autonomes » pour faire plaisir aux théoricien⋅es et disons que c’est de l’organisation ouvrière pour plaire aux militants gauchistes. Il y a des façons beaucoup plus amusantes et satisfaisantes de fourrer le boss que de faire rentrer le syndicat et signer un contrat collectif.

Il est temps de commencer à agir en tenant compte de la réalité matérielle – celle que  nous détestons nos jobs, que notre productivité nuit à l’environnement et finira par nous tuer – plutôt que de baser notre action sur la notion idéaliste (et fausse) de la dignité de notre travail. J’e n’en ai rien à branler de l’éthique du travail. Votre job est de la marde, la mienne aussi. Collaborons pour ne plus jamais avoir à y retourner.

 

Catégories :Accès de rage

Tagué:

Anne Archet

Héroïne sans emploi, pétroleuse nymphomane, Pr0nographe lubrique, anarcho-verbicruciste, poétesse de ses fesses, Gîtînoise terroriste (et menteuse, par dessus le marché). Si j'étais vous, je me méfierais, car elle mord jusqu'au sang.

2 réponses

  1. merci merci merci
    d’avoir clairement mis en texte toutes ces évidences dont on nous éloigne depuis la plus tendre enfance .
    pour ma part j ai sauté le pas il y a deux ans et après quelques moi a ne pas savoir quoi répondre a la question « et vous faites quoi dans la vie ? » je me suis enfin souvenu de la réponse « JE VIS » .
    je me permet de vous faire partager un poème de BERNARD DIMEY que j aime beaucoup.

    Dans un cercueil en bois des îles
    Monsieur le Duc a pris congé
    Des quelques trois cents imbéciles
    Qu’il appelait « mes bons sujets ».

    Mourir n’est pas toujours facile,
    Monsieur le Duc fit ça très bien,
    Sans grandiloquence inutile,
    Entre ses piqueurs et ses chiens.

    N’aimant que la chasse et les filles,
    Certain de partir sans péché,
    Il confessa trois peccadilles
    Pour ne pas froisser son clergé.

    Ensuite, allant vite en besogne
    Il déshérita ses neveux,
    Sourit aux forêts de Sologne.
    Un valet lui ferma les yeux.

    Alors tous ces mangeurs de terre,
    Ceux qui s’échinent sans arrêt,
    Des bientôt conscrits aux grands-pères,
    Se sentir’nt tout désemparés.

    Le fléau de leur existence
    Venant enfin de les quitter,
    Ils eur’nt des mots de circonstances
    D’une grande imbécillité.

    Les métayers durs à l’ouvrage
    Que le Duc égorgeait à blanc,
    Toutes les fill’s du voisinage
    Auxquelles il faisait des enfants…

    La vieille qui lavait son linge,
    Le valet qui soignait ses chiens,
    Ceux qu’il payait en monnaie d’singe
    Venaient en dire un peu de bien,

    Qu’il fût une ignoble canaille
    Pour qui rien n’eut jamais de prix,
    Un être sans coeur ni entrailles,
    Leur était sorti de l’esprit.

    On vint apporter par brassées
    Les plus belles fleurs des jardins.
    Ce fut une belle journée
    Mais lourde d’un bien gros chagrin…

    Dans un cercueil en bois des îles
    Monsieur le Duc a pris congé
    Des quelques trois cents imbéciles
    Qu’il appelait « mes bons sujets »

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :