Archive pour la catégorie ‘Crise de larmes’

Méfiez-vous des vendeurs de bonheur social

Samedi 2 juin 2012

Ni d’un parti, ni d’un groupe.

Endehors.

Nous allons – individuels, sans la Foi qui sauve et qui aveugle. Nos dégoûts de la Société n’engendrent pas en nous d’immuables convictions. Nous nous battons pour la joie des batailles et sans rêve d’avenir meilleur. Que nous importent les lendemains qui seront dans des siècles ! Que nous importent les petits neveux ! C’est en dehors de toutes les lois, de toutes les règles, de toutes les théories — même anarchistes — c’est dès l’instant, dès tout de suite, que nous voulons nous laisser aller à nos pitiés, à nos emportements, à nos douceurs, à nos rages, à nos instincts — avec l’orgueil d’être nous-même.

Zo d’Axa, «Nous», L’En Dehors, 1896

P.S.: Vous n’êtes que des poires.

Sirventès 3.0

Samedi 28 avril 2012

Si je me fie à une source hautement avisée, le sirvente (ou sirventès, ou serventois) est «un poème à caractère satirique, politique ou moral que chantaient, en langue d’oc, les troubadours d’Occitanie des xiie et xiiie siècles».

C’est aussi le nom que j’ai donné à mes poèmes lorsqu’ils parlent d’autre chose que de mes fesses et de l’usage que j’en fais, seule ou en groupe. Je viens d’en mettre à jour le recueil qui en compte maintenant une trentaine; c’est en pdf, alors n’hésitez pas à le télécharger, votre ordinateur ne sera pas jaloux de votre liseuse. Il y en a même un qui a été mis en musique par Rodrigue – celui-là même qui vient de lancer le clip de Regrets, une chanson dont j’ai écrit les paroles.

À ce sujet, je me rends compte que je parle beaucoup mieux d’anarchie, de liberté et de toutes ces choses fatikantes quand je le fais en vers, ou alors sous forme de texte satirique. J’aurais bien aimé être une théoricienne géniale, mais force m’est d’admettre que je ne touche à la grâce que lorsque je me laisse posséder par mes émotions et par mes pulsions. C’est triste, mais c’est comme ça.

L’école n’éduque pas

Jeudi 22 mars 2012

(Un graffiti laissé sur le boulevard des Allumettières à Gatineau, suite à une manif étudiante.)

L’orthographe et la pensée critique s’apprennent dans les livres et la révolte s’apprend dans la rue.

Le Mat

Jeudi 8 mars 2012

Prenez un jeu de tarot
Étendez-le sur la table
Retirez-en l’arcane
Appelé le Mat


Puis, montrez-le
Aux prud’hommes
Aux croquants
Aux femmes sensées
Aux hommes de bien
Et ils s’exclameront:
«C’est un poète
Un fou
Un vagabond
Un ivrogne
Un sauvage
Un désœuvré
Une femme à barbe
Une sale gosse
Une pauvresse
Une jouisseuse
Une ratée
Une exclue
Une fouteuse de merde»

Mais vous et moi
Qui savons regarder
Sourirons d’un air complice
Et dirons en aparté:
«C’est un sage
C’est un révolté
C’est un anarchiste»

Le mat est la rage d’exister
La joie folle de vivre
Le saut dans l’inconnu
Dans l’imprévisible
Dans le chaos
Immémorial et éternel

Le mat a un nom
Mais pas de numéro
On ne sait trop où le placer
Parmi les autres cartes
Il est inclassable
Irréductible à toute
Catégorisation

C’est l’en-dehors
Celui qui n’est
Ni maître, ni esclave
Qui ne suit pas le troupeau
Et qui ne le dirige pas

Il est l’énergie originelle
Sans limites
L’impermanence
Et la transformation perpétuelle

Le mat avance
Il marche en marge
Sans appartenance
Sans nationalité
Hors la cité
Hors la loi
Hors la morale
Etranger à la décence
Et aux usages convenus

Une bête a déchiré son froc
Elle le pousse avec ses pattes
Sous les vertèbres coccygiennes
Sur le périnée
Le chakra mûlâdhâra
Le centre nerveux qui concentre
Toutes les influences de la terre

La bête est derrière lui
La bête le pousse
Sa nature animale
Ses désirs
Le projettent en avant

Sa liberté
Est réalisation de ses désirs
Réalisation de sa nature
Un devenir sans entrave
De ce qu’il est
Fondamentalement

Le mat est un nomade
Il tient le bâton du pèlerin
Son chemin est à la fois
Unique et multiple
Il est vivant, organique
Insécable comme un flot qui coule
Comme un flux qui roule
Comme un fleuve qui gronde
Et qui rejoint l’océan ineffable

Le mat marche sur cette voie
Illimitée, indéfinie et indéterminée
De laquelle naît sans cesse
L’infinité des êtres
Sur cette réalité toujours variable
Qui ne cesse d’être remaniée
Composée et recomposée
Et sur ce chaos aveugle des forces
Et des puissances
Sur cette voie qu’on appelle
Tao, apeiron, anarchie
Qui est à la fois le réel et le possible
La réalité de tous les possibles.

Étudiants, encore un effort si vous voulez favoriser l’accès à l’éducation

Jeudi 1 mars 2012

Ceux et celles qui lisent mon petit blog savent que je m’abstiens, la plupart du temps, de commenter les mouvements de revendication. Il se trouve que je suis une romantique incurable que le spectacle plein de grâce et de beauté d’émeutiers lançant des roches aux flics, de rues barricadées et de banlieusards pestant parce que le pont est bloqué comble de bonheur, quelque soit la nature des revendications des révoltés qui, ma foi, restent bien accessoires – je reste même persuadée que moins il y a de demandes, mieux c’est. Et puis, qui suis-je pour faire la leçon à quiconque? Je ne suis pas un prof moi (du moins, je ne le suis plus).

Je suis toutefois un peu agacée par la rhétorique démocrate, bien pensante et larmoyante des porte-paroles attitrés du mouvement étudiant. À les écouter, c’est un droit inaliénable que d’avoir accès au système scolaire et à fortiori à l’université. Un droit? Vraiment? Si on s’y attarde moindrement, on constate que la scolarisation n’est pas un droit, mais plutôt une contrainte, une obligation. Poursuivre volontairement son endoctrinement à la fac, ce n’est que prouver à tous que la petite école a fait du bon boulot. Dans ces conditions, ne pas avoir à subir l’endoctrinement scolaire devrait être perçu comme une libération et non comme une atteinte à ses droits humains fondamentaux.


Étudiants du cégep et de l’université, si ce que je m’apprête à vous dire vous semble énorme, stupéfiant et inouï, c’est que la douzaine d’années de scolarité que vous avez subies a fait son œuvre. Ce que je vous dis, c’est qu’en luttant contre la hausse des frais de scolarité, vous luttez pour la préservation de l’institution scolaire et non pour l’accès au savoir. Vous luttez donc pour la perpétuation des mécanismes du pouvoir, de la domination et de l’inégalité sociale. Ce que je vous dis, c’est que l’école et l’université sont des rouages de l’ordre établi qui n’ont que marginalement à voir avec l’éducation. Ce que je vous dis est bien simple : ce n’est pas la gratuité scolaire de la maternelle à l’université qu’il nous faut, c’est l’abolition de l’école, du jardin d’enfants aux études postdoctorales.

(Je tremble moi-même un peu, toute anar que je suis, à la lecture de ces dernières phrases. Car après tout, si je suis une décrocheuse, je reste une drop-out tardive. Comme je comprends moins vite que la majorité des jeunes du Québec, je n’ai abandonné mes études qu’en cours de rédaction de ma thèse de doctorat, ce qui démontre que ce n’est pas au nombre de diplômes qu’on évalue la lucidité et l’intelligence d’un individu. Pourtant, j’aurais dû me réveiller beaucoup plus tôt : mes diplômes en philosophie et en histoire ne valent strictement rien dans le système d’esclavage à temps partiel communément appelé «marché du travail» et les connaissances que j’ai acquises dans ces deux domaines ne proviennent que très marginalement des cours que j’ai eu le malheur de subir. N’empêche, on n’échappe pas facilement au conditionnement qui nous est imposé dès l’âge tendre et je ne fais pas exception à la règle.)

Le seul vrai succès historique de l’école est d’avoir fait reculer l’analphabétisme. Et encore, c’est un succès très mitigé : selon la fondation pour l’alphabétisation, 49% des Québécois sont analphabètes ou ont de trop faibles compétences en lecture pour accomplir les tâches élémentaires de leur vie courante. Alors soit que l’école ne fait pas son travail, soit que l’école ne sert pas vraiment à transmettre des connaissances – et j’ai tendance à choisir cette seconde option. Car même les écoles les plus libérales restent… des écoles, c’est-à-dire des lieux où l’on transforme des individus en citoyens, en consommateurs, en main d’œuvre – autrement dit, en simple marchandise. Toutes les écoles, qu’elles soient privées ou publiques, catho ou alternatives, sont des lieux où on apprend le conformisme et l’obéissance. Et la cour d’école et le gymnase participent autant que la classe à ce processus, particulièrement pour les garçons qui y apprennent l’esprit grégaire et la soumission au chef de meute.

Née avec l’industrialisation, l’école moderne fonctionne comme une usine. Elle a évidemment comme but de donner aux individus les habilités élémentaires en lecture et en calcul pour qu’ils puissent comprendre ce qu’on attend d’eux dans le contexte du travail et mettre en application les procédures de production. Mais encore plus important, elle instille dans l’esprit des jeunes la discipline qui est nécessaire au travail: comment adapter son cycle de sommeil et l’heure de réveil pour se plier aux exigences du boulot, comment arriver à l’heure, apprendre à contrôler ses sphincters pour aller aux toilettes uniquement aux moments prévus à cet effet, bref, savoir être un esclave à temps partiel capable d’autodiscipline. Enfin, l’école a pour mission d’inculquer le respect de l’autorité et pousse l’élève à adopter un comportement hiérarchique de respect envers ses supérieurs et de condescendance méprisante envers les subalternes.

Voilà l’essence même de l’école : transformer l’individu en élément «utile à la société». Le jeune y apprend à être un bon citoyen, c’est-à-dire à aller voter, à payer ses impôts, à aimer sa patrie et à respecter la loi. L’école produit des êtres passifs et obéissants : des consommateurs, des spectateurs, des contribuables. Et surtout, elle produit des individus cruellement en manque… d’éducation.

Dans ces conditions, comment se surprendre que 20% des jeunes enseignants québécois abandonnent leur profession au cours des cinq premières années suivant leur insertion sur le marché du travail? On leur bourre le crâne à l’université sur la noblesse de leur mission, puis on les jette dans une classe en leur demandant de faire le sale boulot d’endoctrinement et de discipline des corps qu’exige le capitalisme. Il n’y a que les saints et les individus les plus médiocres qui tiennent le coup – et nous savons tous d’expérience, pour avoir usé notre fond de culotte sur les bancs d’école, que les profs minables sont vachement plus nombreux que les saints.

Bref, l’école, du primaire à la fin du secondaire, n’est rien de bien plus d’une institution de contrôle servant à domestiquer les jeunes. Et que penser de l’université?

Quiconque a fréquenté l’université sait qu’elle n’est que très marginalement un lieu d’apprentissage. L’enseignement y est médiocre, surtout parce que les professeurs y sont recrutés à partir de leur habilité à récolter des subventions et des contrats de recherche et non pour leurs dons de pédagogues. S’ils savent faire autre chose que réciter sur un ton monocorde leurs notes de cours en classe, cela tient de l’accident fortuit et n’a aucun impact sur l’avancement de leur carrière. Les étudiants qui veulent véritablement apprendre doivent souvent le faire à l’insu, voire malgré leur professeur qui a d’autres choses à faire, comme par exemple rédiger des projets de recherche, gérer son laboratoire et surtout pondre son quota annuel d’articles savants pour satisfaire le recteur.

Cette obsession de la recherche est facile à comprendre lorsqu’on sait que l’université est un moyen pour l’entreprise privée d’externaliser ses coûts de recherche et de développement et de la formation de la main-d’œuvre. La recherche, c’est long, c’est coûteux et ce n’est pas rentable. Former des employés aussi, alors mieux vaut demander à l’État et aux individus d’en payer les coûts via les universités, quitte à en financer une petite partie – car c’est toujours chic d’avoir son nom gravé sur une plaque de bronze vissée à la porte d’une salle de classe. Autrement dit, lorsqu’on augmente les frais de scolarité, on fait faire porter aux étudiants une part supplémentaire du fardeau de ces deux intrants, ce qui permet aux entreprises de mieux dégager des profits. Et qu’est-ce que les étudiants en retirent? Pour la plupart d’entre eux, une valeur accrue sur le marché aux esclaves, si la formation qu’ils paient chèrement est monnayable – ce qui, vous le savez, n’est pas toujours le cas.

Enfin, l’université est le vivier des élites de la société. Certaines professions se servent des études pour se protéger de l’accès de racaille et des gueux – la médecine, le droit et le génie en étant des exemples flagrants. Les cas d’ascension sociale par la fréquentation de l’université sont anecdotiques, mais assez fréquents pour entretenir la fiction d’une société méritocratique où grimper les échelons est possible si on y met les efforts. Plus fondamentalement, l’université produit les intellectuels organiques du capitalisme : des gens qui, comme le dit si bien Noam Chomsky, forment une sorte de prêtrise séculière, dont la tâche est de soutenir les vérités doctrinales de la société. Alors ceux et celles qui s’imaginent que l’université est la fameuse tour d’ivoire où des moines-savants se consacrent à avec abnégation à l’avancement de la science seraient priés de descendre de leur beau nuage tout blanc.

Étudiants, encore un effort si vous voulez favoriser l’accès à l’éducation. Vous êtes déjà dans l’enceinte de l’université, donc dans une position privilégiée pour la faire imploser. Investissez-la comme on investit une citadelle. Déscolarisez dès maintenant l’université et transformez-la immédiatement en véritable lieu de savoir et d’éducation. Boutez hors de ses murs les doyens, les recteurs, les garde-chiourme et ces pauvres types qui se disent professeurs et qui sont indignes de votre révolte, de votre soif de connaissances, de votre désir de vivre. Ouvrez grandes ses portes à tous ceux et celles qui ont cette soif, à tous ceux et celles qui respectent vraiment le savoir, c’est-à-dire qui le transmettent librement, comme le don précieux qu’il est.

Étudiants, encore un effort si vous voulez lutter contre l’ignorance, les préjugés et la soumission irrationnelle à l’autorité. Pensez aux plus jeunes générations, à tous ces enfants qui subissent en ce moment même le viol abominable de la fréquentation scolaire. L’horreur scolaire doit cesser. Il faut mettre fin aux conditions sociales qui la rendent possible. Vous êtes déjà dans les rues, profitez-en pour vous réapproprier ce que l’école vous a honteusement volé. Oubliez les cours, donnez libre cours à votre imagination, à vos désirs. Ne soyez pas accommodés, ne soyez pas satisfaits, ne soyez pas apaisés tant que vous n’aurez pas retrouvé le contrôle de votre propre vie, tant que la société dans son ensemble ne sera pas un lieu d’éducation et d’apprentissage perpétuel, du berceau à la tombe.

Tant que nous ne serons pas délivrés des chaînes qui nous clouent au sol.

Tant que nous ne nous serons pas maîtres et souverains de notre existence.

