Archive pour la catégorie ‘Pétage de coche’

Sirventès du fascisme

Lundi 6 février 2012

Chaque fois que je crie:
«À bas les flics! Démolissons les prisons!»
Toujours ils me répondent:
«Mais nous serons accablés par le crime, par le meurtre!
Comment éviterez-vous que le monde
Ne dégénère en orgie de violence?»

Chaque fois que je crie:
«Abolissons le travail! Fini l’esclavage salarié!»
Toujours ils me répondent:
«Mais nous devons manger! Nous vêtir!
Comment éviterez-vous que les paresseux
Et les profiteurs ne deviennent rois?»

Chaque fois que je crie:
«À bas la propriété! Brûlons tout l’argent!»
Toujours ils me répondent:
«Mais nous serons tous pauvres!
Comment pourrons-nous espérer être libres
Si nous ne pouvons jouir de nos biens?»

Chaque fois que je crie:
«Mort aux armées! À bas les frontières!»
Toujours ils me répondent:
«Mais nous serons envahis par les barbares!
Comment éviterez-vous que les terroristes
Viennent nous voler notre terre et notre pain?»

Puisque, de toute évidence,
Nous vivons déjà dans un monde
Dont l’équilibre repose sur la violence entretenue
Où les rois, les maîtres et les profiteurs sont indiscernables

Puisqu’il est flagrant que nous ne pouvons espérer
Jouir sans entraves de notre vie
De notre terre et de notre pain
Dans ce monde morbide intolérable

Je cesse de crier
(Car on n’entend jamais celles
Qui parlent haut et fort)
Et je leur demande tout doucement:
«Comment ferons-nous alors
Pour vivre libres, en paix, sans violence
Sans massacres et sans viols?»

La plupart d’entre eux me répondent:
«C’est impossible, le mal fait partie de la nature
Il y aura toujours des pauvres, des pervers, des fous
Nous sommes condamnés à souffrir
Et à vivre dans la peur.»

Ceux-là s’attendent au pire et sont rarement déçus
Car le présent éternel est toujours à la hauteur
De leur désespérance

D’autres – plus inquiets, plus indignés – me répondent:
«Il faut plus de surveillance, plus de caméras
Plus de patrouilles et de contrôles
Des cartes d’identité anthropométriques
Des hélicoptères aux postes de douanes
Des chiens renifleurs dans les aéroports
Des camps de travail dans le nord pour les oisifs
Des ghettos dans le sud pour les clandestins
Des puces électroniques sous la peau des délinquants
Des castrations chimiques pour les pédophiles
La prison à vie pour les meurtriers de onze ans
Tous les autres au bout d’une corde
Après un procès juste et équitable
Un agent posté au coin de chaque rue
Et le paradis à la fin de nos jours»

Ceux-là ne peuvent penser
Que selon les termes de la société actuelle
Faite de dominations et d’oppressions
De sang, de pleurs et de larmes

Ceux-là désirent un maître
Et non seulement vont-ils l’avoir
Mais il essaieront à coup sûr
De l’imposer à notre corps défendant.

Sirventès des doléances

Mardi 11 octobre 2011

Je n’exige aucun droit,
C’est pourquoi je ne suis obligé
D’en reconnaître aucun

— Max Stirner

Quand vous occupez une place publique
Quand vous courrez dans les rues
Quand vous fracassez une vitrine
Quand vous volez un téléviseur
Quand vous brûlez une voiture
Quand vous lancez des briques
Sur les forces de l’ordre
Quand vous copulez contre un mur
Entre deux salves de gaz lacrymogène

Les politiciens, les journalistes
Les juges, les militants
Veulent tout de suite savoir :
« Quelles-sont vos demandes? »

En vérité, ce qu’ils craignent
C’est qu’il n’y en ait pas;
Qu’il n’y ait rien derrière vos gestes
Pas de revendications
Pas d’exigences
Pas de cause à défendre
Seulement une dépense sauvage d’énergie
Aussi inexplicable et irrationnelle
Qu’un sacrifice consenti à des dieux courroucés

Car pour eux, il doit y avoir des demandes
Il doit y en avoir à tout prix :
       Les politiciens veulent avoir quelque chose à négocier
       Les journalistes veulent avoir quelque chose à expliquer
       Les juges veulent avoir quelque chose à condamner
       Les militants veulent ajouter vos demandes à leur programme
       — Et ainsi vous gagner à leur parti

Voilà pourquoi crient-ils : « Que voulez-vous? »
Et voilà pourquoi ont-ils la frousse
Quand vous leur répondez :
« Rien ».

