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Pour une social-démocratie policière et un humanisme épicier

Ma résolution pour 2014, c’est de cesser de voler dans les épiceries pour me nourrir et nourrir ma fille. Pour ce faire, j’ai décidé de me trouver un vrai job qui va m’apporter respectabilité et prospérité et ce, sans avoir à aller en prison, passer go et réclamer cent dollars. Quelque chose de pas trop forçant non plus — surtout intellectuellement, parce que réfléchir ça donne mal à la tête et ça creuse les rides sur le front.

Bref : je veux devenir chercheure et vulgarisatrice pour l’Institut économique de Montréal. Soit, je ne suis pas économiste et je n’habite pas à Montréal, mais je suis vulgaire à souhait, alors j’ai déjà la moitié des compétences requises. Le reste viendra bien tout seul, hein.

Dans le but de mousser ma candidature (et éventuellement dégommer Nathalie Elgrably-Lévy sur le conseil d’administration du Groupe TVA) j’ai décidé de soumettre une modeste proposition de politique publique à mes futurs bienfaiteurs. Sa mise en œuvre permettrait, à terme, l’instauration d’une social-démocratie policière inspirée des principes de l’humanisme épicier. Cela va comme suit :

Attendu que le développement économique est un principe sacré et qu’il ne peut y avoir de bonheur individuel sans une croissance soutenue, infinie et carrément absurde compte tenu que les ressources sont limitées;

YES !

Attendu que cette croissance ne peut être assurée que si les entreprises transnationales et les empires financiers font des profits colossaux qui sont faciles à cacher parce qu’ils sont si immenses et mirobolants que le crotté moyen n’a même pas l’imagination requise pour les concevoir;

Attendu que ces profits ne peuvent être possibles que sous deux conditions, soient une fiscalité minimale pour la grande entreprise et les méga-riches et un climat de stabilité sociale assimilable à un pâturage alpin pour bêtes à cornes;

Je propose de soulager la grande entreprise du financement de deux fonctions importantes de l’État moderne : l’aide sociale et la sécurité intérieure en appliquant le principe de l’utilisateur-payeur.

En vérité, qui sont les utilisateurs des services offerts par la police? Les pauvres, bien entendu. Ce sont eux sur qui les policiers prodiguent leurs bons soins : ils les matraquent, ils les poivrent, ils les menottent, ils les foutent en prison, ils leur tirent dessus à coup de taser ou à balles réelles jusqu’à ce que l’envie de troubler la stabilité nécessaire à l’investissement leur passe. Et qui profite de l’aide sociale? Les petits commerçants, en particulier les épiciers, les dépanneurs et tous les endroits où l’on offre à bas prix de la camelote vaguement nourrissante et/ou enivrante. Si les pauvres n’avaient pas droit à l’aide sociale, qui irait acheter cette merdre? Et s’il n’y avait pas de policiers, à qui les boutiquiers iraient la vendre, les crottés allant se servir sans payer? (Parce qu’on le sait, les crottés n’ont aucun sens moral, contrairement aux gens riches et éduqués qui lisent les publications de l’IEM – que je tiens à saluer et que j’incite fortement à soutenir ma candidature lors de la prochaine assemblée d’actionnaires.)

Rationnellement et objectivement, la petite et moyenne entreprise, les pauvres et les policiers vivent en symbiose économique. Voici donc ce que je propose :

1. L’élimination de l’aide sociale et son remplacement par un système de boni à la répression. Tout pauvre bénéficiant d’un service rendu par un policier pourra faire tamponner son livret d’aide sociale selon le barème suivant :

  • Un coup de matraque : 1 tampon
  • Se faire traiter de mangeux de marde joueur de guit plateauïen du nowhere: 1 tampon
  • Une perquisition arbitraire : 3 tampons
  • Une arrestation : 5 tampons
  • Chaque jour passé en taule : 8 tampons
  • Une fouille à nu devant témoins qui rigolent : 10 tampons
  • Perte de l’usage d’un œil ou commotion cérébrale : 12 tampons

2. Le même barème s’appliquera au livret des policiers. Chaque pauvre devra taponner le livret du flic – dans la mesure où il n’est pas mort ou évanoui.

3. Chaque page du livret dûment tamponnée pourra être échangée contre des biens de première nécessité dans le commerce-pour-pauvres de son choix.

Mon projet de réforme offre de nombreux avantages, le premier étant de réduire le fardeau administratif de l’État, puisqu’aucun fonctionnaire parasite n’est nécessaire pour en assurer la bonne marche. Les commerçants sauront immédiatement et de façon flagrante que leur taxes sont utilisées à bon escient lorsqu’ils verront des flics hilares et des pouilleux éclopés échanger leurs livrets contre du pain tranché Weston et une caisse de bière. Les flics auront plus de cœur à l’ouvrage et les pauvres hésiteront à avoir recours à l’aide sociale (parce que ça fait trop mal aux côtes) et auront toute la motivation nécessaire pour se trouver un emploi dans les conditions de semi-esclavage qu’on leur offre. Quant à la grande entreprise, aux banques et aux méga-hyper-ridiculement-riches, ils auront la satisfaction de jouir d’un climat stable et propice à l’investissement, en plus de ne plus avoir à payer d’impôts — même s’ils n’en paient pas vraiment aujourd’hui, mais ça, c’est une autre histoire.

Merci beaucoup pour votre attention et j’attends avec impatience mon premier chèque.

Catégories :Grognements cyniques

Tagué:

Anne Archet

Héroïne sans emploi, pétroleuse nymphomane, Pr0nographe lubrique, anarcho-verbicruciste, poétesse de ses fesses, Gîtînoise terroriste (et menteuse, par dessus le marché). Si j'étais vous, je me méfierais, car elle mord jusqu'au sang.

7 réponses

  1. Je pense plutôt que les hostie de pauvres devraient rembourser chaque coup de matraque qu’y reçoivent su’a yeule, vu que c’est de leur faute la violence policière. Ou même, rembourser pis payer en sus 10% de la valeur de la claque sur le marché. Les flics pourraient avoir un quota de crottés défigurés par mois pis on financerait le nouveau Colisée de Québec avec.

  2. Mouton Marron: « Ou même, rembourser pis payer en sus 10% de la valeur de la claque sur le marché. Les flics pourraient avoir un quota de crottés défigurés par mois pis on financerait le nouveau Colisée de Québec avec. »

    Hahahahahhahahaha, la valeur de la claque sur le marché!! Un quota de crottés! Elle est bonne!

  3. Hmm… que d’idées fascinantes viennent des gens par ici. Je me demande d’ou vous prenez ça. (rire jaune)

    Mais, sérieux… plutôt que de se branler ou se passer le doigt sur des délires d’une société pas tant anticipée que ça, pourquoi pas sortir de chez soi et passer à l’attaque?

    Je nous sens comme des prisonnier-es qui trouvent moyen de se bidonner malgré les barreeaux et les gardiens. Ok, c’est bien touchant, ça, mais on PEUT s’organiser et faire kek chose, vous savez?

    Je sais qui fait frette dehors, mais quand même…

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