Quart d’heure de lucidité

Dimanche 9 octobre 2011

Ce n’est pas parce que j’écris continuellement, avec fébrilité, que je ne suis pas consciente de la futilité de cet exercice. Par exemple, je me demande souvent pourquoi j’écris autant au sujet de l’anarchie, de la danse de la vie, de la beauté féroce de l’érotisme, du chaos, des horreurs que la société nous fait subir. À priori, rien ne devrait me pousser à le faire : je n’ai aucun désir de convaincre quiconque, le prosélytisme me répugne et je n’ai rien à vendre. Je ne suis membre d’aucun parti, d’aucune secte et je n’ai donc personne à convertir, ni de carte de membre à fourguer.

Les idéologies m’indisposent, en particulier l’anarchisme qui pourtant est si proche de ma sensibilité. Je fréquente peu d’anarchistes; en fait, j’évite de me frotter aux militants et aux obsédés politiques de tout poil. J’ai souvent l’impression que les anarchistes sont des adeptes d’une variante millénariste du christianisme. Ils attendent la révolution qui accouchera de l’anarchie et comme la plupart des chrétiens, ils portent en eux l’urgence de répandre leur évangile et de convertir les païens à la vraie foi.  La liberté dont ils parlent semble aussi lointaine que le jugement dernier et le retour glorieux du Christ. Pis encore, la plupart d’entre eux sacrifient les miettes de liberté que l’ordre dominant leur abandonne pour le bien de la Cause, avec un c majuscule et glorieux. Or, ce qu’ils proposent en attendant est une forme appauvrie d’adaptation à l’ordre établi qui ne le menace aucunement, fait de rituels oppositionnels et de résignation rebelle en attendant des jours meilleurs.

 Je ne serai jamais une sainte, ni une militante. Pas parce que je suis plus perverse, plus vertueuse, plus intelligente ou plus stupide que le commun des mortels; je ne suis tout simplement pas douée pour le sacrifice. Se sacrifier me semble au mieux idiot, au pire suicidaire. Je veux être libre et je veux l’être maintenant. Je désire passionnément me réapproprier ma vie, être souveraine de moi-même. Je déteste mes chaînes et je n’arrive pas à me résigner à les porter. Il y a tant d’entraves à ma liberté; elles ne cessent de se multiplier, elles deviennent de plus en plus insupportables. Plutôt que de sombrer dans l’amertume ou le fatalisme, je fais de mon mieux pour élargir les interstices de liberté qui ne sont pas encore sous le regard du Léviathan. Je ne sais pas si c’est dans l’absolu la meilleure chose à faire, mais c’est en définitive ce que je peux faire de mieux. J’explore ces espaces de liberté, faits de nouvelles valeurs, de nouvelles façons de vivre avec mes semblables, même si s’ils sont fugaces, impermanents. J’écris  en me disant que la trace de mon expérience peut servir pour plus tard et que mon exemple, aussi dérisoire qu’il est, peut peut-être inspirer une ou deux personnes. C’est peu, mais c’est à la portée de mes faibles moyens — du moins aussi faibles que les vôtres, ni plus, ni moins.

 Je constate avec désolation que la plupart d’entre vous acceptent vos chaînes avec passivité et résignation. J’en suis profondément blessée, meurtrie, car ces chaînes ne résisteraient pas une minute à votre colère généralisée. L’entêtement de certains d’entre vous à embrasser vos liens, voire à exiger qu’ils soient plus lourds et plus contraignants m’écorche la peau jusqu’au sang comme un cilice. Souvent, la nuit, j’émerge subitement du sommeil avec une envie sourde et impétueuse de hurler à pleins poumons. Il m’apparaît alors clairement que je resterai pour l’essentiel victime de cette existence merdique aussi longtemps que vous tous l’accepterez passivement, aussi longtemps que vous placerez vos espoirs et vos énergies dans des solutions politiques illusoires portées par des messies d’opérette. Je me mets alors à écrire, avec le seul espoir non pas de vous convaincre, mais plutôt d’alléger la souffrance qui m’accable et qui est aussi la vôtre.

 J’écris surtout parce que mon corps est trituré par des passions qui demandent à être extériorisées. Cette passion folle, dans toute son impétuosité et sa splendeur exige d’être libérée, comme cette révolte contre une existence réduite à la survie, amputée, artificielle, qu’on m’impose. La parole et les comportements de ceux qui se réapproprient leur vie sont la plupart du temps considérés comme des crimes ou des maladies mentales par l’ordre établi. Lorsqu’on arrive plus à les amadouer avec la gratification illusoire de la consommation, on tente de contenir les déviants avec des médicaments, on tente de les cacher dans des prisons ou des institutions psychiatriques. Le monde dans lequel nous vivons est presque sans issue et la libération, quasiment impossible. Lorsque j’écris, je peux libérer ma folie sans entraves autres que celles du langage et laisser jaillir mes passions. Pauvre ersatz, me direz-vous. C’est en effet mon opium, une façon d’apaiser la brûlure de l’horreur sociale ordinaire — ce qui a pour conséquence de réifier mes désirs au lieu de les laisser me mener au bout de moi-même.

 J’ai la tête remplie de rêves, de visions d’accouplements sublimes, de mille façons de consumer ma vie plutôt que de la laisser s’éteindre sous la chape de plomb des dispositifs de pouvoir. Mes compagnons et mes compagnes de folie sont bien peu nombreux, mais c’est grâce à ma parole que j’ai pu les trouver. Tout ce que j’écris est noyé, dilué dans la logorrhée diluvienne de l’ordre marchand. Écrire est aussi futile que de lancer des bouteilles sans bouchon à la mer — mais la beauté réside dans ces gestes sublimement inutiles.

