Archive pour la catégorie ‘Grognements cyniques’

Merci mon dieu de ne pas m’avoir fait naître au dix-neuvième siècle

Mardi 31 janvier 2012

On vit une époque formidable et ceux qui ne sont pas d’accord devraient ouvrir leurs vieux manuels d’histoire et potasser un peu. Ils se rendraient compte qu’il vaut vachement mieux de vivre en 2012 qu’en 1871.

Contrairement à aujourd’hui où les riches n’existent plus, il y en avait tout plein au XIXe siècle. À l’époque, on les remarquait facilement lorsqu’ils déambulaient dans la rue : ils étaient tous de gros bonhommes en complet trois pièces, avec des moustaches en guidon de vélo qui portaient des chapeaux haut de forme et des cannes à pommeau d’or. Un peu comme l’oncle Pennybags du Monopoly, à la différence près qu’ils n’allaient jamais en prison.

Quelques «Robber Barons» du XIXe siècle. Bouh! Qu’ils sont affreux!

Ils étaient riches et sans scrupules, mais ils faut admettre qu’ils n’étaient pas pas des individus sans foi ni loi — car de la foi, ils en avaient à revendre. Par exemple, George Baer, qui avait fait fortune dans le chemin de fer, avait l’habitude de dire que «les intérêts des pauvres sont mieux défendus par les chrétiens à qui Dieu a confié la propriété que par les agitateurs syndicaux». N’êtes-vous pas heureux de vivre à une époque où tous patrons (qui ne sont pas riches) aiment les syndicats, du plus gros patron de presse au moindre propriétaire de dépanneur?

John D. Rockefeller allait plus loin en disant que «la disparité de revenus entre le riche et le pauvre n’est que le résultat d’une loi de la nature et de Dieu». De nos jours, heureusement, nous n’entretenons plus de telles superstitions : nous savons que s’il y a des pauvres (il y en a si peu), c’est à cause de la main invisible, de l’aide sociale, du salaire minimum, de la masturbation compulsive, des immigrants illégaux, de la compétition chinoise, des taxes sur le capital, du bureau d’audiences publiques sur l’environnement et de la consommation de crystal meth. C’est un fait prouvé scientifiquement, j’ai des études là-dessus – mais je les ai oubliées à la maison.

Au XIXe siècle, personne n’avait honte d’être riche, contrairement à maintenant, où nous devons nous cacher pour compter nos billets de mille. Pensons à Jim «Diamond» Fisk, qu’on surnommait le «roi du tape-à-l’œil» : il était gros, il était voyant, il parlait fort et adorait le clinquant. Chaque jour, il paradait dans les rues de New York en carrosse tiré par trois chevaux blancs et trois chevaux noirs, avec deux cochers noirs habillés de blanc et deux cochers blancs habillés de noir. Ça amusait le peuple, qui se trouvait bien chanceux de trimer jour et nuit et d’envoyer ses enfants à l’usine pour soutenir le mode de vie de ces êtres pourtant vils et pervers. Évidemment, nous rions aujourd’hui de cette ère révolue où les milliardaires faisaient vulgairement étalage de leur fric, mais il faut bien admettre que nous n’avons plus grand-chose à nous mettre sous la dent pour nous consoler de nos malheurs – à part les galipettes spatiales d’un roi de la grimace ou l’apparition à la télé du triste sire à la face longue qui fait craquer son visage d’un sourire lorsque l’autobus de l’Académie démarre après une soirée d’infopub chantée à la gloire de ses entreprises.

Pour finir, ayons une pensée pour les miséreux du XIXe siècle. Il n’était pas rare de croiser, à cette époque, des gens puants et en haillons qui vivaient carrément dans la rue, même l’hiver. Ils subsistaient de peine et de misère en ayant recours à la mendicité et aux petits larcins et devaient s’intoxiquer régulièrement pour arriver à tolérer leur triste sort. Personne ou presque ne levait le petit doigt pour eux, car on les considérait comme des impies, des vicieux et des pécheurs – ce qu’on appelle communément aujourd’hui des «malades mentaux désinstitutionalisés aux prises avec des problématiques sociétales multiples». Quant à ceux qui travaillaient, leur sort était guère enviable: leur espérance de vie était moindre que celle des riches, ils pouvaient être congédiés à tout moment, perdaient leurs fonds de pension suite à des manœuvres financières douteuses de leurs maîtres et contemplaient la possibilité de se consacrer à l’esclavage salarié jusqu’à ce que leur corps, rongé par l’arthrite, les confine au rejet social et à l’isolement. Ce n’est pas de nos jours que de telles horreurs pourraient se produire – oh non madame!

Un pauvre de 1871 (probablement, puisque la photo est sépia…)

Bref, renseignez-vous un peu, au lieu de vous plaindre. Contrairement au XIXe siècle, nous vivons à une ère de progrès technologique où tout le monde, grâce à internet et aux communications, et surtout en y mettant un peu d’effort, peut réussir socialement et atteindre la prospérité. Alors déconnectez-vous d’internet et retournez balayer le plancher, bande de fainéants!

Oraison funèbre du nationalisme québécois

Samedi 10 septembre 2011

D’abord le Bloc Québécois qui se fait laminer. Ensuite, le PQ qui implose et offre le spectacle pitoyable de nationalistes qui s’entredéchirent autour de concepts byzantins comme celui de gouvernance souverainiste (wtf ?), sous le regard à peine inquiet d’une population qui visiblement n’en a rien à branler. Finalement, le beige François Legault — dont le charisme et la stature avoisine celui d’un comptable sur les valiums — qui grimpe dans les intentions de vote en proposant un programme électoral aussi original et novateur que celui de l’Union nationale en 1960. Si ça continue comme ça, je sens qu’on va nous ramener l’autonomie provinciale, l’électrification rurale, la loi du cadenas et les pensions pour mères nécessiteuses.

Inutile de se leurrer davantage. On s’en doutait depuis longtemps, mais la Révolution tranquille est définitivement morte. Il est donc temps de récupérer ce que l’on peut de sa carcasse pourrissante — ce que je m’empresse de faire, en bonne charognarde que je suis.

Piscis Aprilis

Vendredi 1 avril 2011

Je vous offre ce matin le recueil des mes Sirventès, en format pdf, même s’il se termine pour le moment en queue de poisson.

Le microcosme

Vendredi 25 mars 2011

(Réflexions matinales suite à une nuit passée à relire Max Stirner, que je plagie de façon éhontée)

Depuis qu’un de mes amis est en prison — vous allez me dire que j’ai de bien mauvaises fréquentations et vous aurez en cela parfaitement raison, après tout vous fréquentez mon blogue, n’est-ce pas — je disais donc depuis qu’il est en prison, je ne cesse de constater à quel point cette institution est un microcosme, un concentré de la société qui la créé et la porte en son sein.

Je relisais L’Unique et sa propriété et voici ce que Stirner, en substance, avait à dire sur le sujet. La prison crée une société, une sorte de communauté, et cette société est essentiellement basée sur le partage d’un espace commun. La prison est un espace particulier défini par ses habitants — une prison ne l’est que parce qu’elle détient des prisonniers, car sinon, elle ne serait qu’un simple bâtiment froid et laid. La prison définit les prisonniers et ce sont les prisonniers qui font de l’espace une prison.

Qu’ont en commun tous les individus qui sont réunis dans son enceinte? Le fait d’avoir commis un crime? Les fautes qui leurs sont imputées sont si diverses, allant du vol au meurtre, en passant par la fraude, le viol et la désobéissance civile, qu’il faut vraiment avoir le cerveau pervers d’un juriste pour le croire. Ce qu’ils ont en commun, c’est essentiellement la prison, puisque c’est la prison qui fait d’eux des prisonniers.

Qu’est-ce qui détermine le mode de vie de la société carcérale? La prison, aussi, de toute évidence. C’est elle qui détermine aussi les relations des prisonniers entre eux. Ils peuvent, bien sûr, entrer en relation entre eux en tant que prisonniers, dans les strictes limites que leur imposent les règles de la prison. Mais deux prisonniers interagissant en oubliant qu’ils sont des prisonniers est une menace fondamentale pour la prison, qui surveille les comportements des détenus pour se prémunir contre toute interaction purement égoïste entre eux. Que les prisonniers s’unissent pour accomplir des tâches, faire fonctionner des machines, prendre des repas en commun, tout cela n’est pas un problème — la prison se charge même de faciliter les relations entre eux dans ces conditions. Mais lorsqu’ils oublient qu’ils sont prisonniers et qu’ils entrent en relation entre eux en tant qu’individus, la prison est directement menacée et intervient dès qu’elle le peut. C’est ainsi qu’il faut comprendre l’isolement carcéral, cette punition assimilable à une forme de torture où le prisonnier n’a aucun contact avec aucun autre individu à l’exception du personnel carcéral — autrement dit, de la prison elle-même.

Le fait d’être prisonnier est donc une condition établie et sacrée dans une prison. Porter atteinte à cette identité est impitoyablement réprimée. La moindre incartade est sévèrement punie, comme est punie en général toute atteinte envers ce qui est sacré, envers ce qui nous enchaîne, nous, pauvres humains.

Bref, la prison forme une société, une communauté, mais sans association, sans relations humaines, sans union. Toute association réelle d’individus dans l’enceinte d’une prison est le germe d’un dangereux complot qui pourrait menacer cette institution. Voilà pourquoi agir comme un individu y est intolérable.

Personne n’entre en prison volontairement. Personne ne reste prisonnier volontairement. Bien au contraire : nous chérissons tous notre désir égoïste de liberté, et ce désir non seulement s’oppose à la société carcérale, mais tend à sa dissolution. Parce que si tous les prisonniers s’évadent et sortent de prison, il ne reste plus qu’un  bâtiment froid et laid.

Rares sont les prisonniers qui veulent changer la couleur des murs, la texture des barreaux des cellules, la coupe des uniformes des geôliers. Certains aimeraient bien être mieux nourris, avoir le droit d’être visités par leurs proches et pouvoir faire plus d’exercice. Tous désirent ardemment ne plus être en prison et cesser d’être prisonniers.

À l’intérieur comme à l’extérieur de la prison.

Cynisme

Mercredi 2 février 2011

Un jour qu’il se branlait sur la place publique, Diogène de Sinope s’écria: « Plût au ciel qu’il suffît aussi de se frotter le ventre pour ne plus avoir faim. »

Deux mille trois cent ans plus tard, il n’en tient qu’à nous d’exaucer ses vœux et de transformer l’économie en sexualité.

