Voici le premier texte d’une série (Ha! On verra bien…) sur la pauvreté extrême du vocabulaire politique utilisé dans les débats public au Québec. Ces articles seront classés dans la catégorie «tétrapiloctomie», qui comme chacun sait est l’art de couper les cheveux en quatre cher à Umberto Eco. Si vous avez un mot utilisé à contresens ou à tort et à travers à suggérer, je suis preneuse.
Lorsque Christiane Charrette a annoncé son départ de la Première Chaîne, un subtil analyste de l’actualité commenta la nouvelle sur le site web de Radio-Canada en ces termes : « Bonne nouvelle, ça fera une gauchiste de moins sur les ondes de la radio publique ». « Ciel! » me suis-je écriée. (Je m’écrie souvent, comme ça, lorsque je n’écris pas.) « Y aurait-il des gauchistes à la CiBiCi? » Vérification faite, la vénérable institution fédérale est exempte de toute trace de ces énergumènes — à moins que les gauchistes de Radio-Canada ne le soient que dans leurs temps libres, dans leur bagnole ou sous la douche.

Cadre de Radio-Canada programmant le retour de «l’Union fait la force» (un slogan gauchiste!) pour l'automne prochain.
La légende veut que ce soit Lénine (et non Jef Fillion) qui ait utilisé ce mot pour la première fois en 1920, dans son célèbre ouvrage La Maladie infantile du communisme. Vladimir Illitch à l’époque était bien emmerdé par certains partis communistes d’Europe qui le débordaient sur sa gauche et dont il jugeait le radicalisme contre-productif. Il y a toujours plus à gauche que soi, quoique certains laissent plus de place que d’autres. Depuis, on qualifie de gauchistes tout ceux dont le programme et l’action sont plus radicaux que les parti communistes orthodoxe. (Dans la mesure où il existe encore des parti communistes orthodoxes, hein.) Les gauchistes ont en commun d’être radicalement anticapitalistes, d’être opposés à la propriété privée et d’adhérer à l’idée de révolution — par la Révolution tranquille, pas la Révolution Schick Quattro, celle violente et armée).
Bref : les gauchistes en ce moment sont extrêmement marginaux au Québec. On peut entre autres classer dans cette catégorie les maoïstes du Parti communiste révolutionnaire, les trotskistes d’Alternative Socialiste, les anars plateformistes de l’Union communiste-libertaire. Par contre, je suis dans le regret de devoir vous apprendre que Québec Solidaire, le NPD, le PQ, la CSN, Steven Guilbeault, Amir Khadir, Alexa Conradi, Guy A Lepage et le petit bonhomme Pilsbury ne peuvent pas être considérés comme gauchistes. Je suggère donc aux populistes de droite d’utiliser plutôt « gau-gauche », leur expression chouchou, pour les qualifier, car ce mot a le mérite de ne rien vouloir dire et de faire passer celui qui le prononce pour un demeuré.