Sur le quai Voltaire

Lundi 20 juin 2011

(ou Ce qu’il me reste à faire, chanté par Rodrigue)


Former un groupe
Quatre ou cinq personnes c’est parfait
Des gens que je connais
Que j’aime
Que je désire
Sur qui je peux compter
Bientôt les choses ne seront
Plus aussi faciles
Qu’elles le sont maintenant

Ne pas attendre demain
Ne pas attendre la révolution
Ne pas attendre un minute de plus
Pour vivre l’anarchie
Car attendre que tous soient libres
Pour libérer sa propre vie
S’est se condamner au sacrifice
Au ressentiment
À la mort

Établir une communauté
Nous avons besoin de résoudre les problèmes
De la vie matérielle
Comment produire des vivres
Comment les distribuer
Comment mutuellement subvenir aux besoins
Expérimenter de nouvelles valeurs
De nouveaux modes de vie en commun
Et le faire pour de vrai

Cesser de craindre l’éphémère
Le temporaire
La fin d’une expérience n’est pas son échec
Si elle a permis à celles et ceux qui l’ont vécue
D’échapper un temps aux griffes de la mort
D’avoir goûté un temps à la liberté
D’en tirer des leçons pour plus tard
Embrasser l’impermanence

Fonder des journaux des blogues
Imprimer des tracs des affiches
Faire des films du théâtre
Crier dans la rue
Des mots drôles et vrais
Des mots qui font sens
Qui disent la beauté de l’anarchie
Qui disent la volonté de la liberté
Ouvrir les oreilles au son du désir

Instruire les enfants les petits
Les immuniser au poison de l’école
Faire don de toutes nos connaissances
Étudier la vie l’amour la révolution
Et l’enseigner
Montrer l’horizon
Faire naître des rêves déraisonnables
Et indispensables

Chaque jour faire l’expérience de la beauté
Et la montrer au grand jour
Parce que le sens de la beauté s’est perdu
Et avec lui le sens de la créativité
Parce qu’il ne reste que laideur destruction
Qui engendre haine mépris violence
Recréer l’amour la beauté
Parce que ce qu’on nous vend
Pour de l’amour de la beauté
A été façonné par l’autoritarisme
Le capitalisme nécrophile
Qui leur ont imposé leur contenu horrible
Leurs formes cruelles

Étudier le plan de la ville
Comment la détourner
La faire fonctionner comme un poème
Trouver les espaces
Les interstices de liberté
À l’abri du regard
Des ogres du Léviathan
Et les occuper le temps d’un frisson
Réparer les clôtures
Nettoyer les parcs
Distribuer de la nourriture
Ouvrir des magasins gratuits
Habituer les gens
À l’idée de la gratuité
À l’idée de jeu
Se donner librement
Sans échange
Potlatch d’orgasme

Continuer à inventer
À créer sans cesse d’autres actions
Avec mes amants de feu
Avec mes amantes de lumière
Aussi longtemps qu’il le faudra
C’est-à-dire jusqu’à ce que
Nous soyons hors de portée de la mort
Jusqu’à ce que nous basculions
Dans le règne des vivants.

Sirventès de la finitude

Lundi 16 mai 2011

Les civilisations se croient toujours immortelles
Voilà pourquoi elles érigent des monuments de pierre
Assises inébranlables et glorieuses
Sur lesquelles elles reposent
Pour contempler stoïquement les millénaires
Qui défilent tranquillement devant elles

Mais ces assises ne sont pas réellement faites
De calcaire, de marbre ou de granit
Mais plutôt de chair brûlée et d’os broyés
De cuir labourant la plaie ouverte des dos
De sueur aigre bue à même la peau
De mépris, d’humiliation et d’exploitation

Voilà pourquoi les civilisations s’écroulent
Car leur socle est mou, fragile et mince
Comme le corps des esclaves et des serfs
Voilà pourquoi elles s’écroulent en un soupir
En un clin d’œil de quelques siècles
Mais qu’est-ce qu’un siècle pour le roc?

À Mohenjo-Daro, Tikal, Angkor Vat
Sur le plateau du Machu Picchu
Les touristes béats prennent en photo
Le squelette hagard des civilisations
Sans déceler l’odeur de sang sur les murs
Ou entendre le cri des réprouvés entre les colonnes

Car ils font eux aussi partie d’une civilisation
Assise sur la chair brûlée et les os broyés
Qui ne laissera comme ruines en s’écroulant
Que des réacteurs irradiés dans le crépuscule
Qu’un continent de plastique flottant dans l’océan
Qu’une couronne de débris en orbite autour de la Terre

Le capitalisme vit ses derniers moments

Mercredi 12 mai 2010

Ce qui m’agace chez les révolutionnaires, c’est leur tendance au prophétisme, leur conviction que la révolution est non seulement imminente, mais écrite dans l’histoire. Par exemple, chaque fois que je lis Kropotkine, sa tendance à prédire le Grand Soir pour la semaine prochaine au mieux m’ennuie, au pire m’irrite. Sans parler des marxistes, détenteurs autorisés du sens de l’histoire, qui n’ont cessé, pendant cent cinquante ans, de prédire la révolution prolétarienne mondiale. Or, le capitalisme a traversé crise après crise non seulement sans s’affaiblir, mais en étendant son hégémonie sur la planète entière.