Avorton

Samedi 22 mai 2010

Le cardinal Ouellet a raison de dénoncer la culture de la mort qui sévit au Québec. Je suggère d’ailleurs qu’on commence par retirer des lieux publics toutes ces statues morbides représentant un homme cloué qui agonise au bout de son sang.

(Visitez le site gentiment blasphémateur de la peintre Dana Ellyn)

Cynique? You bet!

Samedi 17 avril 2010

Au Québec, les deux dernières semaines politiques furent fertiles en I told you so moments. D’abord, le budget du ministre Raymond « faisons payer les pauvres parce que les riches, ça n’existe pas » Bachand. Ensuite, l’ex-ministre de la Justice qui lance un pavé dans la belle mare d’eau corrompue (je sais, c’est un jeu de mots minable, mais c’est plus fort que moi). Sans oublier Patapouf qui, piqué à vif, lance une commission d’enquête sur un problème imaginaire comme on lance un sac de sable lorsqu’on navigue sur une montgolfière qui se dégonfle.

Dans ces conditions, comment se surprendre que le gouvernement Charest soit un des plus impopulaires — sinon le plus impopulaire — depuis la confédération? Comment se surprendre que la population exprime dans les sondages son ras-le-bol non seulement envers le parti libéral, mais envers l’ensemble de la classe politique?

Ce qui personnellement me scandalise, ce n’est pas tant les agissements du gouvernement — car, bien honnêtement, je ne pense pas qu’on puisse s’attendre à beaucoup mieux de n’importe quel gouvernement, si ce n’est un meilleur camouflage de leurs magouilles. Non, ce qui me choque, ce sont plutôt les pleurs de tous ces journalistes, de tous ces commentateurs qui s’inquiètent du cynisme de la population. « Les gens sont cyniques… le taux d’abstention sera élevé aux prochaines élections… la démocratie sera en danger… il faut que les gens aient confiance en leurs institutions… » et patati, et patata. Vous allez me dire que ce faisant, ils jouent leur rôle de chiens de garde de la démocratie — c’est-à-dire de l’ordre établi — et vous aurez parfaitement raison. N’empêche : je me demande bien en quoi c’est un problème d’être cynique.

Prenant pour acquis qu’on ne se réfère pas à Antisthène et Diogène, et si je me fie à mon Petit Bob, le sens courant du mot « cynique » est « qui exprime ouvertement et sans ménagement des opinions qui choquent le sentiment moral ou les idées reçues, souvent avec une intention de provocation ».

Si c’est bien de ce cynisme-là dont on parle, il est à peu près temps que nous le devenions. Car s’il est une idée reçue dont nous devons nous débarrasser, c’est bien celle que la corruption n’est qu’une maladie passagère qui se règle en changeant périodiquement le personnel politique. Il est à peu près temps que nous prenions conscience que la corruption, le favoritisme et l’entretien des clivages sociaux sont au cœur même de l’institution étatique, quelque soit le type de gouvernement qui le gère, qu’il soit de gauche ou de droite, qu’il soit dictatorial ou démocratique. Il est temps de comprendre que ce que nous appelons « démocratie » n’est qu’une façon de donner de la légitimité populaire à une institution qui dans les faits ne repose que sur la violence.

Au cœur de l’État se trouvent la violence, l’exploitation, la corruption et le privilège. Ajoutez-y la démagogie et la partisanerie et vous obtiendrez une démocratie. Vous trouvez cela cynique? Dites-vous que le cynisme est préférable à l’aveuglement.

Les économistes, ça n’existe pas

Mercredi 7 avril 2010

Je suis moins conne que j’en ai l’air : quand on m’explique lentement, avec des mots de moins de trois syllabes, je finis toujours par comprendre. J’en veux pour preuve l’interview que Pierre Fortin et Claude Montmarquette (que je surnomme affectueusement « L’ÉcoMomie » à cause de son teint de pêche) ont si gracieusement daigné accorder à Christiane Charette ce matin.

J’ai appris un tas de choses, notamment qu’il n’y a pas de riches au Québec. Les riches, c’est quelque chose qu’on trouve aux États-Unis — ou peut-être en Ontario et en Alberta, à la rigueur. Les riches, on le sait, portent des chapeaux haut-de-forme et des moustaches en guidon. Vous avez déjà vu un riche ailleurs que sur une planche de Monopoly? C’est bien la preuve que ça n’existe pas. Dans ces conditions, inutile d’espérer financer les services publics avec l’argent des riches; j’ai moi-même déjà essayé de payer mes pois chiches en boîte avec de l’argent de Monopoly et ça ne fonctionne pas du tout. J’avais donc tort de croire que le dernier budget du gouvernement Charest favorise les riches, puisqu’ils sont comme le monstre du Loch Ness : mythiques et introuvables.

J’ai aussi appris que les entreprises privées, ça n’existe pas. Idiote que j’étais, je croyais que l’économie était dominée par des corporations transnationales. Nenni! Les entreprises, c’est vous, c’est moi, c’est monsieur Rivard qui vend des chips dans son dépanneur, c’est madame Bigras qui retire de l’argent de sa caisse de retraite, c’est Steve le squeegee au coin de la rue qui après tout, est un travailleur autonome et donc, ipso facto, une entreprise à lui tout seul. Si on taxe une entreprise, qu’est-ce qu’elle va faire? Elle va refiler la facture à ses clients, elle va couper les salaires de ses employés. Ou alors, elle va quitter le Québec — probablement pour rejoindre les riches dans leur royaume féérique et magique. Qui alors paierait pour les pubs rigolotes qui nous divertissent tant pendant le téléjournal?

