On vit une époque formidable et ceux qui ne sont pas d’accord devraient ouvrir leurs vieux manuels d’histoire et potasser un peu. Ils se rendraient compte qu’il vaut vachement mieux de vivre en 2012 qu’en 1871.
Contrairement à aujourd’hui où les riches n’existent plus, il y en avait tout plein au XIXe siècle. À l’époque, on les remarquait facilement lorsqu’ils déambulaient dans la rue : ils étaient tous de gros bonhommes en complet trois pièces, avec des moustaches en guidon de vélo qui portaient des chapeaux haut de forme et des cannes à pommeau d’or. Un peu comme l’oncle Pennybags du Monopoly, à la différence près qu’ils n’allaient jamais en prison.
Ils étaient riches et sans scrupules, mais ils faut admettre qu’ils n’étaient pas pas des individus sans foi ni loi — car de la foi, ils en avaient à revendre. Par exemple, George Baer, qui avait fait fortune dans le chemin de fer, avait l’habitude de dire que «les intérêts des pauvres sont mieux défendus par les chrétiens à qui Dieu a confié la propriété que par les agitateurs syndicaux». N’êtes-vous pas heureux de vivre à une époque où tous patrons (qui ne sont pas riches) aiment les syndicats, du plus gros patron de presse au moindre propriétaire de dépanneur?
John D. Rockefeller allait plus loin en disant que «la disparité de revenus entre le riche et le pauvre n’est que le résultat d’une loi de la nature et de Dieu». De nos jours, heureusement, nous n’entretenons plus de telles superstitions : nous savons que s’il y a des pauvres (il y en a si peu), c’est à cause de la main invisible, de l’aide sociale, du salaire minimum, de la masturbation compulsive, des immigrants illégaux, de la compétition chinoise, des taxes sur le capital, du bureau d’audiences publiques sur l’environnement et de la consommation de crystal meth. C’est un fait prouvé scientifiquement, j’ai des études là-dessus – mais je les ai oubliées à la maison.
Au XIXe siècle, personne n’avait honte d’être riche, contrairement à maintenant, où nous devons nous cacher pour compter nos billets de mille. Pensons à Jim «Diamond» Fisk, qu’on surnommait le «roi du tape-à-l’œil» : il était gros, il était voyant, il parlait fort et adorait le clinquant. Chaque jour, il paradait dans les rues de New York en carrosse tiré par trois chevaux blancs et trois chevaux noirs, avec deux cochers noirs habillés de blanc et deux cochers blancs habillés de noir. Ça amusait le peuple, qui se trouvait bien chanceux de trimer jour et nuit et d’envoyer ses enfants à l’usine pour soutenir le mode de vie de ces êtres pourtant vils et pervers. Évidemment, nous rions aujourd’hui de cette ère révolue où les milliardaires faisaient vulgairement étalage de leur fric, mais il faut bien admettre que nous n’avons plus grand-chose à nous mettre sous la dent pour nous consoler de nos malheurs – à part les galipettes spatiales d’un roi de la grimace ou l’apparition à la télé du triste sire à la face longue qui fait craquer son visage d’un sourire lorsque l’autobus de l’Académie démarre après une soirée d’infopub chantée à la gloire de ses entreprises.
Pour finir, ayons une pensée pour les miséreux du XIXe siècle. Il n’était pas rare de croiser, à cette époque, des gens puants et en haillons qui vivaient carrément dans la rue, même l’hiver. Ils subsistaient de peine et de misère en ayant recours à la mendicité et aux petits larcins et devaient s’intoxiquer régulièrement pour arriver à tolérer leur triste sort. Personne ou presque ne levait le petit doigt pour eux, car on les considérait comme des impies, des vicieux et des pécheurs – ce qu’on appelle communément aujourd’hui des «malades mentaux désinstitutionalisés aux prises avec des problématiques sociétales multiples». Quant à ceux qui travaillaient, leur sort était guère enviable: leur espérance de vie était moindre que celle des riches, ils pouvaient être congédiés à tout moment, perdaient leurs fonds de pension suite à des manœuvres financières douteuses de leurs maîtres et contemplaient la possibilité de se consacrer à l’esclavage salarié jusqu’à ce que leur corps, rongé par l’arthrite, les confine au rejet social et à l’isolement. Ce n’est pas de nos jours que de telles horreurs pourraient se produire – oh non madame!
Bref, renseignez-vous un peu, au lieu de vous plaindre. Contrairement au XIXe siècle, nous vivons à une ère de progrès technologique où tout le monde, grâce à internet et aux communications, et surtout en y mettant un peu d’effort, peut réussir socialement et atteindre la prospérité. Alors déconnectez-vous d’internet et retournez balayer le plancher, bande de fainéants!