Mais vous me connaissez, je suis un être de contradictions.

Malgré tout ce que je viens de dire, je reste convaincue que le capitalisme vit ses derniers moments. Ne riez pas! Ses succès des dernières années, bien plus que sa crise actuelle,  accélèrent sa course à la destruction. Si bien que dans une cinquantaine d’années peut-être, le capitalisme sera caduc et remplacé par quelque chose d’autre. Reste à voir ce que ce «quelque chose d’autre» sera. Personnellement, je ne suis pas très optimiste.

(Lire la suite…)

Michel Chartrand 1916-2010

Mardi 13 avril 2010

«Mets un paquet de piasses dans une forêt et ça ne mènera pas la pitoune au bord du chemin. Mets un paquet de piasses dans une mine et ça ne te donnera pas de cuivre. Ce ne sont pas les propriétaires d’entreprises qui coupent les arbres, qui creusent les mines, ce sont les travailleurs. Si ce n’était pas de leurs bras et de leur sueur, on n’aurait rien! Pourtant, on continue à les traiter comme des chiens. On les fait travailler comme des damnés, puis on les renvoie quand on n’en a plus besoin. L’autre jour, à la Fondation pour l’aide aux travailleurs et travailleuses accidentés, on a examiné le cas d’un mineur qui travaille comme un forcené depuis une dizaine d’années. Les maladies qu’il a maintenant, je gage que ça dépend de lui? S’il a mal aux bras, c’est parce qu’il s’est crossé de travers, je suppose? Pis s’il a mal aux poumons, c’est parce qu’il s’est endormi après avoir baisé et qu’il n’a pas pris le temps de se couvrir? C’est écœurant les maladies industrielles, c‘est écœurant! Moi, je suis scandalisé! Je suis humilié de voir que, dans mon pays, il y a encore des gens qui se font massacrer pour ensuite être mis au chômage. C’est une totale aberration! On gueule contre les assistés sociaux, mais qu’est-ce qu’on doit penser des compagnies qui se font financer à coups de millions par le gouvernement? Ce sont eux, les assistés sociaux!»

(Entrevue accordée au Voir en avril 1991.)

Il était catholique, nationaliste, ouvriériste et social-démocrate, mais je l’aimais quand même. Il me manquera — et pas seulement à moi.

J’étais une crackpot de droite (et j’ai la photo pour le prouver)

Vendredi 19 mars 2010

Il y a trois ans, j’avais créé pour m’amuser un personnage nommé Léo Forget. Pour être bien franche, c’était en partie une création de Zhom, du Jour des vidanges, car c’est lui qui avait trouvé le nom — il avait rêvé que j’étais en réalité un homme qui portait ce patronyme. Mon Léo était plombier et pompier volontaire à Thurso, avait une femme prénommée Manon et un Hummer qu’il adorait faire reluire le samedi. Surtout, Léo se plaisait à donner son opinion sur l’actualité, sur un ton qui se voulait parodique et féroce envers les commentateurs populistes de droite qui encombrent tous les grands médias.

Pendant quelques mois, j’eus un plaisir fou à jouer, sur un mode ironique, au gros facho raciste et réactionnaire. C’était si facile de s’indigner pour des futilités, si facile de trouver des complots partout, si facile d’expliquer tous les maux de la société par la perversité de quelques boucs émissaires, que je me surprenais à éprouver du plaisir en écrivant, moi qui d’habitude n’accouche de mes textes que dans la douleur.

Jusqu’à ce que je me rende compte qu’on me prenait au sérieux.

Je me suis mise à recevoir des courriels étranges de plusieurs personnes qui selon toute vraisemblance ne se connaissaient pas et qui me disaient en substance « bravo Léo, nous sommes d’accord avec toi, enfin quelqu’un qui ose dire la vérité, et patati et patata ». J’avais beau mettre le paquet, adopter le style du parfait demeuré, aller à fond dans l’absurde et devenir parfaitement odieuse, je ne recevais que des éloges et des encouragements. Je relus alors l’œuvre complète de Léo et je dus me rendre à l’évidence : ce qu’il racontait ne jurait absolument pas dans le paysage médiatique actuel. Avec son vocabulaire de cinq cents mots, ses sophismes gros comme sa bedaine de bière et ses raisonnements d’arriéré mental, il était parfaitement en phase avec tous les autres opinieux qu’on retrouve partout.

Horrifiée, j’ai alors tué Léo, puis je l’ai démembré et caché dans le congélateur de son bungalow de Thurso.

Mercredi dernier, suite à la lecture du Journal de Montréal (mea maxima culpa, mais j’avais une excuse : c’est tout ce qui avait à lire dans la salle d’attente de la clinique où j’étais allée pour une prise de sang), le fantôme de Léo est soudainement revenu me hanter et, plongée dans une transe médiumnique, j’ai craché le texte qui suit :

[MODE LÉO FORGET ON]

Ce matin, le Journal de Montréal a mis le doigt sur un scandale, un vrai, juteux comme je les aime et si révoltant que j’ai failli en restituer mon Œuf McMuffin avec saucisse. Qui a dit qu’on avait besoin de journalistes pour déterrer la marde qui croupit sous la neige et qui menace la salubrité de notre société? Qu’ils restent lockoutés, ces pseudo-intellos de la go-gauche interlectuelle, le Journal est aujourd’hui aussi bon — sinon meilleur — qu’avant. Il est encore épais, absorbant et fait toujours des merveilles dans la litière de mes chats qui n’ont même pas eu à bouleverser leurs habitudes et continuent à pisser voluptueusement sur le charmant minois de Nathalie Elgrably.