Jeu idiot de la semaine: trouvez le riche et gagnez un voyage aux îles Caïman.

Mieux : j’ai enfin compris que l’évasion fiscale, c’est une affaire de pauvres et de travailleurs. Ce sont les crottés qui font des jobines au noir qui fraudent le fisc et ils le font par manque de sens civique, voire de sens moral. On doit, comme l’a dit l’ÉcoMomie, « faire la chasse aux bandits », mais seulement quand le coût en vaut la peine — autrement dit, il ne faut pas essayer d’aller chercher l’argent que les riches (qui n’existent d’ailleurs pas) ont planqué dans des paradis fiscaux, ces îles lointaines et magiques où il fait si chaud que le fonctionnaire n’arrive pas à mettre un pied devant l’autre pour se rendre jusqu’à la banque. Le billet d’avion coûterait trop cher et puis le fonctionnaire risquerait de ne plus jamais revenir.

Bref, c’est Jacques Dofny et Marcel Rioux qui avaient raison (même s’ils étaient marxistes, beurk, ouache, caca) dans les années soixante lorsqu’ils disaient que les Québécois sont tous pareils et qu’ils forment une classe-ethnique. Sauf qu’au lieu d’être tous des « prolétaires luttant pour leur libération sociale et nationale » (lol, lol et lole) nous sommes tous des « contribuables de la classe moyenne qui doivent lucidement contribuer au risque de leur santé à la santé des finances publiques » et assurer la compétitivité des entreprises québécoises (qui n’existent pas) sur la scène internationale (l’endroit où se trouvent les riches).

J’ai eu ma leçon : dorénavant, je me renseignerai auprès des autorités crédibles et compétentes avant de dire des âneries. Tiens, la prochaine fois, je demanderai à Mgr Marc Ouellet quelle est la meilleure façon de lutter contre le sida et la pédophilie, je suis certaine qu’il me dira quelque chose de génial, comme « les pédophiles, ça n’existe pas » ou « le sida, c’est vous, c’est moi ».

Carnet du printemps

Mardi 16 mars 2010

L’arrivée du printemps m’a soudainement donné envie de revenir ventiler ma hargne sur ce blogue. Il faut dire que l’actualité, ces dernières semaines, fut particulièrement difficile à supporter pour une fille qui comme moi a fait vœu de flegme et de sérénité en tout temps.

Vous vous demandez sûrement ce que j’ai fait tout ce temps — mis à part me faire baiser par tous les orifices, ce qui constitue il faut bien l’avouer l’essentiel de mes préoccupations quotidiennes. J’ai beaucoup écrit, surtout un petit texte intitulé La conférence interrompue que je vous invite à télécharger en format pdf (et accessoirement, à lire). J’y parle d’anarchie, d’individualisme, de changement social… et aussi un peu de fesses; on ne choisit hélas pas ses obsessions.

Toujours est-il que le printemps est difficile pour les syndicats. D’abord les syndiqués de la fonction publique, qui se sont fait subtilement fait dire par tout ce qui détient un phd en économie que l’heure est à percer un nouveau trou dans sa ceinture pour la serrer encore un peu plus. Ça va finir en loi spéciale, je peux le lire dans les entrailles des poulets. Ensuite la FTQ qui décidément récolte en ce moment ce qu’elle a semé à force d’être copain-copain avec la pire pègre du Québec — le patronat et les politiciens. Finalement le SPQ-Libre qui se fait gentiment montrer la porte de sortie du PQ à grands coups d’escarpins dans l’arrière-train, ce qui confirme la mort longuement annoncée de l’entrisme de la gauche syndicale dans ce PQ qui n’a jamais été une seule seconde depuis sa fondation un parti des travailleurs.

Ne me méprenez pas, je n’ai aucune sympathie pour les goons de la FTQ construction ou pour les fantasmes nationalistes de Marc Laviolette. Mais force est de constater que le balancier ne penche plus vers la droite : on l’y a carrément collé avec de la super glu.

Je me demande bien pourquoi tous ces charmants hystériques de droite qu’on entend de-ci de-là sur toutes les ondes — sans exception — ne cessent de se plaindre. À les écouter, le Québec serait une enclave rouge dirigée par un lobby socialo-syndicaliste-go-go-gauche tout puissant qui sape les fondements de la civilisation occidentale en imposant des cours d’histoire des religions à l’école, la garderie pour les fœtus et la burqa dans les bureaux de vote. C’est dire à quel point l’idéologie rend l’homme semblable à la bête et parfois même le fait mourir…

Les gens de droite aiment bien surestimer leurs adversaires*, ça leur donne l’occasion de se présenter comme les victimes qu’ils n’ont jamais été en plus de passer pour des révolutionnaires qui bouleversent un ordre établi qui n’existe que dans leur tête — alors qu’ils sont en réalité les défenseurs du statu quo. Et les gens de gauche aiment bien se faire surestimer, ça leur donne l’impression que ce qu’il pensent et disent compte vraiment et surtout est pris vraiment au sérieux, ce qui évidemment n’est pas le cas.