Les élus du peuple vous traiteront
De criminels, de casseurs déments
Les socialistes vous diront
Que vous êtes naïfs, politiquement immatures
Les idéologues qualifieront vos gestes
De jacqueries, d’émeutes autodestructrices

Or vous, vous savez bien
Que ce que vous désirez
Jamais un État, une Église
Ou une multinationale
Ne serait en mesure de vous le donner

Vous savez bien
Que ce que vous désirez
Ne se demande pas
Mais se prend

Car ce que vous désirez
C’est vous réapproprier
Votre vie

Si vous n’avez pas de demandes
Personne n’arrivera à vous accommoder
Personne n’arrivera à vous satisfaire
Personne n’arrivera à vous apaiser

Alors la prochaine fois qu’un reporter
Vous écrasera un micro au visage
Et vous demandera :
« Quelles-sont vos demandes ? »
Souriez-lui gentiment
Et pointez vaguement vers le ciel
Ou donnez-lui le bottin téléphonique

Avec un peu de chance
Ce koan le tiendra occupé juste assez longtemps
Pour que vous puissiez incendier le monde

La terre se moque de son anniversaire

Vendredi 22 avril 2011

La terre sera là encore pour des milliards d’années, même si nous continuons bêtement en tant qu’espèce de déféquer dans notre lit comme nous le faisons depuis le début de l’ère industrielle. La terre se porte très bien, merci beaucoup. L’humanité, par contre…

 

Gaugauche à gogo

Jeudi 14 avril 2011

Qui finira par expliquer aux populistes de droite que la «gaugauche du Plateau» n’existe que dans leurs rêves érotiques?

(À moins qu’on se réfère à Mille plateaux… mais sincèrement, j’en doute.)

Débat mon cul

Dimanche 26 juillet 2009

Je viens d’interdire à quatre internautes de commenter ce blogue. L’un d’entre eux, un charmant Monsieur qui m’a traité de «charrue suceuse de bites» m’a demandé de lui expliquer pourquoi une anar telle que moi ose le priver de son droit sacré à la libre expression. Je lui ai répondu ce qui suit.

Il y a deux dogmes démocratiques qui commencent sérieusement à me pomper l’air : celui de la sacro-sainte liberté d’expression et celui du débat à tout prix.

Avec la montée du web s’est instaurée une dictature de l’opinion. Les opinieux se font entendre partout de façon opiniâtre et ne cessent de crier haut et fort leur droit de raconter leurs trucs même s’ils ne font aucun sens. Et surtout, la dictature de l’opinion fait en sorte que toutes les opinions se valent et doivent être traitées avec le même respect, avec la même déférence. Gare à vous si vous avez l’audace inouïe de couper le sifflet à un opinieux en plein délire, car il criera à l’injustice en dénonçant la censure et en se braillant qu’on a violé sa liberté d’expression.
(Lire la suite…)

Encore un mot de nos commanditaires

Jeudi 19 février 2009

Monsanto, la nature telle qu'elle aurait toujours dû être.

Beauté de l’insurrection

Mercredi 17 décembre 2008

Comment ne pas être fascinée par la beauté obscure de l’insurrection étudiante grecque — tous ces gens qui, pendant un court moment, expérimentent d’autres agencements collectifs, d’autres façons de vivre, de lutter…

Émeutes en Grèce
Un témoignage parmi tant d’autres, qui a le mérite (immense, pour moi qui ne lit pas le grec) d’être en français: Émeutes et amour.


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