Toujours est-il que le Journal a révélé au monde entier le problème dont tout le monde parle depuis des mois, celui qui se trouve au cœur de tous les enjeux contemporains : les brigadiers scolaires, ces syndiqués jouissant de privilèges sans rapport avec leur productivité, ces gras-durs de profiteurs qui parfois, si on se fie à l’héroïque journaleux de Quebecor, arrivent quinze minutes en retard au travail et même (ô scandale!) attendent dans leur voiture que les enfants arrivent au coin de la rue pour les faire traverser. Quand je pense qu’on les paie le salaire mirobolant de DOUZE DOLLARS l’heure pour simplement traverser une rue!  C’est tout simplement révoltant. Voilà un autre exemple du gaspillage des taxes que nous devons tous payer à la sueur de notre front! Est-ce que quelqu’un au gouvernement va finir par mettre ses culottes ou vont-ils continuer de se promener les fesses à l’air?

En vérité, je vous le dis, si ça va si mal au Québec, c’est à cause de tous ces parasites qui nous sucent la moelle et ne se donne plus la peine de recracher dans leurs mains et se mettre à travailler. Est-ce que je suis syndiqué, moi? Non monsieur! Jamais je n’embarquerais dans cette gimmick qui fait chuter la productivité de la nation. Ce qui nous manque, c’est de la discipline, surtout si on ne veut pas se faire avaler tout rond par les Chinois. Vous pensez que les brigadiers scolaires sont syndiqués, à Bégigne? Pantoute! Ils se trouvent chanceux quand ils reçoivent un bol de riz et que leur famille n’est pas fusillée parce qu’ils font partie du Falus Gong. Va falloir un jour qu’on fasse preuve de clairvoyance et qu’on devienne extra-lucides! Il faut qu’on coupe dans le gras, si on veut un jour pouvoir soigner les vieux et éviter l’Apocalypse. Les finances publiques sont à terre et ce n’est certainement pas les brigadiers qui vont les ramasser : ils sont bien trop occupés à rester assis dans leur char!

Entéka. Merci à toi, PKP, pour la qualité de l’information que tu nous offres si généreusement; continue de débusquer pour nous tous ces profiteurs qui s’en mettent plein les poches en s’imaginant que tout leur est dû et surtout empêchent les honnêtes milliardaires actionnaires travailleurs de profiter du fruit de leur labeur.

[MODE LÉO FORGET OFF]

Vous voyez? Ce texte d’opinion est si banal que la parodie est à peine décelable. J’ai beau faire de mon mieux pour ridiculiser les bouffons médiatiques, tous mes efforts sont vains car nous avons été conditionnés, tous autant que nous sommes, à trouver ce genre de truc normal et sensé.

Ce qui me scie les jambes, c’est que l’indignation du public est toujours canalisée vers ce genre de détail sans importance et jamais vers le scandale fondamental et permanent de la propriété, de l’exploitation, de la pauvreté, de la domination. Les médias sont toujours à l’affut d’un groupe à stigmatiser, un groupe facilement identifiable dont le comportement semble à première vue scandaleux, mais qui en fait ne porte pas à conséquence.

Voilà ce qu’on veut nous faire croire :  la cause de notre vie frustrante, misérable et vide n’est pas celle qui semble flagrante de prime abord — c’est-à-dire devoir se plier à l’esclavage à temps partiel qu’on nomme « travail » pour avoir le privilège de survivre, voir niés ses désirs de liberté en se faisant offrir en échange la possibilité dérisoire d’acheter des cossins inutiles dont on a finalement rien à foutre. Non! La raison de notre insatisfaction serait que d’autres personnes profitent de la situation et ne se plient pas à la même discipline odieuse que nous. Ce sont donc des parasites qui refusent de travailler, de faire les mêmes sacrifices que nous et qui ont quand même accès au nirvana de la consommation. Sus aux profiteurs du système! Au poteau!

Le truc est vieux comme le monde : c’est celui du populisme de droite. Les « responsables » doivent « rendre des comptes ». Ce sont les désœuvrés, les inactifs, ceux qui contournent l’exploitation — même partiellement, même fugacement. Ce discours a l’avantage de transformer le mécontentement en haine gérable par le système en la redirigeant vers les classes inférieures de la société plutôt que vers les institutions et ceux qui les dirigent. Car les bourgeois travaillent, eux, et même beaucoup. Ils se lèvent à cinq heures du mat’ et bossent jusqu’à tard dans la nuit. Ils sont laborieux et donc vertueux. Dans ces conditions, le mal ne peut que se trouver ailleurs.

Voilà pourquoi le travail est continuellement présenté comme une valeur fondamentale et indiscutable. Car bien plus qu’à produire les moyens de subsistance, il sert à maintenir et reproduire l’oppression. Mais ça, c’est une vérité trop choquante, trop inouïe pour être même concevable par l’immense majorité de nos contemporains : remercions les idéologues médiatiques pour ce précieux service offert à ceux qui nous humilient quotidiennement.