La plate réalité est que le spectre idéologique des partis politiques au Québec va de la droite à la droite, et ce, sur tous les sujets qu’on puisse imaginer. Je vous entends dire : « et Québec Solidaire? », mais vous avouerez que l’influence de ce parti se limite à être un repoussoir médiatique pour illustrer les dérives intellectuelles du communisme-rouge-fémino-totalitaire. Les autres partis se positionnent dans la niche qu’ils considèrent la plus rentable électoralement et puisque tout ce qui est électoralement rentable est médiatiquement déterminé, les partis politiques finissent par tous dire la même chose.

La politique partisane n’a qu’une seule qualité : celle d’être — à l’occasion — distrayante. Mais de là à dire qu’elle porte à conséquence… l’État a ses raisons qu’il impose de façon hégémonique sur les partis politiques qui n’ont d’autre choix s’ils ne veulent pas être marginalisés que d’offrir une variante légère du programme de leurs adversaires.

Quant aux anars, ils ne sont vraiment pas mieux barrés en ce moment. Je me suis mise récemment à fréquenter les médias privés de ma région et j’ai fait le constat navrant, mais hélas peu surprenant, que le mot « anarchiste » est en voie de détrôner le mot « terroriste » (qui lui-même avait remplacé « communiste » au début de la décennie 2000) comme épithète générique pour qualifier l’ennemi public, le fauteur de désordre, la menace à la cohésion sociale, bref, le mal à éradiquer. Un exemple : le restaurant parlementaire a servi la semaine dernière du phoque pour appuyer les chasseurs des Îles-de-la-Madeleine. Pendant le repas, des militants de PETA manifestaient. « Des anarchistes », commenta platement un animateur de la radio locale, sur un ton dégoûté. Peut-être suis-je d’une ignorance crasse, mais j’étais convaincue que c’était des animalistes dont le programme n’a rien à voir avec l’anarchisme. Faudrait avertir Paul McCartney et Brigitte Bardot qu’ils sont maintenant des disciples de Bakounine, au cas où ils l’ignoreraient.

Le même taouin a d’ailleurs fait l’éloge ce soir des agents provocateurs de la police lors des manifestations, parce que les « agents de la paix savent que les manifestations sont noyautées par des anarchistes et des punks à cagoule » et que ça ne peut « que déborder », alors « mieux vaut déclencher la violence tout de suite pour que la job soit terminée rapidement et qu’on soit tous à la maison à temps pour souper ». Bravo à lui et à toute son équipe, car jamais la réalité du pouvoir n’a été aussi clairement exposée. Il mérite décidément un doctorat honoris causa de l’Institut économique de Montréal.

Et j’allais oublier ce gentil chroniqueur qui sévit dans un quotidien gratuit anglophone publié par Quebecor, un populiste de droite (y en a-t-il d’un autre genre dans l’empire Péladeau?) qui se plaignait mercredi dernier que les institutions culturelles fédérales ont été noyautées dans les années soixante-dix par « des intellectuels, des militants et des anarchistes » qui ont détourné leur mandat de faire la promotion de la culture canadienne au profit des minorités, ce qui a eu pour conséquence de remplir les musées d’art laid et gauchiste tout en assurant des emplois confortables et grassement payés à ces ennemis du bon sens et de l’ordre naturel.

Je lance donc un appel à tous les anarchistes qui sont hauts fonctionnaires au gouvernement fédéral. Contactez-moi de toute urgence, car je doute vachement de votre existence et j’aimerais, comme Thomas, glisser mon doigt dans vos plaies saignantes.

S’il y a un péché trop souvent commis par les anars — et je m’inclus dans le lot, car j’y ai succombé plus souvent qu’à mon tour — c’est bien celui de se complaire dans le radicalisme. Lorsqu’on ne cesse d’être marginalisé, il est tentant de jouer les puristes et de se présenter comme L’ Ultime Hyper Totale gauche à gauche de la gauche de la gauche de l’extrême gauche… alors qu’en réalité, c’est l’ordre social actuel qui est radical par son exacerbation de la domination hiérarchique, par sa violence, par sa folie meurtrière, par sa destruction de la vie même.

La propriété enfante depuis son invention surtout des pauvres et des exclus et bien marginalement des riches; elle a été le moteur du capitalisme, du colonialisme, du racisme et de l’industrialisme à outrance qui a étendu sa merde à la grandeur de la planète. Mais il est extrémiste — non, inconcevable — de songer à l’abolir, même si l’humanité pendant l’essentiel de son histoire a vécu sans elle et s’en portait beaucoup mieux.

L’État est au cœur même de toutes les abominations des cinq cents dernières années, des guerres aux massacres en passant par des génocides, mais il est extrémiste — non, inconcevable — de songer à l’abolir, même si encore une fois l’expérience humaine nous démontre qu’on vivrait beaucoup mieux sans lui.

Il est d’une tristesse indicible que de vivre dans une société ou le désir de vivre plutôt que de survivre est perçu comme de la subversion. Une société où remettre en question l’obligation de devoir se vendre — au rabais, de surcroit — pour avoir le privilège de survivre est accueilli comme un scandale. Une société où le désir de n’être déterminé que par ses propres désirs est considéré comme immoral et outrancier.

L’anarchie n’est pas radicale.