Continuez à diriger votre haine vers vos camarades de galère; ça ne vous soulagera ni des coups de fouet ni de votre obligation de ramer, mais vous ressentirez peut-être un peu moins la brûlure de vos chaînes.

Incantation

Mardi 8 septembre 2009

Vienne l’insurrection
Vienne l’esprit du vent dément
Anar, j’aime le tonnerre et l’orage
Leur beauté leurs bienfaits
La tempête amène fureur
Sperme électrique
Secondes d’espoir
Déchaînement et renouveau

Dansons mes sœurs pour inviter l’orage
Éclatons la nuit jusqu’aux antipodes
Dansons mes frères pour accueillir le soleil noir
Fendons le ciel jusqu’à ses marges humides
Tombons les corsets et les chaînes
Emportés par l’ouragan

Ô vent libère tous les prisonniers
Rase les murs des cathédrales
Fais germer les fruits dormants entre les griffes urbaines
Réveille les vivants morts dans leurs tentes techniques

Ô vent écarte mes jambes
Arrache mon armure
Emporte-moi gesticulante échevelée
Dans les bras du pays-pavot
Sur le pieu rieur du mat totémique

Ô rage
Ô fureur
Ô folie
Vienne l’insurrection
Je ne veux plus attendre
J’ai attendu si longtemps
Debout avec mes sœurs mes frères
À guetter l’orage

Sirventès de l’audace

Vendredi 28 août 2009

Je suis combustible
Je suis fille de troupeau
Je suis sèche sans étincelles
Je suis pâle saignée verrouillée de vide
Je pourrais être belle sanglante carnassière
Je pourrais donner des clés de diamant
Je pourrais sucer jusqu’au paradis
Je pourrais vivre avec rien mourir avec tout
Je sais à peu près quoi faire oui
Mais l’audace…

Nous sommes lèvres vertes d’ennui policier
Nous laissons la république abjecte
Commettre ses crimes démocratiques
Contre nos cerveaux affamés
Nous pousser à nous enduire de fèces
Dans les caves inférieures de la conscience
Nous nous laissons convaincre
Que nos désirs sont des crimes
Menaces à la sécurité nationale
Nous laissons envoyer notre nom notre argent
Pour tordre au sud les couilles les seins
Nous participons à notre dilution
C’en est trop maintenant
Assez

Nous pourrions ne plus obéir
Scier les jambes de l’humiliation
Et de plus en plus comme des quantas
Laisser agir le désir éclatant de baiser
Et de tournoyer
Dans la soif d’une joie juste
Ne jouer qu’avec les seuls désirs sublimes
Des hommes-dieux des déesses de chair
Chanter la chute de l’État
Chanter la chute de l’échange
Chanter la chair qui se dresse
Chanter le jeu le don le potlatch
Nous savons à peu près quoi faire oui
Mais l’audace…

Sirventès du crépuscule

Lundi 10 août 2009

Quand viendra le soir
Il y aura du vin sous les arbres
Il y aura des rires de feu et des pleurs orgiaques
Il y aura des copulations à l’image de la grande ourse

Mon amour sera unique et multiple
Nue sous la pluie
Je plongerai ma langue dans ton sexe de vin sombre
Les lèvres humides comme le clapotis de l’eau salée
Roulant dans mes oreilles
Et puis je respirerai profondément
Ton parfum fou et libertaire

Le pain sera rare
Mais tous en mangeront
Quand viendra le soir
Nous serons épuisées et haletantes
Comme des amantes éperdues
Nous nous allongerons limpides et affamées
La pénurie de tout nous affaiblira
Mais le parfum des sexes triomphants
Dans l’air frais de l’été indien
Nous saoulera mieux que l’esprit de tous les vins

Quand viendra le soir
Je serai avec toi, debout sur la falaise
Le vent salé soulèvera tes cheveux tes lèvres
Nous aurons si longtemps rêvé de ce moment
Nous aurons si longtemps rêvé de l’océan
Que nous serons rieuses transies et mouillées
Émues comme des gamines jusqu’à l’aurore.

Embrassez votre amour (et utilisez le condom)

Lundi 3 août 2009

Nouvelle préoccupante s’il en est une :

«Une nouvelle souche du VIH de type 1, qui est à l’origine de la majorité des cas de sida, a été découverte chez une femme d’origine camerounaise. […] Les chercheurs ajoutent que la découverte de cette nouvelle lignée met en évidence la nécessité de surveiller de près l’émergence de nouveaux variants du VIH, plus particulièrement en Afrique centrale. De plus, la nouvelle souche pose des difficultés sur le plan du diagnostic et de la thérapie.»

Protégez-vous !

Ce qui signifie non seulement que la perspective d’un vaccin s’éloigne encore plus mais que plus que jamais, il est temps de parler de prévention, puisque le virus risque à la fois d’être plus difficile à détecter et plus difficile à traiter.

Ne vous laissez dominer ni par la peur ni par l’inconscience; faites vous tester régulièrement; utilisez le condom comme il se doit, c’est-à-dire systématiquement; portez des gants de latex lors de vos séances de fist fuck; n’échangez pas vos seringues; embrassez votre amour et jouissez sans entraves.


Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.

Joignez-vous à 41 followers