C’est le capitalisme qui est radical par son exploitation. C’est l’État qui est radical par son oppression. Ce sont les religions et les médias qui sont radicaux par leur bêtise. C’est la police et l’armée qui est radicale par sa violence. Désirer la chute de ces institutions de mort ne constitue en rien de l’extrémisme; je dirais plutôt que ce n’est qu’un simple soubresaut de lucidité — la vraie, pas celle de Lucien et ses petits amis — et un signe de santé mentale.

* Un exemple parmi tant d’autres : en 2008, le taux de syndicalisation au Canada était de 31%, alors que celui du Québec était de 39%, ce qui fait un gros 8% au dessus de la moyenne nationale. Avouez que ça ne prend pas grand-chose pour devenir une enclave rouge…

La casse féminine et réformiste

Dimanche 22 novembre 2009

Juste un mot pour porter à votre attention un article fort intéressant de Claude Guillon au sujet de l’origine de la stratégie de la casse lors des manifestations. Il semblerait que le pète-vitrine remonte en tant que stratégie militante aux suffragettes anglaises qui, oh surprise, étaient des femmes et des réformistes — contrairement aux messieurs de l’hyper-ultra-ultime gauche qui s’adonnent de nos jours à cette activité.

Citation:

«Action directe manifestement illégale, le bris de vitrines n’est pas nécessairement un symptôme (encore moins une preuve) de la radicalité du but poursuivi. En effet, si elles s’attaquent à une incontestable discrimination, les « suffragettes » ne contestent ni le système représentatif ni […] le système capitaliste. Elles cassent pour pouvoir intégrer le système à égalité avec les hommes. Il y a donc des casseurs et des casseuses réformistes.»

Du pète-vitrine au lèche-vitirne, il n’y a donc souvent qu’un pas…

La comparution de Félix Fénéon au Procès des Trente

Lundi 28 septembre 2009

J’ai souvent parlé de l’admiration que je porte à Félix Fénéon, journaliste, critique d’art et esthète du tournant du siècle (pas le nôtre, l’autre). Sympathisant anarchiste, homme à l’esprit vif et à la répartie impitoyables, c’est à lui et à ses Nouvelles en trois lignes que je dois l’idée de versifier des faits divers sur mon blogue.

FF

En 1894, Fénéon est arrêté, incarcéré et comparaît au fameux Procès des Trente en compagnie de militants anarchistes comme Sébastien Fauré, Jean Grave et Louis Matha. On l’accuse non seulement d’avoir produit de la propagande anarchiste, mais aussi d’avoir entretenu des liens d’amitié avec Emile Henry et d’avoir même trempé dans l’organisation d’un attentat, celui du restaurant Foyot.

Silencieux pendant presque toute la durée du procès, voici l’essentiel de son témoignage.

«Le Président Dayras. — Votre concierge affirme que vous receviez des gens de mauvaise mine.

Félix Fénéon.  — Évidemment: je ne reçois guère que des écrivains et des peintres…

Pr. — L’anarchiste Matha, lorsqu’il est venu à Paris, est descendu chez vous.

F. — Peut-être manquait-il d’argent.

Pr. — À l’instruction, vous avez refusé de donner des renseignements sur Matha et sur Ortiz.

F. — Je ne me souciais pas de rien dire qui pût les compromettre. J’agirais de même à votre égard, monsieur le Président, si le cas se présentait.

Pr. — On a trouvé dans votre bureau des détonateurs, d’où venaient-ils ?

F. — Mon père les avait ramassés dans la rue.

Pr. — Comment expliquez-vous qu’on trouve des détonateurs dans la rue ?

F. — Le juge d’instruction m’a demandé pourquoi je ne les avais pas jetés par la fenêtre au lieu de les emporter au ministère. Vous voyez qu’on peut trouver des détonateurs dans la rue.

Pr. — Votre père n’aurait pas gardé ces objets. Il était employé à la Banque de France et l’on ne voit pas ce qu’il pouvait en faire.

F. — Je ne pense pas en effet qu’il dût s’en servir, pas plus que son fils, qui était employé au ministère de la guerre.

Pr. — Voici un flacon que l’on a trouvé dans votre bureau. Le reconnaissez-vous ?

F. — C’est un flacon semblable, en effet .

Pr. —Emile Henry, dans sa prison, a reconnu ce flacon pour lui avoir appartenu.

F. — Si l’on avait présenté à Emile Henry un tonneau de mercure, il l’aurait aussitôt reconnu. Il n’était pas exempt d’une certaine forfanterie.

Pr. — Vous avez dit que vous croyiez que les détonateurs n’étaient pas des engins explosifs. Or , M.Girard a fait des expériences qui établissent qu’ils sont dangereux.

F. — Cela prouve que je me trompais.

Pr. — Vous savez que le mercure sert à confectionner un dangereux explosif, la fulminate de mercure ?

F. — Il sert aussi à confectionner des baromètres. »

Spectaculaire diffus

Dimanche 27 septembre 2009

Sa chatte entre deux cuisses fuselées
Sa chatte rose et humide
Sa chatte ornée de poils fins et frisés
Sa chatte s’entrouvre comme une fleur
Sa chatte embrassée, léchée et caressée
Sa chatte élastique autour du godemiché
Sa chatte frémissante au bout de la langue
Sa chatte en quadrichromie sur papier couché
Sa chatte au doux parfum de brise printanière
Sa chatte saine, naturelle et bonne au goût
Sa chatte reste fraîche à tout heure du jour
Sa chatte légère et feuilletée
Sa chatte riche et crémeuse
Sa chatte croustillante et délicieuse
Sa chatte ne bouche pas les pores de la peau
Sa chatte avec seulement sept grammes de matières grasses
Sa chatte à soixante-dix pourcent de cacao
Sa chatte recommandée par neuf dentistes sur dix
Sa chatte élimine la graisse et les taches rebelles
Sa chatte aide à réduire votre cholestérol sanguin
Sa chatte tue les germes causant la mauvaise haleine
Sa chatte en format jetable et hygiénique
Sa chatte révolutionnaire nouvelle et améliorée
Sa chatte à la fine pointe de la technologie
Sa chatte lave plus blanc que toutes les marques concurrentes
Sa chatte à vous pour douze paiements faciles de 29,95 $
Sa chatte en solde pour une durée limitée.

En direct de Gitinô

Jeudi 24 septembre 2009

J’habite un quartier rough and tough d’une ville dont je tairai le nom, histoire de ne pas nuire davantage à sa réputation. Dans cette ville, il y a une administration municipale plus ou moins semblable à celle de toutes les autres du Québec : beige, sans saveur aucune, un peu corrompue (mais pas trop), affairiste, pas trop pressée d’informer la population de ses décisions, fan de béton armé et de mobilier urbain néo-affreux pour parvenus tondeurs de pelouse. Cette administration se passionne pour un tas de trucs qui intéressent principalement ses seuls vrais commettants que sont la petite élite locale des commerçants, des promoteurs immobiliers et des autres brasseurs d’affaires plus ou moins louches : le développement urbain de type banlieusard avec des rues sans trottoirs, des Wal Mart et des Tim Horton’s en masse, le développement touristique axé sur les festivals et les rides de chemin de fer, l’exposure médiatique par l’appui inconditionnel à tous les p’tits gars et les p’tites filles qui participent à des émissions de télé-réalité.

Bref : une ville banale, ordinaire et comme les autres.

Comme toutes les villes du Québec, la mienne est depuis quelques jours en campagne électorale. Le maire sortant est à l’image de sa ville : sans saveur. Le seul vrai changement qu’il a fait pendant son administration fut de raser sa moustache. Ses adversaires lui ressemblent tellement qu’on serait portés à croire que la Zamboni de l’aréna municipale est en réalité une machine à cloner. Ce qui nous assure que les élections ne changeront rien à rien et que tout ira pour le mieux dans le meilleur des mondes, et ce, pour l’éternité et même au-delà.

Mais voilà, il y a un pois chiche dans la vaseline. Les habitants de cet Éden d’asphalte, de stucco et de préfini ne votent pas en assez grand nombre pour que le cérémonial électoral soit crédible. En 2005, moins de la moitié des électeurs inscrits se sont donné la peine d’aller scrutiniser l’urne dans l’isoloir — les jeunes ayant été les moins enthousiasmes à choisir un ou l’autre des notables ventripotents en lice, puisque moins du tiers d’entre eux ont daigné le faire.

Constatant que le péril est en la demeure et que notre belle démocratie municipale est menacée, les dynamiques militants de la Table jeunesse de la région ont lancé une offensive musclée pour inciter les jeunes à aller voter et ainsi donner la légitimité tant souhaitée à nos affairistes municipaux. Ils ont — tenez-vous bien — créé un site web au concept révolutionnaire. Son slogan : « Roger vote… et toi? ».

Rogers de tous les pays, UNISSEZ-VOUS !

Or, il se trouve que le fameux Roger est le sosie de mon voisin : même moustache, même casquette, même camisole, même poils sur le thorax, même expression un peu ahurie. La seule différence est son prénom (il s’appelle Marcel) et peut-être l’habitude qu’il a de me réveiller le samedi matin avec Dust in the Wind et Islands in the Stream qu’il fait jouer à tue-tête et en boucle en lavant son auto. Marcel est bruyant, mais sympathique : il m’appelle « ma p’tite médame » et donne des bonbons à Lou lorsque nous le croisons au parc où il va faire courir son sac à puces. Il a perdu son emploi à l’usine de pâtes et papiers où il travaillait depuis presque vingt ans et n’a pas beaucoup d’espoir de se retrouver un job avant la fin de ses semaines d’assurance-emploi.

« Roger » faisant partie de mes connaissances, je me demande vraiment où les blancs-becs de la Table jeunesse veulent en venir. Doit-on comprendre que les gens comme Marcel sont des imbéciles et qu’il faut donc aller voter pour compenser leur choix nécessairement irréfléchi? Ou doit-on plutôt comprendre qu’ils nous invitent à être aussi idiots que Marcel et aller voter? Peut-être veulent-ils tout simplement dire que Marcel, étant au chômage, a beaucoup de temps à perdre et que puisque les jeunes aiment aussi perdre leur temps, il serait bon pour eux de participer au scrutin au lieu de fumer des joints, se masturber ou voler des téléviseurs pour se payer de la drogne. Ce que je comprends surtout, c’est que ce qui importe réellement, c’est que Marcel et les jeunes aillent voter — non pas pour la justesse de leur choix, car après tout, elle n’a que très peu d’importance puisque tous les candidats sont identiques — mais surtout pour assurer la légitimité et la pérennité du système. Parce que, sincèrement, que ferions-nous sans administration municipale? Ce serait la chute de la civilisation, sans aucun doute.

J’en ai parlé à Marcel lors de ma promenade matinale et voici ce qu’il m’a répondu : «Ah oui? Ah… ben… Anyway, j’oublie toujours d’aller voter, fa que…». Une leçon à méditer pour notre belle jeunesse, qu’elle soit assise ou non à une table…

De la viande pour le Moulin

Vendredi 11 septembre 2009

La controverse au sujet du Moulin à paroles est si provinciale — non, paroissiale — qu’elle ne peut provoquer autre réaction que des ricanements cyniques. Y’a-t-il dans le monde un autre endroit que le Québec où la lecture publique appréhendée d’un texte qui date de presque quarante ans déclenche autant de panique?

(Vous me répondrez qu’en Arabie Saoudite ou en Chine ce genre de truc vous mène directement en prison, mais je vous ferai remarquer que les autorités le font sans panique aucune.)

Les organisateurs de l’événement répondent à leurs détracteurs que le manifeste du FLQ fait partie de l’histoire et doit être reçu comme tel. Je suis d’accord, mais je trouve qu’on devrait aller au bout de cette logique et lire d’autres textes qui complètent le tableau et donnent une vision plus exacte de l’histoire de notre province pays en devenir foyer national des Canadiens français colonie en marche vers sa libération ghetto folklorique en voie d’assimilation lieu de résidence.

Je croise donc les doigts dans l’espoir que les textes qui suivent se trouveront dans la liste qui sera rendue publique demain:

L’appel du sang par le chef fasciste et antisémite Adrien Arcand (1899-1967), le délire habituel des zélotes de la pureté de la race;

Le suffrage féminin, une série d’articles par Henri Bourassa (1868-1952), héros national et misogyne hardcore;

Pour la patrie, un roman d’anticipation du journaliste ultramontain Jules-Paul Tardivel (1851-1905) qui décrit un hypothétique Québec indépendant devenu une théocratie ultra-catho tout à fait intégriste;

L’infiltration gauchiste au Canada français par Robert Rumilly (1897-1983), qui considérait que les catholiques trop mollement fanatiques pavaient la voie à la bolchévisation de la province;

Pour le parti prolétarien, par «l’équipe du journal En lutte !» — en réalité l’ex-felquiste Charles Gagnon (1939-2005), converti au maoïsme et au fédéralisme — un texte qui a lancé l’aventure tragi-comique des ML au Québec.

Évidemment, ces textes vont à l’encontre de la vision d’un Québec moderne, pluraliste, tolérant, social-démocrate, ouvert sur le monde qui marche depuis deux cent cinquante ans vers son indépendance. Mais comme les organisateurs du Moulin à paroles l’ont dit, ils font partie de l’histoire et doivent être reçus comme tels — comme faisant partie de notre mauvaise conscience collective.

Oh, et j’ajouterais, pour faire contrepoids, La Transformation continuelle de Paul-Émile Borduas, la premier jet de Refus Global (qui sera très certainement lu) qui est plus explicitement anarchiste que la version finale — un fait qu’on oublie généralement de mentionner lorsqu’on célèbre le manifeste des automatistes comme «l’annonciateur de l’entrée du Québec dans la modernité».

On a la modernité (et la mémoire) très sélective, dans notre coin d’Amérique du Nord.

Ode au prolétariat organisé

Mercredi 19 août 2009

Un soleil radieux brillait de tous ses feux dans le ciel
Au dessus du Ceasar’s Palace de Las Vegas Nevada
En ce jour béni du 16 mai 1986 où les délégués
Du congrès de la Fraternité internationale des Teamsters
S’étaient assemblés pour acclamer leur président
Le gargantuesque et oléagineux Jackie Presser
Dont les cent quarante kilos et demi de graisse,
Assis dans un chariot doré de carton-pâte
Firent leur entrée dans la rutilante salle des congrès
Tirés par quatre Teamsters habillés en centurions d’opérette

Cette procession impériale donna le ton des délibérations
Où les délégués réélirent massivement leur empereur
Même si quelques jours à peine avant le début congrès
Son altesse sérénissime venait d’être formellement accusée
D’escroquerie et de détournement des fonds du syndicat
(Le fait que les délégués aient été nommés pour la plupart
Par l’auguste Jackie lui-même ayant facilité bien des choses.)

Toutes les motions soumises par l’opposition furent ainsi défaites
Dont celle de ramener le salaire annuel du Guide Suprême
De cinq cent mille dollars à cent mille dollars par année
Sam Theodus, le candidat défait à la présidence
Qui ne reçut que vingt-quatre minuscules petites voix
Fut soumis à la longue torture d’un vote nominal de quatre heures
Où les mille sept cents délégués se levèrent un à la suite de l’autre
Pour japper bruyamment leur appui au commandeur des croyants.

Le congrès se termina sur une note sublimement macabre
Alors que les délégués rendirent hommage à Jimmy Hoffa
Disparu depuis onze ans, en lui faisant l’honneur
D’amender la constitution du syndicat pour lui assurer
Un poste de président émérite et de grand timonier à vie
Juste au cas où il daignerait réapparaître devant ses fidèles.


Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.

Joignez-vous à 27 followers